Les principales notions

La section précédente renferme quelques définitions des identités des personnes LGBT2SQ. La présente section contient des renseignements sur d’autres notions clés qu’il est important de comprendre avant de passer aux sections suivantes.

L’intersectionalité

L’« intersectionalité » est une notion qui a été définie pour la première fois par Kimberlé Crenshaw16 et qui décrit comment les personnes sont façonnées par leurs nombreuses identités, y compris leur sexe/sexe assigné, leur race, leur ethnicité, leur langue, leur capacité, leur confession religieuse, leur âge, leur statut socioéconomique, leur orientation sexuelle et leur identité de genre, et qui montre comment ces identités se croisent. Un homme gai de couleur ou une femme cisgenre handicapée sont des exemples d’identités qui s’intersectent.

Ensemble, ces identités peuvent amener une personne ou un groupe à vivre des expériences uniques et distinctes qui sont susceptibles de créer des obstacles ou des possibilités.

Il est impératif de comprendre l’intersectionalité pour offrir des soutiens et des services holistiques aux enfants et aux jeunes qui sont touchés par les risques et les défis associés à leur identité de genre, leur expression de genre et/ou leur orientation sexuelle. Les enfants et les jeunes LGBT2SQ autochtones, noirs et racilalisés ont besoin d’avoir accès à des soutiens et des services holistiques qui affirment et qui soutiennent distinctement leurs identités autochtone/bispirituelle, noire, racialisée et LGBT2SQ. À toutes les étapes de la prestation des services, les fournisseurs de services devraient se demander si l’enfant ou le jeune a accès à toutes les communautés auxquelles il s’identifie, y compris les communautés culturelles et confessionnelles. Les fournisseurs de services et les fournisseurs de soins devraient également tenir compte des intersections entre les identités qui sont liées aux capacités de l’enfant ou du jeune. La présence ou l’absence de soutiens et de services holistiques qui portent sur plusieurs dimensions de l’identité de l’enfant ou du jeune peut avoir une incidence sur tous les autres aspects de sa vie.

[Traduction] « … la colonisation a eu une grande incidence sur le statut et la position des personnes bispirituelles en réprimant les traditions et les rôles bispirituels. Devant le changement forcé sur le plan de la construction du genre au cours des quatre derniers siècles, les personnes bispirituelles ont été aliénées et persécutées en raison de leurs pratiques, ce qui a entraîné finalement l’effacement incomplet de leurs enseignements, de leurs pratiques et de leurs rôles ainsi que l’émergence de l’homophobie et de la transphobie dans les sociétés autochtones. Les personnes bispirituelles continuent de se débattre contre les défis uniques qui sont façonnés par leurs expériences inextricablement liées de la race, du genre et de la sexualité ».

Le Native Youth Sexual Health Network et l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres (2015)

Pour de plus amples renseignements, veuillez visiter le Native Youth Sexual Health Network à : http://www.nativeyouthsexualhealth.com/ ou l’Ontario Federation of Indigenous Friendship Centres à : http://www.ofifc.org/

Comprendre que les personnes sont confrontées à des niveaux de risque différents et à des défis différents contribuera à la conception de politiques, de programmes et de services qui sont inclusifs, qui reflètent la diversité des enfants et des jeunes qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance et qui répondent mieux à leurs besoins. Ces considérations sont également cruciales lorsqu’il s’agit de concevoir des politiques, des programmes et des services qui luttent contre la nature complexe et multidimensionnelle de la discrimination systémique. Certaines personnes sont plus vulnérables à la discrimination parce qu’elles sont confrontées à plusieurs préjugés et stéréotypes fondés sur leur ensemble particulier d’identités qui s’intersectent. En plus des expériences discriminatoires fondées sur leur identité de genre et leur identité sexuelle, les enfants et les jeunes LGBT2SQ qui proviennent, par exemple, de communautés racialisées, noires ou autochtones peuvent aussi être traités inéquitablement à cause de ces identités.

La discrimination

La discrimination est un acte qui se résume à traiter une personne ou un groupe de personnes inéquitablement. Elle est généralement associée à des attitudes négatives, à la peur ou à la haine ainsi qu’aux suppositions stéréotypées et aux préjugés17. Les enfants et les jeunes LGBT2SQ peuvent subir de la discrimination dans les systèmes de soins s’ils reçoivent un traitement inéquitable en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur expression de genre. Une discrimination systémique s’installe lorsqu’une organisation crée ou entretient une iniquité fondée sur le sexe, l’orientation sexuelle, l’identité de genre et/ou l’expression de genre (p. ex. en n’accordant pas les mêmes droits de fréquentation à un jeune noir qu’à un jeune hétérosexuel, en traitant une identité trans comme un problème de santé mentale, en interdisant aux couples de même sexe et/ou genre d’adopter un enfant). La discrimination peut être la conséquence de « faire les choses comment on les a toujours faites » sans se demander si elles ont une incidence différente sur des groupes particuliers. Elle peut être directe et facile à détecter, ou subtile et dissimulée, mais elle demeure néfaste d’une manière ou d’une autre.

Qu’est-ce que les microaggressions?

Les microaggressions sont les manifestations quotidiennes d’une discrimination subtile et souvent non intentionnelle que les personnes marginalisées subissent tout au long de leur vie (Egale, 2017).

Les communautés marginalisées, y compris les enfants et les jeunes LGBT2SQ, subissent des microaggressions chaque jour. Les communautés LGBT2SQ de couleur, les personnes LGBT2SQ handicapées et les personnes autochtones bispirituelles ou LGBT2SQ sont plus susceptibles de subir des microaggressions. Parmi les exemples de microaggressions : parler lentement et simplement à une personne handicapée (qui n’a pas de déficience cognitive) ou faire des déclarations comme « Je ne suis pas homophobe : j’ai des amis gais ».

L’effet combiné des microaggressions peut nuire considérablement à la santé et au bien-être des enfants et des jeunes LGBT2SQ.

Comme la discrimination peut se manifester sur plusieurs niveaux, il faut l’éliminer à chacun de ces niveaux :

Dans leurs propres mots : s’entretenir avec des jeunes autochtones LGBT2SQ

Dans la foulée de la conception du présent guide, l’Association of Native Child and Family Service Agencies of Ontario (ANCFSAO) a tenu un forum jeunesse au Native Child and Family Services of Toronto (NCFST). Des jeunes ont été invités à raconter leurs expériences et exprimer le besoin pour des services culturellement adaptés qui sont affirmatifs et inclusifs à l’égard de leur identité sexuelle et de leur identité de genre.

Voici ce qu’ils ont dit :

  • Les jeunes ne veulent pas sentir qu’ils doivent choisir entre leur culture, leur identité sexuelle et leur identité de genre lorsqu’ils reçoivent des services de bien-être de l’enfance.
    • Les services ne devraient pas séparer l’identité de genre et l’orientation sexuelle de l’identité culturelle. Cela signifie que des services qui ciblent spécialement les jeunes autochtones bispirituels et LGBT2SQ doivent être offerts et assurés par des personnes qui ont une connaissance approfondie des cultures bispirituelle et autochtone.
  • Les jeunes ont besoin de services culturellement adaptés et de fournisseurs de services culturellement compétents et expérimentés.
    • Les jeunes veulent des ressources et des services qui sont adaptés aux expériences qu’ils vivent, et qui sont offerts sans porter de jugements. Cela comprend des services enveloppants, intégrés et culturellement adaptés. Ces services ne devraient pas être simplement « affirmatifs », mais plutôt « inclusifs ».
  • Les jeunes considèrent que le respect et le concept de la personne alliée vont de pair.
    • Si les fournisseurs de services désirent devenir des alliés, ils doivent respecter les identités ainsi que l’expression du jeune.

Les différences sur le plan du traitement des enfants et des jeunes LGBT2SQ, y compris ceux qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance, émanent fondamentalement du point de vue selon lequel les comportements et les valeurs des personnes hétérosexuelles et cisgenres sont la norme. Ces suppositions, souvent inconscientes, peuvent se traduire par des services qui ne tiennent pas compte des expériences et des besoins des personnes qui s’identifient aux communautés LGBT2SQ (p. ex. la présomption qu’une famille comprend deux parents de sexes et/ou de genres différents).

Qu’est-ce que le mégenrage?

Le mégenrage est une pratique cissexiste qui consiste à employer, volontairement ou involontairement, des pronoms, des préfixes ou des désignations collectives qui ne reflètent pas l’identité de genre d’une personne (Egale, 2017).

Par exemple, employer l’expression « les gars » pour s’adresser à un groupe de personnes qui ne s’identifient pas toutes comme des hommes ou employer les pronoms « elle ou les siennes » pour une personne qui emploie des pronoms neutres sont des formes de mégenrage.


L’emploi respectueux des noms

Il est important de demander à quels moments les enfants ou les jeunes transgenres, genderqueers et/ou bispirituels aimeraient être désignés par le ou les noms qu’ils ont choisis. Les enfants et les jeunes transgenres, genderqueers et/ou bispirituels ne se sentent pas en sécurité avec toutes les personnes et/ou dans tous les espaces pour exprimer ouvertement leur identité de genre. Par conséquent, les enfants et les jeunes transgenres, genderqueers et/ou bispirituels pourront désirer limiter l’emploi du ou des noms qu’ils ont choisis à des endroits précis et devant des personnes en particulier.

Qu’est-ce que le morinommage?

Le morinommage consiste à appeler une personne transgenre, genderqueer ou bispirituelle par son ou ses noms d’origine, son ou ses noms légaux ou par n’importe quels noms antérieurs qu’elle n’emploie plus. En choisissant un nom, les enfants et les jeunes transgenres, genderqueers et/ou bispirituels peuvent exprimer et affirmer leur identité de genre.

Appeler volontairement ou involontairement une personne par son morinom quand elle a demandé qu’on l’appelle par le ou les noms qu’elle a choisis est une forme de transphobie. Comme vous ne le savez peut-être pas, lorsqu’un enfant ou un jeune s’identifie comme une personne transgenre, genderqueer et/ou bispirituelle, il est important de lui demander comment il aimerait qu’on l’appelle.