Les risques et défis qui guettent les enfants et les jeunes LGBT2SQ et le système de bien-être de l’enfance

Les enfants et les jeunes LGBT2SQ peuvent connaître des risques et des défis uniques dans le système de bien-être de l’enfance. La présente section aborde quelques-uns de ces risques et défis ainsi que ceux auxquels les enfants et les jeunes LGBT2SQ peuvent être confrontés de façon plus générale.

En étant conscients de ces risques et de ces défis, les préposées et préposés à la protection de l’enfance, les organismes, les fournisseurs de services en établissement et les fournisseurs de soins peuvent prendre des mesures afin de les aborder et de les réduire au minimum. Les prises de décisions qui concernent les placements, la planification de la permanence ainsi que d’autres services devraient tenir compte de la possibilité qu’un enfant ou un jeune LGBT2SQ soit exposé à ces défis.

Le rejet par la famille

Les relations cordiales avec les membres de la famille favorisent le développement sain de tous les enfants et les jeunes. Malheureusement, la surreprésentation des enfants et des jeunes LGBT2SQ dans le système de bien-être de l’enfance est attribuable, en partie, au fait qu’ils sont forcés de quitter leur maison ou qu’ils la quittent volontairement à cause du rejet ou de la violence physique ou psychologique de leur famille23. Lorsque les enfants et les jeunes sont forcés de quitter la maison pour des raisons qui sont indépendantes de leur volonté, ils peuvent être exposés à l’itinérance, à la pauvreté, à la violence ainsi qu’à d’autres risques.

C’est un manque de respect. Point final.
— Jeune

Selon une étude réalisée par le Family Acceptance Project, les jeunes LGBT2SQ qui ont déclaré des niveaux élevés de rejet par la famille étaient 8,4 fois plus susceptibles d’avoir tenté de se suicider, 5,9 fois plus susceptibles d’être déprimés et 3,4 fois plus susceptibles de consommer des drogues que leurs pairs LGBT2SQ qui provenaient de familles qui ont déclaré un niveau nul ou de faibles niveaux de rejet24. De plus, une étude récente menée en Ontario par TransPulse a révélé que les tentatives de suicide parmi les jeunes transgenres qui avaient une famille positive avaient diminué de 93 % en l’espace d’un an par rapport aux jeunes transgenres qui n’avaient pas une famille positive25.

La recherche a également montré que, si on leur donne la chance de se renseigner sur les identités et les expériences des personnes LGBT2SQ et de comprendre les effets néfastes du rejet sur les enfants et les jeunes, les parents, les fournisseurs de soins et les autres membres de la famille peuvent devenir plus positifs26.

Les préoccupations et les besoins en matière de santé

Bien que les enfants et les jeunes LGBT2SQ soient souvent aux prises avec les mêmes préoccupations pour leur santé que les enfants et les jeunes qui ne font pas partie des communautés LGBT2SQ, les premiers sont beaucoup plus susceptibles de connaître des problèmes de santé mentale et de dépendance.

En règle générale, les personnes LGBT2SQ reçoivent des soins de santé de moins bonne qualité que l’ensemble de la population en raison de la stigmatisation, de la discrimination, de l’exclusion et du manque d’accès à des soins de qualité32. De nombreux fournisseurs de soins de santé ont peu ou pas de formation sur les problèmes de santé des personnes LGBT2SQ ou sur la prestation de soins cliniques spécialisés pour les membres des communautés LGBT2SQ. Les fournisseurs de soins de santé peuvent donc ne pas être sensibles à leurs besoins de santé particuliers ou ne pas savoir comment procéder pour mieux accompagner les enfants et les jeunes LGBT2SQ.33 L’accès à des services de santé et de santé mentale adéquats pour les enfants et les jeunes transgenres et de diverses identités de genre est encore plus limité et difficile.

Avoir accès à des services de soins de santé affirmatifs peut être encore plus difficile pour les enfants et les jeunes LGBT2SQ en dehors des grands centres urbains où les soins de santé spécialisés peuvent être limités et la formation pour les professionnels de la santé sur les soins pertinents pour les personnes LGBT2SQ est moins accessible. En raison de leurs mauvaises expériences antérieures dans le système des soins de santé, les personnes LGBT2SQ peuvent retarder ou éviter de demander des soutiens de santé et de santé mentale ou choisir de ne pas divulguer de renseignements personnels aux fournisseurs de soins de santé34.

Les enfants et les jeunes LGBT2SQ qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance peuvent avoir des difficultés particulières à obtenir des soins de santé adéquats. Les changements de placements fréquents, par exemple, peuvent rendre encore plus difficile la tâche de trouver, dans leurs collectivités, des fournisseurs de soins de santé avec lesquels ils pourront établir une relation de confiance et avoir l’assurance d’être traités convenablement en parlant ouvertement de leurs problèmes de santé.

RESSOURCES : Des services de santé amis des communautés LGBT2SQ ainsi que des renseignements sur la diversité sexuelle et de genre


Que signifie faire la transition?

Certains enfants et jeunes transgenres et au genre fluide peuvent choisir la transition sociale, médicale et/ou légale comme moyen d’affirmer leur identité de genre.

La transition sociale est le processus qu’une personne suit afin d’affirmer son identité de genre dans les espaces publics ainsi que dans les interactions sociales. Cela consiste notamment à décider comment naviguer entre les espaces genrés comme les toilettes ou les vestiaires et à songer à employer une expression de genre ainsi qu’un ou des noms et pronoms dans différents environnements sociaux (p. ex. en s’habillant selon un style qui correspond à son identité de genre, en adoptant une coiffure différente).

La transition légale est le processus qu’une personne suit pour changer son nom et/ou la désignation de son sexe sur des documents provinciaux, territoriaux et fédéraux, y compris le certificat de naissance, le permis de conduire et le passeport (pour de plus amples renseignements sur la marche à suivre pour changer une pièce d’identité émise par le gouvernement, consultez la p. 47).

La transition médicale concerne les interventions thérapeutiques, pharmaceutiques, chirurgicales ainsi que les autres interventions axées sur les soins de santé qu’une personne peut désirer entreprendre afin d’affirmer son identité de genre. Les thérapies de la voix, l’hormonothérapie (y compris les inhibiteurs de puberté pour les enfants et les jeunes), le counseling, l’épilation des poils et/ou les procédures chirurgicales d’affirmation du genre en sont des exemples. Les soins de santé orientés sur l’affirmation du genre doivent être individualisés selon les besoins de la cliente ou du client. Les fournisseurs de soins de santé ont un rôle important à jouer afin d’accompagner les enfants et les jeunes trans et de diverses identités de genre tout au long de leur démarche. Cela peut inclure des conversations sur les aspects non médicaux et non chirurgicaux de l’affirmation du genre (p. ex. le port sécuritaire des bandes thoraciques, les thérapies de la voix).

Le choix de poursuivre (ou non) la transition, du ou des moyens à prendre et du moment pour le faire est un processus très personnel. Les décisions qui entourent la transition sont fondées sur plusieurs facteurs, y compris sur les niveaux de confort individuels, la sécurité (particulièrement dans les espaces moins inclusifs où les enfants ou les jeunes peuvent être confrontés à de l’intimidation et/ou à de la violence), l’accès à des ressources financières ainsi que sur un lien vers les soutiens adéquats en matière de soins de santé.

Pour de plus amples renseignements sur la transition et les besoins des enfants et des jeunes transgenres et de diverses identités de genre, consultez le guide Families in TRANSition conçu par l’organisme Central Toronto Youth Services :
http://www.ctys.org/wp-content/uploads/2016/03/CTYS-FIT-Families-in-Transition-Guide-2nd-edition.pdf

La violence et le harcèlement

La violence et le harcèlement sexistes

La violence sexiste peut inclure tout forme de violence (p. ex. le harcèlement sexuel, l’agression, l’exploitation, les menaces physiques ainsi que la violence émotive et psychologique) qui est fondée sur le genre, l’expression de genre ou l’identité de genre d’une personne et qui vise à contrôler ou à humilier la personne ou à lui causer du tort35. La violence sexiste est un problème qui touche différentes populations, y compris les personnes qui s’identifient comme des femmes, les personnes autochtones, les personnes LGBT2SQ, les femmes racialisées, les personnes handicapées et les personnes âgées. Les filles et les femmes lesbiennes et bisexuelles, les filles et les femmes transgenres, les personnes au genre fluide, les communautés LGBT2SQ de couleur, les communautés autochtones bispirituelles et LGBTQ, les nouveaux arrivants et les réfugiés LGBTQ, les personnes LGBT2SQ handicapées et les personnes LGBT2SQ qui ont le VIH/sida sont touchés d’une manière disproportionnée par cette violence36, 37. L’absence de politiques et de programmes qui incluent les communautés LGBT2SQ peut nuire encore plus aux personnes LGBT2SQ qui ont survécu à la violence sexiste et contribuer à perpétuer la violence sexiste.

Le harcèlement et la violence à l’école

L’école peut être un endroit difficile pour les enfants et les jeunes qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance. Ceux qui s’identifient comme des personnes LGBT2SQ peuvent être confrontés à des expériences qui aggravent ces difficultés. Par exemple, la recherche indique que de nombreux élèves LGBTQ2S sont régulièrement confrontés à des actes de discrimination, de harcèlement, d’intimidation et de violence perpétrés par d’autres élèves – ainsi que par des enseignantes et des enseignants – à cause de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre et/ou de leur expression de genre38.

Une étude canadienne réalisée en 2011 par Egale Canada Human Rights Trust, dans le cadre de laquelle on a sondé plus de 3 700 élèves des quatre coins du pays, a révélé ce qui suit39 :

L’étude a révélé que les enfants et les jeunes LGBT2SQ étaient plus susceptibles de manquer des cours parce qu’ils ne se sentaient pas en sécurité, ce qui a eu une incidence sur leur rendement scolaire40. Elle a montré que les expériences liées aux préjugés, au harcèlement et à la violence peuvent avoir un effet néfaste profond sur la réussite des élèves à l’école ainsi que sur leur bien-être en général.

En ce qui concerne les enfants et les jeunes LGBT2SQ qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance, le passage d’un placement à un autre et les changements d’école en cours de route risquent de compromettre encore plus leurs études. Des personnes alliées, des fournisseurs de soins, des préposées ou préposés et des enseignantes et enseignants invariablement positifs sont indispensables afin d’aider les enfants et les jeunes LGBT2SQ à composer avec ces réalités.

Accompagner les élèves LGBT2SQ

Il y a des politiques et des programmes à l’échelle du gouvernement provincial, du conseil scolaire et de l’école pour aider les enfants et les jeunes LGBT2SQ et leurs familles à naviguer à travers les milieux scolaires.

Jetez un coup d’œil sur la ressource d’Egale pour accompagner les enfants et les jeunes dans les écoles de l’Ontario afin d’en apprendre davantage :
https://egale.ca/supporting-gender-diverse-child/


L’intimidation

Malheureusement, de nombreux enfants et jeunes feront l’expérience de l’intimidation – que ce soit en tant que personne intimidée, en tant que témoin ou en tant qu’intimidatrice ou intimidateur, ou une combinaison des trois. L’intimidation est un problème particulièrement grave pour les enfants et les jeunes LGBT2SQ.

Les enfants et les jeunes LGBT2SQ subissent des taux élevés de cyberintimidation et de harcèlement en ligne par rapport à leurs pairs qui ne font pas partie des communautés LGBT2SQ. Une recherche effectuée aux États-Unis a révélé que les jeunes LGBT2SQ sont harcelés ou intimidés en ligne trois plus souvent et qu’ils sont harcelés sexuellement quatre fois plus souvent que leurs pairs qui ne s’identifient pas aux communautés LGBT2SQ41.

Les conséquences de l’intimidation sont importantes :

De plus, les enfants et les jeunes LGBT2SQ peuvent avoir un moins grand nombre de soutiens disponibles pour les aider à aborder l’intimidation et ses répercussions44. Comme ceux qui sont pris en charge sont également susceptibles de subir de l’intimidation dans leur foyer d’accueil ou leur foyer de groupe, ils peuvent ne pas avoir un environnement sécuritaire là où ils habitent, ce qui est pourtant tellement important pour les aider à composer avec l’intimidation45.

L’itinérance

En 2015, la première étude nationale sur les enfants et les jeunes qui connaissent l’itinérance a permis de conclure que la prise en charge par le système de bien-être de l’enfance constitue un facteur de risque clé en matière d’itinérance. Parmi les 1 103 personnes sondées provenant de 47 communautés différentes réparties dans 10 provinces et territoires, un pourcentage élevé de jeunes itinérants avaient déjà été pris en charge par des services de protection (57,8 %) et avaient connu une ou plusieurs formes de maltraitance (63,1 %) et/ou de négligence (37 %)46.

En outre, un nombre disproportionné d’enfants et de jeunes LGBT2SQ connaissent l’itinérance. Au Canada, 29,5 % des jeunes itinérants déclarent appartenir aux communautés LGBT2SQ47. En plus des raisons pour lesquelles les autre enfants deviennent itinérants, les enfants et les jeunes LGBT2SQ qui ont été pris en charge par le système de bien-être de l’enfance peuvent avoir quitté des milieux de placement parce qu’ils ne se sentaient pas bien encadrés48.

Sans une adresse fixe, des repas réguliers, des vêtements propres ou des douches, les jeunes itinérants risquent d’abandonner l’école et/ou d’avoir du mal à trouver ou à garder un emploi. Pour ces raisons, de nombreux jeunes itinérants ne possèdent pas les études, l’expérience de travail ou les compétences nécessaires à la vie courante pour faire une transition vers l’autonomie49.

Dans la rue, les enfants et les jeunes LGBT2SQ peuvent se buter à des obstacles qui leur bloquent l’accès à des refuges pour les sans-abris ainsi qu’à d’autres programmes destinés à aider les enfants et les jeunes de la rue. Les enfants et les jeunes LGBT2SQ ont déclaré qu’ils craignaient la violence psychologique, physique ou sexuelle dans les refuges qui sont ouverts à l’ensemble de la population. Les jeunes transgenres et au genre fluide en particulier peuvent être confrontés à des obstacles, car les refuges pour les sans-abris et les autres programmes de soutien sont souvent sexospécifiques et ils peuvent ne pas comprendre les enfants et les jeunes transgenres et au genre fluide ainsi que leurs besoins50. Le manque d’accès à des refuges et des programmes inclusifs pour les personnes LBT2SQ est encore plus grand en dehors des grands centres urbains.

Les enfants et les jeunes autochtones bispirituels et LGBTQ sont particulièrement vulnérables à l’itinérance. Ils sont confrontés à des obstacles uniques qui les empêchent d’avoir accès à des logements sécuritaires, affirmatifs et culturellement adaptés. Certains enfants et jeunes autochtones bispirituels et LGBTQ sont forcés de déménager dans des centres urbains afin de trouver un logement, ce qui risque de limiter leur accès à la communauté, à la langue, à la culture et aux cérémonies51.

Le risque d’itinérance montre bien la nécessité d’assurer des placements adéquats pour les enfants et les jeunes LGBT2SQ qui sont pris en charge par le système de bien-être de l’enfance ainsi que l’importance de favoriser l’acceptation par la famille ainsi que l’unification de la famille.

SKETCH : L’art au profit des jeunes de la rue et sans abri

Située à Toronto, SKETCH est une initiative de développement axée sur la communauté et les arts qui s’adresse aux jeunes de 15 à 29 ans qui sont itinérants ou qui vivent en marge de la société. SKETCH offre aux jeunes la possibilité d’explorer et de perfectionner leurs aptitudes artistiques et musicales, de tisser des liens avec d’autres jeunes et de travailler avec des artistes afin de bénéficier d’un mentorat et d’une rétroaction sur leur œuvre. En tant qu’initiative amie des communautés LGBT2SQ, SKETCH met sur pied des programmes stratégiques afin d’accroître l’équité et l’inclusion dans le cadre de son mandat. Pour de plus amples renseignements, visitez http://www.sketch.ca ou envoyez un courriel à info@sketch.ca.