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Problèmes de fond

Au sein du système de services en milieu résidentiel de l’Ontario, l’importance de donner la parole aux jeunes pris en charge est unanimement reconnue. Lors des séances de consultation, le Comité a relevé un vaste éventail d’approches visant à permettre aux jeunes d’exprimer les besoins qui leur sont propres. Cependant, à l’exception des groupes de jeunes susmentionnés qui sont animés et soutenus par des organismes majeurs comme le Bureau de l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes, Santé mentale pour enfants Ontario et l’AOSAE, ces approches ne sont pas adaptées à l’échelle des organismes ou du système dans l’optique d’offrir aux jeunes des moyens constructifs favorisant leur participation active à tous les niveaux de leur expérience des services. Par exemple, la tenue régulière de groupes de concertation afin d’obtenir l’avis des jeunes ou le fait de veiller à ce que les jeunes soient impliqués dans leur programme de soins ne constitue pas, à proprement parler, un mécanisme de participation suffisant. Le Comité a entendu à maintes reprises lors des consultations auprès des jeunes, mais aussi auprès du personnel des services de protection de l’enfance, des parents de famille d’accueil et du personnel des services en milieu résidentiel, que les processus d’élaboration des programmes de soins varient grandement d’un programme à l’autre, et même d’un travailleur à l’autre. Les participants ont souvent jugé que ces processus n’offraient pas aux jeunes d’occasions constructives de devenir partenaires de leur prise en charge.

Bon nombre de jeunes font état d’un fort désengagement et d’une perte de pouvoir dans leur expérience quotidienne et dans leur parcours au sein du système de services. Ils expliquent avoir l’impression que leurs idéaux de vie et leur identité propre sont constamment remis en cause par les professionnels et par un système qui devrait plutôt, selon eux, les valoriser. Les jeunes ont cité divers exemples à l’appui, comme le fait qu’on les oriente contre leurs souhaits vers la formation professionnelle, qu’on les dissuade de suivre leurs aspirations professionnelles comme si elles étaient en décalage avec leur niveau d’études, voire qu’on les décourage d’explorer leur identité culturelle et sexuelle ou leur choix de vie.

La voix des jeunes au sein du système de services en milieu résidentiel jouit fréquemment d’une représentation minimale dans la prise des décisions à l’échelon d’un cas particulier, d’un programme et du système. Si l’accent est souvent placé sur les programmes de traitement et de soins individualisés, le mécanisme d’individualisation vient aussi fragmenter et minimiser le poids collectif des opinions exprimées par les jeunes directement concernés par ces services lorsque ces processus sont mis en œuvre de manière mutuellement exclusive. Bien qu’il soit effectivement important de conserver un degré élevé de personnalisation des programmes de soins et des interventions connexes pour s’adapter au contexte particulier des jeunes, leurs voix et celles des professionnels qui travaillent auprès d’eux doivent être entendues collectivement et peser à tous les niveaux de la prestation des services, y compris sur le plan de la gouvernance, de la responsabilisation, de la conception du système et des contextes de programmes particuliers.

de transmettre une rétroaction et de contribuer à la conception des services dans des contextes exploitant la riche diversité des jeunes pris en charge hors de leur domicile. Il est indispensable de prendre des mesures pérennes pour donner la parole aux jeunes dans toute leur diversité. Le Comité s’inquiète de n’avoir entendu parler d’aucun mécanisme, ni même d’initiatives, visant à s’assurer que les jeunes ayant des besoins complexes, y compris les jeunes non verbaux et ceux ayant une déficience intellectuelle, peuvent également s’exprimer sur leur expérience au sein du système de services en milieu résidentiel. En outre, le Comité remarque que le plus souvent, l’avis des jeunes est demandé dans le cadre de discussions de groupe, un format qui exclut la participation de bon nombre de jeunes mal à l’aise en public. Il s’avère inquiétant que les services en milieu résidentiel, dans l’ensemble des secteurs, ne s’accompagnent pas d’une panoplie d’options permettant

Les services en milieu résidentiel, tous secteurs confondus, se caractérisent par un fort engagement en faveur de l’expertise professionnelle, souvent au détriment de l’expertise inhérente au vécu des jeunes et de leurs familles. Historiquement, les services en milieu résidentiel se sont ancrés sur un modèle d’activité médical répondant à une approche fondée sur la carence, les experts partant du principe qu’ils seraient en mesure de « réparer » les jeunes pris en charge au sein de ce système. Par conséquent, les jeunes bénéficiant de services en milieu résidentiel n’avaient souvent aucun moyen d’agir ou de s’exprimer. Bien que l’on assiste aujourd’hui à un vaste exercice de rhétorique, mais aussi à un nombre croissant de véritables tentatives visant à reconnaître le droit d’action et de parole des jeunes, ainsi que la précieuse expertise qu’ils ont acquise par leur vécu, bon nombre de décisions capitales dans la vie d’un jeune, notamment les problèmes liés à la prise de médicaments psychotropes, au type de traitements administrés, et au lieu et au type de placements proposés, sont prises par des experts sans la participation des jeunes. Lors de plusieurs séances de consultation, le personnel clinique et les travailleurs sociaux ont indiqué au Comité que la prise des décisions relatives aux jeunes, en particulier dans le contexte des décisions de placement, peut faire l’objet de contraintes supplémentaires touchant la restriction des coûts.

La voix des familles ayant des jeunes pris en charge dans le système de services en milieu résidentiel, notamment dans des centres de santé mentale pour enfants et jeunes, semble souvent marginale, en particulier lorsqu’il s’agit de prendre des décisions majeures ayant un impact sur la vie d’un jeune. Si le Comité a entendu beaucoup d’exemples de jeunes ayant repris contact avec leurs familles biologiques, notamment leurs frères et sœurs, après avoir quitté la prise en charge, ces familles n’ont pas joué un rôle effectif au sein du système pendant que le jeune bénéficiait de programmes et de services en milieu résidentiel. D’après les consultations menées par le Comité, il s’est avéré que la famille d’un jeune est rarement consultée par le personnel de première ligne des services en milieu résidentiel et les aidants des familles d’accueil ou bien que les échanges sont menés dans une optique négative. Lors de ses recherches au-delà du processus de consultation, le Comité a trouvé très peu d’exemples de services et de programmes spécialement conçus pour inclure les familles et prévoir leur participation effective. Dans le contexte du traitement en milieu résidentiel, le travail des familles est souvent cité comme l’ingrédient clé de la prise en charge, et pourtant, le Comité a entendu de nombreux témoignages selon lesquels les familles qui ne se montrent pas immédiatement réactives aux tentatives du fournisseur de services visant à les impliquer dans le processus de traitement sont considérées comme « difficiles » et souvent vues comme la cause de l’échec d’un traitement. Le Comité s’inquiète de constater que la situation sociale d’une famille, qui englobe son statut socioéconomique, son niveau d’études et son origine ethnique, peut avoir un impact sur l’accès aux ressources, en fonction de sa capacité à défendre ses droits.

Le Comité a été surpris d’apprendre que les aidants immédiats, y compris le personnel de première ligne dans les foyers de groupe et les parents de famille d’accueil, considèrent jouer un rôle annexe dans les processus décisionnels concernant les enfants et les jeunes qui leur sont confiés, ainsi que dans la conception des programmes et services dont ils sont chargés d’assurer la prestation. Leurs voix, fortes de l’expérience importante acquise en vivant auprès des jeunes et en subvenant à leurs besoins pratiquement 24 heures sur 24, ne sont visiblement pas pleinement prises en compte au sein des équipes souvent décrites comme pluridisciplinaires ou interdisciplinaires. Dans certains cas, le Comité a entendu parler de pratiques fondées sur des données probantes dans certains programmes de traitement en milieu résidentiel, alors que le personnel interrogé au sein desdits programmes n’a pas pu confirmer cette allégation, ni même identifier les pratiques en question. Les équipes de gestion et les aidants de première ligne agissent de façon cloisonnée, ce qui représente une occasion manquée de répondre aux besoins et aux espoirs des jeunes.