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Avis sur la prise de décision

Les besoins et la voix des enfants et des jeunes doivent être placés au cœur de la prestation des services en milieu résidentiel. La nature fragmentée des services en milieu résidentiel en Ontario empêche les décideurs et les fournisseurs de services d’accorder toute l’attention nécessaire aux besoins des jeunes.

Le Comité a pris connaissance des obstacles importants que les jeunes et leurs familles doivent surmonter pour s’orienter dans le système décousu des services à l’enfance et à la jeunesse. Des enfants, des jeunes et des familles ont raconté avoir consulté d’innombrables professionnels dans différents secteurs, sans que ces derniers communiquent jamais entre eux. À chaque étape, on demandait au jeune et à sa famille de raconter à nouveau leur histoire et d’expliquer ce qui les amenait à consulter. Les familles ont fait part de leur sentiment croissant de frustration face aux « impasses » les empêchant d’accéder aux services capables de répondre pleinement aux besoins des jeunes, même après s’être pliées à toutes sortes d’exigences. Les participants ont expliqué au Comité que le système s’accompagne de règles rigides et inflexibles en ce qui concerne les points d’entrée dans le système (par exemple, recommandation obligatoire pour l’accès centralisé aux services en milieu résidentiel dans le secteur de la santé mentale des enfants et des jeunes), l’accès aux services (par exemple, intervention d’une SAE demandée par les familles pour bénéficier d’un accès aux services en milieu résidentiel spécialisés privés non disponibles par ailleurs) et les mécanismes de financement (par exemple, manque d’équité entre les formules de financement des différents secteurs). Ces problèmes de nature structurelle sont apparus par manque de coordination entre les services.

Un problème majeur identifié lors de nos consultations s’avère le manque d’interconnexion entre la vie d’un jeune à l’extérieur d’un service en milieu résidentiel donné et sa vie au sein d’un milieu de service, de traitement ou de garde/ détention. Les jeunes ont déclaré avoir l’impression de perdre tous leurs repères, qu’il s’agisse de leurs frères et sœurs, de leurs amis, de leurs activités récréatives, de leur école, de leurs soutiens communautaires, et dans certains cas, de leurs services spécialisés hors milieu résidentiel (santé mentale, santé, secteur social et culturel, déficience intellectuelle). Ces services hors milieu résidentiel étaient souvent interrompus pendant la prise en charge du jeune en milieu résidentiel. Nous avons entendu parler d’un cas où l’association de longue date entre un jeune des Premières Nations et un centre d’amitié autochtone avait été rompue pendant qu’il recevait des services, malgré la proximité géographique du centre et du placement. Outre la perte du bénéfice thérapeutique de ces services, les enfants et les jeunes ont aussi perdu le lien important tissé avec les fournisseurs de services hors milieu résidentiel, contribuant ainsi à un défilé d’adultes généralement bien intentionnés qui n’interviennent que brièvement dans la vie d’un jeune.

La perte répétée de relations importantes avec les adultes peut avoir de graves répercussions à long terme sur l’aptitude d’un jeune à nouer de nouvelles attaches tout au long de sa vie. Ce point a également été mis en évidence dans Le livre de ma véritable histoire : Rapport sur des audiences publiques des jeunes quittant la prise en charge (2012), dans lequel il apparaît qu’être capable de maintenir une relation stable et solide avec au moins une personne fait une énorme différence dans la vie des jeunes recevant des services. Le schéma observé par le Comité reflète une vision étroite des besoins des enfants et des jeunes, ainsi qu’un manque d’intérêt à l’égard d’une collaboration avec les jeunes permettant de mettre pleinement à profit les points forts, les soutiens et les relations positives déjà présents dans leur vie.

Lors de nos consultations, nous avons constaté que les décisions de placement reposent sur une multitude de facteurs autres que les besoins et les souhaits des jeunes, et que les enfants, les jeunes et les familles n’ont pratiquement pas la parole au cours du processus décisionnel. Les considérations financières et la disponibilité des places semblent jouer un rôle démesuré dans le choix initial du placement d’un enfant ou d’un jeune et dans son transfert d’un placement à un autre. Dans certains cas, la prise des décisions de placement était déléguée à des administrateurs n’ayant aucun contact avec les enfants ou les jeunes et ne jouant aucun rôle direct dans la prestation ou le suivi des services. D’après les propos recueillis par le Comité, ce type de prise de décision est propice à l’échec du placement et à des changements fréquents subis par les enfants et les jeunes, lesquels s’accompagnent d’une rupture avec les personnes et les lieux qui leur sont familiers, même si ce n’est que pour une brève période.

À titre d’exemple, le Comité a consulté une famille qui lui a parlé de la fermeture sans préavis d’un foyer de groupe suite à laquelle son enfant, un jeune ayant des besoins particuliers complexes, est retourné auprès d’elle alors que ce n’était pas prévu par son programme de soins. Le placement initial du jeune répondait à des motifs de protection de l’enfance et si sa famille l’a accueilli, cette dernière n’était pas préparée à une transition aussi rapide. Elle a été informée que la seule raison de ce retour à la maison était le manque de disponibilité d’autres places adaptées. Les services ont été interrompus au retour du jeune dans sa famille, laquelle a vécu cette transition de façon isolée sans savoir grand-chose sur les services et le traitement que l’enfant avait reçus et sans connaître les raisons de la fermeture du foyer de groupe.

Si un certain degré de mobilité est parfois nécessaire au sein des services en milieu résidentiel et peut finalement permettre à un jeune de recevoir les meilleurs services possible, le Comité s’inquiète de constater que certains enfants et jeunes font l’objet d’un nombre déraisonnable de transferts de la naissance à l’âge adulte. Lors de nos consultations, nous avons rencontré des jeunes ayant changé de placements plus de 15 fois. S’ils sont trop fréquents, les transferts et les perturbations mettent en péril le bien-être des enfants et des jeunes et nuisent à leur capacité de forger des relations à long terme (Rubin et coll., 2007). L’instabilité des placements en milieu résidentiel est associée à un grand nombre de résultats négatifs, comme la violence et l’incarcération, même après ajustement en fonction de facteurs propices à l’instabilité (DeGue & Widom, 2009; Runyan & Gould, 1985; Ryan & Testa, 2005; Widom, 1991).

Le Comité a recueilli divers témoignages révélant qu’un jeune aurait pu rester dans son environnement actuel, mais que le changement avait été décidé en raison d’un manque de soutiens. Dans ces cas-là, le jeune quittait parfois sa famille d’origine pour recevoir des services en milieu résidentiel, ou bien il était pris en charge dans un autre milieu résidentiel (généralement plus restrictif que son placement précédent). Les participants nous ont rapporté des exemples d’enfants et de jeunes transférés d’une famille d’accueil dans un centre de santé mentale à la suite d’une crise qui aurait pu être prise en charge dans la collectivité si les soutiens nécessaires avaient été disponibles. Ce bouleversement contribuait à accroître les sentiments de stress, d’imprévisibilité et de manque de contrôle auxquels le jeune était déjà en proie.