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Avis sur les parcours et la planification

Il y a dix ans, une recommandation préconisait d’offrir aux services en milieu résidentiel une place « à part entière dans le continuum de services, de la prévention précoce aux services qui s’imposent en fin de prise en charge lorsqu’un enfant ou un jeune quitte le système de services en milieu résidentiel ou devient adulte » [traduction libre] (Bay Consulting Group, 2006, p. 80). Cette recommandation émane d’un précédent examen des services en milieu résidentiel et reste pertinente aujourd’hui. Ledit examen constatait que la « panoplie actuelle des services en milieu résidentiel pour les enfants et les jeunes se caractérise par un cloisonnement entre les programmes financés par le MSEJ et les programmes des différents ministères visant la même population » [traduction libre] (Bay Consulting Group, 2006, p. 88). Le Comité a recueilli peu de données probantes suggérant que le cloisonnement des systèmes de prestation de services en milieu résidentiel documenté en 2006 était en voie d’amélioration en 2016, et des signes de détérioration ont été observés dans certains cas.

En Ontario, la prestation des services en milieu résidentiel est assurée par un ensemble de fournisseurs de services divers et variés, allant des organismes de paiements de transfert aux exploitants privés rémunérés selon un taux quotidien, en passant par les établissements du système de justice pour la jeunesse et les centres de santé mentale directement administrés par le ministère (voir le chapitre 1 consacré à la gouvernance). L’ampleur de la décentralisation fait naître des difficultés majeures quant à la promotion d’une continuité des services en faveur des enfants et des jeunes. D’après les consultations du Comité auprès des fournisseurs de services et du personnel du MSEJ, la communication est limitée entre les professionnels au sein de chaque secteur (bien-être de l’enfance, santé mentale des enfants et des jeunes, justice pour la jeunesse). Les échanges entre ces secteurs cloisonnés sont encore plus restreints. Les fournisseurs de services ont souvent peu les moyens de maintenir une relation continue avec les jeunes quittant la prise en charge, ou même d’instaurer une coordination et une planification fructueuses avec le fournisseur suivant, qu’il s’agisse d’un autre service en milieu résidentiel ou de la famille de l’enfant ou du jeune concerné. Comme indiqué dans Esprit ouvert, esprit sain : Stratégie ontarienne globale de santé mentale et de lutte contre les dépendances (2008a), le manque de coordination entre secteurs et entre fournisseurs rend difficile la navigation dans les systèmes de services et peut entraîner des lacunes, des chevauchements inutiles ou l’utilisation inappropriée des services offerts. Les initiatives comme Pour l’avancement de la santé mentale, dont l’instauration en 2012 visait à créer un système réactif et intégré répondant aux préoccupations liées à la santé mentale et aux dépendances, vont dans le bon sens, mais leurs retombées positives n’ont pas encore été démontrées ou évaluées.

Il a été évoqué que la communication est souvent limitée entre les fournisseurs de services hors milieu résidentiel et les fournisseurs de services en milieu résidentiel qui interviennent auprès des enfants et des jeunes. Ces fournisseurs de services ont également peu d’échanges avec les éducateurs et d’autres professionnels du système scolaire fréquenté par le jeune. Dans certains cas, ces professionnels n’avaient pas connaissance de l’existence de leurs confrères. Il s’avère inquiétant de constater une telle division et une telle séparation entre les adultes jouant un rôle important dans la vie d’un jeune, au vu de l’impact significatif que cela peut avoir sur les enfants et les jeunes. Nous avons observé peu d’efforts visant à instaurer une démarche conjointe de prestation des services axée sur les enfants et les jeunes qui engloberait la famille du jeune pris en charge dans le but de fournir une réponse coordonnée et efficace s’articulant autour des services en milieu résidentiel, mais aussi des soutiens familiaux, des services en milieu scolaire et de nombreux autres services communautaires.

Ce manque de communication implique que les professionnels intervenant auprès des enfants et des jeunes n’ont pas accès aux renseignements détaillés concernant les évaluations cliniques et les divers services dont les jeunes ont bénéficié au cours de leur vie. Ces professionnels, auxquels on accorde le rôle d’experts, agissent sans connaître en profondeur le contexte dans lequel s’inscrivent les besoins du jeune. Cela limite la capacité des organismes de placement et des fournisseurs de services en milieu résidentiel à offrir une réponse réfléchie et coordonnée aux jeunes nécessitant une prise en charge (services, traitement, garde/détention).

Diverses raisons ont été avancées pour expliquer ce manque de communication et de coordination entre les nombreux fournisseurs de services. Dans certains cas, les fournisseurs de services ont expliqué avoir peu de temps pour communiquer et coordonner leurs actions avec d’autres intervenants après l’admission ou le départ d’un jeune, du fait de leur charge de travail importante et des diverses exigences accaparant leur temps. Ils ont également fait état de problématiques liées à la protection de la vie privée et d’obstacles législatifs entravant le partage des renseignements pertinents. Dans d’autres cas, les fournisseurs de services entretenaient de mauvaises relations avec leurs confrères, et l’animosité ambiante empêchait toute communication à propos du jeune. Les relations concurrentielles et ouvertement hostiles entre certains fournisseurs de services sont une source d’inquiétude pour le Comité.

L’examen des services en milieu résidentiel réalisé en 2006 par The Bay Consulting Group a mis en évidence des différences majeures entre les différents bureaux régionaux et fournisseurs de services en ce qui concerne le niveau de rémunération des travailleurs de première ligne au sein du système de services en milieu résidentiel. Une décennie plus tard, nos consultations ont révélé des différences importantes sur le plan de la rémunération des aidants et du personnel, ainsi que de vastes écarts concernant le taux quotidien servant à financer les fournisseurs de services en milieu résidentiel (voir le chapitre 6 consacré aux ressources humaines). De fait, ces différences en matière de rémunération et de financement étaient parfois à l’origine de cette hostilité entre fournisseurs de services. Le même constat figurait dans le rapport Kinark (2015), dont il ressort que les systèmes de services de santé mentale aux enfants et aux jeunes, de santé, d’éducation, de justice pour la jeunesse et de bien-être de l’enfance sont séparés par « des divergences idéologiques, politiques et philosophiques d’origine historique, qui sont perpétuées par un manque d’équité du financement et une délimitation régionale arbitraire » [traduction libre] (p. 40).