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Point de vue des jeunes

Bien que tous les jeunes ne se soient pas déclarés mécontents de la qualité des services reçus, le Comité a constaté que les jeunes bénéficiant d’une prise en charge majoritaire en foyer de groupe étaient les plus angoissés par leurs expériences, que ces dernières aient eu lieu dans des centres de traitement dans le secteur de la santé mentale des enfants et des jeunes, dans des foyers de groupe administrés par une SAE ou dans des foyers de groupe administrés par des fournisseurs privés de services en milieu résidentiel. Les jeunes principalement placés en famille d’accueil ont fait des témoignages plus variables quant à la qualité de leurs expériences, qui se sont avérées très positives dans certains cas. Néanmoins, la plupart des jeunes consultés par le Comité ont dit avoir vécu des expériences très négatives dans un foyer de groupe ou une famille d’accueil à un moment ou un autre de leur vie, même si leur expérience actuelle s’avérait nettement plus positive.

De l’avis des jeunes, bon nombre de règles et de réglementations en vigueur dans les foyers de groupe paraissent déraisonnables. En voici quelques exemples : un fournisseur de services octroie une quantité mensuelle fixe de shampooing aux jeunes qui doivent payer toute dose supplémentaire avec leur allocation; dans un autre cas, les jeunes ont l’obligation de rester dans leur chambre pendant des périodes prolongées avec pour seule instruction de s’occuper calmement. Beaucoup de jeunes se sont inquiétés de ne pas avoir accès à Internet et aux appareils connexes comme les téléphones et les tablettes, soulignant qu’ils sont souvent coupés des modes « normaux » de communication entre pairs de leur génération. Les jeunes se sont également montrés très préoccupés par le manque de respect pour leur vie privée, sur le plan matériel (pas d’intimité pour les appels téléphoniques, les conversations entre pairs, les rencontres avec la famille) et sur le plan abstrait (pas d’intimité face au développement de leur identité, à leur état émotionnel, à leur tristesse ou à d’autres expériences très personnelles). Bon nombre de jeunes ont exprimé un grand mécontentement quant aux systèmes de points et de niveaux mis en place dans les foyers de groupe, car ils les considèrent comme un moyen très impersonnel grâce auquel le personnel peut exercer un contrôle sur eux.

Dans le cadre des familles d’accueil, nous avons recueilli le témoignage de jeunes qui ont été rejetés en raison de leur orientation sexuelle, auxquels on a donné congé en raison de leur comportement, qui ont été laissés sans surveillance, qui se sont fait crier dessus ou qui n’ont pas été écoutés, et dans plusieurs cas, qui ont fait l’objet d’une attitude décrite comme raciste. Dans le cadre du traitement en milieu résidentiel fourni par des centres de santé mentale pour enfants et jeunes, on nous a souvent fait part de cas où les médicaments étaient imposés sans information appropriée sur leur visée thérapeutique ou leurs effets secondaires. L’utilisation de moyens de contention jugés inutiles par les jeunes, ainsi que l’application considérée comme contreproductive de niveaux de contrôle et d’attentes en matière de conformité, ont aussi été évoquées. Certains parents de famille d’accueil nous ont également parlé de jeunes, en particulier de jeunes des Premières Nations, ayant l’interdiction de parler leur langue dans le cadre d’un traitement en milieu fermé de crainte qu’ils planifient des actions subversives. En général, le traitement en milieu résidentiel était largement associé dans l’esprit des jeunes à la prise de médicaments et au contrôle. Sur près de 300 jeunes consultés par le Comité, très rares étaient ceux (peut-être moins de dix) qui faisaient le lien entre le traitement et une participation constructive de leurs familles.

Dans le cadre des établissements de garde du système de justice pour la jeunesse, le Comité a observé d’importantes différences quant à la qualité des services décrite par les jeunes. Dans un grand établissement en milieu fermé directement administré, les jeunes auxquels nous avons parlé ont critiqué la plupart des services qu’ils reçoivent, et ont fait état d’une expérience quotidienne ennuyeuse, non adaptée à leurs besoins et décourageante quant à leurs perspectives d’avenir. Dans d’autres établissements de garde en milieu fermé (paiements de transfert), le Comité a noté avec surprise un niveau élevé de satisfaction et de reconnaissance de la part des jeunes en ce qui concerne la sécurité, les services et l’empathie dont ils bénéficient au quotidien. Sur la base des conversations menées avec les jeunes, le personnel et les gestionnaires, le Comité a remarqué que ces établissements se caractérisaient tous par une compréhension approfondie des pratiques relationnelles au service des enfants et des jeunes qui se manifestait à tous les échelons au sein des ressources humaines. Dans certains cas, le niveau de créativité des éléments de programme et de participation des jeunes (comme les initiatives à expérimentation animale et l’organisation de tournois d’échecs) a impressionné le Comité.

Les transitions restent, comme c’est le cas depuis des années, un problème majeur rencontré par les jeunes bénéficiant d’une prise en charge hors du domicile, que ce soit au moment de l’admission au sein du système, du transfert d’un placement à un autre, ou de la fin de la prise en charge et de leur entrée dans l’âge adulte. Le Comité s’est inquiété de voir que certaines caractéristiques de ces transitions, jugées problématiques depuis des décennies, sont toujours d’actualité. Cela inclut, par exemple, l’utilisation de sacs-poubelle pour transporter les effets personnels des jeunes entre deux placements, ou encore l’absence de préavis et le manque de préparation offerte aux jeunes avant leur départ. Dans plusieurs cas, le Comité a constaté que les jeunes n’avaient reçu aucun préavis et n’avaient appris leur départ qu’à l’arrivée du travailleur chargé de leur transfert. Un jeune a raconté avoir été informé qu’il ne retournerait pas dans sa famille d’accueil au cours du trajet de retour de son camp d’été, et avoir été immédiatement conduit dans une nouvelle famille d’accueil. Certains jeunes ont déclaré qu’on leur avait fait croire qu’ils sortaient déjeuner avec leur travailleur, alors qu’on procédait à un changement de placement. Concernant les transitions en fin de prise en charge, les jeunes ont massivement fait état d’un manque de préparation, de soutiens insuffisants et de très vives réactions face à la perte des relations avec leurs anciens aidants. Si l’investissement réalisé par le MSEJ pour la création de postes d’intervenants auprès des jeunes en transition à travers la province s’avère encourageant aux yeux du Comité, tout comme les récentes initiatives visant à soutenir les jeunes poursuivant des études postsecondaires, il reste beaucoup à faire sur ce plan. Enfin, l’âge d’arrêt du financement des services en milieu résidentiel pour les jeunes bénéficiant d’une prise en charge hors du domicile, fixé à 18 ans, risque tout simplement de ne plus être viable vu la hausse observée de l’âge moyen auquel les jeunes dans la population générale quittent le domicile, actuellement de 26 ans (Statistique Canada, 2015).