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Centre de jeunes Roy McMurtry

Le plus grand centre de garde et de détention en milieu fermé, le Centre de jeunes Roy McMurtry (CJRM), a ouvert ses portes en 2009. Il s’agit d’un établissement spécialement conçu pour accueillir jusqu’à 192 adolescents dans des unités d’hébergement séparées et indépendantes de type chalets, dans la région du grand Toronto (RGT). Chaque unité d’hébergement dispose d’une capacité d’accueil de 12 adolescents (MSEJ, s.d.). Mi-2013, les adolescentes se sont, toutefois, vues transférer au Centre Syl Apps pour adolescents. Malgré une capacité d’accueil de 96 adolescents, le nombre moyen de pensionnaires au CJRM était de 64 adolescents en 2014 et seulement de 52 adolescents lors de l’évaluation du 8 au 10 novembre 2015 (MSEJ, s.d.). Malgré des statistiques à la baisse, le centre continue d’héberger un nombre nettement plus élevé d’adolescents que tout autre établissement de garde et de détention en milieu fermé de la province.

D’après les chiffres communiqués par le centre Roy McMurtry pour 2013-2014, la grande majorité des pensionnaires sont des adolescents placés en détention en milieu fermé (397 adolescents sur 421) plutôt que sous garde (21 adolescents sur 421) (MSEJ, s.d.). La durée moyenne d’un séjour est très courte, avec 37, 8 jours (32 jours pour les détentions, contre 71, 3 jours pour les placements sous garde). Les statistiques relatives aux différents types d’infraction recensent 264 adolescents ayant commis une infraction grave avec violence, 63 adolescents ayant fait usage d’une arme et 103 adolescents soumis à l’administration de la justice, notamment en cas d’échec des mesures non privatives de liberté (MSEJ, s.d.).

Le Comité s’est entretenu avec des membres de la haute direction du ministère ainsi qu’avec des gestionnaires, des membres du personnel chargé des programmes, du personnel de première ligne et des pensionnaires du CJRM. Il s’est, en outre, rendu dans d’autres établissements pour entendre les témoignages d’anciens pensionnaires du centre sur leur expérience au CJRM. Enfin, d’autres parties prenantes ont également été invitées à exprimer leurs points de vue sur le plus grand centre pour jeunes de l’Ontario.

Il semblerait qu’en dépit de la vision selon laquelle le CJRM serait un centre dédié aux jeunes, moderne et d’avant­garde qui aide des adolescents de la RGT en leur offrant un environnement thérapeutique axé sur leurs besoins et les meilleurs programmes de réadaptation fondés sur des données probantes, ce centre rencontre des difficultés depuis son inauguration. Au moment de son ouverture, le personnel du CJRM était composé d’employés qui avaient travaillé dans le système correctionnel pour adultes et de nouvelles recrues qui n’avaient, pour la plupart, jamais travaillé avec des adolescents placés sous garde ou détenus en milieu fermé. Le Comité s’est ainsi vu confier certaines difficultés avec le personnel issu du système correctionnel pour adultes, qui semblait parfois avoir du mal à composer avec le modèle de réadaptation axé sur les jeunes. Certains nouveaux membres du personnel inexpérimentés devaient, quant à eux, se démener pour gérer sereinement les problèmes de violence entre adolescents et ceux liés aux bandes criminalisées.

La taille du centre Roy McMurtry et la composition de sa population résidente se sont révélées constituer un véritable défi. Même si le Comité ne disposait d’aucune donnée précise à ce sujet, l’équipe d’encadrement du CJRM et la haute direction du MSEJ lui ont rapporté que le centre hébergeait un grand nombre d’adolescents affiliés à des bandes criminalisées et qu’il devait, pour assurer la sécurité des adolescents liés à des bandes rivales, garder ces adolescents à l’écart les uns des autres. De nombreux pensionnaires semblent, par ailleurs, être issus de communautés prioritaires ou à besoins ou risques élevés, qui connaissent d’importantes difficultés systémiques comme la pauvreté ou des niveaux d’instruction et d’emploi médiocres. Un grand nombre d’adolescents semblent également avoir déjà eu des démêlés importants avec le système de justice pour la jeunesse et être associés à des facteurs de risque criminogène élevés.

En 2013, l’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes a publié un rapport intitulé « Ça dépend de qui est en poste », qui s’appuie sur des examens réalisés au CJRM entre 2009 et 2011. D’après la conclusion principale de ce rapport, le personnel conditionne le succès ou l’échec de l’expérience des adolescents et ce rapport sous-tend tous les aspects de la vie au sein de l’établissement. Il semblerait également, d’après certains ouvrages publiés sur le sujet, que des qualités telles que la chaleur humaine, l’empathie, l’authenticité, le respect et la souplesse, chez le personnel, puissent réduire la récidive et que des compétences permettant de nouer des relations avec les adolescents sur cette base soient donc essentielles.

Si les adolescents ont évoqué de nombreuses relations positives avec un ou plusieurs membres du personnel de première ligne du centre Roy McMurtry, ils rapportent également une grande disparité de traitement de la part de ce personnel. L’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes a, quant à lui, indiqué que l’accent était mis sur les moyens de contention et le confinement plutôt que sur l’apaisement et la résolution des problèmes et que le personnel faisait un usage divers et imprévisible de la garde relationnelle. Il a également souligné les problèmes de sécurité liés aux incidents violents entre adolescents, le recours excessif à la force par le personnel, d’après 20 p. 100 des adolescents mentionnant avoir fait l’objet de mesures de contention, l’accès limité réservé aux familles et les listes d’attente pour les programmes disponibles (IPEJ, 2013).

Les anciens pensionnaires du CJRM que le Comité a rencontrés dans d’autres établissements ont, en majorité, déclaré que leur expérience dans ce centre s’était révélée moins positive que dans les autres centres fréquentés. Certains ont également indiqué qu’ils ne s’y sentaient pas en sécurité en raison d’actes de violence entre adolescents et que l’importance accrue accordée à la sécurité et au contrôle du fait de cette violence, combinée au nombre élevé de pensionnaires, avait abouti à un environnement fortement réglementé, où le personnel recourait plus fréquemment que dans d’autres centres pour jeunes aux moyens de contention et à l’isolement sous clef.

Depuis l’ouverture du CJRM en 2009, le ministère ainsi que le personnel et les cadres supérieurs du centre se sont efforcés de remédier aux difficultés identifiées, notamment en renforçant les effectifs, en améliorant la formation du personnel, en réduisant le nombre de pensionnaires, en assouplissant davantage les visites des familles et en élargissant les offres de programmes (MSEJ, s.d.).

Dans le centre, un programme d’enseignement complet est désormais proposé en interne par le conseil scolaire de district de Peel, avec un programme de formation aux métiers spécialisés. Même si de nombreux adolescents se sont désengagés de l’école communautaire et ont déjà fait l’objet de renvois ou d’expulsion, quelques bons exemples de réussite scolaire ont également été signalés au Comité. La séparation des adolescents affiliés à des bandes criminalisées semble, toutefois, particulièrement difficile au sein de l’école. Outre son programme d’enseignement, le CJRM propose également des programmes individuels et collectifs qui visent à répondre aux besoins en éducation, en réadaptation et en réinsertion des adolescents et à traiter les facteurs de risque criminogène (MSEJ, s.d.).

Un autre centre, le centre EPIC, a ouvert ses portes en mars 2014 afin d’offrir un espace d’apprentissage dédié à la préparation à la vie quotidienne, aux programmes cognitifs et comportementaux, à l’emploi, à la littératie financière et aux programmes de prévention de la toxicomanie et de maîtrise de la colère. Les statistiques relatives à ce centre EPIC indiquent que le nombre d’inscrits est faible au regard des places disponibles. Étant donné le nombre élevé d’adolescents détenus au CJRM et la courte durée de leur séjour, la prestation de programmes représente un véritable défi. À cet égard, le Comité a toutefois constaté, avec satisfaction, l’élargissement des offres de programmes. Il a également noté que, depuis son ouverture, le centre avait mené à bien 586 programmes et 676 services et activités (MSEJ, s.d.).