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9. GÉOGRAPHIES ET CONTEXTES PARTICULIERS

Introduction

Tout au long de ses consultations, le Comité s’est intéressé aux expériences, en matière de services en milieu résidentiel, de jeunes dont l’identité s’inscrit dans un contexte particulier. Il a notamment eu l’occasion de s’entretenir avec des jeunes qui s’identifient comme étant noirs, comme étant lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, bispirituels ou queers (LGBTBQ) ainsi qu’avec ceux identifiés par le système comme ayant des besoins particuliers complexes. En outre, le Comité a à maintes reprises entendu parler de jeunes enrôlés dans le commerce du sexe. Bien que d’autres contextes particuliers eussent pu être étudiés (comme la jeunesse musulmane, les personnes ayant à la fois des troubles de l’audition et de la parole, etc.), nous commentons en particulier dans ce chapitre les expériences des jeunes noirs, des jeunes LGBTBQ, des jeunes identifiés comme ayant des besoins particuliers complexes et, de façon plus générale, des jeunes enrôlés dans le commerce du sexe. Le Comité estime que les expériences des jeunes qui s’identifient comme vivant dans des contextes particuliers pointent la nécessité pour les services en milieu résidentiel, tous secteurs confondus, d’accroître considérablement leur capacité de stimuler la grande diversité de jeunes avec qui ils entrent en contact et d’être stimulés par cette diversité.

Actuellement, le système de services en milieu résidentiel de l’Ontario compte peu de programmes et de services visant spécifiquement les jeunes dont les conditions de vie sont particulières du fait de leur culture, de leur identité raciale ou de leur identité sexuelle. Fréquemment brandi, l’engagement de traiter tous les jeunes de la même façon ne répond pas adéquatement aux besoins et aux points forts des jeunes ayant une identité raciale, une identité sexuelle ou des besoins particuliers complexes spécifiques. Traiter les jeunes dont les conditions de vie sont différentes en raison de leur culture, de leur identité raciale ou de leur identité sexuelle de la « même » façon échoue à les traiter équitablement. La situation sociale, politique, économique et culturelle des familles et des communautés qui leur servent de cadres de vie doit être prise en compte en concevant les réponses à leurs besoins en termes de services. Les jeunes qui s’identifient comme étant noirs ou LGBTBQ ont clairement indiqué au Comité que leur identité et leurs aspirations échappent aux structures à caractère normatif des services en milieu résidentiel. Ils se sentent souvent menacés, indésirables et laissés pour compte par ce qu’ils décrivent comme une mentalité institutionnelle hétéronormative dans le contexte des jeunes LGBTBQ et « blanche » dans celui des jeunes noirs.

Les deux langues officielles du Canada sont l’anglais et le français, ce dernier jouissant, en Ontario, du statut de langue officielle devant les tribunaux et dans le secteur de l’éducation. Il est de ce fait essentiel que le système de services en milieu résidentiel de l’Ontario compte des fournisseurs de services offrant suffisamment de programmes et de services répondant aux besoins particuliers des jeunes francophones. D’après le MSEJ (2014), un francophone sur quatre a moins de 25 ans en Ontario et près d’un jeune franco-ontarien sur deux vit dans l’Est de l’Ontario, à proximité de la frontière avec le Québec. Par le passé, les jeunes francophones vivant en Ontario ont indiqué qu’ils éprouvaient des difficultés pour s’exprimer en français dans de nombreuses situations (MSEJ, 2014). Ils ont en outre décrit divers contextes en dehors de celui du système de services en milieu résidentiel, comme le cinéma, la musique, Internet ou la télévision, qui influencent souvent leurs choix en termes de langue parlée (MSEJ, 2014). Par conséquent, la préservation d’une identité francophone peut représenter un défi pour les jeunes.

Au cours des consultations du Comité, nous avons découvert que les services et programmes offerts en français sont limités. Les jeunes, les parents de famille d’accueil et les fournisseurs de services ont signalé qu’il n’existe pas suffisamment de services et de programmes qui proposent une éducation et des placements en langue française tout en assurant la promotion. Un couple de parents de famille d’accueil nous a avoué que le jeune sous leur garde avait été envoyé chez un fournisseur de services qui lui avait dit qu’il ne pouvait pas parler français, sa langue maternelle. D’autre part, des parents de famille d’accueil ont décrit devant le Comité des situations dans lesquelles les listes d’attente pour obtenir des services de santé mentale et de consultation psychologique en français sont plus longues. Pour que les jeunes francophones puissent embrasser leurs identités, le ministère doit s’assurer que les services, les possibilités d’éducation et les offres de placement en français existent en nombre suffisant pour ces jeunes.

Lors des consultations avec les fournisseurs de services, les jeunes, le personnel de première ligne et les groupes de direction ont clairement fait état d’un manque de sécurité pour les jeunes LGBTBQ dans certains milieux résidentiels, notamment celui de la garde au sein d’établissements de grande taille, ce qui a inquiété le Comité. Ce dernier a par ailleurs été impressionné par la transparence avec laquelle les représentants de fournisseurs de services ou de groupes de défense des intérêts au service des jeunes noirs ont fait part de leur préoccupation, en donnant des exemples trahissant un racisme systémique profondément ancré. Les jeunes eux-mêmes ont donné de nombreux exemples de foyers de groupe aussi bien que de familles d’accueil où ils ont perdu leur placement, ont été incriminés ou stéréotypés en raison de leur identité. Rares sont les fournisseurs de services, tous secteurs confondus, qui ont pu désigner la moindre forme d’innovation, de réponse spécialisée ou d’engagement significatif visant particulièrement les jeunes LGBTBQ ou les jeunes noirs. Bien que le Comité ait conscience de plusieurs initiatives de bien-être de l’enfance dans le domaine de la participation communautaire, notamment auprès des communautés musulmanes dans certaines régions, ce type d’initiatives est presque inexistant chez les groupes précités, à l’exception notable d’une initiative prise à l’égard des jeunes noirs par la Société d’aide à l’enfance de Peel, un membre désigné du personnel de direction coordonnant des activités communautaires axées sur des thèmes culturels ou liés à l’identité noire. Quel que soit le secteur, les organismes ne semblent pas prendre la pleine mesure des enseignements pouvant être tirés de ces initiatives.

Les jeunes identifiés comme ayant des besoins particuliers complexes sont en grande majorité dépourvus de voix et clairement vulnérables au sein du système de services en milieu résidentiel de l’Ontario. Le Comité n’est pas convaincu qu’on puisse garantir à ces jeunes que leurs droits en vertu de la Loi sur les services à l’enfance et à la famille (LSEF) ou de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CNUDE) seront respectés. Des superviseurs de programme des bureaux régionaux du MSEJ ont confié au Comité que les décisions relatives au placement de ces jeunes étaient souvent motivées par la capacité des fournisseurs de services (généralement du secteur privé, dans un but lucratif) d’accueillir l’enfant et par les considérations financières liées à toute option de placement donnée. Le recours à des ententes de tarifs spéciaux prévoyant un membre de personnel par individu, parfois 24 heures sur 24, semble être utilisé comme moyen de persuader un fournisseur de services d’accepter ces enfants et mis en avant comme un aspect du « traitement » par le fournisseur de services. Le manque de surveillance, de responsabilisation et de transparence à l’égard de l’expérience de ces jeunes au quotidien inquiète le Comité, dans la mesure où ils sont généralement moins à même de défendre leurs intérêts ou de déposer des plaintes en se servant de procédures de plainte souvent très techniques.

Problèmes de fond

Jeunes noirs

Les jeunes noirs sont surreprésentés dans les services de bien-être de l’enfance et de justice pour la jeunesse, notamment dans les grandes zones urbaines (rapport annuel de la Société d’aide à l’enfance de Peel, 2013; Toronto Star, 2015; McMurtry et Curling, 2008), et se retrouvent fréquemment placés dans le type de services que le système considère comme étant le plus intrusif et, bien souvent, le plus répressif : les programmes de services en milieu résidentiel de groupe. Le Comité admet que l’origine de cette surreprésentation n’est pas à chercher dans le secteur des services en milieu résidentiel en lui-même, et requiert un profond changement à des étapes bien antérieures de la progression des jeunes au sein des systèmes de services de bien-être de l’enfance et de justice pour la jeunesse. Dans leur rapport intitulé Examen des causes de la violence chez les jeunes, McMurtry et Curling (2008) invoquent le racisme systémique, un savoir-faire culturel mal acquis et les stéréotypes visant en permanence les jeunes noirs, leur famille et leur communauté.

Au fil de ses recherches et consultations externes, le Comité en a pris conscience comme une source de préoccupation permanente, avec très peu d’initiatives en cours pour apporter un changement profond. Les initiatives en matière de programmes et de services menées par certaines SAE commencent à cerner des pratiques exemplaires en termes de mesures liées au bien-être de l’enfance à l’intention des jeunes noirs pris en charge; l’Association ontarienne des sociétés de l’aide à l’enfance (AOSAE) a pris note de la nécessité d’agir à cet égard et la présentation de sa représentante a impressionné le Comité, de même que celle de la Clinique juridique africaine canadienne; dans des SAE sélectionnées dans tout le système, le transfert de ces connaissances et de cette expérience semble toutefois limité. Le problème ne se résume pas aux seuls inconvénients rencontrés par les jeunes noirs lorsqu’ils reçoivent des services en milieu résidentiel, mais également au manque d’activités visant à célébrer et développer les points forts culturels et raciaux et les possibilités que recèle le fait d’être un jeune noir.

Le Comité a été particulièrement frappé par la surreprésentation des jeunes noirs au Centre de jeunes Roy McMurtry de Brampton, un établissement de garde/détention en milieu fermé servant la région du grand Toronto. À l’inverse, lors d’une visite du Comité au Centre Syl Apps pour adolescents, tous les adolescents rencontrés dans le complexe d’Oakville étaient blancs. Cette constatation, nonobstant la possibilité qu’il s’agisse d’une coïncidence, fait écho aux commentaires glanés par le Comité suggérant que les jeunes noirs sont considérablement sous-représentés dans les services de santé mentale et de traitement et surreprésentés dans les établissements de confinement. Le Comité admet que plusieurs systèmes interviennent dans le processus de placement des jeunes et que, tout particulièrement dans le contexte de la justice pour la jeunesse, leur placement initial échappe au contrôle des établissements de garde relevant de la justice pour la jeunesse.

En ce qui concerne l’expérience au quotidien, le Comité a noté que de jeunes noirs vivant dans des foyers de groupe avaient fait état du caractère aléatoire de la satisfaction de leurs besoins quotidiens, comme l’approvisionnement en produits capillaires et en aliments culturellement adaptés. Certains jeunes ont signalé que leur foyer de groupe ou leur famille d’accueil tenait compte des différences culturelles tandis que d’autres ont indiqué que ce n’était pas le cas. Les réponses des jeunes noirs placés en famille d’accueil, plus variables, ont tout particulièrement posé problème au Comité, certains des jeunes ayant relaté des expériences de racisme ouvert, de rejet de l’identité raciale et d’imposition des valeurs et coutumes de la culture dominante.

LGBTBQ

Certains jeunes s’identifiant comme LGBTBQ ont confié au Comité que les services en milieu résidentiel de l’Ontario n’étaient pas sûrs pour eux. Ils ont raconté que des aidants s’étaient moqués d’eux et les avaient rejetés (notamment dans des familles d’accueil), qu’ils avaient été expulsés, congédiés, et, pour certains, traumatisés par leur expérience au sein du système. Même si certains jeunes ont fait part de leur satisfaction globale à l’égard des réactions des aidants vis-à-vis de leur identité, le Comité a été perturbé par le fait que le personnel et la direction d’un milieu résidentiel confirment qu’y être LGBTBQ ne serait pas sûr. Le manque d’action pour atténuer ces problèmes est en contradiction avec les valeurs de l’Ontario et ses efforts significatifs pour garantir le respect des droits et le bien-être de la communauté LGBTBQ.

Par ailleurs, lors de ses consultations, le Comité a appris que les jeunes s’identifiant comme LGBTBQ étaient considérablement surreprésentés dans le réseau des foyers pour jeunes sans abri. Le Comité a eu l’occasion d’écouter les récits de certains jeunes ayant fréquenté le système de services pour jeunes sans abri de Toronto, et a entendu que ces derniers trouvaient des services inadaptés, conduisant inéluctablement à la reprise du sans-abrisme lorsqu’ils quittent le système une fois la limite d’âge atteinte.

Durant ses consultations avec les fournisseurs de services de tous les secteurs des services en milieu résidentiel, aucune initiative visant à opérer un changement profond compte tenu des expériences de jeunes LGBTBQ n’a été présentée au Comité. Bien que le MSEJ ait depuis informé le Comité de l’existence d’une initiative visant à produire, à cet égard, un guide de ressources et du matériel de formation à l’intention du secteur du bien-être de l’enfance, il n’en demeure pas moins inquiétant qu’aucun fournisseur de services n’ait évoqué la moindre initiative liée à la communauté LGBTBQ et que le Comité n’ait entendu parler des initiatives du MSEJ que durant ses ultimes jours de travail.

Besoins particuliers complexes

Il semble que le système de services en milieu résidentiel de l’Ontario ne compte que peu de mécanismes visant à assurer le respect des droits inhérents et le bien-être des jeunes identifiés comme ayant des besoins particuliers complexes. Ils ont été exclus de bon nombre des initiatives passées et présentes de participation des jeunes mises en œuvre au sein du système de services en milieu résidentiel dans sa globalité. Le Comité n’a trouvé aucun élément probant indiquant que ces jeunes disposaient d’une voix ou d’un pouvoir leur donnant une influence sur les décisions majeures affectant leur vie. De surcroît, les décisions relatives au placement de ces jeunes sont souvent prises sur les seules bases de la disponibilité de places et de l’adoption d’ententes de tarifs spéciaux.

Le Comité est inquiet que le contexte créé par les ententes de tarifs spéciaux (un membre de personnel par individu) en matière de ressources humaines s’instaure avec une prise en compte limitée des qualifications et de la supervision du personnel, pourtant indispensables (voir aussi le chapitre 6 consacré aux ressources humaines).

Pendant ses consultations, le Comité a ouï dire que des programmes non autorisés en vertu d’un permis voyaient le jour dans tout l’Ontario, souvent exploités dans un but lucratif, et cherchaient à loger ces jeunes. Quand bien même il y aurait un certain bien-fondé dans l’approche de type « environnement restreint » associée à ce modèle de prestation des services, la surveillance, la responsabilisation et les normes dans ces exploitations reposent entièrement sur les épaules des organismes de placement, qui ont souvent du mal à communiquer entre eux et à assurer une présence suffisante dans les milieux résidentiels, ce qui est dérangeant et expose encore plus les jeunes identifiés comme ayant des besoins particuliers complexes au risque de se retrouver dans des situations les privant de leur autonomie, de leur pouvoir et de leur voix, et les rendant dépendants de professionnels dont le but est de faire du profit.

Commerce du sexe

Selon le Toronto Star (2015), un nombre croissant de jeunes sont touchés par le commerce du sexe, en plein essor. Tout au long des consultations menées par le Comité, les fournisseurs de services nous ont informés de la menace majeure que constituait le commerce du sexe pour les jeunes vivant présentement dans des foyers de groupe et des familles d’accueil dans toute la province. Ces services en milieu résidentiel sont qualifiés de « terrains de recrutement » de jeunes qui sont enrôlés dans le commerce du sexe.

Le Comité reconnaît qu’il s’agit d’un problème nouveau, sans approche coordonnée pour y remédier. Dans tous les secteurs, les organismes fournissant des services élaborent des réponses qui leur sont propres, mais ces efforts ne bénéficient d’aucune coordination provinciale, ne serait-ce qu’entre les organismes, ce qui fait qu’une approche circonstancielle est employée pour lutter contre cette nouvelle tendance inquiétante. Le Comité a eu vent d’une approche plus substantielle et prospective en cours d’élaboration par Covenant House dans la région du grand Toronto (RGT), comportant des programmes communautaires de sensibilisation et un milieu résidentiel tenant compte des traumatismes spécifiquement focalisé sur les victimes du commerce sexuel. Il s’agit d’une initiative prometteuse, mais sa mise à l’échelle pour répondre à l’augmentation apparemment très rapide du nombre de jeunes enrôlés va représenter un défi. Il sera indispensable de faire preuve de leadership pour veiller à ce que les réponses systémiques soient coordonnées dans l’ensemble des secteurs géographiques.

Géographies particulières

La géographie de l’Ontario pose des difficultés considérables en matière de répartition et d’accessibilité des services en milieu résidentiel pour les jeunes dans toute la province. Les grandes distances séparant les collectivités du Nord de l’Ontario compliquent fortement la tâche de faire en sorte que les jeunes aient accès à des services en milieu résidentiel proches de chez eux. Le Comité comprend les défis particuliers auxquels sont confrontées les communautés autochtones du Nord, contraintes d’envoyer leurs jeunes à de grandes distances au Sud pour bénéficier de programmes et de services. Même dans la région plus peuplée du Sud de la province, les services en milieu résidentiel affichent des disparités et des difficultés considérables en ce qui concerne le recrutement de personnel qualifié, l’atténuation de l’isolement des jeunes durant leur séjour dans des milieux résidentiels ruraux, et les problèmes liés au coût élevé de l’immobilier dans les zones urbaines, où un besoin urgent de diversité parmi les familles d’accueil se fait sentir.

Le Comité comprend les difficultés que représentent les grandes distances. Il n’est généralement pas souhaitable de fournir des services en milieu résidentiel aux jeunes hors de leur collectivité d’origine, qui plus est à des distances qui rendent difficiles l’entretien et le maintien des liens familiaux. Il est en outre entendu que lorsque les jeunes reçoivent des services en milieu résidentiel loin de leur collectivité d’origine, la réinsertion devient extrêmement délicate et la pérennité des services dont ils bénéficiaient, quels qu’ils fussent, précaire. Le Comité a notamment appris de la bouche de parents ayant fréquenté un centre de santé mentale pour enfants et jeunes que l’expérience de leurs enfants durant leur séjour avait été excellente, mais que les services n’avaient au final pas fait de grande différence, que ce soit pour la famille ou les jeunes, dans la mesure où à leur sortie, les soutiens adéquats conformément aux recommandations du milieu résidentiel n’étaient tout simplement pas offerts dans la collectivité d’origine.

De nombreux fournisseurs de services installés dans des régions rurales de l’Ontario ont du mal à recruter du personnel qualifié. Le Comité a maintes fois entendu que le personnel de première ligne des programmes de services en foyer de groupe était souvent constitué de personnes se servant de ces postes comme de tremplins vers d’autres carrières, dans le maintien de l’ordre pour la plupart. Les programmes reposant sur les activités de la ferme ou de plein air parviennent généralement à recruter de très jeunes employés qui restent un faible laps de temps avant que le mode de vie ou le milieu de travail isolé ne leur convienne plus.

Même si tous ces problèmes et défis sont compréhensibles et donc prévisibles, le Comité n’est pas d’avis que ces géographies particulières constituent un motif de révision à la baisse des attentes relatives à la qualité des services et à la qualification du personnel ainsi que des exigences vis-à-vis des fournisseurs de services, tous secteurs confondus, en matière de croissance épanouie et d’apprentissage continus. Puisque l’influence des jeunes sur le lieu où ils reçoivent les services en milieu résidentiel est très limitée, il incombe au système de services et à l’autorité centrale de veiller, en assurant une gouvernance, à ce que la qualité de l’expérience soit maintenue quel que soit le secteur géographique du placement.

Répercussions sur les recommandations

Un leadership significatif est requis pour procéder à une réforme profonde des services en milieu résidentiel pour les enfants et les jeunes dans l’ensemble des secteurs et de la province. Malgré les efforts déployés par certains fournisseurs de services pour devenir plus sensibles aux besoins des jeunes évoluant dans des contextes particuliers, le savoir-faire et le degré d’action globaux dans ce milieu sont insuffisants, non coordonnés, généralement circonstanciels et, par conséquent, non viables et peu susceptibles de susciter le changement. En vue de respecter l’engagement de l’Ontario à l’égard de la justice sociale et des valeurs égalitaires, il est impératif de satisfaire les besoins de ces jeunes et d’améliorer leurs expériences.

Il est nécessaire d’accroître le savoir-faire culturel lié aux identités diverses des jeunes et aux différents contextes dans lesquels ils se sont développés, et ce, en partenariat avec les jeunes eux-mêmes et dans tous les services en milieu résidentiel. La conception d’indicateurs mesurables combinée à l’amélioration du savoir-faire culturel contribuera à garantir des progrès visibles dans ce domaine.

Le Comité est préoccupé par les défis liés à la transition des services en milieu résidentiel aux services de soutien, programmes et interventions préventives hors milieu résidentiel, compte tenu des contextes particuliers de jeunes focalisés sur leur identité sexuelle, raciale ou ethnoculturelle.

Le système de services en milieu résidentiel doit assurer la protection et le maintien des droits et du bien-être de tous les jeunes, en particulier ceux identifiés comme ayant des besoins particuliers complexes. Ces derniers doivent orienter la prestation de ces services de leur propre voix.

L’adoption d’approches coordonnées pour répondre aux problèmes émergents, comme le commerce du sexe, est indispensable. Cela nécessitera de prêter une grande attention aux mécanismes de renforcement de la capacité afin d’améliorer la collaboration intersectorielle et de réagir rapidement aux problèmes et aux tendances faisant courir aux jeunes extrêmement vulnérables des risques immédiats de préjudice.

À l’heure actuelle, les données démographiques sur l’identité déclarée par les jeunes placés en milieu résidentiel ne sont pas suffisantes pour élaborer des plans valables relativement aux besoins des groupes culturels, racialisés ou autres groupes spécifiques, ou à l’émergence de nouveaux groupes au gré des changements démographiques (p. ex., les jeunes musulmans). Il faut envisager de développer, en partenariat avec la communauté visée, la capacité de collecter en toute transparence des données sur le nombre de jeunes touchés au sein des groupes spécifiques et de publier des rapports à ce sujet.