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MON cheminement

Le développement affectif

Au cours des années intermédiaires, le développement affectif des enfants est extrêmement complexe. Leur concept du soi évolue énormément et ils conçoivent une image plus complexe de qui ils sont. En outre, leur sentiment de compétence — ce qu’ils estiment être capables de réaliser — change considérablement. Tous ces sentiments sont jumelés à leur compréhension grandissante du comportement moral et de l’équité et à leur plus grande capacité à comprendre et à exprimer leurs émotions. Il est important de noter que le développement affectif varie selon les circonstances et les autres influences de l’enfant.

Acquérir un sens du soi et un sentiment d’identité

À mesure qu’ils progressent durant les années intermédiaires, les enfants deviennent plus conscients de leur apparence et des comparaisons avec les autres et ils se voient d’une façon beaucoup plus complexe — comme étant des fils ou des filles, des amis, des élèves, des membres d’une communauté, par rapport à leur culture ou aux domaines qui les intéressent personnellement (p. ex. les arts, l’athlétisme). Les enfants qui sont à la phase intermédiaire comprennent mieux leurs attributs et leurs aptitudes personnels en ce qui a trait à l’apparence, au comportement, aux études, aux compétences athlétiques et aux aptitudes sociales. À cette étape, comment ils se voient et ce qu’ils pensent d’eux-mêmes est principalement influencé par les parents, les fournisseurs de soins, les mentors et les modèles culturels, quoique l’expérience à l’école et avec leurs pairs puisse également avoir une incidence.104, 105 À cet âge, les enfants explorent le concept du soi ainsi que leurs identités qui s’intersectent souvent, notamment leur identité sociale (p. ex. culturelle, raciale, ethnique, sexuelle) et leur identité personnelle (p. ex. leurs préférences, valeurs, convictions, capacités). À cet âge, les enfants peuvent être épaulés afin d’adopter une attitude respectueuse et inclusive à l’égard de la diversité.

Durant les années intermédiaires, les enfants commencent à se construire une identité et à acquérir des comportements, des convictions morales et des valeurs qui les définiront à l’âge adulte. Ils sont de plus en plus capables de s’étudier intérieurement et de façon abstraite et ils se voient de plus en plus comme une personne indépendante.106, 107

Les amitiés reposent de plus en plus sur la compatibilité des caractéristiques personnelles,108 et les interactions avec leurs pairs peuvent avoir une influence sur la construction de l’identité.109 À l’âge de 12 ans, ils s’évaluent en comprenant mieux les différents aspects du concept du soi (l’apparence physique, la conduite comportementale, la compétence scolaire, la compétence athlétique et la compétence sociale) ainsi que l’importance de ces aspects dans leur vie.

À l’approche de l’adolescence, les enfants racialisés, noirs, autochtones ou nouveaux arrivants qui ont des antécédents ethniques, religieux et socioéconomiques différents et ceux qui vivent avec des incapacités ou des besoins particuliers ou qui s’interrogent sur leur genre ou leur orientation sexuelle peuvent avoir tendance à se tenir avec des amis dans lesquels ils se reconnaissent en s’appuyant sur un sentiment d’identité partagé. Il est avantageux pour les parents d’encourager l’exploration identitaire des enfants tout en favorisant un sentiment d’appartenance à l’ensemble de la société. Les familles engagées, réceptives et positives peuvent servir de tampons ou aider leurs enfants à surmonter les défis. Les familles positives peuvent aussi cultiver l’estime de soi des enfants ainsi que leur croyance à l’égard d’une société inclusive.110

Les enfants qui sont issus de groupes qui revendiquent l’égalité peuvent être confrontés à des défis dans leur quête d’identité, surtout quand leur communauté, leur école, leur environnement social ou leur milieu familial leur transmet le sentiment qu’ils sont « différents » ou « marginaux » ou leur font sentir que cet aspect de leur identité n’est pas accepté. Tisser des liens avec des adultes et des pairs qui ont une identité sociale commune (p. ex. la communauté LGBTABI, la communauté sourde, les communautés racialisées et/ou culturelles) peut aider les enfants à acquérir un sentiment d’identité positif et plus stable ainsi qu’un sentiment d’appartenance à une communauté ou à un groupe.

Il est également important que les parents, les fournisseurs de soins et les autres adultes attentionnés aident les enfants qui sont à la phase intermédiaire à élargir leurs horizons en termes d’identité en les incitant à explorer un vaste éventail de perspectives d’avenir dans les sphères de l’éducation, de l’emploi et des loisirs.111

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L’identité culturelle

Pour de nombreux enfants, établir un rapport avec leur ethnicité, leur culture, leur spiritualité ou leur foi favorise le développement d’une identité positive qui continue d’évoluer au fil du temps. Au début des années intermédiaires, par exemple, les sentiments et la compréhension de l’enfant à l’égard de sa culture tendent à être orientés vers les pratiques cérémoniales et les normes alimentaires. Vers la fin des années intermédiaires, ces sentiments peuvent commencer à devenir plus abstraits et davantage orientés vers l’éthique en abordant des questions qui sont associées aux croyances culturelles et aux valeurs communes.

La recherche a montré que les enfants qui sentent qu’ils appartiennent à une communauté culturelle et qui comprennent ce que l’appartenance à ce groupe signifie pour eux ont tendance à connaître un développement plus optimal.

Les enfants qui tissent des liens étroits avec leurs groupes culturels ont tendance à avoir une meilleure estime d’eux-mêmes, à adopter de meilleurs modèles sociaux et types de comportement et à se faire plus facilement accepter par leurs pairs. Ils ont aussi tendance à avoir une plus grande motivation pour les études et un meilleur rendement scolaire, à éprouver moins de problèmes de santé mentale et à prendre moins de risques pour la santé.112 Cela est particulièrement important pour les enfants qui sont de nouveaux arrivants et qui peuvent naviguer entre différents contextes culturels. Pour les enfants autochtones, s’immerger dans leur culture et participer aux activités et aux pratiques traditionnelles favorise l’acquisition de la fierté, de l’identité et de l’esprit, qui ont des incidences profondes tout au long de la vie.

Les familles, le personnel enseignant, le personnel scolaire, les communautés, les leaders culturels, les gardiens du savoir traditionnel et les fournisseurs de services ont un rôle à jouer afin d’accompagner les enfants qui explorent, qui construisent et qui partagent tous les aspects de leur identité culturelle.

Les enfants qui sont à la phase intermédiaire peuvent se tourner vers Internet afin de chercher des possibilités de construire, gérer et essayer plusieurs « mois » et identités. Cette quête peut présenter des occasions et des risques. Des experts ont donné à entendre que les nombreux moyens que les enfants peuvent prendre pour exprimer leurs identités en ligne— et les nombreuses identités qu’ils peuvent exprimer — peuvent miner leur capacité à acquérir un sens du soi solide et cohérent.

Acquérir un sentiment de compétence

La compétence se définit comme la capacité de faire quelque chose avec succès ou d’une manière efficace. Lorsque nous parlons des enfants qui acquièrent un sentiment de compétence, il est important de comprendre que nous ne parlons pas simplement des enfants qui « deviennent bons dans quelque chose ». C’est plutôt le sentiment de réussite que les enfants ressentent. C’est une distinction importante, car les enfants acquièrent des compétences à leur propre rythme et en fonction de leurs propres capacités. Ce qui est une réussite pour un enfant peut ne pas être une réussite pour un autre, et c’est tout à fait acceptable. On peut comprendre la compétence d’une manière subjective en s’appuyant sur la culture, le contexte et l’expérience personnelle. Par exemple, les enfants qui ont des incapacités ou des besoins particuliers, les enfants qui sont des nouveaux arrivants et les enfants de différentes communautés culturelles peuvent avoir des points de vue différents sur la signification de la compétence. Ces différences devraient être comprises et favorisées en conséquence.

L’estime de soi

Comme les enfants commencent généralement la phase intermédiaire en ayant confiance en leur capacité de maîtriser des tâches variées, ils possèdent une estime de soi relativement forte. En fait, à cette étape, ils sont moins capables de faire la distinction entre leur volonté d’être bons dans quelque chose et leur compétence réelle. Cela peut mener à une surestimation de leurs capacités.

Vers la fin des années intermédiaires, les enfants sont plus conscients et capables de voir leurs propres qualités par rapport à celles des autres. Cela leur permet d’établir un lien plus fort entre leur perception de ce qu’ils peuvent faire et leur rendement réel. Les autoévaluations et leurs descriptions d’euxmêmes commencent à refléter ces changements.

L’auto-efficacité

Les données ont de plus en plus tendance à indiquer qu’il est préférable, pour le développement de l’enfant, de rehausser son sentiment de compétence dans des domaines précis — ce que l’on appelle « l’auto-efficacité » — au lieu de simplement renforcer son estime de soi. La recherche laisse entendre que l’importance accordée uniquement à l’estime de soi peut être surestimée et qu’un niveau élevé d’estime de soi pourrait avoir des effets néfastes s’il est fondé sur une rétroaction irréaliste. En revanche, l’acquisition de l’auto-efficacité implique d’acquérir des compétences sociales, physiques, d’apprentissage et autres, d’avoir confiance en ces capacités et d’en être fier.113 C’est l’autoefficacité, et non l’estime de soi, qui prédit souvent la réussite scolaire.

Le sens de l’assiduité

Les années intermédiaires sont une période pendant laquelle les enfants sont plus motivés et plus disposés à relever de nouveaux défis; ils acquièrent ce que l’on appelle souvent le sens de « l’assiduité ».114

Il est important d’aider les enfants à acquérir ce sens de l’assiduité. S’ils croient que leurs efforts ont une influence sur leur propre réussite, cette conviction a un effet sur leur volonté de s’efforcer de réussir. Lorsque leurs efforts contribuent à un résultat fructueux, cela les motive à s’efforcer de réussir encore plus. Les enfants doivent toutefois croire en leurs propres capacités et penser qu’elles peuvent avoir une influence sur les résultats. Si les enfants croient qu’ils ont échoué parce qu’ils ne possèdent pas les aptitudes nécessaires, ils seront moins engagés que s’ils considèrent qu’ils ont seulement besoin d’approfondir leurs connaissances ou de s’exercer davantage.115 Les parents ou les fournisseurs de soins et les autres personnes concernées dans la vie des enfants peuvent les aider à acquérir un sens de l’assiduité en leur montrant à se concentrer sur l’établissement d’objectifs et à tirer des leçons de leurs échecs — à voir l’échec comme un résultat motivant plutôt que démoralisant.116

Les parents et les fournisseurs de soins qui se fixent des défis ambitieux, mais réalistes, et qui aident les enfants à surmonter ces défis peuvent encourager des niveaux d’assiduité et d’auto-efficacité plus élevés. L’approbation des capacités de l’enfant par un adulte peut aussi diminuer la frustration de celui-ci à l’égard de l’échec et l’encourager à se fixer des attentes à l’égard des prochaines réussites.

L’auto-efficacité

La documentation donne à entendre que l’acquisition précoce d’un sentiment d’auto-efficacité est importante, car elle peut se traduire par de meilleurs résultats dans le futur. On se demande, par contre, si les enfants qui ont des niveaux d’auto-efficacité exagérément élevés et qui ne possèdent pas le jugement nécessaire pour comprendre leurs limites font moins d’efforts à cause de leur confiance excessive. Selon les experts, les enseignants et les conseillers devraient aider ces élèves à être plus réalistes à l’égard de leurs niveaux de compétences afin de pouvoir se concentrer davantage sur les efforts requis pour accroître ces compétences.117, 118

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Le comportement moral et l’équité

Le raisonnement moral et le sens du bien et du mal

Les années intermédiaires sont caractérisées par le développement moral et éthique.119 Les enfants acquièrent un sens du bien et du mal ainsi qu’un sens de la justice plus aiguisés.120, 121

Dans la première partie des années intermédiaires, le comportement moral des enfants est façonné par les normes qui sont établies par les adultes ainsi que par les conséquences de les respecter ou de les enfreindre. Par la suite, les enfants commencent à reconnaître qu’ils ont des points de vue différents sur le bien et le mal, mais ils ont encore de la difficulté à faire la distinction entre leur perspective et celle des autres. Pour les enfants qui ont un retard du développement ou qui n’ont pas le cerveau type sur le plan neurologique, comme ceux qui sont dans le spectre autistique, le raisonnement moral peut être retardé et/ou ne pas se développer le long de cette trajectoire.

En vieillissant, les enfants commencent à agir en s’appuyant sur ce qui, selon leurs perceptions, leur procurera une récompense en agissant comme il se doit ou sur ce qui leur apportera une approbation sociale. Ils commencent à comprendre et à adopter les normes morales des modèles adultes, et leurs perspectives sur les conventions sociales, la loi, la justice et le devoir s’approfondissent.127, 128 C’est le moment idéal pour inciter les enfants à prendre part à des discussions sur le racisme, la discrimination, l’injustice et l’iniquité et pour les habiliter à se défendre, à défendre leurs pairs et à défendre une société plus inclusive et équitable.

Des données indiquent que l’utilisation des ordinateurs et d’Internet peut conduire à un raisonnement moral plus ambigu. On se demande réellement si le temps passé devant des écrans peut diminuer l’empathie, mener à un comportement indésirable et limiter la capacité de déterminer et de décrire ses sentiments ainsi que la capacité d’interpréter les émotions.122, 123, 124, 125, 126

La régulation des émotions

La compréhension et l’expression des émotions

Durant les années intermédiaires, les enfants apprennent comment déceler, exprimer et maîtriser leurs émotions. Ils sont aussi plus sensibles aux émotions des autres. Lorsque d’autres personnes sont contrariées, ils commencent à s’en apercevoir. Pendant cette étape, les enfants se mettent à élaborer des stratégies dans l’optique de gérer leurs propres émotions et aussi dans le but d’aider les autres.

Vers l’âge de sept ans, les enfants s’aperçoivent généralement que leur façon de penser peut avoir un effet sur leur façon de ressentir. Il s’agit de la première étape de la régulation des émotions. Ils commencent tout à coup à s’apercevoir qu’il y a une différence cruciale entre ressentir une émotion et exprimer une émotion et que ce ne sont pas toutes les émotions qui devraient être extériorisées. Vers l’âge de huit ou neuf ans, la plupart des enfants peuvent maîtriser leurs émotions de façon compétente. Ils sont mieux en mesure de s’adapter aux situations, de résoudre des problèmes et de se comporter convenablement.132

Le début de la puberté a pour effet d’exacerber les émotions et les réactions, de provoquer des sautes d’humeur et d’engendrer une sensibilité au stress qui peut avoir une influence sur la réaction de l’enfant à ses émotions.133 C’est ici que la capacité de maîtriser ses émotions peut avoir une incidence énorme sur l’avenir de l’enfant. Une meilleure régulation des émotions est liée à plusieurs facteurs cruciaux, y compris à l’amélioration du rendement scolaire et de l’apprentissage, de la littératie, de la créativité, de l’estime de soi, de la capacité de composer avec le stress et du raisonnement moral. Elle est aussi associée à une plus grande compétence sociale, notamment à l’acceptation par un groupe de pairs, aux aptitudes sociales, à la qualité des amitiés, à une moins grande solitude et à une diminution de l’intimidation.134, 135, 136

Encourager les enfants à acquérir les compétences nécessaires pour gérer leurs émotions à un jeune âge peut contribuer à les aider plus tard lorsqu’ils navigueront dans l’univers complexe de l’adolescence et de l’âge adulte et quand ils pourront gérer plus efficacement les effets des changements hormonaux provoqués par la puberté.

Une plus grande inégalité entre les revenus a été associée à une anxiété accrue.129, 130 L’inégalité peut être perçue par les enfants à un jeune âge et peut déclencher une réaction au stress qui est susceptible d’entraver leur développement cognitif et social.131

Gérer le stress

Les niveaux de stress élevés, et en particulier le stress soutenu et chronique, peuvent menacer le développement affectif des enfants qui sont à la phase intermédiaire et avoir une incidence sur leur résilience en vieillissant.137 Ce genre de stress peut avoir un effet néfaste sur le câblage du cerveau ainsi que sur son développement en ce qui concerne la mémoire, la concentration, le filtrage de l’information, la gestion des émotions et la régulation du comportement. Pour les enfants qui ont subi des niveaux élevés de stress causés par des facteurs comme la pauvreté, le racisme, les conflits familiaux, la violence et le traumatisme, le stress chronique peut aggraver d’autres problèmes. Par exemple, les enfants qui sont aux prises avec un stress chronique peuvent être confrontés à des défis comme une hypersensibilité et une difficulté à porter attention et à maîtriser leurs émotions.

Aider les enfants à composer avec le stress peut améliorer leur santé, leur fonctionnement mental et leur rendement scolaire, en plus de diminuer l’insomnie, la fatigue, les problèmes de mémoire et de concentration, l’irritabilité et l’anxiété. Les interventions à un jeune âge sont particulièrement importantes pour les enfants qui sont très sensibles au stress et qui sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé mentale. Plus l’intervention se fait tôt, plus les résultats sont positifs. Les techniques comme les approches axées sur la pleine conscience, qui apprennent aux enfants à prendre conscience de leurs pensées, de leurs sentiments ou de leurs perceptions dans le moment présent, donnent de bons résultats.138

Les principaux soutiens pour les familles et les enfants pourraient englober un logement sécuritaire et abordable, des soutiens du revenu de base ainsi qu’un transport abordable et accessible, en particulier pour ceux qui sont dans des communautés rurales et éloignées, afin d’amortir le stress associé à la vie dans une collectivité isolée.

La culture façonne l’acquisition de la maîtrise de soi d’une manière positive. Les moyens que prennent les enfants qui proviennent de milieux culturels et ethniques variés pour interagir avec leur famille, leurs amis et leur communauté peuvent les aider à accepter les règles de la société, à tolérer les frustrations, à maîtriser leurs émotions et leurs impulsions et à persister à faire des activités significatives. Par surcroît, la régulation des émotions des enfants est influencée par la culture et fondée sur le comportement émotionnel ainsi que sur les normes qui sont propres à leur culture.