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Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008)

Volume 1, chapitre 5 :

La violence en Ontario – une province à la croisée des chemins


Introduction

Dans ce chapitre, nous présentons ce que nous savons sur l’état de la violence chez les jeunes en Ontario, les répercussions de la violence sur les jeunes, les quartiers et l’ensemble de la province, et ce que cette violence nous laisse présager pour l’avenir. Pour les raisons que nous avançons dans la présente analyse, nous croyons que l’Ontario se trouve à la croisée des chemins, face à deux grandes routes. L’une, conditionnée par un leadership robuste et un engagement soutenu, nous mènera vers une société toujours plus sûre, dans laquelle chacun jouira d’une sécurité et de possibilités de plus en plus grandes. L’autre route nous conduira vers un cycle permanent de violence, qui pourrait miner la province et limiter son potentiel pour les années à venir.

Quelle est l’ampleur de la violence en Ontario?

Dans le cadre de notre examen de la violence chez les jeunes dans les communautés de l’Ontario, nous avons été amenés à poser deux questions essentielles : quelle est la gravité de la violence en Ontario? Et, nous dirigeons-nous irrémédiablement vers une société de plus en plus violente?

Manifestement, la perception du public est que les crimes violents sont en augmentation : c’est ce que pensent la majorité des Ontariennes et des Ontariens. Par exemple, d’après les résultats d’une enquête générale menée auprès de la population en 2007, plus de 70 pour 100 des habitants de Toronto croient que la criminalité a enregistré une hausse significative au cours des 10 dernières années.

Dans cette section, nous comparons la réalité à cette perception et nous examinons les répercussions de la violence réelle sur certaines de nos communautés et sur notre société en général. Dans les sections suivantes, nous présenterons les tendances qui se dessinent selon nous et nous expliquerons pourquoi elles suscitent les préoccupations que nous avons énoncées dans notre introduction.

1. Que nous révèlent les statistiques policières à propos de la violence en Ontario?

Du point de vue statistique, il existe deux grandes méthodes pour aborder la question de l’ampleur de la violence. La première consiste à se fonder sur les niveaux de criminalité rapportés à la police ou constatés par elle. La deuxième consiste à se fonder sur les niveaux de criminalité révélés aux chercheurs, tant par les victimes que par les auteurs des crimes. Nous utilisons ces méthodes tour à tour, tirant les statistiques et une grande partie de l’analyse d’un article très utile rédigé par notre chercheur-conseil, le professeur Scot Wortley. Le lecteur trouvera un complément d’information sur les méthodologies utilisées et les problèmes dans l’article intitulé A Province at the Crossroads: Statistics on Youth Violence in Ontario, au Volume 4. Nous complétons cette section par une brève présentation des points de vue importants sur la violence fournis par des chercheurs travaillant dans le domaine des études sur l’importance de la race.

Malgré la perception du public, si nous observons les crimes signalés à la police, les faits sont clairs : les crimes violents ont enregistré une réelle diminution dans la province ces 20 dernières années. Le crime violent, au sens où l’entend le Centre canadien de la statistique juridique, est une mesure composite qui inclut les homicides, les tentatives d’homicide, les voies de fait, les agressions sexuelles et les vols qualifiés; le taux de criminalité est exprimé sous la forme du nombre d’incidents signalés pour 100 000 habitants. Entre 1986 et 2006, le taux de crimes violents a chuté de cinq pour cent, passant de 797 incidents enregistrés pour 100 000 Ontariennes et Ontariens à 756. Le taux d’homicide de la province, après avoir atteint un pic en 1975, a diminué progressivement, si bien qu’en 2006 il était inférieur de 40 pour 100 au taux enregistré en 1975. Avec une proportion de 1,5 pour 100 000, le taux d’homicide de l’Ontario n’est que légèrement supérieur à ce qu’il était en 1961. Manifestement, peu de choses laissent penser que l’Ontarienne ou Ontarien moyen risque davantage d’être victime de violence qu’il y a 30 ou 40 ans.

Alors, où nous situons-nous par rapport à d’autres provinces ou pays? L’Ontario est-il plus dangereux que d’autres régions du Canada ou du monde? Encore une fois, la réponse est clairement « non ».

En 2006, le taux de crime violent de l’Ontario (756 pour 100 000) était, à égalité avec celui du Québec, le deuxième taux le plus faible du Canada. Seule l’Île-du-Prince-Édouard affichait un taux inférieur (714 pour 100 000). Par contraste, le taux de la Saskatchewan était de 2 039 pour 100 000 habitants et celui du Manitoba atteignait 1 598 pour 100 000, soit dans les deux cas plus du double du taux enregistré en Ontario.

En 2006, le taux d’homicide de l’Ontario (1,5 pour 100 000) était le sixième taux le plus faible du Canada, lui aussi inférieur de plus de la moitié à celui affiché par le Manitoba (3,3 pour 100 000) et la Saskatchewan (4,1 pour 100 000). Les taux concernant les voies de fait, les agressions sexuelles et les vols qualifiés étaient eux aussi remarquablement cohérents par rapport aux résultats concernant les homicides : en 2006, l’Ontario avait le deuxième taux le plus faible en ce qui concerne les agressions physiques et les agressions sexuelles et le sixième taux le plus faible en ce qui concerne les vols qualifiés. En résumé, par rapport aux autres provinces, l’Ontario est un endroit sûr où vivre, pour la plupart de ses habitants.

À l’échelon international, les résultats sont presque semblables, seulement plus spectaculaires. En général, le taux d’homicide est beaucoup plus élevé dans les pays en développement comme l’Afrique du Sud (40,5 pour 100 000), le Brésil (53,3 pour 100 000) ou la Jamaïque (62,1 pour 100 000) que dans les pays développés comme le Canada (1,8 pour 100 000), qui affiche malgré tout un taux supérieur à celui de l’Ontario (1,5 pour 100 000). Ce taux est également élevé en Europe de l’Est, particulièrement dans les pays de l’ancienne Union soviétique. Par exemple, le taux d’homicide de la Russie (19,9 pour 100 000) est environ 13 fois plus élevé que celui de l’Ontario. Le taux affiché par les États-Unis (5,7 pour 100 000) est quatre fois plus élevé que celui de l’Ontario, qui se comporte tout aussi bien par rapport à chaque État pris isolément. En effet, seuls deux des 50 États américains, le Dakota du Nord et le New Hampshire, semblent avoir un taux d’homicide inférieur à celui de l’Ontario.

Une autre perception du public est que, si la province en général est sûre, ses villes ne le sont pas. Selon l’enquête générale mentionnée précédemment, 50 pour 100 des Torontoises et Torontois pensent que cette ville enregistre plus de crimes que les autres grandes villes canadiennes. Cependant, dans un classement des 20 grandes régions urbaines, seules deux villes de l’Ontario figurent dans les 10 villes les plus violentes du Canada : Thunder Bay et Sudbury. Toronto, que les stéréotypes décrivent souvent comme violente, arrive en 14e position sur 20 régions urbaines.

Le tableau est similaire lorsque l’on compare les villes ontariennes avec leurs équivalents dans d’autres pays. Detroit, par exemple, a enregistré le taux d’homicide urbain (47,3 pour 100 000) le plus élevé des États-Unis en 2006 – 26 fois les taux de Toronto et d’Ottawa qui, s’ils sont élevés pour l’Ontario, se situent juste dans la moyenne nationale du Canada (1,8 pour 100 000). Nos chercheurs n’ont pas trouvé une seule ville américaine de plus de 250 000 habitants ayant un taux d’homicide inférieur à celui de Toronto ou d’Ottawa. Par rapport à d’autres villes européennes, Toronto et Ottawa apparaissent également comme des endroits sûrs. Le taux d’homicide de Glasgow est de 6,2 pour 100 000, celui d’Amsterdam de 4,4 pour 100 000, celui de Londres de 2,6 pour 100 000 et celui de Copenhague de 2 pour 100 000. En revanche, les taux enregistrés par Lisbonne (0,6 pour 100 000), Vienne (1,1 pour 100 000) et Rome (1,3 pour 100 000) montrent tous que les villes ontariennes pourraient peut-être faire mieux.

2. Que nous révèlent les enquêtes sur la victimisation à propos de la violence en Ontario?

Donc, que nous révèlent les enquêtes sur la victimisation et les enquêtes par autodéclaration à propos du taux de violence en Ontario? En général, ce genre d’enquête met au jour beaucoup plus d’activités criminelles que les statistiques officielles de la police. Par exemple, l’Enquête sociale générale de 2004, préparée par Statistique Canada, a livré un taux non officiel de criminalité d’environ 28 000 pour 100 000 habitants. Par opposition, d’après les statistiques officielles, le taux de criminalité en 2004 était seulement de 8 951 pour 100 000. Cet immense écart peut s’expliquer par le fait que la plupart des crimes ne sont jamais signalés à la police ou découverts par celle-ci et qu’ils ne sont donc pas enregistrés dans les statistiques officielles. En effet, selon les résultats de l’Enquête sociale générale de 2004, un tiers seulement de tous les incidents de victimisation sont signalés à la police.

Selon cette même enquête, au Canada, 28 pour 100 des 15 ans et plus ont été victimes au moins une fois d’un acte criminel au cours des 12 mois précédents. Toujours selon cette enquête, huit pour cent ont été victimes d’une agression physique au cours de l’année précédente, deux pour cent d’une agression sexuelle et un pour cent d’un vol qualifié. Au total, 10,6 pour 100 de la population a subi un ou plusieurs incidents de victimisation avec violence dans les 12 mois précédents, ce qui représente une légère baisse par rapport au taux enregistré au cours de l’Enquête sociale générale de 1999.

Lorsque l’on compare par province les taux de victimisation violente présentés dans l’enquête de 2004, le schéma de données concorde généralement avec les statistiques officielles présentées ci-dessus. Globalement, selon ces enquêtes, les crimes violents semblent plus nombreux dans l’Ouest et dans l’Est du Canada. L’Ontario, qui affiche le huitième taux le plus faible en ce qui concerne les crimes violents enregistrés officiellement, ne remonte qu’en sixième place lorsque l’on fonde les estimations sur les données de l’Enquête sociale générale.

Au rang des villes, Toronto et Hamilton présentent toutes deux des taux de victimisation violente proches de la moyenne nationale. Ces taux sont inférieurs à ceux enregistrés dans l’Ouest canadien et en Nouvelle-Écosse mais un peu plus élevés qu’au Québec.

Compte tenu du thème central de notre rapport, nous avons également voulu comparer la violence rapportée par les jeunes de l’Ontario avec celle rapportée par les jeunes d’autres provinces. Heureusement, l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ), une enquête par autodéclaration menée dans l’ensemble du Canada, nous a fourni des données pondérées permettant d’obtenir un échantillon représentatif des jeunes du Canada âgés de 12 à 17 ans et de réaliser pareille comparaison.

Dans le cadre du cycle 4 de l’ELNEJ, il a été demandé aux répondants s’ils avaient été impliqués dans l’un des neuf actes de violence grave suivants au cours des 12 mois précédents : une attaque si grave que la victime a eu besoin de soins médicaux, une agression armée, le port d’une arme blanche, le port d’une arme à feu, le port de tout autre type d’arme, comme un bâton ou une matraque, un vol qualifié, une agression sexuelle mineure (contacts sexuels non désirés), une agression sexuelle majeure (relations sexuelles sous la contrainte), et un incendie volontaire.

En Ontario, 19,5 pour 100 des jeunes interrogés ont indiqué qu’ils avaient été impliqués dans au moins un type de comportement violent grave au cours des 12 mois précédents. Le taux de l’Ontario est quelque peu inférieur à celui de la région de l’Atlantique (20 pour 100), de l’Alberta (22,5 pour 100) et du Manitoba (26,4 pour 100) et un peu supérieur à celui du Québec (17,5 pour 100), de la Saskatchewan (18,5 pour 100) et de la Colombie-Britannique (17,7 pour 100) (Sprott et Doob, 2008, cité dans Wortley).

Pour étudier plus en profondeur les types de violence juvénile rencontrés, notre chercheurconseil a examiné neuf autres études liées à la violence chez les jeunes; toutes sont citées dans son rapport de recherche au Volume 4. Comparer les résultats de ces différentes études est certes difficile mais il est possible de démontrer que diverses formes de violence sont assez communes dans la vie des jeunes.

Intimidation

L’intimidation, qui se définit comme une forme de mauvais traitements infligés par les pairs qui correspond à un modèle d’agression répétitive dans lequel il existe un rapport de force (Craig, Pepler et Blais, 2007, cité dans Wortley), est la forme de violence la plus courante chez les jeunes. Selon une étude menée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) en 2001–2002, 40 pour 100 des élèves du Canada ont été victimes d’intimidation au cours des mois précédents (Craig et Harel, 2004, cité dans Wortley).

D’autres études sont parvenues à des conclusions similaires. Par exemple, le recensement des élèves mené récemment par le Toronto District School Board (Toronto District School Board Student Census – Yau et O’Reilly, 2007, cité dans Wortley) a non seulement confirmé la prévalence de l’intimidation mais a également bien illustré les diverses formes qu’elle revêt. Il a également montré que l’intimidation était plus répandue dans les écoles intermédiaires de Toronto que dans ses écoles secondaires.

Pourcentage d’élèves déclarant avoir été « parfois » ou « souvent » victimes d’actes d’intimidation
Nature de l’intimidation Écoles intermédiaires Écoles secondaires
Injures, insultes 41 31
Exclusion d’un groupe 21 16
Intimidation physique perpétrée par une personne à l’école 16 10
Intimidation physique perpétrée par un groupe ou une bande à l’école 10 7

Source : Yau et O’Reilly, 2007 (cité dans Wortley); Toronto District School Board Student Census

L’enquête de l’OMS a également fourni davantage de précisions sur les auteurs de ces actes d’intimidation. Si 36 pour 100 des répondants ont indiqué avoir perpétré des actes d’intimidation contre une autre personne au cours des mois précédents, il semble que les garçons, avec 54 pour 100, soient beaucoup plus susceptibles de se livrer à ce genre d’actes que les filles, qui affichent un taux de 32 pour 100 (Craig et Harel 2004, cité dans Wortley).

Il se peut aussi que les auteurs d’actes d’intimidation en commettent beaucoup. Selon une enquête menée en 1997 auprès des Canadiennes et des Canadiens, six pour cent des enfants ont reconnu avoir commis des actes d’intimidation plus d’une ou deux fois par semaine sur une période de six semaines.

Menaces physiques et voies de fait

D’après l’examen que le professeur Wortley a réalisé des différents articles de recherche, les menaces physiques et les voies de fait semblent également assez répandues et, comme on pouvait s’y attendre, les jeunes de la rue présentent un risque plus élevé que les élèves.

Ci-après figurent quelques chiffres livrés par une enquête menée sur la victimisation et la criminalité chez les jeunes à Toronto (2000 Toronto Youth Crime and Victimization Survey).

Pourcentage de jeunes déclarant avoir été victimes de menaces physiques ou de voies de fait, y compris avec une arme
Incident À un moment de leur vie Au cours des 12 mois précédents
Élèves du secondaire Jeunes de la rue Élèves du secondaire Jeunes de la rue
Menaces physiques 67 85 39 76
... à l’aide d’une arme 28 73 15 59
Agression physique 70 85 39 69
... à l’aide d’une arme 16 59 7 44

Source : Tanner et Wortley, 2002, cité dans Wortley; 2000 Toronto Youth Crime and Victimization Survey

D’autres études viennent confirmer la fréquence des menaces physiques et des voies de fait, avec ou sans arme :

Vol qualifié/extorsion

Les vols qualifiés et les extorsions sont beaucoup moins répandus mais un nombre significatif de jeunes de l’Ontario en sont encore victimes à un moment ou un autre.

Si l’on se réfère à la 2000 Toronto Youth Crime and Victimization Survey, il apparaît que 13 pour 100 des élèves des écoles secondaires de Toronto et 50 pour 100 des jeunes de la rue ont utilisé ou menacé d’utiliser la force pour voler quelqu’un, huit pour cent des élèves et 40 pour 100 des jeunes de la rue déclarant avoir agi de la sorte au cours des 12 mois précédents. Les garçons sont beaucoup plus susceptibles de s’adonner à ce comportement; 20 pour 100 des garçons des écoles secondaires ont indiqué avoir agi de la sorte à un moment de leur vie, contre seulement six pour cent des filles.

Utilisation d’une arme

Le public est, avec raison, préoccupé par l’apparente flambée de la violence avec arme à feu, bien que, comme nous l’avons dit précédemment, dans les faits, le taux d’homicide de l’Ontario n’ait pas cessé de chuter depuis ces 30 dernières années. Cependant, comme nous le dirons plus loin dans ce chapitre, la violence grave est de plus en plus répandue parmi les hommes pauvres appartenant à une minorité, et, bien trop souvent, elle s’accompagne d’échanges de coups de feu. À Toronto, par exemple, les armes à feu ont été utilisées dans la moitié des homicides depuis 2000, alors qu’elles n’étaient utilisées que dans 25 pour 100 des cas dans les années 1970.

En ce qui concerne l’utilisation des armes à feu dans la violence à l’école, il apparaît qu’un très faible, néanmoins inquiétant, pourcentage d’élèves sont impliqués. Selon une étude menée en 2003, 10 pour 100 des répondants ont déjà porté une arme, bien que le type de celle-ci n’ait pas été précisé (Paglia et Adalf, 2003, cité dans Wortley). Cependant, en 2005, l’étude comparable a interrogé les répondants sur le port d’arme à feu. Les résultats ont suggéré que 2,2 pour 100 des élèves des écoles secondaires de l’Ontario avaient porté une arme à feu au cours des deux années précédentes (Centre de toxicomanie et de santé mentale, 2006, cité dans Wortley). Ces chiffres sont assez proches de ceux obtenus dans le cadre d’une autre étude canadienne, selon laquelle 28 pour 100 des élèves des écoles secondaires de Calgary ont apporté une arme à l’école, et qu’il s’agissait pour trois pour cent d’entre eux d’une arme de poing (Paetsch et Bertrand, 1999, cité dans Wortley).

Selon une étude menée à Toronto, 40 pour 100 des élèves des écoles secondaires ont porté une arme en dehors de l’école et 15 pour 100 en ont apporté une à l’école (Erickson et Butters, 2003, cité dans Wortley). Selon la même étude, un pour cent des répondants ont déclaré avoir eux-mêmes apporté une arme à feu à l’école. Trois pour cent des répondants ont affirmé avoir menacé ou tenté de blesser quelqu’un avec une arme à feu, tandis que sept pour cent ont déclaré avoir été menacés ou attaqués par une personne à l’aide d’une arme à feu.

Agression sexuelle et harcèlement

Le modèle relatif aux agressions sexuelles ou au harcèlement tel que dévoilé par la Toronto Youth Crime and Victimization Survey (Tanner et Wortley, 2002, cité dans Wortley) est très similaire à celui des autres types de violence, particulièrement en ce qui concerne les écarts entre les élèves des écoles secondaires et les jeunes de la rue.

Pourcentage de jeunes déclarant avoir été victimes d’une agression sexuelle ou de harcèlement sexuel
Incident À un moment de leur vie Au cours des 12 mois précédents
Élèves du secondaire Jeunes de la rue Élèves du secondaire Jeunes de la rue
H F H F H F H F
Contacts sexuels non désirés 9 42     5 23    
Agression sexuelle 4 20 26 72 3 10 19 51

Source : Tanner et Wortley, 2002, cité dans Wortley; Toronto Youth Crime and Victimization Survey

Ces résultats sont appuyés par l’enquête de 2007 du Centre de toxicomanie et de santé mentale (Wolfe et Chiodo, 2008, cité dans Wortley) auprès des élèves des écoles secondaires de l’Ontario. Parmi les filles de neuvième année, 46 pour 100 ont déclaré que, dans les trois mois précédents, elles avaient été victimes de commentaires, gestes ou plaisanteries d’ordre sexuel non désirés. Trente pour cent d’entre elles ont également affirmé avoir été victimes de contacts sexuels non désirés et 16 pour 100 ont déclaré qu’une personne avait tiré sur leurs vêtements d’une manière sexuelle.

3. Que nous révèlent les théories critiques de la race à propos de la violence en Ontario?

Les statistiques présentées ci-dessus reposent sur les définitions et les sens traditionnels de la violence. Pour mener l’analyse qui suit dans le présent rapport, il a fallu notamment prendre en compte les différents points de vue que les chercheurs oeuvrant dans le domaine des études sur l’importance de la race apportent à la manière dont nous appréhendons la violence.

Dans le Volume 4, nous avons publié un document du professeur Walcott et de ses collègues qui présente une analyse sur les théories critiques de la race concernant plus particulièrement la situation actuelle en Ontario. L’analyse documentaire incluse au Volume 5 fournit un aperçu supplémentaire des travaux publiés dans ce domaine. Nous recommandons ces analyses de la théorie à ceux et celles qui souhaitent en avoir une vision plus approfondie que celle que nous pouvons proposer dans la brève mention qui en est faite ici.

En résumé, les chercheurs oeuvrant dans le domaine des études sur l’importance de la race fournissent deux analyses importantes permettant d’appréhender la violence. La première consiste à expliquer comment une longue histoire de racisme et sa réalité actuelle peuvent engendrer la violence, particulièrement lorsqu’elles sont combinées à des politiques économiques qui génèrent la pauvreté pour beaucoup trop de personnes racialisées. La deuxième vise à nous aider à comprendre la manière dont le racisme et certains éléments du système économique sont eux-mêmes perçus comme de la violence par les membres économiquement défavorisés des communautés racialisées.

Dans l’article d’analyse mentionné précédemment, le professeur Walcott et ses collègues soulignent que, de certains points de vue, la violence n’est pas une aberration mais une partie omniprésente de la structure sociale et de la réalité quotidienne de beaucoup trop d’habitants de l’Ontario :

« Notre thèse centrale est que nous ne pouvons pas comprendre la violence et la criminalité sans aborder l’oppression raciale et la manière dont celle-ci engendre la pauvreté... » [Walcott et coll., Volume 4 : p. 319]

« Ce qui est significatif, c’est la manière dont les conditions des 30 dernières années ont engendré un repli intérieur de la violence, qui se déchaîne sur les travailleurs pauvres et sur les pauvres des communautés, souvent de leur fait mais pas exclusivement. Dans ce milieu, il faut également considérer comme de la violence la présence policière excessive, l’accès inadéquat aux soins et aux services de santé, la violence fondée sur le genre à l’intérieur des familles et en dehors, ainsi que la violence homophobe et transphobe, parallèlement au contrôle social et à l’aliénation politique et culturelle du droit de cité des communautés touchées, dans la province et l’ensemble du pays. » [p. 338].

Il était particulièrement révélateur pour nous de constater dans quelle mesure les propos recueillis dans le cadre de nos consultations, et surtout de nos séances de consultation des gens des quartiers, correspondaient à ces théories.

4. Que nous ont révélé les quartiers que nous avons visités à propos de la violence en Ontario?

Aussi utiles que puissent être ces statistiques et ces analyses, nous devons également prêter attention à ce qui nous a été dit sur la violence dans les huit quartiers que nous avons visités. Comme indiqué au chapitre 2, pour en savoir plus sur le sens de la violence en termes humains, nous avons visité huit quartiers : quatre à Toronto et un à Hamilton, à Kitchener-Waterloo, à Thunder Bay et à Ottawa. Dans chacun de ces quartiers, nous avons rencontré des représentants communautaires ayant travaillé pendant plusieurs semaines avec des animateurs rémunérés afin de se préparer à discuter avec nous des problèmes relatifs à la violence chez les jeunes au sein de leur communauté.

Les propos que nous avons recueillis projettent une image sombre de la violence dans les communautés défavorisées de l’Ontario. Ces messages importants sont bien résumés dans le Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, qui figure au Volume 3 de notre rapport. Par conséquent, nous présentons ce résumé ci-après. Cependant, sachez qu’il s’agit d’une synthèse des propos qui nous ont été tenus dans les huit quartiers et non d’un portrait de la réalité de l’un ou l’autre de ces quartiers. De manière générale, voici ce qui nous a été dit :

« La violence est partout et un moyen pour les jeunes de résoudre les conflits – l’intimidation, les descentes de police, le cinéma et la télévision, la violence familiale, la guerre. Elle est tellement présente que certains jeunes affirment préférer tuer que risquer d’être battus, de perdre la face ou d’être embarrassés. Les jeunes se sentent en sécurité et ont un sentiment d’appartenance lorsqu’ils font partie d’un groupe; c’est l’une des raisons pour lesquelles ils se joignent à un gang de rue. » [Dooling et Swerhun, Volume 3 : p. v]

Les enseignements de ce rapport montrent qu’il existe de nombreux types de violence chez les jeunes. Comme l’a résumé notre chercheur-conseil, certains de ces actes de violence sont perpétrés par les jeunes contre d’autres personnes; on observe également un autre type de violence, dans laquelle les jeunes sont les victimes et qui a elle aussi d’immenses répercussions sur eux – violence familiale, interventions policières trop musclées, violence institutionnelle (politiques et systèmes gouvernementaux, écoles et système de justice pénale). Les communautés soulignent également que nous vivons dans une culture où la violence est glorifiée à la télévision et par les gouvernements, qui adoptent des moyens agressifs de régler leurs différends. La pauvreté a également été désignée comme un type de violence dirigée contre les jeunes.

Plus précisément, dans un ou plusieurs des quartiers que nous avons visités, les jeunes et d’autres membres de la communauté nous ont dit ce qui suit à propos de la violence qu’ils rencontrent :

Violence par les armes à feu. Les jeunes qui obtiennent des armes à feu sont de plus en plus jeunes, certains n’ont que 10 ans. Les particuliers qui gardent des armes chez eux (p. ex., des collectionneurs) sont connus des gangs de rue qui les leur volent. Il est facile d’acheter des armes à feu et d’en louer.

Drogues. Les quartiers sont divisés en territoires, nord et sud, est et ouest, pour la vente de drogues... Tout cela mène à la violence, aux fusillades, aux invasions de domicile, etc.

Attaques dans la rue. Les gens se font agresser par derrière ou accoster et on leur dérobe leurs chaussures, vêtements, MP3 et de l’argent.

Attaques de groupe, agressions verbales, intimidation, menaces.

Gangs de rue et guerres de territoire. Dans au moins un quartier, cette évolution s’explique par le vide créé il y a trois ans lorsque la police a éradiqué un gang. Des jeunes sont arrivés pour combler ce vide [ce qui a entraîné un surcroît de violence].

Attaques à l’arme blanche. Les couteaux sont souvent utilisés pour menacer. De plus, on peut les acheter plus facilement.

Plus de violence de la part des filles contre les filles. Certaines veulent montrer aux garçons qu’elles peuvent être aussi dures ou fortes qu’eux. Les filles sont plus nombreuses à porter des armes ou des drogues pour les garçons.

Plus de violence et d’intimidation à l’école. Les bagarres commencées à l’école se poursuivent dans la rue. Beaucoup de jeunes victimes d’intimidation doivent parcourir de grandes distances pour aller dans une autre école et éviter les brutes qui les intimidaient. D’autres sèchent les cours pour y échapper.

Invasions de domicile. Les gens d’un certain quartier nous ont dit avoir entendu parler de personnes en possession de drogue, d’argent ou de biens volés être victimes d’invasions à domicile.

Menaces à l’endroit des témoins.

Agressions sexuelles et violence lors des fréquentations.

Violence dans le sport. On nous a cité en exemple des parents qui se battent avec d’autres parents devant leurs enfants aux matches de hockey... Les actes de violence dans le sport ont également lieu dans les écoles secondaires lorsque les élèves d’une école vont dans une autre école pour supporter leur équipe, mais ils sont agressés ou attaqués pour avoir mis les pieds sur le terrain de l’autre école. Certains jeunes s’y préparent en portant des armes.

Violence familiale. Les parents se bagarrent ou battent leurs enfants.

Violence institutionnelle. Les participants ont parlé de la violence dans les systèmes avec lesquels ils traitent chaque jour : des structures et des politiques gouvernementales qui exercent une discrimination contre eux, des écoles qui appliquent une politique de tolérance zéro et renvoient des élèves pour pas grand-chose, des services de police qui ont des préjugés envers les jeunes et les harcèlent et les intimident et un système de justice pénale qui privilégie les punitions et qui peut transformer les jeunes en des criminels endurcis et professionnels.

Nous tenons à souligner que les éléments susmentionnés ne représentent qu’une image composite et ne correspondent pas nécessairement à la réalité des quartiers visités. Nous insistons également sur le fait que les quartiers visités abritent certains réseaux sociaux solides et dynamiques, ainsi que des chefs de file efficaces et de nombreux habitants résolus à bâtir des communautés sûres et positives. Ces quartiers possèdent de nombreux atouts sociaux sur lesquels ils peuvent faire fond, notamment des idées précieuses sur les priorités et les approches à employer pour optimiser les chances de réussite.

Cela dit, quelques-unes seulement des manifestations de violence qui nous ont été décrites suffiraient à mettre à rude épreuve n’importe quel quartier. Si nous laissons cette violence gagner en intensité et en influence et si nous ne parvenons pas à nous mobiliser en tant que société afin de faire face aux conditions qui lui ont donné naissance, le pronostic pour de nombreux quartiers et pour notre province même pourrait être sombre.

Quelles sont les tendances?

1. Tendances dans les statistiques

Laissons un peu de côté le thème de la rue pour revenir aux statistiques. Nous remarquons que, si le taux global de violence en Ontario semble relativement stable, de plus en plus d’éléments de preuve laissent penser que les actes de violence grave sont de plus en plus concentrés chez les jeunes. Ce niveau élevé d’implication des jeunes dans des crimes violents, en tant que victimes ou en tant qu’auteurs, est très inquiétant.

Il est incontestablement difficile d’établir avec précision l’ampleur de la violence chez les jeunes au Canada, essentiellement parce que les données officielles ne sont pas publiées par âge, sauf pour les jeunes de 12 à 17 ans, et parce que la définition d’un jeune au-delà de 17 ans est loin d’être cohérente. Cependant, de nombreuses recherches internationales montrent que les jeunes sont plus susceptibles de commettre un crime et de s’adonner à la violence que les personnes plus âgées. En général, les jeunes au milieu de l’adolescence et au début de la vingtaine affichent les taux les plus élevés d’infraction criminelle et de comportement violent.

Ces conclusions sont étayées par les données canadiennes présentées dans l’article du professeur Wortley, au Volume 4. Par exemple, les données montrent que, si les 15 à 24 ans représentaient seulement 14 pour 100 de la population canadienne en 1999, ils étaient impliqués dans 36 pour 100 de l’ensemble des infractions criminelles. D’après ces données, le taux de criminalité le plus élevé concernait les jeunes de 15 à 19 ans, suivis de près par les 20 à 24 ans et les 25 à 29 ans. Dans l’ensemble, le taux de criminalité des 15 à 24 ans était trois fois plus élevé que la moyenne nationale.

De même, d’après les données obtenues auprès du ministère du Procureur général, les jeunes de 12 à 29 ans, s’ils ne regroupent que 23 pour 100 de la population ontarienne, représentaient pourtant 56 pour 100 des personnes mises en accusation pour un crime et 52 pour 100 des personnes inculpées pour un crime violent en 2007 en Ontario. Globalement, les jeunes de 18 à 24 ans présentaient le taux de crime violent le plus élevé de l’Ontario, suivis par les 25 à 29 ans et les 12 à 17 ans.

Comme les statistiques policières officielles, les résultats de l’Enquête sociale générale de 2004 suggèrent que la violence est extrêmement concentrée chez les jeunes. En effet, le taux de victimisation violente des répondants de 15 à 24 ans est deux fois plus élevé que celui des 35 à 44 ans et plus de quatre fois supérieur à celui des 55 ans et plus. Les enquêtes laissent supposer que la plupart des jeunes de l’Ontario subiront une quelconque forme de victimisation violente à un moment ou l’autre de leur vie. La plupart de ces évènements ne seront jamais signalés à la police et ne seront donc jamais repris dans les statistiques officielles sur la criminalité. Parallèlement, selon les victimes, deux tiers de l’ensemble des contrevenants avaient moins de 34 ans, 13 pour 100 appartenant à la catégorie des jeunes contrevenants (12 à 17 ans) et 50 pour 100 étant identifiés comme des jeunes adultes de 18 à 34 ans.

Autre constatation inquiétante, dans les années 1970, à Toronto, moins d’un quart des victimes d’homicide avaient moins de 25 ans. Par contraste, depuis 1998, plus de 40 pour 100 des victimes ont moins de 25 ans. De même, les données officielles de la police ont révélé qu’un nombre record de jeunes contrevenants avaient été inculpés pour meurtre au Canada en 2006.

Comme indiqué ci-dessus, pour rédiger ce chapitre, nous nous sommes largement appuyés sur les travaux du professeur Wortley, et plus particulièrement sur son article présenté au Volume 4. Le professeur Wortley, qui étudie ces données et ces problèmes depuis de nombreuses années, et qui s’appuie également sur les travaux d’autres personnes qu’il cite dans son article, a isolé un certain nombre de tendances significatives à partir des statistiques disponibles. Parmi ces tendances, celles énoncées ci-après sont particulièrement inquiétantes :

« [D]e plus en plus d’éléments de preuve montrent que les taux de signalement d’actes criminels parmi les jeunes pourraient encore baisser. Par exemple, selon une enquête menée en 2000 auprès d’étudiants du secondaire de Toronto (Tanner et Wortley, 2000), 50 pour 100 des victimes de crime ont signalé leur pire expérience de victimisation à leurs parents ou à la police. Cependant, en 2007, ce taux de signalement était tombé à seulement 10 pour 100 (School Community Safety Advisory Panel, 2008). Ces données sur le taux de signalement montrent clairement qu’un grand nombre de jeunes Ontariennes et Ontariens souffrent de victimisation violente dans un silence relatif. Elles montrent également que les statistiques officielles sur la criminalité sous-estiment gravement la véritable ampleur de la violence chez les jeunes en Ontario.

« [L]’analyse des données révèle également que la violence grave se concentre de plus en plus parmi les hommes pauvres appartenant à une minorité... [B]ien que les données sur les crimes à caractère racial soient rarement communiquées en Ontario, celles qui ont été publiées tendent à indiquer clairement que les hommes appartenant à une minorité sont particulièrement susceptibles d’être victimes d’un crime violent. Par exemple : entre 1992 et 2003, le taux d’homicide pour la communauté noire de Toronto (10,1 par 100 000) était presque cinq fois plus élevé que la moyenne de la ville (2,4 par 100 000).

« En janvier 2008, le Toronto Star a publié le nom et la photographie de 113 victimes d’homicide, toutes tuées en 2007, de la région du grand Toronto (y compris les régions de Halton, Peel, Durham et York). Une analyse de ces noms et de ces photographies a révélé que 44 des victimes étaient afro-canadiennes. Ainsi, si les Canadiennes et Canadiens d’origine africaine ne représentent que sept pour cent de la population totale de la région du grand Toronto (selon le recensement de 2001), en 2007, ils représentaient presque 40 pour 100 des victimes d’homicide de la ville.

« Un complément d’analyse révèle qu’un nombre disproportionné d’incidents violents ont lieu dans des communautés défavorisées sur le plan social ou impliquent à la fois des victimes et des auteurs issus de ces communautés. Par conséquent, il est clair que le recoupement de la race avec la privation sociale et le dénuement économique pourrait expliquer cette surreprésentation des minorités raciales dans les crimes violents.

« La nature de la violence a également changé ces deux dernières décennies, particulièrement dans les plus grandes villes de la province. Deux tendances méritent une attention particulière. Premièrement, la violence grave devient de plus en plus publique. Par exemple, en 1974, 50 pour 100 seulement des homicides de Toronto ont eu lieu dans des lieux publics... tandis que depuis 1990, cette proportion est passée à plus de 75 pour 100 (Gartner et Thompson, 2004).

« Certains éléments de preuve laissent également penser que le recours aux armes à feu a largement augmenté dans les régions urbaines de l’Ontario. Par exemple, au cours des années 1970, 25 pour 100 seulement des homicides de Toronto ont été commis à l’aide d’une arme à feu. Cependant, environ 50 pour 100 de l’ensemble des meurtres commis depuis 2000 impliquaient l’emploi d’une arme à feu (Gartner et Thompson, 2004).

« Selon un rapport publié récemment par Statistique Canada, en 2006, 25 pour 100 de tous les crimes commis à l'aide d'une arme à feu au Canada ont eu lieu à Toronto [qui abrite moins de 10 pour 100 de la population canadienne]. Toronto a affiché – parmi les villes canadiennes – le troisième taux le plus élevé de crimes commis à l'aide d'une arme à feu.

« Selon Statistique Canada, l’utilisation des armes à feu par les jeunes contrevenants a également augmenté au cours de trois des quatre dernières années. En effet, selon les chiffres les plus récents, les infractions commises à l'aide d'une arme à feu parmi les jeunes contrevenants ont augmenté d’un tiers depuis 2002 (Statistique Canada, 2008).

« Un certain nombre d’experts ont également soutenu que les activités graves des gangs de jeunes avaient augmenté en Ontario au cours de la dernière décennie...

« Il s’agit d’une affirmation difficile à établir en raison du manque d’études systématiques à long terme. Il n’existe tout simplement pas de données de référence pouvant servir de point de comparaison avec les estimations actuelles. Cependant, la présumée augmentation des activités des gangs de jeunes est absolument cohérente avec un certain nombre d’autres tendances de la criminalité, qui sont bien documentées, notamment la concentration de la violence juvénile parmi les hommes appartenant à une minorité défavorisée, l’utilisation accrue des armes à feu chez les jeunes et la nature de plus en plus publique des comportements violents.

« Il est intéressant de noter que, selon le Centre canadien de la statistique juridique, les homicides attribuables à des gangs étaient plus fréquents chez les jeunes (22 pour 100) que chez les adultes (neuf pour cent). » [Volume 4 : p. 55 à 57]

2. Tendances dans les quartiers

Les tendances que nous avons observées dans les quartiers visités confirment hors de tout doute celles dégagées par le professeur Wortley à partir des statistiques disponibles. Nous nous appuierons ici encore sur le synopsis préparé par nos consultantes des séances de consultation des gens des quartiers pour présenter les commentaires que nous avons reçus et nous soulignons à nouveau qu’il s’agit d’un compte rendu de ce qui nous a été dit et non de nos conclusions. Il s’agit d’une image composite qui ne reflète pas nécessairement la situation de l’un ou l’autre des quartiers concernés. Cependant, comme nous le verrons, le signal d’alarme que déclenchent ne serait-ce que certains éléments de ce composite est une source de préoccupation majeure.

Comme indiqué dans le Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers (Volume 3), lorsque l’on discute de la violence chez les jeunes avec les membres des communautés, la frontière entre les causes profondes de cette violence et ses répercussions est souvent confuse. Cette confusion vient du fait que, du point de vue des communautés, nombre des répercussions de la violence ont fini par devenir les causes profondes d’un accroissement de la violence, créant un cercle vicieux. Les répercussions de la violence décrites ci-dessous sont celles qui sont essuyées non seulement par les jeunes mais aussi par les communautés et par notre société dans son ensemble. Tout le monde subit les répercussions de la violence chez les jeunes. Ci-après figurent quelques-unes de ces répercussions, telles qu’elles sont présentées dans le rapport de nos consultantes :

La peur s’intensifie dans les quartiers. Les habitants de certains quartiers sont virtuellement emprisonnés chez eux. Les revendeurs de drogue et les gangs de rue contrôlent les terrains de jeux. Ils tirent des coups de feu dans la rue sans se soucier des passants innocents. Les gens se méfient les uns des autres et refusent de s’entraider. Les coups de feu ne sont pas toujours signalés à la police, de sorte que les ressources nécessaires pour combattre la violence par les armes à feu sont rarement allouées aux quartiers qui en ont le plus besoin. Les parents craignent de laisser leurs enfants participer aux activités de la communauté... Lorsque les gens vivent dans la crainte, ils l’intériorisent et voient les autres comme des étrangers, ce qui accroît le sentiment d’isolement.

Un code de silence s’installe. Les gens craignent des représailles s’ils signalent un crime à la police ou témoignent. Les programmes de protection des témoins inefficaces servent à renforcer le « code de délation », ce qui alimente un code de silence. Le sentiment de frayeur dans certains quartiers est indescriptible, surtout chez les mères – il y a suffisamment d’intimidation pour que les gens ne parlent pas à la police.

Les communautés et les jeunes sont stéréotypés. Les médias présentent une image négative et stéréotypée du quartier et les habitants commencent à croire à ce stéréotype. Les jeunes n’obtiennent pas d’emploi à cause de l’endroit où ils habitent.

Les communautés, dont les jeunes, sont insensibles à la violence. Les jeunes enfants sont exposés à la violence et s’en inspirent – que ce soit à la maison ou lorsqu’ils sont témoins d’une arrestation violente. Des enfants de l’âge de neuf ans parlent de la violence comme si elle était normale.

La violence devient un moyen acceptable de régler les conflits. Lorsqu’on ne vient pas à bout de la violence, elle se perpétue. Les jeunes ont recours à la violence pour régler les conflits. Ils croient qu’il faut être violent pour survivre et préserver leur honneur.

Les gangs de rue sont créés. Les gangs sont souvent liés à des activités criminelles, mais les jeunes se mettent aussi en groupes pour se protéger. Le problème est qu’il est difficile pour les gens de faire la différence et les bandes de jeunes, quel que soit leur but, peuvent intimider.

Présence accrue de la police. Beaucoup de jeunes ont indiqué ne pas recevoir de respect de la police et avoir été harcelés par elle. Ils ont parlé de la façon dont la police contrôle les jeunes dans la rue sans raison et du sentiment qu’ils ont de ne pas pouvoir circuler librement dans leur propre quartier.... L’arrogance de la police, en particulier dans la façon dont elle s’adresse aux jeunes, nuit à l’établissement d’une relation de confiance entre elle et les jeunes. Il y a la criminalisation des jeunes et un nombre croissant d’arrestations. En outre, le profilage racial devient de plus en plus fréquent.

Les jeunes ont du mal à se concentrer sur leurs études et il est plus difficile d’enseigner. Vivre dans un environnement dangereux sape l’énergie mentale des gens. Il est déjà difficile de répondre aux besoins des élèves lorsque le ratio élèves-enseignant est élevé, mais si on y ajoute les problèmes dus à la pauvreté, beaucoup d’élèves tombent entre les mailles du filet.

Les écoles ne sont pas des lieux sûrs. Les jeunes sont victimes d’actes d’intimidation à l’école et ces actes deviennent plus violents. De plus en plus de jeunes sont renvoyés de l’école. Ils portent des armes pour se protéger, cessent d’aller à l’école ou vont dans une autre école, car celle de leur quartier est dangereuse.

Plus de jeunes souffrent de dépression, ce qui peut les conduire au suicide ou à l’automutilation, ainsi qu’à la surconsommation d’alcool et d’autres drogues. La violence détruit l’estime de soi et enlève aux jeunes l’ambition de faire des choses.

Les organismes de services sociaux ont du mal à répondre à la demande de services. Il n’y a pas assez d’argent et les organismes se livrent concurrence au lieu de coopérer.

Lorsque les jeunes s’embarquent dans une vie de violence, ils ont du mal à en sortir.

L’inaction conduit au désespoir. Il n’y a pas de communication entre les jeunes, les dirigeants des communautés et les institutions. [Volume 3 : p. 75 à 77]

Une scène mémorable vécue lors de notre visite à Ottawa illustre particulièrement l’effet destructeur de cette exposition incessante à la violence :

Un petit garçon, d’environ 11 ans, est assis à une table qui forme l’une des extrémités d’un carré ouvert, dans un centre communautaire très bien éclairé. Il parle d’un incident survenu dans son complexe de logements sociaux : un affrontement au cours duquel la police a été appelée et un cordon de sécurité a été établi, de sorte que ses amis et lui ont dû contourner certains des bâtiments pour rentrer chez eux. Il explique qu’il a vu une personne au sol, menottée. Mais ce n’est pas cet incident qui captive les visiteurs dans la pièce, venus pour en savoir plus sur les répercussions de la violence chez les jeunes sur ce quartier. C’est le ton de la voix de ce petit garçon quand il raconte cette histoire, comme s’il se rappelait une scène vue dans un film ou une petite balade jusqu’au magasin de son quartier pour acheter une glace. Pour cet enfant, ce genre de situation est normal.

Le thème de la banalisation de la violence a été abordé à de nombreuses reprises au cours de nos visites – violence familiale, violence à l’école, violence sexuelle, violence liée à la protection de « territoires », violence déclenchée par la moindre perception d’un manque de respect. Cette violence est constituée en partie des incidents graves qui font les gros titres des journaux et qui sont le fait de la culture des armes à feu et des gangs de rue, mais elle est surtout faite d’incidents quotidiens, comme celui relaté par le jeune garçon d’Ottawa.

En outre, une partie regrettable de cette violence est liée à la perception largement répandue de la « violence officielle ». Cette perception est rapidement visible lorsque les membres des communautés, et particulièrement mais pas exclusivement les jeunes, parlent des relations avec la police. Les membres de toutes les communautés défavorisées sondées nous ont raconté que la police contrôlait des jeunes qui ne faisaient que rentrer chez eux à pied, au retour du centre commercial ou d’un centre de loisirs. Nombre des problèmes, ont-ils convenu, viennent du fait que des policiers excessivement agressifs affrontent les jeunes, qui se sentent déjà victimisés, et que les uns et les autres craignent de perdre la face s’ils reculent.

À l’occasion de l’une de nos séances de consultation des gens des quartiers, au cours de laquelle nombre d’histoires semblables nous ont été racontées, un jeune participant a suggéré aux autres jeunes présents qu’ils devaient recevoir une formation afin d’apprendre à gérer la conduite exagérément agressive de la police et de pouvoir désamorcer l’approche adoptée par la police au cours de ces rencontres. Ce commentaire, de même que les descriptions des rencontres individuelles négatives qui nous ont été faites, est un autre exemple flagrant du niveau de banalisation de la violence.

Cela dit, il serait injuste de ne pas reconnaître et féliciter le travail réalisé par les policiers que nous avons rencontrés dans ces communautés et qui semblent mener une rude bataille, non seulement au sein des quartiers où ils travaillent mais aussi contre une partie de leurs collègues et de leur structure de commandement. De nombreux jeunes reconnaissent cet état de fait mais, s’ils ont des commentaires positifs à formuler sur les policiers affectés dans les écoles ou comme agents de liaison avec la communauté, ils ne considèrent pas ceux-ci comme de « vrais » policiers – ceux-là mêmes qui les contrôlent dans la rue sans raison ou qui organisent des descentes en pleine nuit.

À divers égards, nous avons laissé la violence devenir la normalité dans nos communautés, à un point que nous n’aurions pas pu imaginer il n’y a pas si longtemps. Avec cette banalisation et tout ce qu’elle sous-entend, à l’instar de ce qui se passe pour le canari au fond des mines, nous risquons gros si nous ne sommes pas attentifs au signal d’alarme extrêmement éloquent qui nous est donné à propos de ces quartiers et de notre société dans son ensemble.

Que laissent présager ces tendances?

Quel niveau de sécurité est suffisant? Devons-nous trouver un réconfort dans le fait que l’Ontario soit, en majeure partie, un endroit relativement sûr où vivre, selon les normes nationales et internationales? Est-il suffisant d’observer que la criminalité n’a pas augmenté par rapport à ce qu’elle était 30 ou 40 ans plus tôt, et de passer ensuite à quelque autre problème urgent?

Nous pensons que non. En effet, nous avons été frappés par la remarque qui nous a été faite en Angleterre, selon laquelle, dans ce pays, les ministres s’inquiètent surtout du fait que la criminalité ne baisse pas. Comme le Royaume-Uni, nous avons réalisé des investissements massifs dans les systèmes judiciaires et de lutte contre la criminalité, parallèlement à quelques autres investissements significatifs dans le domaine social. Nous ne devrions pas considérer que la simple stabilisation du taux de criminalité est un rendement adéquat, particulièrement en ce qui concerne la violence.

Mais, pour ce qui est de l’Ontario, le plus grave est que nous ne pouvons pas espérer un maintien de cette stabilité. Les tendances que nous avons isolées dans le présent chapitre, bien que largement occultées par la stabilité globale des chiffres, laissent penser que l’augmentation de la violence est en incubation en Ontario, et qu’il s’agit d’une violence plus grave. Des membres de plus en plus jeunes de nos communautés portent et utilisent des armes à feu. En présence d’un tel phénomène et d’une violence brutale qui est perpétrée en public sans aucun égard pour les normes sociales ou les conséquences pour quiconque, y compris pour les auteurs, force nous est de constater que les liens sociaux essentiels sont soumis à rude épreuve, au-delà de leur point de rupture.

Et à mesure que ces liens se rompent, la violence se banalise, les sensibilités sont malmenées et les communautés terrorisées. La préparation du terrain pour le recul de la communauté, l’abandon de l’espace public aux criminels, qui résulte de la recherche de la sécurité par le retrait de la vie publique, et le silence qui émerge de la peur de parler franchement sont autant d’éléments qui laissent les coudées franches à la violence. Ainsi, ces éléments augmentent la prétendue nécessité de recourir à la violence défensive ou de rejoindre un gang de rue afin d’assurer sa propre protection. Cette situation ne fait qu’accroître le risque de violence et accélère la fermeture des possibilités de protection et de mobilisation positives de la communauté grâce à une solidarité mutuelle et aux valeurs et structures sociales positives.

Indubitablement, une atmosphère de peur et de menace de violence peut broyer l’âme d’un quartier et celle de nombre de ses habitants. Elle les prive d’espoir, d’optimisme ou de tout sentiment d’appartenance à une société plus vaste. Cette privation ne fait qu’accroître l’isolement, qui revêt de nombreuses formes – isolement par rapport à ses voisins, par rapport aux services communautaires et par rapport à l’ensemble de la communauté. Les jeunes se sentent particulièrement prisonniers de la violence des gangs de rue et ne sont pas disposés à franchir les frontières en quête d’éducation, de loisirs ou de travail. Les parents disent craindre de s’asseoir sur le pas de leur porte, de peur de devenir les spectateurs innocents d’un échange de coups de feu entre gangs de rue.

Comme nous l’avons vu au chapitre 4, ce genre de situation se produit souvent dans des quartiers qui sont déjà isolés du reste de la communauté en raison de réseaux de transport médiocres ou onéreux et parce que de nombreuses commodités y font défaut, comme des dépanneurs, des banques ou des lieux de rassemblement communautaires. Par exemple, pour l’une de nos réunions, nous avons utilisé un centre de fortune pour jeunes situé dans un mail linéaire presque désert, dissimulé derrière une station-service à l’abandon. Dans un autre cas, la somme que nous avons versée pour utiliser un centre de jour pour jeunes afin d’organiser notre réunion a fourni les seuls et uniques fonds disponibles pour faire fonctionner le chauffage, par une soirée d’hiver glaciale. Un autre quartier était non seulement dépourvu de magasins mais en plus une pizzeria située non loin de notre point de rencontre a refusé de livrer parce que ses chauffeurs craignaient d’être dévalisés.

Ces répercussions liées à l’isolement ont de particulièrement inquiétant le fait qu’elles touchent un grand nombre de communautés composées en majorité de membres de groupes racialisés. Nous avons déjà expliqué au chapitre 4 comment le racisme et d’autres obstacles avaient entraîné une concentration de la pauvreté au sein de ces groupes et comment le marché du logement avait ensuite poussé celles et ceux qui souffrent d’une extrême pauvreté à se concentrer dans des quartiers précis. Fait alarmant, nous ne devons pas chercher bien loin pour voir les conséquences possibles de l’isolement de plus en plus grand de concentrations de personnes racialisées et défavorisées.

Non seulement la concentration des personnes défavorisées alimente-t-elle la violence, mais en plus la violence qui se produit dans ces quartiers ne fait qu’accentuer la marginalisation de celles et ceux qui y vivent, ce qui à son tour génère plus de violence. Nous devons nous occuper prioritairement des personnes qui sont directement touchées par la violence ainsi que de toutes celles dont la vie est perturbée et qui vivent dans des communautés rendues défaillantes. Mais nous devons également nous préoccuper des répercussions de cette violence sur l’ensemble de notre tissu social.

Ces répercussions viennent du fait que, à tort ou à raison, un grand nombre d’Ontariennes et d’Ontariens ont le sentiment que la province est plus violente qu’auparavant. Cet état d’esprit est important car la peur de la criminalité, et particulièrement du genre de criminalité que nous avons décrit, peut non seulement porter préjudice à l’économie et réduire les niveaux d’engagement civique, mais aussi donner naissance à des stéréotypes qui viennent frapper certaines communautés et les isoler.

Lorsque la pauvreté est racialisée, ghettoïsée et associée à la violence, le risque qu’un groupe particulier soit victime de préjugés est élevé. Ces préjugés peuvent à leur tour réduire les possibilités qui s’offrent à ces groupes, générer des pressions en faveur d’une réduction des libertés civiles et accroître la criminalisation des personnes que les groupes occupant des postes d’influence ou d’autorité appellent « les autres ». La violence est perçue comme une chose qui se produit « ailleurs », perpétrée et ressentie principalement par « les autres ». Cette perception porte à croire qu’il vaut mieux consacrer juste ce qu’il faut de ressources pour contenir et éradiquer la violence, plutôt que ce qu’il faut de ressources pour éradiquer les conditions qui en sont à l’origine.

Les préjugés, la prise de distance et les reproches qui risquent ainsi de rejaillir accentuent nos préoccupations à l’égard des tendances et des répercussions que nous avons repérées. Notre société risque de perdre quelque chose de vraiment précieux si nous ne parvenons pas à regarder la situation du point de vue de la santé publique, comme nous le faisons généralement dans notre province pour aborder les graves problèmes sociaux.

Si l’on considère que ces tendances et ces répercussions ressemblent à un problème de santé publique, il n’est dès lors pas logique pour ceux et celles qui ne sont pas directement touchés de blâmer les personnes qui en souffrent, ou de ne leur prêter aucune attention, pas plus que ce ne le serait de fermer les yeux sur une épidémie infectieuse qui frapperait une communauté ou un quartier. Nous savons que les infections peuvent se propager et que, même si elles ne le font pas, elles peuvent affaiblir d’autres parties de l’organisme et de ses systèmes, avec de regrettables conséquences à moyen ou à long terme. Par conséquent, nous gérons le problème collectivement et nous le résolvons parce qu’en l’ignorant, nous ne ferons que l’aggraver pour des segments de plus en plus vastes de notre société. Lorsque nous rejetons cette approche consacrée, nous faisons comprendre haut et fort que notre tissu social est en danger.

Conclusion

Si l’on s’en tient à des mesures objectives fondées sur des données suivant l’évolution des homicides et des crimes violents, il est clair pour nous que non seulement l’Ontario est relativement sûr par rapport à la plupart des autres provinces et pays, mais encore qu’il est plus sûr qu’auparavant et le devient de plus en plus, pour la majorité des personnes qui y habitent. Pour d’autres, cependant, l’Ontario est un endroit très dangereux et la situation ne fait qu’empirer. Pour le moment, ce groupe est composé essentiellement de jeunes – des hommes et, de plus en plus souvent, des femmes – Noirs ou Autochtones, qui viennent de communautés défavorisées ayant des besoins complexes et qui ont peu de raisons d’espérer un changement futur de leurs conditions de vie. Mais il est à noter que parmi ces personnes figurent potentiellement toutes celles qui n’ont pas d’autre choix que celui de vivre dans une communauté défavorisée et celles qui sont de plus en plus touchées par la violence qui s’y trouve en puissance.

Un certain nombre de tendances actuelles sont extrêmement inquiétantes. Parmi elles figurent : la concentration croissante des crimes violents parmi les jeunes; la fréquence toujours plus élevée de l’utilisation d’armes à feu et d’armes blanches au cours de disputes qui se seraient auparavant réglées à coups de poing; l’intensité et la férocité croissantes de la violence; la nature de plus en plus publique de la violence extrême; la prévalence accrue des armes à feu et des gangs de rue; des quartiers pris au piège dans une spirale infernale de marginalisation et contraints de fournir la solidarité et les modèles positifs nécessaires pour endiguer la violence; enfin, la tendance de plus en plus grande de la collectivité en général à abandonner les jeunes et les communautés touchées parce qu’elle les considère comme la source du problème et non comme ses victimes.

Parallèlement, nous devons souligner que l’Ontario se trouve aux stades relativement précoces de ce degré et de ce type de violence. Certaines des personnes que nous avons rencontrées ont affirmé que la province fait face à la première génération de violence attribuable à la marginalisation économique et au racisme, contrairement aux États-Unis et au Royaume-Uni, qui sont, selon elles, plus fortement empêtrés dans la deuxième ou troisième génération de ce type de violence. En outre, il faut souligner que même les communautés les plus défavorisées de notre province abritent de bons chefs de file, des réseaux positifs et nombre de personnes résolues qui travaillent chaque jour à les renforcer, à les consolider et à les rendre plus sûres.

C’est parce que cet équilibre est encore présent, bien que précaire, que nous considérons que l’Ontario se trouve à la croisée des chemins.


Table des matières

Volume 1. Résultats, analyse et conclusions

Volume 2. Sommaire

Volume 3. Les points de vue des communautés