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Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008)

Volume 1, chapitre 8 :

Points saillants des approches existantes de lutte contre les causes

de la violence chez les jeunes


Introduction

Au chapitre 3, nous avons débattu d’un grand nombre des conditions qui peuvent constituer le terreau des facteurs de risque immédiat de la violence chez les jeunes (c. à d. ses causes) et, au chapitre 5, nous avons décrit les tendances très troublantes relevées tant au niveau de la nature que des conséquences de cette violence. Avant de donner au chapitre 9 des conseils sur les moyens à employer pour enrayer au mieux ces causes, nous discutons dans le présent chapitre de certains programmes pertinents mis en place en Ontario et ailleurs, et des normes permettant de les évaluer. Nous présentons des exemples de programmes de prévention du crime qualifiés d’éprouvés ou de prometteurs, en fonction de ces évaluations, et nous étudions les genres d’investissements que l’Ontario réalise actuellement pour prévenir la criminalité et, dans certains cas, pour lutter contre ses causes. Nous fournissons ensuite des exemples de programmes existants dans des communautés de l’Ontario.

En discutant de ces programmes, nous constatons que la plupart des écrits universitaires pris en compte par notre chercheur en chef, le professeur Scot Wortley, et dont nous nous sommes inspirés pour ce chapitre sont axés sur la prévention du crime. Cela signifie que les programmes ont fait l’objet d’évaluations en vue de déterminer si leurs participants sont moins susceptibles de commettre des crimes que ceux et celles qui n’y participent pas. Ces évaluations sont très instructives pour établir les genres d’interventions efficaces lorsque des jeunes sont touchés par les sortes de causes mises en évidence, à savoir la pauvreté, le racisme, la marginalisation économique, etc., et nous soulignons à l’intention du gouvernement leur utilité à cet égard. Toutefois, comme le démontre notre rapport, nous devons en tant que société enrayer les causes mêmes si nous voulons mettre fin au cycle continu de violence et à la nécessité de telles interventions.

Dans ce chapitre, nous étudierons des programmes et les données probantes qui les étayent à partir de quatre perspectives différentes :

À la fin de la section 4, nous exposons nos conclusions sur les points forts et les lacunes des approches de l’Ontario. Puis, au chapitre 9, nous décrivons une stratégie communautaire qui permettra de renforcer l’efficacité des sortes d’interventions mentionnées dans le présent chapitre.

Section 1 : Évaluation des programmes et de leurs résultats

Pour nous acquitter du mandat figurant dans notre cadre de référence, il nous faut être rigoureux dans notre choix des approches mises à l’essai en Ontario et ailleurs. Dans la présente section, nous examinons les critères d’évaluation et décrivons certaines approches et certains programmes qui ont été qualifiés d’efficaces ou de prometteurs à l’issue d’évaluations.

Nous devons remarquer que, même s’il existe de nombreux travaux évaluant les programmes de prévention du crime qui visent à aider à réduire la violence chez les jeunes, il y a moins d’écrits consacrés aux approches conçues pour atteindre d’autres résultats, comme la réduction de la violence chez les jeunes en remédiant à l’aliénation ou en facilitant l’inclusion sociale. Pour cette raison, nos listes de programmes et d’approches sont principalement axées sur les objectifs de prévention du crime.

Critères d’évaluation

Compte tenu du nombre de programmes qui affirment réduire la violence chez les jeunes, il est très difficile, à première vue, de faire la distinction entre les programmes réellement efficaces, ceux porteurs de promesses et ceux qui n’ont aucune incidence ou qui peuvent même avoir des effets néfastes. La seule manière pratique de faire le tri est d’effectuer une évaluation dans les règles, et il existe heureusement un nombre de plus en plus élevé de travaux provenant de différents pays qui mettent en évidence les techniques efficaces de prévention du crime.

Désireux de mettre ces connaissances à profit, nous avons commandé une analyse documentaire mettant en valeur les programmes ayant fait l’objet d’évaluations de haute qualité. Nous avons centré nos examens sur les programmes qui s’attaquent aux causes du crime et de la violence par la prévention plutôt que sur les programmes de répression du crime de nature policière. Ces analyses documentaires sont présentées ailleurs dans ce rapport, mais les points suivants sont importants pour l’ensemble de notre discussion.

Tout d’abord, qu’entendons nous par « évaluation de haute qualité »?

Pour satisfaire à cette norme, une évaluation doit remplir la plupart ou la totalité des critères suivants :

En recourant à des études d’évaluation qui remplissent la plupart ou la totalité de ces critères, il est possible de classer les programmes selon les deux catégories suivantes :

Programmes (modèles) éprouvés : De nombreuses évaluations publiées de haute qualité, réalisées dans des milieux ou des communautés diverses, démontrent que ces programmes ont directement ou indirectement réduit les comportements violents ou agressifs chez les jeunes.

Programmes prometteurs : Des évaluations limitées ont donné des résultats favorables, mais la rigueur, la portée ou les résultats des évaluations ne répondent pas aux critères établis pour les programmes éprouvés.

À partir de ces critères et de ces catégories, notre chercheur en chef, le professeur Scot Wortley, a réalisé une analyse d’écrits universitaires publiés dans divers pays et a choisi les exemples suivants de démarches et de programmes ayant été qualifiés d’éprouvés ou de prometteurs à l’issue d’évaluations. Les classifications correspondent à des systèmes employés par de nombreux établissements d’enseignement réputés. Les descriptions des programmes et les résultats des évaluations, qui nous ont aussi été présentés par le professeur Scot Wortley, proviennent de l’analyse documentaire et du contenu de sites Web divers. Lorsque nous avons trouvé des sites Web propres à certains programmes, nous les avons indiqués dans le texte; dans le cas contraire, il est possible d’obtenir des renseignements complémentaires sur des sites Web comme celui du Promising Practices Network on Children, Families and Communities (http://www.promisingpractices.net), de la Coalition for Evidence-based Policy (http://www.evidencebasedprograms.org) et du Center for the Study and Prevention of Violence (http://www.colorado.edu/cspv/blueprints) (sites en anglais seulement).

Nous aborderons l’expérience ontarienne un peu plus loin dans le présent chapitre.

Programmes (modèles) éprouvés

Visites à domicile

Les comptes rendus de recherche indiquent que la tranche d’âge de 2 à 4 ans est cruciale dans le développement des enfants. Les nourrissons et les jeunes enfants qui ne bénéficient pas des soins requis ou d’une attention parentale appropriée pendant cette période sont bien plus à risque de connaître des problèmes divers de santé et de comportement, y compris des tendances à l’agression et à la criminalité.

Un grand nombre des programmes de visites à domicile ont été élaborés pour fournir aux mères « à risque » (habituellement définies comme jeunes, célibataires et pauvres) une formation intensive à domicile sur la santé prénatale, la nutrition du nourrisson et les compétences parentales. Beaucoup de ces programmes offrent également aux jeunes mères des services de garde temporaire et du counseling concernant les grossesses à venir, la garde d’enfants et les possibilités d’emploi. Les évaluations semblent montrer que les programmes intensifs et hautement structurés de visites par du personnel infirmier sont les plus efficaces dans cette catégorie. Toutefois, des programmes moins intenses, auxquels contribuent des travailleurs sociaux ou d’autres professionnels de la santé, ont également connu un succès considérable.

À titre d’exemples de programmes éprouvés de visite par du personnel infirmier, mentionnons le programme Nurse-Family Partnership (http://www.nursefamilypartnership.org, en anglais seulement), établi dans plus de 20 États américains, ainsi que son prédécesseur, le David Olds Nurse Visitation Project. Ces deux programmes, élaborés par David Olds, professeur de pédiatrie, de psychiatrie et de médecine préventive à l’Université du Colorado, à Denver, organisent des visites à domicile par du personnel infirmier, depuis la grossesse jusqu’aux deux premières années de la vie de l’enfant. Des études longitudinales ont démontré que, comparativement aux sujets de groupes témoins, les enfants dont les mères participent à des programmes de visites mensuelles à domicile sont moins susceptibles de commettre des crimes et des actes violents graves à l’adolescence.

Enrichissement intellectuel à l’âge préscolaire

De nombreuses études ont démontré que les programmes préscolaires d’enrichissement intellectuel peuvent réduire sensiblement le comportement antisocial, la délinquance adolescente et la criminalité adulte. De tels programmes, souvent exécutés dans des garderies, visent à renforcer la maturité scolaire, les aptitudes sociales, les capacités de raisonnement, la maîtrise de soi et le développement affectif des enfants défavorisés sur le plan économique. Ils sont centrés sur l’apport d’expériences stimulantes et enrichissantes qui ne sont probablement pas accessibles à la maison, par des programmes d’apprentissage adaptés au stade de développement de l’enfant, un vaste éventail d’activités de nature cognitive et des occasions de formation à l’intention des parents pour que ces derniers puissent mieux soutenir les activités scolaires à la maison.

L’un des programmes les plus connus dans cette catégorie est le Perry Preschool Project, qui a été mis au point à Ypsilanti, au Michigan, dans les années 1960. Ce programme vise les familles défavorisées sur le plan économique ayant des enfants âgés de 3 et 4 ans. Le projet porte sur une intervention intensive sur deux ans, à raison de 2 à 3 heures par jour, 5 jours par semaine. Outre un volet en salle de classe, le programme comprend aussi des visites à domicile par du personnel enseignant hautement qualifié.

Les évaluations du programme ont démontré que, comparativement aux sujets des groupes témoins, les participants au projet avaient des niveaux bien inférieurs de délinquance adolescente, moins de contacts avec les représentants de la justice pour la jeunesse, moins d’arrestations à l’âge de 19 ans, moins de participation à des bagarres graves, moins de participation aux gangs de rues et moins de contacts avec la police. Les résultats à long terme indiquent que, à l’âge de 40 ans, les participants au projet connaissaient moins d’arrestations pour crimes violents et contre les biens, des niveaux de scolarité plus élevés, des taux d’emploi supérieurs, des revenus moyens plus élevés, une plus grande autonomie financière et moins de dépendance vis à vis de l’aide sociale.

Stratégies d’intervention précoce

La recherche en criminologie indique que les contrevenants chroniques à long terme ont souvent un comportement agressif et antisocial dans la petite enfance, mais aussi que les stratégies d’intervention précoce peuvent aider les familles à détecter les enfants qui affichent une telle conduite et à y répondre. Les programmes de formation en gestion parentale, tels ceux élaborés par Gerald Patterson au Oregon Social Learning Center et par Alan Kazdin à l’Université Yale, servent également de fondement à deux autres programmes, le Programme de traitement préventif et le programme Incredible Years Series. Le premier de ces programmes a été mis au point à Montréal par Richard Tremblay à l’Université de Montréal, et le deuxième par Carolyn Webster-Stratton, professeure et directrice de la Parenting Clinic à l’Université de Washington.

La formation des parents est une composante importante de chacun des trois programmes. Les programmes de formation en gestion parentale sont généralement exécutés en groupes, alors que le Programme de traitement préventif se fonde sur la formation individuelle à domicile. Le programme Incredible Years Series fournit des manuels utilisables par les parents individuellement ou dans des cadres cliniques ou scolaires.

Les programmes ont des objectifs semblables en matière de formation parentale, en particulier des techniques pour la surveillance du comportement de l’enfant, l’application rapide de règles cohérentes, l’utilisation efficace de récompenses et de punitions ainsi que la gestion des conflits familiaux.

Outre la formation parentale, le Programme de traitement préventif (conçu pour une intervention auprès d’enfants âgés de sept à neuf ans) et le programme Incredible Years Series (destiné aux enfants de 2 à 10 ans) ont des volets de formation qui mettent à contribution les jeunes mêmes et leur personnel enseignant.

L’efficacité des trois programmes a été démontrée par les évaluations de haute qualité dont ils ont fait l’objet. Par exemple :

Functional Family Therapy

Le programme Functional Family Therapy (http://www.fftinc.com, en anglais seulement) est un programme d’intervention établi à Seattle, dans l’État de Washington, qui cible les jeunes de 11 à 18 ans à risque ou présentant déjà des signes de délinquance, de violence, de surconsommation d’alcool et d’autres drogues, de troubles du comportement, de trouble oppositionnel avec provocation ou de trouble du comportement perturbateur. Ce programme de thérapie familiale fonctionnelle exige généralement de 8 à 26 séances de service direct pour les jeunes qui y ont été aiguillés et leurs familles. Le nombre de séances nécessaire dépend essentiellement de la gravité du cas. La prestation des services est souple et varie selon les besoins individuels. Les services sont généralement délivrés par une équipe de deux personnes (personnel enseignant spécialement formé à cet effet, travailleurs sociaux, conseillers, professionnels de la santé mentale, agents de probation, etc.). Les clients peuvent recevoir les services à domicile, dans des cliniques, des écoles, des établissements correctionnels pour la jeunesse ou des centres communautaires, ou encore au moment de la réinsertion après un placement en établissement.

Le programme de thérapie familiale fonctionnelle tente d’améliorer les facteurs de protection et de réduire l’exposition au risque, tout en évitant l’abandon prématuré du traitement. Il compte cinq étapes de base :

  1. mobilisation – vise à éviter que les jeunes et leur famille abandonnent le traitement prématurément;
  2. motivation – vise à modifier les croyances et les réactions émotives mésadaptées, à accroître les sentiments de solidarité, de confiance et d’espoir, et à favoriser un changement durable;
  3. évaluation – vise à éclaircir les rapports individuels et familiaux et les relations avec l’extérieur, ainsi que leur influence sur les comportements problématiques;
  4. changement de comportement – fournit de la formation sur les aptitudes en communication, les compétences parentales, la résolution de problèmes, la gestion de la colère et le règlement de conflits;
  5. généralisation – élabore des stratégies de gestion des cas fondées sur les besoins fonctionnels familiaux, les contraintes environnementales communautaires et les ressources disponibles fournies par les thérapeutes du programme.

Des essais aléatoires de haute qualité appliqués au programme de thérapie familiale fonctionnelle ont démontré l’efficacité de ce programme dans la réduction de la violence et de la délinquance chez les jeunes, de la consommation de drogues, des troubles du comportement, du trouble oppositionnel avec provocation et du trouble du comportement perturbateur. De plus, comparativement aux sujets des groupes témoins, les participants ont moins tendance à nécessiter des services sociaux plus restrictifs (détention de jeunes, foyers de groupe, famille d’accueil, etc.) et sont sensiblement moins susceptibles d’avoir des démêlés avec le système de justice pénale pour les adultes.

Prévention de l’intimidation

La recherche semble indiquer qu’il existe une corrélation positive entre l’intimidation, une forme de violence interpersonnelle qui peut nuire aux victimes et aux auteurs de tels actes, et la perpétration d’actes de violence plus graves à la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte. En conséquence, la lutte contre l’intimidation peut éviter l’apparition de formes plus graves de comportement violent.

De nombreux programmes de lutte contre l’intimidation ont été mis sur pied, mais l’un d’eux se distingue comme une stratégie « éprouvée » : le Olweus Bullying Prevention Program (http://www.clemson.edu/olweus, en anglais seulement), un programme scolaire universel à composantes multiples visant à freiner l’intimidation en restructurant le milieu scolaire de manière à éliminer les possibilités et les récompenses se rattachant à ce comportement. Le programme s’adresse aux élèves des écoles élémentaires, intermédiaires et présecondaires et devrait être mis en oeuvre pendant au moins un an. Chaque élève de l’école en question y participe.

Ce programme de prévention de l’intimidation compte trois grands volets :

  1. à l’échelle de l’école : un questionnaire confidentiel à remplir par les élèves pour évaluer la portée et la nature de l’intimidation au sein d’une école donnée; une rencontre enseignant-élèves afin de débattre de l’intimidation et de planifier des interventions; l’élaboration de règles contre l’intimidation propres à l’école; la formation d’un comité coordonnateur de prévention de l’intimidation; une supervision renforcée des élèves aux moments et aux endroits où les actes d’intimidation sont les plus susceptibles de se produire;
  2. en classe : des réunions en classe sur l’intimidation et les relations avec les camarades de classe; l’établissement et l’application de règles pour la classe; des rencontres entre le personnel enseignant et les parents et élèves;
  3. au niveau individuel : des interventions précises pour les auteurs de tels actes et les victimes, avec dans un grand nombre de cas des discussions entre les élèves, les parents, le personnel enseignant et les conseillers.

Des évaluations d’envergure ont conclu que ce programme diminue de 30 à 70 pour 100 l’intimidation et la victimisation face à ce phénomène. Il mène également à une réduction du vandalisme, de la consommation d’alcool, des bagarres et des vols. De plus, il se traduit par des améliorations importantes de la discipline en classe et par des attitudes plus favorables au travail scolaire.

Pour en savoir plus sur le programme de lutte contre l’intimidation en Ontario, Racines de l’empathie, voir la page 204 du présent chapitre.

Multi-systemic Therapy

Le programme Multi-systemic Therapy (http://www.mstservices.com, en anglais seulement) consiste en un traitement intensif de nature familiale et communautaire élaboré à la faculté de médecine de l’Université médicale de la Caroline du Sud et désormais offert par un organisme indépendant mais affilié à l’université, qui opère en vertu d’une licence. La thérapie lutte contre les causes diverses de comportement violent et antisocial grave parmi les jeunes. Elle cible les jeunes auteurs d’actes de violence ou de délinquance chronique (voire de ces deux sortes d’actes) et leur famille, et se concentre sur les jeunes qui ont déjà eu affaire au système judiciaire et qui ont risqué ou risquent l’incarcération.

Ses objectifs sont les suivants :

  1. renforcer les pratiques disciplinaires appliquées par les parents;
  2. diminuer l’association avec des pairs délinquants;
  3. accroître l’association avec des pairs non délinquants;
  4. améliorer les résultats scolaires;
  5. établir un réseau de soutien pour la jeunesse comprenant la famille immédiate et la famille élargie, les voisins, le personnel enseignant, les autres élèves et les amis.

Ce programme procure une thérapie intensive au domicile familial ou à tout autre endroit où les membres de la famille sont le plus à l’aise. Les premières séances servent à mettre en évidence les problèmes individuels et familiaux qui exigent de l’attention, alors que les séances ultérieures permettent d’administrer le traitement répondant à ces problèmes. Axé sur les facteurs liés au réseau familial et social de la personne qui pourraient contribuer au comportement violent ou criminel, le programme Multi-systemic Therapy s’attache à éliminer les facteurs de risque, y compris le manque de mentors adultes, les faibles aptitudes en communication verbale, les mauvais résultats scolaires, le décrochage scolaire, l’association avec des pairs déviants, des aptitudes sociales insuffisantes, des capacités insuffisantes en gestion de la colère et un faible soutien communautaire. Le traitement exige généralement de 60 à 80 heures sur quatre mois. Toutefois, la durée de traitement est souvent ajustée en fonction des besoins de chaque famille, les cas les plus difficiles nécessitant un traitement plus long.

Les évaluations indiquent que, comparativement aux sujets de groupes témoins, les participants ont un taux d’arrestation à long terme de 25 à 75 pour 100 inférieur, de 47 à 64 pour 100 moins de placements hors du foyer, moins d’infractions violentes et de victimisation, un meilleur fonctionnement familial, de meilleurs résultats scolaires et moins de problèmes de santé mentale.

Multidimensional Treatment Foster Care

Les jeunes placés en famille d’accueil ou dans d’autres établissements sont particulièrement vulnérables aux difficultés des parcours de vie (faible niveau d’instruction, sous-emploi, itinérance, mauvaise santé mentale, criminalité, violence, etc.). Le programme Multidimensional Treatment Foster Care (www.mtfc.com, en anglais seulement), fondé sur des études réalisées dans les années 1960 et 1970 au Oregon Social Learning Center, a été élaboré à l’intention des adolescents qui, dans ce groupe, ont des antécédents de criminalité chronique ou grave et qui sont à haut risque d’incarcération. Le programme a les objectifs suivants :

  1. créer pour les participants des possibilités d’améliorer l’expérience de vie dans leur communauté et établir des soutiens à cet égard;
  2. abaisser les taux de délinquance future et de récidive pour les jeunes contrevenants;
  3. transmettre aux familles d’accueil, aux parents biologiques, aux autres membres de la famille, au personnel enseignant et aux amis les compétences et les ressources dont ils ont besoin pour faciliter la réinsertion des jeunes contrevenants dans la coollectivité.

Le programme représente une solution de remplacement à une ou un jeune qui serait sans cela envoyé dans un foyer de groupe ou un établissement correctionnel pour la jeunesse. Au lieu de cela, chaque participant est placé, en général pour une durée allant de 6 à 9 mois, dans une famille d’accueil formée à la mise en oeuvre d’un programme structuré et individualisé conçu pour les jeunes ayant des antécédents de délinquance chronique. La famille d’accueil aura appris à établir et appliquer des règles dans le cadre de vie et à surveiller les relations avec les pairs. Le programme accorde une très large place à l’enseignement des aptitudes sociales et à la création d’occasions d’activités sociales. Sont également organisées des visites régulières à la famille biologique ou adoptive du ou de la jeune, au cours desquelles la famille peut mettre en oeuvre à titre d’essai le programme de traitement individualisé en place pour la jeune personne. Les familles d’accueil doivent assister à des réunions de soutien hebdomadaires consacrées aux programmes de traitement individuel à l’intention des jeunes participants.

Le deuxième volet du programme est centré sur la formation des parents biologiques ou adoptifs afin de veiller à ce que, lorsque les jeunes retournent chez eux, ils continuent de recevoir les traitements amorcés en famille d’accueil. Les familles biologiques ou adoptives doivent assister à des séances hebdomadaires de thérapie et de traitement pendant lesquelles les parents apprennent des méthodes efficaces de supervision, d’exercice de la discipline et d’octroi de récompenses aux jeunes.

Les évaluations à long terme ont démontré à maintes reprises que les jeunes participant au programme ont un taux d’arrestation sensiblement inférieur et passent 60 pour 100 moins de jours dans des établissements correctionnels pour la jeunesse que les sujets des groupes témoins. Au bout de 24 mois, les participants étaient sensiblement moins susceptibles de s’échapper des foyers d’accueil et avaient moins tendance à avoir consommé des drogues dures. Ils avaient également fait preuve d’une meilleure assiduité à l’école et obtenu de meilleurs résultats scolaires que les sujets des groupes témoins.

Life Skills Training

Le programme Life Skills Training, établi à White Plains, dans l’État de New York, est un programme de préparation à la vie quotidienne reposant sur l’intervention scolaire, qui fournit de l’information préventive concernant la consommation de drogues et la criminalité, fait la promotion de normes antidrogue et permet l’acquisition de la capacité à refuser la drogue et de compétences d’autogestion à l’intention de jeunes de la 6e à la 8e année. Le personnel enseignant ou des professionnels de la santé formés à cet effet mettent en oeuvre en classe cette stratégie d’intervention sur trois ans.

Le programme comporte 15 séances en classe lors de la première année, 10 séances au cours de la deuxième année et 5 séances pendant la troisième. Il se compose de trois volets principaux :

  1. Compétences générales en autogestion : Enseigne aux élèves à examiner leur image de soi, à mieux connaître leurs propres talents et limites, à établir des objectifs pour l’avenir, à suivre leurs progrès individuels, à relever les défis personnels et à faire face à des situations difficiles.
  2. Aptitudes sociales : Enseigne aux élèves à surmonter leur timidité, à améliorer leurs aptitudes à la communication, à s’affirmer davantage, à assimiler des techniques de gestion de la colère et à se rendre compte que l’agression n’est pas la seule stratégie face à des situations difficiles.
  3. Information et compétences liées tout spécialement à la consommation de drogues : Passe en revue pour les élèves les idées fausses courantes concernant les drogues et l’alcool; de plus, les élèves apprennent diverses techniques qui peuvent les aider à résister aux pressions sociales incitant à consommer des drogues, et s’entraînent à l’application de ces techniques.

Les essais aléatoires réalisés à grande échelle au cours des 25 dernières années ont régulièrement démontré que, comparativement aux sujets des groupes témoins, les participants ont des taux inférieurs de tabagisme et de consommation d’alcool et de drogues illicites, ainsi que des taux sensiblement plus faibles de délinquance et de comportement violent. Des résultats favorables continuent d’être enregistrés au bout d’un an, de trois ans et de six ans après la participation au programme. Finalement, même si le programme a initialement été conçu pour des enfants de race blanche dans les années intermédiaires, le programme a également fait ses preuves parmi les populations ethniques défavorisées sur le plan économique des centres-villes.

Promoting Alternative Thinking Strategies

Le programme Promoting Alternative THinking Strategies – PATHS – est un programme scolaire qui enseigne aux élèves à mieux comprendre les émotions ainsi que la maîtrise de soi, des aptitudes en communication verbale, l’empathie, la résolution de problèmes (au niveau interpersonnel et autre), le contrôle des impulsions, la conscience de soi, la compétence sociale et des relations constructives avec les pairs. Conçu pour être exécuté en salle de classe, le programme donne des résultats optimaux lorsqu’il est amorcé au début de l’école élémentaire (1re année) et se poursuit jusqu’à la 5e année. L’enseignement se fait au cours de séances de 20 à 30 minutes à raison de trois fois par semaine. Bien que le programme soit essentiellement axé sur une prestation à l’école et en classe, de l’information et des activités sont souvent incluses à l’intention des parents.

Des évaluations de haute qualité ont établi que, comparativement aux sujets des groupes témoins, les participants au programme PATHS font preuve d’une maîtrise de soi accrue, d’une meilleure capacité à tolérer la frustration, de capacités renforcées en raisonnement et en planification et d’un recours efficace aux stratégies de règlement de conflits, tout en connaissant moins de problèmes de comportement à l’école et des niveaux plus bas de violence et d’agression. Le programme a fait la preuve de son efficacité dans des cadres divers et avec des enfants d’origine ethnique et de classe sociale variées.

Thérapie cognitivo-comportementale en milieu correctionnel

La thérapie cognitivo-comportementale (http://www.nacbt.org, en anglais seulement) est une démarche de traitement en établissement correctionnel applicable seule ou dans un cadre de réadaptation plus large. S’appuyant sur des exercices et des techniques d’enseignement comme les jeux de rôles, le renforcement et le modelage, la thérapie cognitivo comportementale cherche à modifier les schémas de pensée dysfonctionnels (priorité accordée à la dominance dans les relations interpersonnelles, aux sentiments de droit acquis, à l’autojustification, au transfert du blâme, aux attentes irréalistes relativement aux conséquences d’un comportement antisocial, etc.). Elle est ainsi axée sur l’un des corrélats les plus marqués du crime, à savoir les attitudes antisociales.

Les employés des services correctionnels peuvent être formés assez rapidement à l’exécution de ce programme. Du personnel qualifié aide les jeunes à transformer des pensées négatives en pensées positives, et l’accent mis sur le lien entre les pensées et les comportements facilite la modification du comportement.

Les programmes correctionnels qui ont intégré la thérapie cognitivo-comportementale obtiennent de bons résultats dans les études d’évaluation. En fait, des méta analyses indiquent des réductions de 10 à 33 pour 100 du taux d’infractions commises par les jeunes comparativement aux sujets des groupes témoins.

Programmes prometteurs

Mentorat par des adultes

Lorsqu’il est exécuté dans les règles, le mentorat peut procurer aux jeunes des modèles positifs, une supervision par des adultes, un soutien affectif et de l’aide aux études. Les mentors peuvent également contrebalancer l’influence de pairs déviants.

Il est démontré que certains programmes de mentorat réduisent la violence chez les jeunes et la délinquance, alors que d’autres se sont avérés inefficaces. La recherche semble indiquer que les caractéristiques suivantes des programmes de mentorat jouent un grand rôle dans leur efficacité :

  1. sélection sérieuse des mentors pour ce qui est de l’empathie, du professionnalisme et de l’engagement;
  2. formation adéquate des mentors;
  3. bon jumelage entre les mentors et les jeunes participants;
  4. ciblage des jeunes sans père provenant de communautés défavorisées sur le plan économique;
  5. niveau élevé d’interaction hebdomadaire (au minimum plusieurs heures par semaine);
  6. relations à long terme (engagement d’au moins deux ans de la part du mentor);
  7. supervision, formation et soutien continus pour les mentors;
  8. combinaison avec d’autres programmes dans la communauté (aptitudes cognitives, sports et loisirs, etc.);
  9. efforts pour veiller à l’établissement de liens entre le mentor et le père, la mère ou les deux parents, et entre le mentor et la ou le jeune.

Les programmes de mentorat sont moins efficaces lorsqu’ils n’ont pas une structure ou des objectifs clairement énoncés, que les mentors ne bénéficient pas d’une formation ou d’un soutien adéquat ou qu’ils portent uniquement sur des relations à court terme; certaines recherches semblent indiquer que le mentorat à court terme peut en fait réduire la conscience de la valeur de soi et renforcer le sentiment d’abandon. Un grand nombre d’études montrent également que les jeunes ayant des problèmes graves de comportement ou de santé mentale peuvent ne pas bénéficier du mentorat.

Le Center for the Study and Prevention of Violence de l’Université du Colorado a désigné comme programme de mentorat modèle les Grands Frères et Grandes Soeurs (au Canada, l’information est disponible sur le site http://www.bbbsc.ca). L’organisme vise généralement les jeunes de 6 à 18 ans qui viennent de familles monoparentales. Les mentors bénévoles qui interagissent régulièrement avec des jeunes de manière individualisée assurent la prestation de services. Les Grands Frères et Grandes Soeurs se distinguent des autres programmes de mentorat par l’établissement de normes publiées rigoureuses et de procédures obligatoires. Une ou un gestionnaire de cas fait une évaluation préalable de tous les bénévoles, jumelle les bénévoles avec des jeunes, supervise ces jumelages et met fin à ces relations lorsque les conditions d’admissibilité ne sont plus remplies ou que l’une des parties le souhaite.

Des études d’évaluation de haute qualité ont conclu que cette approche est efficace pour atteindre plusieurs grands objectifs du programme. Par exemple, comparativement à un groupe témoin, les participants ont moins tendance à consommer de l’alcool et des drogues illicites et à se livrer à des actes de violence (y compris des bagarres), ont des niveaux plus élevés de rendement scolaire et de meilleures attitudes envers l’école, sont plus optimistes à l’égard de leurs perspectives de carrière et ont des rapports de plus haute qualité avec leurs parents et leurs pairs.

Programmes d’emploi

Les liens entre l’emploi et la criminalité chez les jeunes sont complexes.

Un examen approfondi de la recherche évaluative relative à l’emploi et à la criminalité chez les jeunes (Bushway et Reuter, 2002) a classé les programmes d’emploi pour les jeunes en trois grandes catégories : 1) programmes de placement dans des emplois d’été et emploi subventionné; 2) formation à court terme (environ six mois) suivie par un placement professionnel; 3) programmes à long terme avec de l’éducation et de la formation approfondies, un volet résidentiel et du placement professionnel. Les résultats de la recherche semblent indiquer que les programmes intensifs à long terme d’emploi pour les jeunes ont le plus de chances d’être efficaces.

Job Corps est un programme d’emploi pour les jeunes validé par des études d’évaluation (p. ex., Bushway et Reuter, 2002, cité dans Wortley et coll., Volume 5). Il est réputé être le seul programme d’emploi à grande échelle à l’intention des jeunes ayant mené à des gains de revenus notables et soutenus pour les jeunes défavorisés (Burghardt et coll., 2001, cité dans Wortley et coll., Volume 5). Fondé en 1964, Job Corps est le programme de formation au travail le plus vaste, ancien et coûteux et celui qui a été évalué le plus en profondeur aux États-Unis. Chaque année, il dessert plus de 60 000 participants de 16 à 24 ans, à un coût de 16 500 $ par participant. Le programme vise la jeunesse défavorisée (y compris les jeunes qui ont décroché de l’école secondaire, les membres des minorités ethniques ou raciales et les jeunes ayant des antécédents criminels).

Les services de Job Corps se divisent en quatre phases : 1) approche communautaire, recrutement et admissions; 2) préparation à l’emploi; 3) perfectionnement professionnel 4) transition de carrière.

Une caractéristique de Job Corps est son volet résidentiel, conçu pour fournir un environnement hautement structuré soutenant la formation. Même si les participants n’ont pas l’obligation de résider dans les centres de Job Corps, environ 88 pour 100 d’entre eux profitent de cette possibilité. Le programme n’a pas de durée maximale; en moyenne, la participation dure huit mois.

Le ministère du Travail des États-Unis a commandité une évaluation de haute qualité du programme Job Corps effectuée à partir d’un échantillon de 11 313 jeunes choisis parmi tous les demandeurs admissibles à la fin de 1994 et en 1995. Cette étude a montré, entre autres, que la participation à Job Corps réduisait sensiblement la probabilité d’une arrestation et d’une condamnation et de la perpétration d’actes de violence.

La réussite de Job Corps peut être attribuée à une mise en oeuvre uniforme et juste dans tous les lieux d’exécution d’un modèle de programme intensif, qui est à la fois individualisé et à progression libre. Il a également été suggéré que les bons résultats du programme se devaient à des taux de participation élevés et au fait que l’environnement structuré permettait aux participants de surmonter les nombreux obstacles auxquels ils étaient confrontés. Malgré les coûts élevés liés au programme, il est établi que Job Corps est une stratégie rentable de réduction de la criminalité chez les jeunes. En fait, des économistes du cabinet Mathematica Policy Research ont récemment conclu que Job Corps rapporte 2 $ en revenus fiscaux par dollar investi dans le programme.

Programmes sportifs

La plupart des gens croient que les jeunes qui pratiquent le sport sont moins enclins à commettre des délits. Les programmes de sport sont ainsi considérés depuis longtemps comme des stratégies permettant de réduire la délinquance chez les jeunes et à favoriser l’épanouissement de ces derniers.

Bien que les études d’évaluation aient donné des résultats mitigés, nous estimons que les programmes sportifs peuvent avoir un effet bénéfique, si ce n’est directement en matière de prévention du crime, sans aucun doute sur d’autres facteurs pouvant contribuer à la violence chez les jeunes – facteurs comme l’estime de soi, l’apprentissage de la valeur du travail d’équipe et l’acquisition de l’autodiscipline. Toutefois, comme dans le cas des stratégies axées sur le mentorat ou l’emploi des jeunes, il faut être vigilant quant au mode d’exécution des programmes sportifs et récréatifs.

Selon les recherches effectuées, les programmes sportifs les plus aptes à réduire la criminalité et la violence chez les jeunes sont ceux remplissant les conditions suivantes :

  1. l’activité sportive fait partie d’un programme qui inclut toute la jeunesse et qui est exécuté avec l’objectif bien défini de réduire la violence chez les jeunes;
  2. on privilégie l’acquisition de compétences et l’interaction sociale plutôt que la compétition et l’agression;
  3. le programme sportif mène à d’autres possibilités pour les jeunes, p. ex., du bénévolat ou un emploi futur;
  4. les entraîneurs sont formés au règlement des différends et à un traitement adapté des jeunes, ainsi qu’à la gestion des objectifs sportifs;
  5. le financement du programme est suffisant pour en garantir l’existence pendant une période prolongée;
  6. les leaders locaux et les membres des communautés sont consultés et intégrés aux programmes sportifs;
  7. les parents et le personnel enseignant sont inclus dans le programme, et des liens sont établis entre le programme et la vie à l’école et à la maison;
  8. le programme donne aux filles des occasions viables de participer et d’apprendre dans un environnement sécuritaire relativement à leur genre, où l’égalité est enseignée et respectée.

Les Clubs Garçons & Filles du Canada (www.bgccan.com) offrent un exemple de programmes sportifs et récréatifs prometteurs en matière de réduction de la délinquance et de la criminalité chez les jeunes. Exécutés dans des installations locales (écoles, institutions religieuses, centres communautaires, etc.), les programmes visent en général des jeunes à risque âgés de 5 à 18 ans. Ils fonctionnent habituellement entre 15 h et 18 h, c.-à-d. aux heures après l’école où les enfants insuffisamment surveillés sont les plus vulnérables.

Voici d’autres éléments clés des programmes des Clubs Garçons & Filles du Canada :

Plus de 20 évaluations de qualité des Clubs Garçons & Filles ont été réalisées. Les résultats semblent indiquer que la participation à ces clubs améliore le rendement scolaire, enrichit la vie familiale et réduit les comportements violents et la surconsommation d’alcool et d’autres drogues, tout en aidant les jeunes à éviter les démêlés avec la justice.

Programmes de prévention de la violence familiale

Les résultats des recherches réalisées indiquent que, chaque année, un grand nombre d’enfants canadiens sont exposés à la violence familiale. En se fondant sur les données issues de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, on estime par exemple que un enfant canadien de 6 à 11 ans sur cinq a été témoin d’actes de violence familiale au cours des 12 derniers mois (Hotton, 2003, cité dans Wortley et coll., Volume 5). Les recherches démontrent également de manière répétée une forte corrélation entre l’exposition des enfants à la violence familiale et les difficultés du parcours de vie, comme un mauvais rendement scolaire, des niveaux élevés d’anxiété et de dépression, de hauts niveaux d’agression et de comportement violent et des taux élevés de criminalité chez les adultes. À la lumière de ces conclusions, il convient d’attacher une grande importance aux programmes visant à aider les enfants et les familles touchés par la violence familiale.

Les études d’évaluation semblent indiquer que les programmes prometteurs d’intervention et de prévention en matière de violence familiale ont les caractéristiques suivantes :

Par ailleurs, les programmes qui abordent la prévention depuis des perspectives diverses (individuelles, familiales, communautaires, etc.) semblent être les plus efficaces pour aider les enfants à surmonter le traumatisme de la violence familiale (Leschied, 2007, cité dans Wortley et coll., Volume 5). D’autres études laissent penser qu’il est également important d’adapter les programmes concernant la violence familiale en fonction des divers contextes culturels.

Parmi les programmes consacrés à la violence familiale qui ont été qualifiés de prometteurs, mentionnons le Learning Club, un programme de counseling et de mentorat de 16 semaines à l’intention des femmes maltraitées et de leurs enfants, le Project SUPPORT, qui vise les enfants de 4 à 9 ans exposés à la violence entre leurs parents et affichant des comportements agressifs, et Kids Club, un programme de 10 semaines conçu pour les enfants de 5 à 13 ans et axé sur la capacité d’adaptation des enfants et le rétablissement après un traumatisme (Graham-Bermann et Hughes, 2003).

Programmes scolaires

Les jeunes ayant peu de liens avec l’école et un mauvais rendement scolaire ont davantage tendance à commettre des actes de délinquance graves et à se comporter de manière violente. En réponse à ce phénomène, des initiatives scolaires ont été mises au point pour éviter la violence chez les jeunes, et certains de ces programmes ont été présentés dans la section consacrée aux programmes « éprouvés ». Voici d’autres stratégies scolaires prometteuses :

  1. les programmes qui précisent et communiquent efficacement les normes applicables au comportement par les règles de l’école, qui permettent d’appliquer ces règles de manière conséquente et qui offrent des renforcements positifs uniformes en reconnaissance du comportement prosocial;
  2. les programmes qui permettent au personnel enseignant d’acquérir des compétences réelles en gestion de la classe;
  3. les programmes qui proposent du contenu à fondement cognitif pour l’acquisition de compétences sociales;
  4. les programmes qui proposent du contenu à fondement cognitif dans les domaines du règlement des différends et de la prévention de la violence;
  5. les programmes qui proposent des activités après l’école très structurées;
  6. les programmes qui favorisent un milieu scolaire dans lequel les élèves se sentent soutenus des points de vue affectif et éducatif.

Les études de recherche révèlent que les programmes qui tissent des liens étroits entre les écoles, les enfants et les parents peuvent s’avérer particulièrement prometteurs. Les programmes de partenariat famille-école suivants ont démontré avoir obtenu des résultats positifs :

Linking the Interests of Families and Teachers (LIFT) est un programme d’intervention de 10 semaines axé sur la prévention contre l’agression et d’autres problèmes de comportement. Conçu pour être suivi par toute la population des élèves de 1re et 5e années, il s’agit d’un autre programme administré par le Oregon Social Learning Center. Toutefois, il a été élaboré tout spécialement pour les enfants résidant dans des communautés à haut risque et défavorisées sur le plan économique.

LIFT est structuré autour des trois principaux volets suivants :

Une évaluation de haute qualité de LIFT indique que, comparativement à un groupe témoin, les participants à LIFT connaissent une diminution sensible des actes d’agression physique sur le terrain de jeux. Fait intéressant, ces baisses sont les plus marquées chez les enfants qui avaient été évalués comme étant les plus agressifs pendant la période du prétest. De plus, comparativement à un groupe témoin, on constate grâce aux données issues des évaluations par le personnel enseignant une hausse sensible des aptitudes sociales positives et de la conduite appropriée en classe parmi les participants à LIFT.

Le Seattle Social Development Project (http://depts.washington.edu/ssdp, en anglais seulement) est un programme scolaire pluriannuel visant les élèves des écoles élémentaires et intermédiaires qui résident dans des quartiers économiquement défavorisés. Il offre de la formation au personnel enseignant et aux parents et est conçu de manière à minimiser les perturbations en classe par l’établissement de règles claires et de récompenses pour l’observation de ces dernières.

Les évaluations indiquent que ce programme peut améliorer le rendement scolaire, renforcer la qualité des liens familiaux et réduire l’agression pendant l’enfance. De plus, une fois en 11e année, les participants ont tendance à démontrer moins de délinquance violente, à être moins actifs sexuellement et à avoir des niveaux moins élevés de consommation d’alcool et de drogues, par comparaison avec les élèves de groupes témoins.

Un autre programme global de prévention à long terme est FAST Track, qui vise à éviter les problèmes chroniques de comportement chez les jeunes de communautés défavorisées. S’appuyant sur la perspective selon laquelle les comportements violents et antisociaux sont l’aboutissement de causes variées, le programme intègre l’école, la famille et l’élève à la stratégie d’intervention. Il dure de la 1re année à la 6e année.

FAST Track a cinq composantes principales : la formation parentale, les visites à domicile, la formation aux aptitudes sociales à l’intention des élèves, le tutorat scolaire et l’intervention en classe, en s’appuyant sur le curriculum PATHS présenté ci-avant.

Les premières évaluations de FAST Track indiquent que, comparativement à un groupe témoin, les participants obtiennent des notes de conduite sensiblement plus élevées de la part des parents et du personnel enseignant et ont un comportement sensiblement moins agressif, perturbateur et conflictuel en classe. Les élèves des classes qui suivent le programme FAST Track ont également signalé moins de cas de pairs agressifs. Leurs parents étaient quant à eux moins enclins à recourir à des châtiments corporels avec leurs enfants et ont démontré ultérieurement utiliser des techniques disciplinaires plus appropriées. Dans l’ensemble, les liens entre les élèves participant à FAST Track et leurs parents semblent être plus affectueux et plus solidaires que chez les élèves des groupes témoins.

Le Behavioral Monitoring and Reinforcement Program est un autre programme d’intervention scolaire, axé sur la surveillance du comportement et le renforcement, qui a montré avoir donné des résultats positifs parmi les populations de jeunes. Il vise des élèves de 7e et 8e années résidant dans des quartiers urbains à faible revenu avec une diversité de groupes ethniques, et est conçu pour résorber le cynisme des jeunes à l’égard du monde extérieur ainsi que le désespoir et le sentiment d’aliénation qui s’ y rattachent.

Le personnel enseignant et les responsables du programme surveillent le comportement des élèves, et ces derniers sont récompensés de leur bonne conduite. Une meilleure communication entre les élèves, le personnel enseignant et les parents est mise de l’avant, et le personnel communique avec les parents régulièrement pour les informer des progrès de leurs enfants. Des séances hebdomadaires permettent aux élèves de parler de leur comportement et d’apprendre des réactions permettant d’éviter des conduites jugées déplacées.

Les évaluations ont démontré l’atteinte de résultats positifs à court et long termes. Par exemple, les participants au programme ont obtenu de manière répétée de meilleures notes et ont une meilleure assiduité que les élèves des groupes témoins. Les résultats d’études de suivi réalisées au bout d’un an montrent que les élèves du programme ont des niveaux de délinquance, de consommation de drogues et de problèmes scolaires (suspensions, expulsions, absentéisme, échec scolaire, etc.) sensiblement inférieurs à ceux des élèves des groupes témoins. Une étude de suivi sur cinq ans a conclu que, comparativement aux sujets des groupes témoins, les participants avaient bien moins de risques d’être arrêtés ou condamnés pour un crime.

Prévention du crime par le développement communautaire

La prévention du crime par le développement communautaire est plus une philosophie ou une orientation en matière de prévention du crime qu’un programme en tant que tel. Elle repose sur le principe selon lequel la lutte contre la criminalité et la promotion de la justice sociale exigent de s’attaquer aux causes profondes de la criminalité. Selon cette théorie, le développement communautaire permet d’atteindre ce résultat en transformant les influences négatives dans les domaines sociaux, économiques, éducatifs et environnementaux (Bursik et Grasmick, 1993, cité dans Wortley et coll., Volume 5).

Selon des recherches récentes (Acosta et Chavis, 2007, cité dans Wortley et coll., Volume 5) :

« Le développement communautaire se concrétise lorsque les résidents de la communauté établissent leurs propres organismes pour soutenir la résolution à long terme des problèmes de leur communauté, avec pour objectifs d’améliorer la qualité de vie de tous les résidents, de réduire les inégalités sociales comme la pauvreté et le racisme, de défendre les valeurs démocratiques, d’encourager les résidents à réaliser leur potentiel et de créer un esprit de communauté où les gens collaborent pour accomplir leurs objectifs. »

Comparativement aux programmes individuels, la philosophie de développement communautaire fournit un modèle bien plus complet et durable en matière de prévention du crime. Un modèle global de développement communautaire, connu sous le nom de stratégie d’éradication et d’ensemencement (« Weed and Seed »), est généralement exécuté en appliquant quatre stratégies interreliées :

« 1) les services d’application de la loi « éradiquent » les délinquants violents en coordonnant et en intégrant les efforts dans des quartiers à fort taux de criminalité. Des unités spéciales anti-violence et des groupes d’intervention contre les bandes criminalisées et les armes à feu peuvent être utilisés;

« 2) des services de police communautaire sont employés pour réparer les dommages causés par les méthodes agressives utilisées par la police. Les efforts de police communautaire visent également à accroître la participation communautaire à la prévention du crime et la confiance de la communauté dans le système de justice pénale;

« 3) des stratégies de prévention, d’intervention et réadaptation sont élaborées et mises en oeuvre pour faire face aux facteurs de risque et de protection liés au crime et à la violence dans les quartiers;

« 4) des efforts de rénovation et de revitalisation des quartiers sont pleinement soutenus et déployés. Des initiatives de développement économique sont mises en oeuvre pour renforcer les institutions communautaires et améliorer les conditions physiques, éducatives, économiques, sociales et récréatives au sein de communautés précises. » [Acosta et Chavis, 2007, cité dans Wortley et coll., Volume 5]

Toutefois, selon les études d’évaluation, les initiatives d’éradication et d’ensemencement n’ont connu qu’un succès relatif, souvent du fait que les administrations consacrent beaucoup de fonds à l’« éradication » sans financer suffisamment l’« ensemencement ». Par exemple, une analyse récente a révélé que les deux tiers des ressources financières allouées à la réduction des gangs de rue à Los Angeles étaient affectés aux efforts policiers d’éradication. Moins d’un tiers de ces fonds étaient alloués à la prévention du crime dans les communautés ou au développement communautaire (Justice Policy Institute, 2007, cité dans Wortley et coll., Volume 5). Dans de telles circonstances, l’arrestation et la condamnation des criminels et des membres de gangs de rue se soldent par leur remplacement par la génération suivante de contrevenants, qui subissent les mêmes niveaux de marginalisation économique et sociale que leurs prédécesseurs.

De plus, les travaux de recherche indiquent que, à moins qu’il ne s’accompagne d’initiatives vigoureuses de police communautaire et de développement communautaire, l’usage par la police de méthodes exagérément agressives peut avoir un effet néfaste sur les conditions au sein de la communauté, alimenter le sentiment d’aliénation et de frustration des jeunes des minorités et, en fin de compte, contribuer à la perpétration de crimes violents. Une étude montre par exemple que les efforts musclés d’éradication pouvaient accroître la cohésion des gangs et aggraver les tensions entre la police et la communauté (Justice Policy Institute, 2007; Decker, 2007; Skogan, 2006; Klein et Maxson, 2006, cité dans Wortley et coll., Volume 5).

Conclusion

La discussion ci-dessus décrit les caractéristiques des programmes éprouvés et prometteurs. L’examen du vaste éventail de programmes qui semblent faciliter la réduction de la violence chez les jeunes par la prévention du crime montre clairement qu’il n’existe pas de programme idéal qui permettrait à lui seul d’éviter la violence et la criminalité pour tous les jeunes. C’est plutôt une stratégie de gestion de cas individualisée qui pourrait être la voie la plus prometteuse pour le traitement des jeunes, et un grand nombre de ces derniers pourraient avoir besoin de plusieurs programmes afin d’éviter la violence et d’autres difficultés du parcours de vie. Nous estimons toutefois possible de décrire les principes généraux qui devraient être pris en compte lors de l’élaboration de stratégies de prévention du crime et de réduction de la violence. Ces principes sont notamment les suivants :

Section 2 : Programmes exécutés hors de l’Ontario

Nous nous penchons maintenant sur les activités mises en oeuvre hors de l’Ontario afin d’en tirer les enseignements et de situer en contexte celles de notre province. Nous nous tournerons tout particulièrement vers les provinces du Québec et de Terre Neuve et Labrador et vers le Royaume-Uni, où nous nous sommes rendus au printemps de 2008.

Québec et Terre Neuve et Labrador

Nous avons constaté que la pauvreté était une cause sous jacente des facteurs de risque immédiat de la violence chez les jeunes. Deux provinces, le Québec et Terre Neuve et Labrador, ont mis en oeuvre des stratégies globales de lutte contre la pauvreté au cours des dernières années. Certains éléments essentiels sont communs aux deux stratégies, comme la priorité accordée au contexte socio-économique de la pauvreté, les plans d’action pluriannuels et un cadre clair pour l’administration des programmes et l’évaluation des progrès. Certains de ces éléments occupent également une grande place dans l’approche adoptée au Royaume Uni pour lutter contre la pauvreté et le racisme, que nous aborderons à la section suivante.

Québec

En 2002, l’Assemblée nationale du Québec a adopté le projet de loi 112, la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Un rapport préparé pour le Service d’information et de recherche parlementaires (SIRP), intitulé Stratégies de réduction de la pauvreté au Québec et à Terre Neuve et Labrador, précise que cette loi établit une « stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale [qui] vise à amener progressivement le Québec d’ici 2013 au nombre des nations industrialisées comptant le moins de personnes pauvres » (Collin, 2007 : p. 2, citant la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, L.R.Q. L-7, chap. II, s. 4).

Selon le rapport du SIRP, cette loi impose au gouvernement provincial d’élaborer un plan d’action global de réduction de la pauvreté précisant les cibles et les mesures d’évaluation, et prévoit la publication par le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale d’un rapport annuel sur le déroulement des activités entreprises dans le cadre du plan d’action. La Loi prévoit également la mise en place d’un Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, d’un centre de recherche sur la pauvreté et l’exclusion sociale et d’un Fonds québécois d’initiatives sociales affecté à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

Pour s’acquitter de ces obligations, le gouvernement du Québec a dans son budget 2004–2005 alloué 2,5 milliards de dollars sur cinq ans aux initiatives de lutte contre la pauvreté présentées dans son plan d’action de réduction de la pauvreté. Un grand nombre de ces initiatives sont de nature économique, comme des ajustements des prestations d’aide sociale, la bonification du salaire minimum et un nouveau crédit d’impôt remboursable pour les familles à faible revenu avec enfants. D’autres propositions étaient axées sur le contexte social de la pauvreté, comme l’élargissement de l’accès à des logements abordables, l’intégration des immigrants et des membres des minorités visibles, la poursuite de la mise en place de services de qualité pour la garde et l’apprentissage durant la petite enfance, des programmes de soutien aux jeunes parents et aux enfants ainsi que des programmes favorisant la réussite scolaire et des programmes de littératie dans les milieux défavorisés.

Le gouvernement du Québec a continué d’accroître le financement des programmes de lutte contre la pauvreté. Par exemple, son plan budgétaire 2008-2009 « [...] prévoit la création d’un nouveau fonds de 400 millions de dollars sur dix ans pour financer des projets qui favoriseront le développement des enfants de 0 à 5 ans en situation de pauvreté. Ce nouveau fonds sera financé à raison de 15 millions de dollars par année par le gouvernement et de 25 millions de dollars par année par la Fondation Lucie et André Chagnon, pour un total de 400 millions de dollars au terme des dix prochaines années. La contribution gouvernementale au fonds sera versée à partir des revenus provenant de la taxe sur les produits du tabac. » (Québec, 2008 : E. 53)

Il est trop tôt pour se prononcer sur la réussite de la stratégie québécoise de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, alors qu’il reste encore cinq ans avant sa date d’achèvement prévue. Certes, la proportion globale de la population québécoise vivant avec un faible revenu a diminué de façon constante de 1997 à 2005, mais le rapport du SIRP précité indique que cette diminution est avant tout due à la croissance économique Collin, 2007 : p. 7). Nous estimons cependant que le Québec a fait preuve de vision et de leadership en faisant de la lutte contre la pauvreté une priorité provinciale et en donnant suite à son engagement d’allouer les ressources et les soutiens permettant de garantir la mise en oeuvre de ses réformes globales.

Terre Neuve et Labrador

À l’instar de la section précédente, les descriptions de programme suivantes s’appuient sur le rapport du SIRP précité.

Le rapport relève que, en décembre 2006, Terre-Neuve-et-Labrador est devenue la deuxième province du Canada à adopter une stratégie globale de réduction de la pauvreté, qui vise à amener la province du taux de pauvreté le plus élevé au Canada au taux le plus bas d’ici 2016. Dans son discours sur le budget 2005, avant même l’adoption officielle de la stratégie, le gouvernement a indiqué qu’il tiendrait compte « des rapports entre la pauvreté et le sexe, l’éducation, le logement, l’emploi, la santé, les soutiens sociaux et financiers, et les mesures fiscales, de même que du lien entre la pauvreté des femmes et le risque accru d’être victime de violence » (Terre-Neuve-et-Labrador, 2005, cité dans Collin, 2005). Le plan d’action découlant de la stratégie établit comme objectifs l’amélioration de la coordination des services offerts aux personnes à faible revenu et de l’accès à ces services, l’établissement d’un filet de sécurité sociale plus solide, l’augmentation du revenu gagné, une importance accrue accordée au développement de la petite enfance et l’adoption de mesures pour améliorer les niveaux d’instruction. Comme le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador a entrepris un vaste éventail d’initiatives, allant de programmes locaux à des changements systémiques, en vue de réaliser ces objectifs. Avec les engagements pris dans son budget 2008, le gouvernement a affecté un investissement annuel de plus de 100 millions de dollars pour atteindre ses objectifs (Terre-Neuve-et-Labrador, Discours sur le budget, 2008).

Royaume-Uni

Alors que les deux provinces canadiennes nous ont fourni un aperçu des initiatives globales de lutte contre la pauvreté, l’expérience du Royaume-Uni nous donne des perspectives utiles sur la pauvreté et le racisme.

Pauvreté

En 1999, le premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, s’est publiquement engagé à réduire la pauvreté chez les enfants d’un quart d’ici 2004, de moitié d’ici 2010 et intégralement d’ici 2020. Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement britannique a élaboré une vaste stratégie (le plan d’action national sur l’exclusion sociale) visant à lutter contre la pauvreté chez les enfants en s’appuyant sur quatre grands axes : aider les parents à intégrer le marché du travail et à y contribuer, fournir une aide financière aux familles, faire en sorte que les enfants aient accès à d’excellents services publics et soutenir les parents dans leurs responsabilités parentales.

Pour mettre en oeuvre ces stratégies, le gouvernement a entrepris des initiatives essentielles, avec notamment une réforme notable du régime fiscal et l’octroi de crédits d’impôt aux familles à faible revenu, le versement aux parents de subventions en vue de la garde d’enfants et de l’éducation permanente, la prolongation de la période de prestations pour le congé parental et l’augmentation du montant de ces prestations, ainsi que l’accroissement des programmes offerts aux enfants dans les communautés à faible revenu. La Grande-Bretagne a également incorporé la cause de l’égalité des races à toutes ses initiatives afin de prendre en compte les réalités raciales de la pauvreté. Des fonds sont réservés pour que les programmes desservent effectivement les personnes pauvres racialisées au niveau de tous les ordres de gouvernement et dans le cadre des partenariats locaux.

Cet effort global a donné des résultats impressionnants. En 2004, la Grande-Bretagne avait augmenté son soutien financier aux enfants de 10,4 milliards de livres sterling (soit 72 pour 100). D’autres initiatives ont aidé quelque 410 000 chefs de famille monoparentale à intégrer le marché du travail, alors que le nombre d’enfants de familles sans emploi a baissé de 400 000. Dans l’ensemble, en 2004-2005, au terme de la première période de cinq ans de la stratégie, la Grande-Bretagne avait réduit de 700 000 (soit 17 pour 100) le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté (Child Poverty Action Group, mars 2006). Même si le premier objectif visé sur cinq ans, à savoir une réduction de 25 pour 100, n’était pas atteint, ce résultat constituait pour beaucoup une réalisation de taille et une illustration des manières de donner suite à un engagement envers des cibles quantifiées. Encore plus révélateur, en mars 2008, le gouvernement du Royaume-Uni a renouvelé son engagement envers l’objectif d’une réduction de 50 pour 100 fixé pour 2010, et ce, malgré la perspective d’un ralentissement économique. À cette occasion, le chancelier de l’Échiquier s’est exprimé comme suit :

« Malgré les difficultés actuelles et une période d’incertitude, nous sommes déterminés à maintenir le cap vers notre objectif à long terme, à savoir préparer notre pays en vue des défis de l’avenir, faire face au changement climatique et mettre fin à la pauvreté chez les enfants au cours de la présente génération. »

(Hansard, le 12 mars 2008)

Même si un grand nombre des programmes de lutte contre la pauvreté de la Grande-Bretagne sont encore en cours d’évaluation, les résultats préliminaires semblent indiquer qu’une stratégie globale à long terme peut avoir une incidence directe et profonde sur les vies de milliers de familles et de leurs enfants et sur les perspectives qui s’offrent à eux.

Racisme

Outre les mesures susmentionnées de lutte contre la pauvreté, le Royaume-Uni est également confronté à d’autres aspects de l’inclusion raciale. Les Noirs et les autres groupes ethniques minoritaires doivent faire face à des problèmes semblables à ceux de l’Ontario, comme le profilage racial, les obstacles à l’emploi, les problèmes de logement, la marginalisation, le rendement inférieur aux normes des élèves racialisés et la surreprésentation des minorités au sein du système de justice pénale. La Grande-Bretagne connaît aussi des quartiers à forte concentration de pauvreté et une hausse de la criminalité chez les jeunes. Deux programmes démontrant la voie adoptée par le Royaume-Uni pour relever ces défis sont présentés ci dessous.

Renouvellement des quartiers

En 2001, le Royaume-Uni a adopté son plan d’action visant la stratégie nationale de renouvellement des quartiers. Cette stratégie de renouvellement repose sur cinq facteurs clés relatifs à la déchéance urbaine : le chômage, le crime, l’échec scolaire, la mauvais santé et les logements insalubres.

Pour faire en sorte que la stratégie aide les personnes visées, l’organisme gouvernemental chargé de l’application de la stratégie a adopté un plan d’action sur l’égalité des races assorti de deux exigences : l’égalité des races doit faire partie intégrante de la stratégie, et les Noirs et les membres des minorités ethniques doivent bénéficier de la stratégie. Ces exigences sont intégrées aux politiques de haut niveau, mais aussi à chaque niveau de la prestation de services. Le plan d’action a les caractéristiques principales suivantes :

Le Home Office et le plan d’action sur l’égalité des races

Le Home Office, qui est le ministère du Royaume-Uni responsable de la protection du public contre les actes de terrorisme, la criminalité et les comportements antisociaux, et en particulier des services de police, a adopté son plan d’action sur l’égalité des races en 2002. Ce plan comprend notamment les initiatives de police suivantes :

Collecte et utilisation des données

L’un des aspects que nous jugeons les plus intéressants dans l’approche du Royaume-Uni à l’égard de la pauvreté et du racisme est l’accent mis sur la collecte et le compte rendu de statistiques sur la race. Tandis qu’en Ontario la collecte de données de ce genre soulève des préoccupations, la Grande-Bretagne recueille depuis des années des données sur de nombreux points, dont la race. Elle n’a cessé d’affiner et d’élaborer des méthodes pour recueillir cette information, qu’elle utilise pour étayer ses programmes, élaborer les politiques, orienter les dépenses et fixer les priorités. Les données sur l’origine ethnique et la race sont collectées, suivies et communiquées publiquement pour ce qui a trait à des domaines divers : éducation, marché du travail, logement, services de santé et services sociaux à la personne, système de justice pénale, perceptions de la cohésion des communautés, culture et sport.

La collecte de données sur la race a joué un rôle primordial dans l’élaboration de la stratégie de renouvellement des quartiers de 2001 du Royaume-Uni, que nous avons présentée ci-avant. De plus, étant donné que les données ont été recueillies sur une longue période, il est possible de suivre les progrès réalisés et d’évaluer la réussite des initiatives entreprises dans le cadre de la stratégie.

Par exemple, une étude récente intitulée Improving Opportunity, Strengthening Society (Department for Communities and Local Governement, 2007), a évalué les progrès de la stratégie du point de vue de l’égalité des races et de la cohésion des communautés. Fondée sur un examen du système de justice pénale, elle évaluait les disparités indiquées par les gens au fil des ans en examinant les statistiques relatives aux contrôles avec fouille, aux arrestations, aux poursuites et aux incarcérations, ainsi que les comptes rendus au public de l’information recueillie. Les progrès ont pu être évalués en raison de plusieurs facteurs essentiels :

(Ce dernier point mérite des éclaircissements. Avant le mois d’avril 2003, les sujets étaient assignés à un groupe ethnoracial selon la perception de la personne chargée de recueillir les données pendant les « contrôles avec fouille » et les arrestations. Lorsqu’il est devenu obligatoire, en avril 2003, que tous les services de police consignent l’origine ethnique, un système standard d’enregistrement a été mis en place dans tous les organismes. Les sujets indiquent désormais leur groupe ethnoracial en choisissant une des 16 catégories utilisées dans le recensement de 2001. Cela permet des comparaisons directes entre les données relatives à la justice pénale et celles issues du recensement.)

Les données portaient sur un vaste éventail de variables : les attitudes à l’égard du crime selon la perception des Noirs et des groupes ethniques marginalisés vis à vis des organismes responsables de la justice pénale; la confiance en le système de justice pénale; les inquiétudes relatives à la criminalité; les expériences de crimes; le nombre d’homicides; les incidents à caractère racial (les crimes motivés par la haine); les expériences des suspects; les nombres de contrôles avec fouille; les arrestations et les accusations; les genres d’infractions; les arrestations et les poursuites; la détermination de la peine, y compris le pourcentage d’inculpés ayant fait l’objet d’un procès et d’une condamnation, d’un acquittement et d’une négociation de plaidoyer; les statistiques concernant les jeunes contrevenants, comme les conditions des libérations sous caution pour chaque groupe ethnoracial; la population carcérale; l’emploi dans le système de justice pénale (policiers, gardiens de prison, tribunaux et service des poursuites de la Couronne) et la représentation ethnique dans chaque catégorie; etc.

Cette mine de données a permis au Royaume-Uni de déterminer si le pays avait fait des progrès et de définir les défis auxquels il était confronté dans l’atteinte de l’objectif consistant à réduire les inégalités raciales et à renforcer la cohésion dans les communautés. Par exemple, les données montrent que les jeunes Noirs sont surreprésentés dans la catégorie des contrevenants et au sein de la population carcérale. À partir de cette constatation, le gouvernement a chargé son conseil de justice pour la jeunesse de mettre en oeuvre des plans d’action en vue de parvenir à un traitement égal au niveau local pour des infractions comparables entre les divers groupes ethniques, et d’entreprendre des activités de prévention ciblées atténuant les variations locales selon l’origine ethnique dans les taux de condamnation enregistrés.

Cet exemple démontre l’engagement du Royaume-Uni à améliorer ses méthodes de collecte de données, à veiller à une plus grande uniformité, à faire en sorte que l’information soit partagée et utilisée pour améliorer la prestation des services publics et, ce faisant, à bâtir la confiance des communautés.

Section 3 : Inventaire et analyse des programmes de l’Ontario

Le gouvernement de l’Ontario investit chaque année des milliards de dollars dans des programmes consacrés aux enfants et à la jeunesse. Ces programmes portent sur le développement des enfants, la violence chez les jeunes, la jeunesse à risque et les occasions d’études et d’emploi à l’intention des jeunes. Dans notre cadre de référence, le premier ministre nous a demandé d’examiner ces investissements et programmes provinciaux.

Dans la présente section, nous décrivons la voie que nous avons suivie pour réaliser un inventaire des programmes existants, certains des défis auxquels nous avons été confrontés à cette occasion et, de manière générale, ce que nous avons appris sur ces programmes. Nous donnons quelques exemples de programmes de l’Ontario issus de l’inventaire et de nos autres consultations. Enfin, nous suggérons des façons d’améliorer l’efficacité des programmes et services de l’Ontario.

« [...] [de] passer en revue les investissements et les programmes que la province consacre actuellement aux domaines du développement de l'enfant, de la violence chez les jeunes, de la jeunesse à risque, et de la création d'occasions d'études et d'emploi pour les jeunes;

  • d’examiner les approches suivies par d’autres provinces et pays, pour voir si elles peuvent être appliquées avec succès dans le contexte de l’Ontario;
  • de découvrir d’autres démarches possibles en matière de prévention et de réadaptation des jeunes. »

Extrait du cadre de référence de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes

Inventaire des programmes

Pour nous acquitter de notre mandat, nous avons réalisé un inventaire des programmes financés par le gouvernement provincial. Notre intérêt allait aux programmes et services qui répondent à un ou à plusieurs des critères suivants :

Nous avons transmis un questionnaire (voir l’Annexe 4) à 14 ministères en leur demandant de remplir un formulaire par programme. Nous remercions ces ministères des précieux renseignements qu’ils ont fournis dans leurs réponses.

Nous avons également demandé aux ministères, par le truchement des organismes bénéficiant de paiements de transfert ou des groupes communautaires qui administrent les programmes, de répertorier les programmes pertinents qui étaient offerts dans les huit quartiers que nous avons visités à l’occasion des séances de consultation (voir le Volume 3, Les points de vue des communautés).

Notre mandat consiste à analyser les facteurs sous jacents de la violence chez les jeunes, et non les conséquences de la violence qui s’est déjà produite. Notre objectif en réalisant cet inventaire était d’obtenir un aperçu des programmes et services pertinents et d’estimer les dépenses connexes engagées par le gouvernement de l’Ontario. Il est toutefois important de relever certaines limites dans l’information que nous avons compilée :

Au 1er juillet 2008, nous avions reçu 341 questionnaires remplis. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, nous savons que cela ne représente qu’une partie de la totalité des programmes relatifs à la jeunesse financés par le gouvernement dans une année normale. Les contraintes de temps nous ont néanmoins empêchés de réaliser une enquête plus exhaustive.

Malgré ces limites, la réalisation de l’inventaire des programmes a été très utile. Les réponses constituent un segment représentatif instructif des genres de programmes pour la jeunesse en place dans la province. Nous estimons que la base de données compilée dans le cadre de cet examen sera une ressource importante pour les décideurs et les chercheurs. L’inventaire a également confirmé notre impression qu’un très grand nombre de programmes parrainés par le gouvernement cherchent à lutter contre les causes de la violence chez les jeunes.

Genres de financement de programme

Notre inventaire a permis de répertorier le financement gouvernemental selon trois grandes catégories : institutionnel, subventionnaire et communautaire. Chacune de ces catégories est décrite ci dessous.

Financement institutionnel

Nous avons reçu 13 réponses dans cette catégorie, dans laquelle s’inscrivent les stratégies gouvernementales importantes et de grande envergure relatives au bien être de la jeunesse et à la justice pour la jeunesse qui sont lancées par des ministères ou des organisations de grande taille. Elles reflètent ainsi les priorités gouvernementales de haut niveau en matière de dépenses. Chaque stratégie englobe dans son budget de nombreux programmes. Par exemple, le budget 2007-2008 pour les Services de protection de l’enfance se chiffrait à 1,3 milliard de dollars et celui consacré à la garde en milieu fermé du système de justice pour la jeunesse s’élevait pour la même année à 105,3 millions de dollars. Les deux stratégies comprennent plusieurs programmes, pour lesquels aucun détail (en particulier sur les évaluations) n’était fourni.

Programmes de subventions

Cinquante réponses ont été reçues de fondations, de conseils et d’autres organismes qui perçoivent des fonds gouvernementaux et les allouent ensuite dans la communauté par des subventions aux programmes. La Fondation Trillium de l’Ontario touche par exemple quelque 100 millions de dollars par an. Elle étudie les propositions de subventions et répartit les fonds au moyen de plus de 1 000 subventions communautaires dans quatre domaines : arts et culture, environnement, services humains et sociaux, sports et loisirs. À l’instar des réponses reçues concernant les stratégies de financement institutionnel, les réponses des programmes de subventions ne traitaient pas de programmes particuliers.

Le tableau 1 montre les domaines soutenus financièrement par les 50 programmes de subventions.

Tableau 1 : Répartition des subventions par genre de programmes
GENRE DE PROGRAMMES Nombre
Soutien aux programmes sportifs, récréatifs, artistiques ou culturels (dont 13 soutenant seulement les programmes voués aux arts et à la culture) 27
Renforcement de la sécurité dans les communautés 5
Soutien au développement général des jeunes par du mentorat, du counseling ou de la formation 5
Aide aux élèves suspendus ou renvoyés 3
Soutien aux initiatives de lutte contre l’intimidation 3
Soutien aux programmes de formation ou d’emploi des jeunes 3
Programmes de subventions d’immobilisation 2
Élargissement de l’utilisation communautaire des écoles 1
Soutien au développement de la petite enfance 1
TOTAL 50

Les budgets 2007-2008 de ces programmes de subventions allaient de 30 300 $ pour le programme Subvention pour des collectivités sûres et dynamiques de Thunder Bay jusqu’à 1 milliard de dollars pour les programmes de développement de la petite enfance du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

Des jeunes ont participé à la conception ou l’exécution de neuf (18 pour 100) et à l’administration de sept (14 pour 100) de ces programmes. Plus de la moitié des 50 programmes de subventions ne coordonnaient pas leurs activités avec d’autres organismes gouvernementaux.

Selon l’information fournie dans les 50 réponses, il semble que la plupart des programmes de subventions n’ont pas été officiellement évalués. (Une discussion des critères et des méthodes d’évaluation a été présentée plus tôt dans le présent chapitre.) Huit de ces programmes (16 pour 100) ont été évalués par le personnel du programme ou du ministère et 14 (28 pour 100) l’ont été par une consultation ou un consultant externe. Seuls sept des programmes (14 pour 100) ont fait l’objet d’un rapport d’évaluation final. Un grand nombre des évaluations étaient exclusivement consacrées aux finances (à savoir si les subventions avaient été dépensées légitimement) ou ne donnaient qu’un résumé d’ensemble de l’usage du programme (p. ex., le nombre de clients desservis par les programmes financés dans une année donnée). Les évaluations étudiaient rarement si le programme subventionnaire avait un effet sur le développement des jeunes, leur mobilisation ou la violence chez les jeunes. Seule une (2 pour 100) évaluation suivait un modèle prétest post-test, et seulement deux (4 pour 100) avaient un groupe témoin.

Programmes communautaires

Sur les 341 réponses reçues, une vaste majorité (278) décrivaient des programmes communautaires actifs sur le terrain. Environ 60 pour 100 de ces programmes étaient offerts dans toute la province, alors que le reste ne concernait que des communautés précises.

Genres de programmes

Le tableau 2 montre par genre les 278 programmes communautaires figurant dans notre inventaire.

Tableau 2 : Genres de programmes communautaires répertoriés à l’occasion de l’inventaire
GENRE DE PROGRAMMES   Nombre  
Centres de jeunes 2
Programmes sportifs ou récréatifs 4
Programmes de formation à la lutte contre la violence 5
Programmes d’aide au logement 5
Traitement des alcooliques et des toxicomanes 7
Centres de santé et de guérison 8
Programmes de lutte contre l’intimidation 9
Programmes de traitement des problèmes de santé mentale 11
Programmes de déjudiciarisation et de justice pour la jeunesse 13
Éducation et formation communautaires 16
Programmes voués aux arts et à la culture 21
Emploi et développement professionnel 22
Développement de la petite enfance 29
Aide aux victimes d’actes criminels 37
Programmes de développement de la jeunesse 37
Programmes relatifs à la violence familiale 52
TOTAL 278


Fourchette des budgets des programmes communautaires (pourcentage des 278 programmes)
k$ = milliers de dollars
moins de 50 k$ : 19,7 %
50 à 100 k$ : 21,4 %
100 à 500 k$ : 23,2 %
500 k$ à 1 M$ : 8,9 %
1 M$ + : 21,8 %
10 M$ + : 3,2 %

Clients et administration des programmes communautaires
Étendue Moyenne
Clients desservis par an 10 à 60 000 1 400
Âge Nourrissons à aînés 24
Salariés 0 à 378 56
Bénévoles 0 à 275 12

Participation des jeunes aux programmes communautaires
(pourcentage du segment de 278 programmes)
Administration 13,5 %
Élaboration 23,0 %
Mise en oeuvre 38,5 %

Financement et administration

Les budgets annuels des 278 programmes variaient grandement – de 5 750 $ pour un programme de services aux enfants et aux adolescents dans les bibliothèques publiques à plus de 394 millions de dollars pour le Fonds pour les services de santé mentale aux enfants et aux jeunes. Parmi ces programmes, 108 (38,8 pour 100) recevaient des fonds supplémentaires de sources autres que le gouvernement de l’Ontario.

Environ 70 pour 100 comptaient moins de 10 salariés. Près de la moitié des réponses reçues (48,0 pour 100) ne précisaient pas le nombre de bénévoles associés au programme. Comme pour les programmes de subventions, la participation des jeunes à l’élaboration et la mise en oeuvre des programmes communautaires était assez limitée.

Objectifs

La plupart des programmes figurant dans notre inventaire ont de nombreux objectifs (en moyenne, 7,8 objectifs principaux par programme). La majorité des objectifs ne se rapportent pas directement au problème de la violence chez les jeunes, mais plutôt aux causes profondes des comportements violents. Parmi les objectifs les plus fréquemment cités, mentionnons « l’amélioration des relations entre les jeunes et les adultes », « l’amélioration des relations entre les jeunes », « l’accroissement de la mobilisation des jeunes » et « la mise à la disposition de mentors et de modèles à l’intention des jeunes ».

Coordination entre les organismes

Un peu plus de la moitié des programmes communautaires figurant dans notre inventaire (54,0 pour 100) ont indiqué tenter de coordonner leurs activités avec d’autres organismes et organisations. La portée de cette étude n’a pas permis d’établir l’ampleur et l’efficacité des efforts de coordination, mais cette question importante pourrait faire l’objet d’une étude future.

Évaluation

Le tableau 3 résume les constatations faites relativement à l’évaluation des programmes communautaires. Comme nous l’avons déjà indiqué, une discussion des critères et méthodes d’évaluation a été présentée plus tôt dans ce chapitre.

Tableau 3 : Évaluation des programmes
Méthode d’évaluation En pourcentage *
  • Pas d’évaluation
60
  • Rapport préliminaire
22
  • Rapport final
17
  • Évaluation par le personnel du programme
52
  • Évaluation par les représentants du ministère
31
  • Évaluation par un(e) consultant(e) externe
21

* La somme de ces chiffres ne donne pas 100 pour 100 du fait que les programmes utilisent souvent des combinaisons de processus d’évaluation. Par exemple, 30 (10,8 pour 100) des 278 programmes communautaires figurant dans notre inventaire ont réalisé une évaluation de genre prétest post-test, 24 (8,6 pour 100) ont recouru à une chercheuse un chercheur externe et 8 (2,9 pour 100) ont utilisé un groupe témoin dans leur évaluation. Six programmes (2,2 pour 100) ont fait objet d’une évaluation standard prétest post-test avec groupe témoin. Seulement 3 (1,1 pour 100) des 278 programmes ont satisfait à la totalité ou la plupart des critères susmentionnés, en utilisant une évaluation standard prétest post-test avec groupe témoin et en faisant appel à une consultante ou un consultant indépendant.

Section 4 : Certains programmes actuels de l’Ontario

Dans cette dernière section du chapitre, nous présentons des programmes de l’Ontario qui ont attiré notre attention au cours de notre inventaire des programmes (voir la section 3), de nos analyses documentaires ou de nos processus de consultation. Le fait de mentionner ici un programme ne signifie pas nécessairement qu’il a fait l’objet d’évaluations de haute qualité ou la preuve de l’application de meilleures pratiques. Nous estimons cependant important de reconnaître qu’un grand nombre d’organismes bailleurs de fonds, et en particulier le gouvernement de l’Ontario, soutiennent des programmes un peu partout dans la province et tentent de résoudre les problèmes que nous mettons de l’avant dans notre examen.

Réduction de la pauvreté

Nous avons indiqué que la pauvreté était une cause des conditions contribuant à la violence chez les jeunes, et nous commençons donc logiquement cette section avec des observations sur les programmes du gouvernement de l’Ontario ayant pour objectif la réduction de la pauvreté.

Le gouvernement est déjà actif à cet égard; en fait, pour démontrer ses efforts, il énumère ses programmes et services liés aux domaines suivants : la Prestation ontarienne pour enfants, la garde d’enfants, l’apprentissage durant la petite enfance, l’éducation, la santé, la formation axée sur l’acquisition de compétences, l’augmentation du salaire minimum, le logement abordable, l’aide sociale et les nouveaux arrivants. Certains de ces programmes et services sont décrits dans les sections pertinentes ci-après.

Plus important peut être est l’établissement par le gouvernement d’un comité ministériel chargé d’établir « une stratégie ciblée dont les objectifs seront de réduire la pauvreté. Cela inclura des indicateurs et des cibles connexes. » Le résultat sera « un véritable plan de lutte contre la pauvreté qui est mesurable » (Ontario, s.d.).

Au printemps 2008, alors que notre examen achevait ses consultations, le comité ministériel s’est rendu dans des communautés choisies un peu partout en Ontario pour y mener ses propres consultations. Le comité devrait présenter le résultat de ses travaux d’ici la fin de 2008, et nous ne pouvons qu’espérer que le plan proposé sera efficace dans la lutte contre la pauvreté, pas simplement comme une fin en soi, mais aussi comme un moyen de surmonter l’un des principaux facteurs contribuant à la violence chez les jeunes.

Éducation

Changements récents aux politiques

Nous avons expliqué au chapitre 4 nos préoccupations à l’égard du système éducatif de l’Ontario, mais nous prenons également acte des initiatives récentes du ministère de l’Éducation, comme la modification de la Loi sur l’éducation de manière à ce que les jeunes restent à l’école jusqu’à l’âge de 18 ans, l’élargissement de l’éducation de la petite enfance, le renforcement des compétences en littératie et en numératie et la hausse du rendement global des élèves.

Nous remarquons également que le ministère poursuit la mise en oeuvre d’une stratégie de prévention de l’intimidation lancée en novembre 2005. Par exemple, en février 2008, la Loi sur l’éducation a été modifiée pour que l’on soit tenu de considérer l’intimidation comme une infraction pouvant faire l’objet d’une suspension, et le ministère a adopté une politique provinciale exigeant que chaque conseil scolaire ait ses propres politiques et procédures de prévention et d’intervention contre l’intimidation.

Un changement revêt un intérêt particulier pour notre examen : le ministère a reconnu, dans les modifications apportées en février 2008 à la Loi sur l’éducation, que les dispositions initiales de cette dernière sur la sécurité dans les écoles avaient une incidence disproportionnée sur les élèves racialisés et les élèves handicapés. Les écoles doivent désormais tenir compte des facteurs atténuants, qui sont souvent particulièrement pertinents pour les élèves racialisés et les élèves handicapés, avant de renvoyer ou de suspendre un élève. Elles doivent fournir aux élèves expulsés ou suspendus pour une durée prolongée (cinq jours ou plus) un programme éducatif de remplacement pendant leur absence de l’école. Les parents ou tuteurs doivent être avertis de la durée et du motif de la suspension et du droit d’appel; de plus, une enquête doit avoir lieu et un rapport doit être présenté au conseil scolaire si l’expulsion est recommandée. Même s’il est trop tôt pour évaluer l’effet global de ces changements, ils semblent à notre avis être des pas importants dans la bonne direction.

Le ministère est également parvenu à un accord avec la Commission ontarienne des droits de la personne par lequel ces deux parties s’engagent à veiller à ce que chaque élève atteigne le plus haut niveau de rendement possible compte tenu de sa capacité et sa disposition à travailler assidûment. L’accord tente de répondre à des préoccupations selon lesquelles les curriculums, les services d’orientation et de counseling et la dotation en personnel enseignant et administratif n’étaient pas adaptés ou représentatifs sur le plan culturel. Par exemple, conformément à l’accord, des activités de perfectionnement professionnel à l’intention des éducateurs et du personnel de soutien des conseils scolaires devraient commencer au printemps prochain. La formation sera axée sur la lutte contre l’homophobie et le racisme, la violence fondée sur le genre et tous les motifs de discrimination interdits dans le Code des droits de la personne de l’Ontario. La stratégie en matière d’équité que le ministère est semble-t il sur le point de rendre publique vise à aider les conseils scolaires, les écoles et le ministère à créer un système d’éducation inclusif, tout en favorisant et en établissant les conditions de l’acceptation et du respect pour tous. Cette formation complètera le perfectionnement professionnel existant relatif à la diversité, tels les programmes et les ateliers financés par le ministère et offerts par les fédérations d’enseignants qui font le lien entre les questions d’équité dans tout le curriculum, les perspectives autochtones, la lutte contre l’homophobie et le racisme, et les sujets connexes.

Un autre fait marquant est l’initiative récente du Toronto District School Board, elle aussi issue de l’accord conclu avec la Commission ontarienne des droits de la personne, consistant à recueillir des données plus précises sur les élèves. Lorsque ces données ont révélé un taux de décrochage de 40 pour 100 parmi les élèves noirs, le Toronto District School Board a annoncé des mesures visant à réduire ce taux jusqu’à 15 pour 100 dans les cinq années suivantes et à mettre en place des intervenants supplémentaires auprès des jeunes et d’autres membres du personnel chargés de maintenir le contact avec les parents dans 25 écoles peu performantes. Nous voyons là un exemple positif démontrant que les données sur la race peuvent être recueillies et utilisées pour apporter des changements.

Financement de l’éducation

Ministère de l’Éducation

Le gouvernement provincial consacre des sommes considérables à l’éducation par des subventions de fonctionnement versées aux conseils scolaires et à d’autres programmes conçus pour répondre à des besoins particuliers. Le montant total de ces sommes a augmenté. Par exemple, de 2003-2004 à 2007-2008, les subventions de fonctionnement versées par le ministère de l’Éducation aux conseils scolaires ont augmenté de 27 pour 100, passant de 9,3 milliards de dollars à 11,8 milliards, soit une hausse moyenne de plus de 5 pour 100 par an au cours de ces cinq années.

Les sommes susmentionnées englobent le financement alloué par le ministère de l’Éducation à plusieurs programmes revêtant un intérêt particulier pour cet examen.

Subvention pour programmes d’aide à l’apprentissage

Des subventions d’un montant total de plus de 400 millions de dollars (2007-2008) ont servi à financer des programmes des conseils scolaires visant à aider les élèves qui présentent un risque élevé de rendement scolaire insuffisant. Les services ainsi offerts portent sur la rééducation en lecture, des programmes de déjeuner ou de dîner, le tutorat, des programmes offerts avant et après la classe, des conseillers, des aides-enseignants, des programmes de littératie et de numératie et des clubs d’aide aux devoirs.

Partenariat d’interventions ciblées de l’Ontario

Doté d’un budget de 26,5 millions de dollars (2007-2008), ce programme apporte un soutien aux écoles élémentaires dont les élèves ont un rendement faible, stationnaire ou en déclin.

Stratégie pour la sécurité dans les écoles

Cette stratégie, qui représente un investissement de plus de 70 millions de dollars, englobe plusieurs programmes visant à aider les élèves à se sentir plus en sécurité dans les écoles et sur les terrains scolaires. Elle comprend la stratégie de prévention de l’intimidation susmentionnée ainsi que d’autres programmes visant à réduire les incidents de violence chez les jeunes. Le volet de ce programme consacré aux écoles secondaires urbaines et prioritaires, annoncé dans le budget 2008 de l’Ontario, alloue 10 millions de dollars par an à des écoles secondaires urbaines choisies; ainsi, tous les ans, de 20 à 50 écoles se voient allouer de 200 000 $ à 500 000 $ chacune.

Programme d’apprentissage pour les jeunes de l’Ontario

Offert tout au long du système scolaire secondaire de l’Ontario, ce programme fournit à des élèves du cycle secondaire de l’éducation coopérative et des expériences de travail dans des métiers spécialisés. Il encourage les jeunes à s’inscrire à de la formation par l’apprentissage tout en continuant de fréquenter l’école ou après l’obtention de leur diplôme, à rester à l’école afin de satisfaire aux conditions d’obtention du diplôme d’études secondaires et à s’inscrire à d’autres programmes d’enseignement postsecondaire menant à des professions techniques, comme ceux proposés par les collèges communautaires. En 2006-2007, le ministère a versé 8,5 millions de dollars pour quelque 24 500 participants.

Ministère de la Formation et des Collèges et Universités

Outre les subventions de fonctionnement versées aux collèges et universités, lesquelles devraient se chiffrer à un total d’environ 4 milliards de dollars en 2007-2008 et à une somme équivalente en 2008-2009, le ministère de la Formation et des Collèges et Universités a d’autres programmes qui touchent le domaine ici à l’étude.

Projets et bourses du programme Première génération

Ce programme finance des projets exécutés par des collèges, des universités et des organismes communautaires en vue d’encourager les élèves de la première génération (c.-à-d. dont les parents n’ont pas fait d’études postsecondaires) à réaliser des études postsecondaires. Il fournit aussi des bourses à des élèves de la première génération ayant besoin d’une aide financière qui fréquentent les universités ou les collèges d’arts appliqués et de technologie de l’Ontario. De 2005 à 2007, le gouvernement a investi près de 10 millions dans des bourses et des projets Première génération et, en juin 2007, il a annoncé l’allocation de 30 millions de dollars supplémentaires au cours des trois prochaines années; 10 pour 100 de ce montant est destiné à des bourses.

Subventions aux pupilles de la Couronne

Le programme Première génération décrit ci-dessus comprend également des subventions à des pupilles de la Couronne (anciens ou actuels). En 2007-2008, le ministère a commencé à rembourser les frais d’inscription à des programmes postsecondaires admissibles aux pupilles de la Couronne (y compris à des personnes qui étaient auparavant pupilles) inscrits dans les deux premières années de leurs programmes. À compter de 2008-2009, le ministère étend ces subventions aux étudiants inscrits en 3e et 4e années et à ceux et celles participant à des programmes de deux ans ou moins. Tous les frais de scolarité de la première année sont couverts, et un plafond de 3 000 $ en dépenses admissibles est prévu dans les années suivantes.

Programmes d’aide aux étudiants

Les programmes d’aide aux étudiants, comme le Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario, procurent des subventions et des prêts aux étudiants qui en démontrent le besoin. On estime que les fonds alloués à ces aides se chiffrent à près de 522 millions de dollars en 2008-2009.

Programmes non gouvernementaux

Au cours de nos consultations, nous avons été informés de nombreux programmes qui soutiennent le système éducatif de l’Ontario, sans toutefois relever d’un ministère provincial, même si une part de leur financement provient de sources gouvernementales. Certains de ces programmes procurent des activités avant et après la classe, d’autres sont exécutés en classe et d’autres encore fournissent du mentorat. Voici trois programmes qui constituent des exemples de ce qui est disponible dans les communautés de l’Ontario.

Collège Frontier

Fondé en 1899, le Collège Frontier avait pour mission initiale d’envoyer des « laboureurs-enseignants » travailler et enseigner dans les régions frontalières du Canada. Ces personnes fournissaient de l’éducation et de la formation à une main-d’oeuvre qui était essentiellement sans instruction, analphabète et souvent exploitée.

Le Collège Frontier a élargi son mandat après la Seconde Guerre mondiale, et il continue aujourd’hui à fournir des programmes de tutorat et de littératie en se centrant tout particulièrement sur le soutien aux personnes et aux communautés marginalisées dans tout le pays.

Plusieurs de ces programmes visent à soutenir la jeunesse vulnérable. À titre d’exemple, Beat the Street propose du rattrapage en littératie, un cours préparatoire de Formation générale (FG) et de la formation en informatique à des jeunes de la rue à Toronto. Ses objectifs sont notamment de transmettre des compétences et des connaissances afin :

Le Collège Frontier gère également des « camps d’été » visant à alphabétiser des enfants et jeunes autochtones de 6 à 16 ans provenant de communautés des Premières nations du Nord de l’Ontario. Chaque camp de trois semaines propose diverses activités fondées sur la littératie (lecture, écriture, chant, etc.), qui incorporent et célèbrent les traditions et les cultures de chaque communauté. Les parents, les aînés et d’autres membres des communautés participent aux camps.

Le Collège travaille avec des groupes et organismes communautaires pour mettre en place des clubs d’aide aux devoirs à l’intention des enfants et des adolescents. Dans ces clubs, les élèves rencontrent des tuteurs bénévoles pour lire des livres, écrire des histoires, faire leurs devoirs et participer à des jeux de vocabulaire et à toute autre activité qui permettra d’améliorer leurs aptitudes en lecture et en écriture. Les tuteurs et les élèves se voient au moins une fois par semaine. Ces relations améliorent les aptitudes des élèves en littératie et, ce qui est essentiel, leur procurent un lien constructif avec une ou un mentor plus âgé.

Breaking the Cycle

Breaking the Cycle (http://www.cantraining.org/BTC/btc.php) est un projet de leadership et d’aide pour se soustraire aux gangs de rue à l’intention de la jeunesse. Il a été élaboré par l’Institut Canadien de Formation, un organisme sans but lucratif établi à Toronto qui réalise des recherches, offre de la formation et met sur pied des projets liés au système de justice pénale et aux disciplines connexes. Breaking the Cycle consiste en le recrutement de jeunes âgés de 15 à 23 ans qui sont ou ont été actifs au sein de gangs de rue et qui sont sans emploi ou qui ne font pas d’études. Le projet, qui en est encore au stade pilote, vise en priorité les habitants du quartier d’Etobicoke-Nord de Toronto.

Les participants bénéficient d’une formation intensive de deux semaines et d’une semaine de séances de suivi conçues pour qu’ils puissent plus facilement quitter les gangs ou rester à l’écart de ces derniers, résister à la consommation d’alcool et d’autres drogues, faire des choix prosociaux du point de vue de leur mode de vie et régler des différends sans recourir à la violence. Globalement, le programme a pour objectif d’accroître les chances des participants de réussir à l’école, dans leur formation ou à leur emploi.

Après les séances initiales, les participants peuvent choisir de reprendre leurs études ou de chercher un emploi. Certains ont néanmoins la possibilité de participer à un programme complémentaire de 25 semaines, avec de la formation supplémentaire et du soutien par des pairs. Appelée Youth Ambassador Employment Preparation Project, cette deuxième phase de Breaking the Cycle permet aux jeunes d’acquérir des compétences en leadership en travaillant dans la communauté à une variété d’initiatives de lutte contre les gangs de rue, y compris la présentation d’exposés et la participation à des groupes de planification.

Racines de l’empathie

Racines de l’empathie s’attache à réduire l’intimidation et l’agression parmi les élèves des écoles en améliorant leurs aptitudes sociales et affectives et en renforçant leur empathie. Le programme est offert principalement du jardin d’enfants aux classes de 8e année dans les écoles participantes. Au lieu de se concentrer sur les victimes d’actes d’intimidation, le programme s’efforce d’aider tous les enfants à mieux comprendre ce que sentent ceux et celles qui les entourent et à acquérir un sens de responsabilité sociale. Il a mené à une baisse spectaculaire des cas d’intimidation dans les écoles participantes.

Pendant l’année scolaire, une personne du quartier rend visite, avec son nourrisson, à une classe toutes les trois semaines. Un instructeur ou une instructrice entraîne les élèves à observer le développement du nourrisson et à reconnaître ses sentiments, en utilisant ainsi les gestes et les émotions du bébé pour aider les enfants à acquérir des « connaissances des émotions ». L’inclusion sociale et la recherche de consensus sont également intégrées aux discussions. Pour encourager la sensibilisation à la diversité culturelle et ethnique, le nourrisson et le parent sont souvent d’une origine ethnique différente de celle des élèves. Les enfants ont également l’occasion d’observer un modèle parental responsable et aimant.

Santé

Le gouvernement de l’Ontario exécute essentiellement ses programmes de santé par l’entremise de deux ministères : le ministère de la Santé et des Soins de longue durée et le ministère de la Promotion de la santé. La santé est le plus grand domaine de dépenses du gouvernement.

Ministère de la Santé et des Soins de longue durée

Bureaux de santé publique

Le ministère alloue plus de 527 millions de dollars aux 36 bureaux de santé publique de l’Ontario. Les services offerts par ces bureaux comprennent des programmes axés sur des thèmes touchant les enfants et la jeunesse, comme les modes de vie sains, la lutte contre les maladies transmissibles (éducation allant du virus du Nil occidental aux maladies transmissibles sexuellement et au sida), l’immunisation et la croissance et le développement de l’enfant en santé (dont l’éducation des parents). Ils proposent également de l’éducation sanitaire à l’intention de tous les groupes d’âges.

Centres de santé communautaire

Il y a dans l’ensemble de la province 54 centres de santé communautaire. Leurs programmes tentent d’atténuer les risques associés à la pauvreté par des programmes de soutien prénatal et post-natal. D’autres programmes sont consacrés au parrainage de cuisines communautaires et de coopératives d’achat d’aliments, de groupes d’entraide liés à la violence familiale, de centres de jour pour les jeunes de la rue et du soutien dans la recherche d’emploi et de counseling familial. Le total des dépenses du ministère en 2006-2007 pour l’ensemble des centres de santé communautaire a dépassé les 193 millions de dollars. Les centres peuvent aussi faire des demandes de financement auprès d’autres sources.

Ministère de la Promotion de la santé

Soins dentaires pour les familles à faible revenu

Le ministère a quatre programmes pour la prestation de soins dentaires aux familles à faible revenu et à leurs enfants, avec un total des dépenses se chiffrant à plus de 220 millions de dollars.

Stratégie Saine alimentation et vie active

Ce programme du ministère alloue chaque année 10 millions de dollars pour financer des programmes visant à réduire l’obésité chez les enfants. Le Fonds Collectivités actives du ministère verse des subventions totalisant 7,5 millions de dollars par an à des organismes non gouvernementaux qui s’efforcent d’accroître la participation aux sports, aux loisirs et aux activités physiques dans la communauté.

Santé mentale

Ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse

Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse n’a cessé d’augmenter son budget consacré à la santé mentale des enfants et des jeunes. En 2008-2009, les dépenses prévues ont augmenté de plus de 20 millions pour atteindre quelque 444 millions de dollars.

Centres de santé mentale

Le ministère gère directement deux centres (le Child and Parent Resource Institute à London et le Centre régional Thistletown à Toronto) pour les enfants et les jeunes jusqu’à 18 ans qui ont des troubles sociaux, affectifs, comportementaux ou psychiatriques. Il verse également des fonds à de nombreux centres et programmes hospitaliers pour patients externes, en vue de la prestation de services d’évaluation et de counseling, de traitements individuels, familiaux et en groupe, ainsi que d’éducation et de soutien aux parents.

Programmes non gouvernementaux

Comme nous l’avons déjà remarqué sous le titre « Éducation », nous avons été informés de nombreux programmes soutenant des activités pour les jeunes qui ne relèvent pas d’un ministère provincial, même s’ils perçoivent des fonds gouvernementaux. Voici deux exemples dans cette catégorie.

Stop Now and Plan (SNAP)

SNAP lutte contre le comportement coléreux, agressif et antisocial chez les enfants. Il vise également les enfants à risque d’avoir des problèmes avec le système de justice pour la jeunesse et comble ainsi un vide au niveau des services de santé mentale pour les jeunes enfants ayant des démêlés avec la justice. Ces deux conditions sont observées chez les enfants à un âge de plus en plus bas. Le programme enseigne aux enfants à réfléchir avant d’agir et à reconnaître et maîtriser leur comportement. Il aide également les parents à apprendre à exercer la discipline de manière correcte et constructive.

SNAP est une composante d’une approche en trois étapes visant à aider les enfants présentant des signes de comportements agressifs et antisociaux. Ces composantes sont les suivantes :

Après une évaluation favorable, SNAP a été reconnu comme un programme exemplaire et est utilisé dans plusieurs pays. Cependant, il n’est pas encore amplement disponible en Ontario.

Programme de traitement de la toxicomanie de CAMH

Le Centre de toxicomanie et de santé mentale (CAMH) de Toronto propose le Programme de traitement de la toxicomanie pour les jeunes Afro Canadiens et des Caraïbes. Ce programme offre des soutiens adaptés sur le plan culturel à de jeunes Noirs âgés de 13 à 24 ans et leurs familles, avec notamment l’évaluation, le soutien à la famille, des groupes de jeunes au sein de la communauté, des exposés sur l’alcool et les autres drogues, des services de santé mentale et la défense des droits des jeunes. Chaque membre du personnel du programme est d’origine africaine ou caribéenne et a été formé aux questions liées à la lutte contre la surconsommation d’alcool et d’autres drogues et à la santé mentale qui touchent particulièrement les jeunes Noirs et leurs familles. Le programme est orienté par un comité consultatif de programme représentant la communauté afro-canadienne et caribéenne (et composé de professeurs d’université, de médecins, de dirigeants, de consultants, de parents, d’intervenants auprès des jeunes et d’avocats).

Justice pour la jeunesse

Trois ministères ontariens financent différentes parties du système de justice pénale pour la jeunesse en Ontario : le ministère du Procureur général, le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse et le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels.

Le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels supervise les services de police en Ontario. Toutefois, les coûts liés aux programmes consacrés à la jeunesse, y compris ceux de la Police provinciale de l’Ontario et de la police municipale, ne sont pas cumulés à l’échelon provincial. Nous savons néanmoins que le coût total des services de police en Ontario a été de 3,4 milliards de dollars en 2006, selon le Centre canadien de la statistique juridique. Certains éléments du système de justice pour la jeunesse attribuent environ 10 pour 100 du total de leurs coûts aux programmes visant les jeunes, alors que d’autres estiment que ce total atteint 25 pour 100. Dans cette perspective, nous avons choisi une position médiane en estimant à 500 millions de dollars le coût des activités de police liées à la jeunesse en Ontario. Nous tenons à souligner qu’il ne s’agit là que d’une approximation.

À partir des données obtenues des deux autres ministères, nous avons pu établir un financement de 355 millions de dollars supplémentaires lié à la justice pour la jeunesse. Le tableau suivant donne des détails à ce sujet.

Tableau 4 : Financement du système de justice du gouvernement de l’Ontario relatif aux jeunes (M$ = millions de dollars)
Ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels
Coûts des services de police (estimatifs) 500 M$
Ministère du Procureur général
Services dispensés par les tribunaux 28 M$
Poursuites 30 M$
Aide juridique 17 M$
Comités de justice pour la jeunesse 4 M$
Ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse
Détention* 163 M$
Probation 40 M$
Déjudiciarisation 22 M$
Solutions de rechange à la détention 28 M$
Programmes communautaires 22 M$
Programme de justice pour les jeunes Afro-Canadiens
* Comprend les coûts de la garde en milieu ouvert et en milieu fermé et de la détention préventive
0,7 M$
Total estimatif des dépenses 854,7 M

Voici quelques uns des programmes auxquels ces sommes sont affectées :

Programmes de solutions de rechange à la détention, d’interventions communautaires et de réinsertion

Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse exécute 156 programmes se rattachant à des solutions de rechange à la détention et aux interventions communautaires, qui englobent la justice réparatrice, les mesures extrajudiciaires, les centres de fréquentation obligatoire et les programmes de réinsertion. En 2007-2008, on comptait 184 programmes ayant un budget estimatif de plus de 28 millions de dollars. Pour le même exercice, les programmes de déjudiciarisation représentaient 22 millions de dollars supplémentaires.

Le ministère finance d’autres programmes et services communautaires, comme les travailleurs auprès des tribunaux dans le domaine de la santé mentale des jeunes, les ordonnances de service communautaire et d’autres programmes de réinsertion. Après avoir desservi plus de 14 000 jeunes en 2006-2007, le ministère a réorganisé les programmes pour 2007-2008, ce qui a mené à un total de 194 programmes et à un budget estimé de près de 22 millions de dollars.

Comités de justice pour la jeunesse

Le ministère du Procureur général finance des comités de justice pour la jeunesse en vue de réduire les récidives. Les comités sont formés de bénévoles de la communauté qui travaillent avec des organismes locaux ou qui jouent un rôle dans le système de justice pénale.

Les comités de justice pour la jeunesse peuvent être mis à contribution lorsqu’une jeune personne âgée de 12 à 17 ans est soupçonnée d’avoir commis une infraction à faible risque. La police peut renvoyer ce ou cette jeune à un comité avant que des accusations soient déposées, et la Couronne peut le faire une fois les accusations déposées. La jeune personne doit être disposée à participer au programme, connaître ses droits et ses options, et être prête à accepter sa responsabilité.

Quelle que soit la source du renvoi, le comité de justice pour la jeunesse rassemblera la ou le jeune, sa mère, son père ou ses deux parents, la victime et des membres qualifiés de la communauté. Dans chaque cas, ces personnes négocient une manière appropriée pour la jeune personne de s’amender. Il peut s’agir d’excuses, de services communautaires, d’un projet écrit, d’une somme à rembourser ou de tâches à effectuer pour la victime, ou encore (et possiblement en parallèle) d’une participation volontaire à des programmes de counseling, portant par exemple sur la gestion de la colère.

Il y a 57 comités de justice pour la jeunesse en Ontario. Chacun est admissible à un maximum de 70 000 $ par an, le total des dépenses annuelles du programme dépassant les 4 millions de dollars. En 2007, la dernière année pour laquelle des statistiques sont disponibles, on a enregistré près de 3 200 renvois vers ces comités.

Services de police communautaire et prévention du crime

Même si, comme nous l’avons déjà indiqué, notre estimation des coûts des services de police liés aux jeunes n’est qu’une approximation, nous savons que les services de police consacrent des ressources considérables aux programmes pour la jeunesse.

Par exemple, par ses subventions de 30 millions de dollars pour les services de police communautaire et les programmes de prévention du crime, le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels accorde un grand nombre de petites subventions finançant des programmes de counseling, d’information sur les drogues et autres. Le montant du financement alloué aux programmes à l’intention des jeunes dans le cadre de cette initiative varie d’une année à l’autre.

Autres programmes de police

Projet PEACE

Le Projet PEACE (Projet de sensibilisation du public et de lutte contre le crime) est une initiative du service de police de Toronto pour éviter que des armes à feu ne tombent dans les mains des jeunes, et que ces derniers n’intègrent des gangs de rue. Des policiers travaillent à l’échelon communautaire avec des jeunes, des écoles et des groupes communautaires afin d’élaborer des stratégies visant à détourner la jeunesse des armes à feu et des gangs de rue et à rendre les communautés plus sûres. Lancé en 2005 avec le financement du gouvernement provincial, le Projet PEACE perçoit désormais des fonds d’autres partenaires, dont le Centre national de prévention du crime.

Une des premières initiatives du Projet, en novembre 2005, a été une amnistie pour les armes à feu afin de débarrasser les rues des armes à feu illégales. La police a récolté 261 armes à feu et 1 554 munitions.

En collaboration avec des jeunes, le Projet PEACE a élaboré des vidéos, des programmes pédagogiques et des ateliers de prévention de la violence. Il assure la promotion de solutions de rechange à la violence par les armes à feu et fait la démonstration de règlements pacifiques des différends. Il encourage les jeunes à partager leurs idées, leur temps et leur énergie en travaillant avec la police et les dirigeants communautaires pour aider à apporter des changements constructifs dans leurs quartiers.

CyberCops

La Police provinciale de l’Ontario a élaboré plusieurs stratégies contribuant à protéger les jeunes des prédateurs présents sur Internet. Par exemple, son Unité des questions relatives aux jeunes a un site Web, (http://www.opp.ca/Collectivite/Sectiondepreventionducrime/opp_000360.html), qui donne aux enfants et à leurs parents des conseils et d’autres informations, notamment au moyen de feuilles de renseignements.

Le personnel de la Police provinciale a également joué un rôle actif dans la mise en service en Ontario d’un logiciel interactif provenant de la Colombie-Britannique appelé CyberCops. Ce logiciel s’appuie sur des jeux pour informer les enfants des classes de 7e et 8e années sur les techniques employées par les criminels pour attirer des enfants et des jeunes et les piéger dans des situations dangereuses. Dans les jeux proposés, les enfants doivent résoudre un crime basé sur une situation réelle. Le personnel enseignant anime en classe des discussions concernant la sécurité sur Internet, y compris les dangers de harcèlement criminel sur Internet, la pédopornographie, la fraude et l’intimidation.

La Police provinciale a aidé à concevoir le contenu de CyberCops en Ontario et, en partenariat avec l’Ontario Physical and Health Education Association, a assuré la formation de membres du personnel enseignant à son utilisation. Le gouvernement de l’Ontario a aidé à financer l’élaboration de CyberCops et sa distribution dans toute la province à des écoles, aux détachements de la Police provinciale et aux services de police municipaux.

Programmes non gouvernementaux

Aide juridique

Aide juridique Ontario (AJO) reçoit des fonds du gouvernement de l’Ontario (et d’autres sources) pour fournir de l’aide juridique aux personnes à faible revenu. Il existe différentes façons d’accéder à de tels services :

Cependant, la plupart des fonds d’Aide juridique Ontario sont utilisés dans le cadre d’un programme qui procure aux personnes admissibles à l’aide juridique un certificat leur permettant de faire appel à une avocate ou un avocat du secteur privé. Sur les 98 millions de dollars versés pour l’aide juridique en 2007-2008 par l’entremise de certificats en rapport avec une affaire criminelle, 12,8 millions de dollars se rapportaient à 9 798 certificats relatifs à des jeunes contrevenants.

Également en 2007-2008, Aide juridique Ontario a versé environ 600 000 $ pour la clinique spécialisée Justice for Children and Youth.

African Canadian Legal Clinic

Le Programme de justice pour les jeunes Afro-Canadiens dessert les jeunes Afro-Canadiens âgés de 12 à 17 ans qui ont des démêlés avec le système judiciaire dans la région du grand Toronto. Lancé en 2006 et exécuté par la African Canadian Legal Clinic, le programme aide les jeunes à comprendre leurs droits et leurs responsabilités et les met en contact, ainsi que leur famille, avec des soutiens et des ressources communautaires. Les intervenants du système de justice pour les jeunes aident ces derniers à s’y retrouver dans le processus judiciaire, et les travailleurs sociaux facilitent leur réinsertion réussie dans la communauté. Le programme reçoit des fonds provinciaux et fédéraux.

La African Canadian Legal Clinic, établie à Toronto en 1994, est financée par Aide juridique Ontario. Elle se charge de causes types touchant la discrimination raciale qui auront une forte incidence sur la communauté afro-canadienne. Elle agit aussi au nom de la communauté pour défendre ses droits, souvent en partenariat avec des organismes se vouant à la justice sociale, et fournit de l’éducation juridique. La clinique est un organisme sans but lucratif régi par un conseil d’administration indépendant dont les membres sont choisis par la communauté.

Petite enfance

Ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse

Comme nous le montrons ailleurs dans le présent rapport, les facteurs influant sur le comportement des jeunes agissent bien avant la scolarité. Le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse finance les garderies en partenariat avec le gouvernement fédéral et verse des subventions pour les services de garde (841 millions de dollars en 2007-2008) et d’autres soutiens du revenu. Fait intéressant dans le cadre de notre examen, le ministère consacre près de 170 millions de dollars (2007-2008) au financement de plusieurs programmes de développement de la petite enfance.

Bébés en santé, enfants en santé

Les bébés et les mères font l’objet d’une évaluation préalable visant à détecter les problèmes qui pourraient limiter plus tard les capacités de l’enfant, ce qui permet de réaliser des interventions précoces. Le programme est exécuté par les bureaux de santé publique, et son coût est partagé avec les municipalités. Parmi les autres initiatives consacrées à la petite enfance, mentionnons des programmes d’orthophonie pour les enfants d’âge préscolaire, d’audition à l’intention des nourrissons, d’intervention précoce en cas de cécité ou de basse vision et de développement du nourrisson.

Centres de la petite enfance

Le ministère finance dans toute la province 105 centres de la petite enfance, certains étant dotés de sites satellites ou de services itinérants, à l’intention des enfants jusqu’à 6 ans et de leurs parents ou des adultes qui en ont la charge. Ces centres fournissent des activités d’apprentissage durant la petite enfance, de l’information sur le développement de l’enfant et des services d’aiguillage vers d’autres services, contribuent à sensibiliser le public à l’importance des premières années et fournissent des programmes ciblés selon les besoins de leurs communautés à risque.

Chaque centre bénéficie d’un financement de 500 000 $; le total des dépenses du programme s’élève à 65,3 millions de dollars.

Families First (région de Peel)

Le programme Families First aide les chefs de famille monoparentale qui sont les seuls soutiens de leur famille et qui bénéficient de l’aide sociale par l’entremise d’Ontario au travail à améliorer leur situation financière et à réduire leur dépendance vis-à-vis des services de soins de santé et d’aide sociale. Le programme fournit des services de santé, d’emploi et de garde aux parents, ainsi que des possibilités de loisirs pour les enfants. Il fait la promotion de modes de vie sains, de la santé mentale, de l’activité physique, du fonctionnement cognitif et de l’estime de soi pour les enfants et les jeunes. À ce jour, plus de 3 000 parents ayant reçu de l’aide par l’entremise d’Ontario au travail ont été aiguillés vers Families First. Depuis juillet 2007, plus de 3 000 enfants ont participé au programme.

Protection de l’enfance et de la jeunesse

Ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse

Sociétés d’aide à l’enfance

Par l’entremise des services de bien-être de l’enfance, le ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse finance 53 sociétés d’aide à l’enfance dans toute la province, à un coût estimatif de 1,38 milliard de dollars en 2008-2009. Les sociétés d’aide à l’enfance ont un vaste mandat d’enquêter sur les allégations de négligence et de mauvais traitements physiques, psychologiques ou sexuels et de protéger les enfants résidant chez eux ou dans des placements hors domicile au moyen de programmes divers. Elles placent également les enfants dans leur famille d’adoption.

Programme de prolongation des soins et d’entretien

Les sociétés d’aide à l’enfance peuvent offrir des soins et des services d’entretien aux anciens pupilles de la Couronne âgés de 18 à 21 ans, sous la forme de programmes de prolongation des soins et d’entretien. Ces programmes fournissent de l’aide financière et de l’aide au logement, du counseling individuel, de la préparation pour les programmes d’aide à l’autonomie et l’accès à des intervenants chargés de les aider une fois les soins terminés en fonction d’une évaluation réalisée par la société. Les coûts de ces programmes sont inclus dans le financement total des sociétés d’aide à l’enfance indiqué ci-avant.

Reconnaissant que les jeunes qui arrivent à la fin de la période de soins doivent faire face à une transition difficile, le gouvernement a annoncé en juin 2008 l’allocation de nouveaux fonds pour aider les enfants et les jeunes confiés aux soins des sociétés d’aide à l’enfance à participer à des programmes d’apprentissage et de loisirs qui soutiennent leur développement sain. Cette nouvelle allocation – 11,5 millions de dollars en 2008-2009, un chiffre qui augmentera jusqu’à 16,2 millions de dollars en 2011-2012 – est la première étape d’une stratégie plus vaste visant à améliorer les résultats pour les enfants et les jeunes recevant des soins. Les soutiens prévus sont notamment le tutorat, l’acquisition de compétences et des activités récréatives. Une fois sa mise en oeuvre achevée, le programme procurera aux jeunes de 15 à 17 ans des économies pouvant atteindre 3 300 $ placées dans des comptes bancaires et auxquelles ils pourront accéder lorsqu’ils ne recevront plus de soins. Ils suivront également de la formation en gestion du budget afin de leur donner les compétences nécessaires pour gérer leurs économies de manière responsable.

Formation et emploi

Le gouvernement de l’Ontario offre de nombreux programmes de formation et d’emploi par l’intermédiaire de ses ministères. Voici quelques exemples des programmes de plus grande envergure :

Expérience, poursuite et reprise des études pour les parents (EXPRESS)

Le programme EXPRESS, un composant d’Ontario au travail (lui même administré par le ministère des Services sociaux et communautaires), est conçu pour les parents âgés de 16 à 21 ans qui sont bénéficiaires de l’aide sociale. Il aide les jeunes parents à achever leurs études, à améliorer leurs compétences parentales et à rechercher un emploi. Le programme EXPRESS comprend du dépistage et de la formation dans le domaine de la littératie, de la participation communautaire en vue de l’acquisition de compétences, de l’expérience de travail, de l’éducation et la formation de base, de la formation professionnelle et des services de placement professionnel. Une aide financière est possible pour les dépenses relatives aux études. Les participants au programme EXPRESS peuvent recevoir des fonds supplémentaires pour les services de garde d’enfants, le transport, le tutorat, les fournitures scolaires, les vêtements pour l’école, les excursions, les activités récréatives et les frais liés à la remise des diplômes. Lorsque les participants obtiennent leur diplôme, le programme leur verse également une somme de 500 $ à titre d’incitatif pour la poursuite de leurs études. La participation au programme EXPRESS est obligatoire pour les parents de 16 et 17 ans et volontaire pour ceux et celles âgés de 18 à 21 ans qui n’ont pas terminé leurs études secondaires. Le programme EXPRESS collabore étroitement avec les bureaux de santé publique et les centres de la petite enfance de l’Ontario.

Connexion Emploi

Le ministère de la Formation et des Collèges et Universités verse par l’entremise du Programme Emploi Ontario 134 millions de dollars (2007-2008) pour ce programme de préparation à l’emploi et à la carrière à l’intention de la jeunesse. Le programme comprend des composantes comme le counseling d’emploi et le soutien à la prospection d’emploi. Les employeurs qui recrutent des jeunes participants reçoivent une subvention à la formation.

Service d’emplois d’été

Ce programme, lui aussi proposé par le ministère de la Formation et des Collèges et Universités, alloue plus de 24 millions de dollars (2007-2008) pour de la formation gratuite sur la voie à suivre pour acquérir des compétences en recherche d’emploi et en autopromotion afin d’aider les étudiants à trouver et à conserver un emploi. Il comprend une incitation de 2 $ de l’heure pour les employeurs qui embauchent un étudiant ou une étudiante.

Stratégie Perspectives Jeunesse de l’Ontario

La Stratégie Perspectives Jeunesse du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse comprend divers programmes pour aider les jeunes à obtenir un emploi. Le plus important de ces programmes est le Programme d’emploi d’été pour les jeunes, qui offre dans divers domaines une formation de préparation au travail, un placement dans un emploi et du soutien après l’emploi aux jeunes âgés de 15 à 18 ans, pour une période allant jusqu’à huit semaines pendant l’été. Les participants toucheront le salaire minimum plus les avantages sociaux réglementaires. En 2007-2008, ce programme a investi plus de 5 millions de dollars. Au cours du même exercice, le budget total pour la Stratégie Perspectives Jeunesse (y compris un travailleur d’approche auprès des jeunes, un programme d’expérience de travail dans les services policiers et des programmes scolaires de prévention et de déjudiciarisation) s’est chiffré à près de 11 millions de dollars.

Programmes non gouvernementaux

Programme d’emploi des jeunes du Boreal Institute

Ce programme d’emploi des jeunes, établi au Munk Centre for International Studies à l’Université de Toronto, consiste en des projets pilotes locaux et en une communauté de pratique en faveur de l’emploi des jeunes. Le premier de ces projets pilotes, Quick Start, a été lancé en 2006 avec le YMCA du grand Toronto. Le YMCA recrute et forme des jeunes participants et les place dans des emplois liés à leurs objectifs. Le Boreal Institute effectue des entrevues des jeunes participants, des employeurs, des prospecteurs d’emploi et des acteurs de la communauté à intervalles réguliers pour rassembler des données sur les progrès réalisés et fournir de la rétroaction.

La communauté de pratique en faveur de l’emploi des jeunes rassemble des jeunes, des employeurs, des organismes de services, des représentants du gouvernement, des organismes et des groupes de taille réduite, des décideurs, des organismes subventionnaires, des syndicats, des établissements d’enseignement, des chercheurs, des associations et des réseaux, ainsi que d’autres participants intéressés. Ses membres partagent l’information et travaillent à l’amélioration des pratiques relatives à l’élargissement de l’emploi durable sur le plan économique pour les jeunes exclus du point de vue socio-économique.

Partnership to Advance Youth Employment (PAYE)

Le partenariat PAYE, une initiative conjointe de la ville de Toronto, d’employeurs du secteur privé et d’organismes communautaires, aide dans la recherche d’emplois des jeunes de jusqu’à 29 ans de quartiers désignés par la ville de Toronto comme ayant le plus grand besoin de développement économique et de services sociaux. Des entreprises, des organismes et des particuliers procurent des emplois et servent de mentors et de modèles aux participants. Le personnel de la ville de Toronto offre du soutien et aide à apparier les jeunes avec les possibilités d’emplois. Les organismes communautaires fournissent aux jeunes de l’orientation et du soutien pour l’obtention et la rétention d’un emploi.

En 2007, le partenariat PAYE a trouvé des emplois pour 39 jeunes auprès de 29 employeurs. Il a conseillé 100 autres jeunes en matière d’emploi. Deux des participants ont reçu des bourses pour poursuivre leurs études. Les chiffres ne sont pas disponibles pour 2008, mais le programme s’est élargi et prévoit la tenue de séances d’information sur le recrutement à Flemingdon Park-Victoria Village, Crescent Town, Kingston-Galloway, Kennedy Park-Eglinton East et Scarborough Village.

Youth Employment Services (YES)

YES, fondé par le Club Rotary en 1968, se targue d’être le plus ancien service d’emploi pour les jeunes au Canada. De nos jours, la plus grande part de son financement vient du programme Connexion Emploi du gouvernement de l’Ontario et d’autres subventions provinciales, alors que le gouvernement fédéral et la ville de Toronto lui versent également des fonds. Le programme offre à cinq emplacements répartis dans la ville toute une gamme de services de counseling d’emploi et de placement.

Les jeunes sont informés du travail de YES par le bouche à oreille ou grâce à l’aiguillage d’un Bureau de probation et de liberté conditionnelle ou d’un organisme de services sociaux. Le processus, qui peut durer de 2 à 10 semaines, commence par une évaluation des besoins de la personne. Passé ce stade, les jeunes peuvent assister à un « camp d’emploi », c.-à-d. un programme de cinq semaines conçu pour les aider à surmonter les obstacles à l’emploi, ou encore être assignés à une prospectrice ou un prospecteur d’emploi pour commencer leur recherche d’emploi.

YES déclare un taux de réussite supérieur à 80 pour 100 en ce qui concerne le placement professionnel des candidats, dont 70 pour 100 demeurent en poste au bout de trois mois. Depuis sa création, le programme a aidé plus de 40 000 jeunes.

The Phoenix Print Shop

Cette imprimerie commerciale sans but lucratif servant de centre de formation est située dans un centre d’hébergement pour jeunes âgés de 15 à 30 ans de Toronto. Fondée en 2002, l’imprimerie donne aux jeunes sans abri et à risque l’occasion d’acquérir des compétences de base (ponctualité, éthique du travail, etc.) et d’obtenir de la formation pratique de l’impression. Les jeunes suivent une initiation de trois mois au secteur de l’imprimerie et font ensuite un stage rémunéré d’une durée minimum de trois mois supplémentaires. Des soutiens de suivi sont fournis pendant au moins deux ans, avec notamment des ateliers de perfectionnement professionnel, l’admissibilité à une bourse de 1 000 $ par an du Phoenix Scholarship Fund en vue du développement professionnel ou d’études théoriques, ainsi que d’autres services individuels et liés à l’emploi. Le site Web de l’imprimerie indique que, depuis le démarrage, elle a « permis à plus de 100 jeunes de profiter d’occasions de développement de carrière dans le secteur dynamique des communications graphiques. Plus de 80 pour 100 des jeunes qui achèvent le programme Foundations of Print obtiennent un travail à plein temps. (http://phoenixprintshop.ca) »

Programmes sportifs, artistiques et culturels

Nous estimons que les programmes sportifs, artistiques et culturels peuvent avoir une incidence importante et positive sur le développement des jeunes, car ils peuvent inculquer un esprit communautaire et promouvoir l’entraide, favorisant ainsi l’estime de soi et le sens des responsabilités individuelles. Les programmes sportifs et artistiques donnent également un contexte pour l’établissement d’objectifs et la perception des liens entre les efforts et les résultats. La réussite de ces programmes peut renforcer le sentiment de confiance et d’estime de soi parmi les participants.

La plupart des programmes décrits ci-dessous sont offerts dans les quartiers dans lesquels nous nous sommes rendus pour nos consultations, et tous ont des composantes que les travaux universitaires qualifient d’importantes du point de vue de l’optimisation des bénéfices des programmes sportifs, artistiques et culturels.

Programme GROW du réseau Youth Serving Agency Network

Ce programme finance des activités récréatives offertes toute l’année aux enfants de familles à faible revenu bénéficiaires de l’aide sociale à Hamilton. Un coordonnateur ou une coordonnatrice se rend à domicile pour évaluer la situation et les besoins de la famille et peut aider cette dernière à surmonter des obstacles linguistiques et à payer les coûts de transport et les frais d’inscription. Environ 60 pour 100 des programmes subventionnés concernent des sports et 40 pour 100 des activités artistiques.

Ligue de basket-ball à l’intention des jeunes Somaliens

La ligue de basket-ball à l’intention des jeunes Somaliens fonctionne à Ottawa depuis sept ans et compte désormais 14 équipes réparties dans toute la ville. Son objectif est de promouvoir de bons rapports et un esprit communautaire parmi les adolescents et les jeunes adultes d’origine somalienne ou autre, et entre eux et la communauté qui les entoure. La participation encourage l’interaction sociale, l’intégration culturelle, le travail d’équipe, la coopération, la communication et un sentiment d’accomplissement. Les jeunes participants à nos consultations ont souligné l’importance de la ligue dans l’établissement de réseaux et d’occasions de rencontrer des jeunes d’autres parties de la ville.

Arts & Heritage for All

Le Community Arts and Heritage Education Project exécute le programme Arts & Heritage for All à Thunder Bay depuis deux ans. Chaque année, le programme rassemble six organismes en vue d’élaborer et de mettre en oeuvre à l’intention d’enfants et de jeunes exclus un programme dans le domaine des arts et du patrimoine. Les organismes participants sont notamment le Club garçons et filles local, des établissements de traitement en milieu fermé, des organismes s’occupant des jeunes en garde en milieu fermé et en milieu ouvert et des organismes desservant de jeunes mères célibataires.

Les enfants et les jeunes choisissent les projets sur lesquels ils désirent travailler, ce qui garantit qu’ils participeront activement à des projets qui desservent au mieux leurs besoins et leurs énergies créatrices. En plus d’élargir l’accès aux arts, le programme se sert de l’art pour aider les enfants et les jeunes à acquérir le sens du travail d’équipe, du leadership et des capacités en raisonnement critique et créatif.

École de musique de Regent Park

Fondée en 1999, cette école de Regent Park, à Toronto, compte actuellement (au printemps 2008) 275 élèves. Des enfants et des jeunes défavorisés âgés de 3 à 16 ans étudient la musique et apprennent à jouer des instruments de musique. Ils ont également un choeur et plusieurs petits ensembles musicaux. Il y a deux ans, le programme a créé un site satellite dans la communauté de Jane et Finch, où une centaine d’élèves apprennent le piano, le violon et les tambours métalliques. Les cours de musique sont subventionnés dans leur quasi-totalité. L’école propose également des bourses et prend en charge les frais des examens du Conservatoire royal de musique et des partitions.

En apprenant la musique, les élèves acquièrent de l’autodiscipline, retirent de la fierté de leurs réalisations et établissent des rapports constructifs avec les adultes enseignants. La plupart des élèves étudient à l’école pendant plusieurs années. Des élèves qui n’auraient sans cela peut-être pas pu le faire ont poursuivi leurs études dans des écoles secondaires vouées aux arts et des programmes collégiaux et universitaires de musique. Environ 90 pour 100 des jeunes ayant obtenu leur diplôme à l’école ont entamé des études postsecondaires.

Mobilisation des jeunes

Grassroots Youth Collaborative (GYC)

GYC est un collectif constitué de onze organismes dirigés par des jeunes de races et de cultures diverses qui travaillent au sein de communautés sous-desservies, à faible revenu et à risque de Toronto. Les organismes membres atteignent des jeunes qui participent rarement aux programmes traditionnels à l’intention de la jeunesse. Pour devenir membre du GYC, l’organisme candidat doit avoir une représentation de jeunes de 13 à 29 ans dans tous les domaines, y compris aux postes d’autorité et au conseil d’administration. Les jeunes doivent également représenter la moitié au moins des bénévoles et du personnel de l’organisme.

ArtReach Toronto

Le ArtReach Toronto Funders Collaborative est un groupe d’organismes bailleurs de fonds dans le domaine des arts qui comprend les trois ordres de gouvernement. ArtReach Toronto finance des projets visant à faire participer les jeunes de secteurs sous desservis de Toronto à des activités artistiques, en soutenant des projets novateurs pour la jeunesse qui pourraient ne pas bénéficier d’un autre soutien. Il encourage les jeunes à prendre l’initiative en définissant ce que l’art signifie pour eux et ce qu’ils nécessitent du programme pour atteindre leurs objectifs. Guidé par le principe selon lequel le financement devrait être accessible directement par les jeunes, le programme leur confie la responsabilité des projets. Des jeunes ont contribué à l’élaboration du programme et continuent de jouer un rôle important dans le processus d’attribution des subventions.

Ontario Young Peoples Alliance

Ce réseau provincial fait la promotion de l’engagement civique des jeunes de l’Ontario. Les membres sont des jeunes, des organismes dirigés par des jeunes et d’autres organisations sous la direction d’adultes qui sont engagés à l’égard de programmes viables et du renforcement des capacités à l’intention des jeunes. L’Alliance crée des espaces où les jeunes peuvent partager de l’information, faire du réseautage et se mobiliser relativement aux questions qui les concernent. Une trousse « ProvincePak » exposant de l’information sur les activités des membres est envoyée par la poste à tous les membres, et ces derniers peuvent échanger de l’information par voie électronique au moyen de la « MatchList ». L’Alliance propose aux jeunes, en vue de renforcer leurs initiatives communautaires, des ateliers sur des sujets comme l’élaboration et l’animation d’ateliers, l’art oratoire, l’animation de débats et l’organisation d’événements et de conférences.

Peel Youth Village

Mobiliser les jeunes, c’est leur faire sentir qu’ils appartiennent à leur communauté dans son ensemble. C’est ce que fait le projet Peel Youth Village. Créé en 2005 et situé dans le quartier d’Acorn à Mississauga, le village offre un nouveau modèle de développement communautaire inclusif à utilisation mixte. Il procure un logement à 48 jeunes qui sont sans abri ou à risque de le devenir, et comprend un centre communautaire polyvalent ouvert à tous les résidents du quartier.

Les jeunes du quartier ont beaucoup contribué à la conception des installations, en collaboration avec quelque 45 organisations de services aux jeunes. La construction a été financée par un partenariat unique entre les trois ordres de gouvernement (en particulier des contributions de l’Initiative nationale pour les sans-abri et des programmes fédéraux et provinciaux de logements locatifs), et des collaborations et des sociétés commanditaires locales ont permis de minimiser les coûts de construction et d’aménagement. Le YMCA local fournit sur place des services aux jeunes résidents et aux membres de la communauté.

Tout au long du présent rapport, nous avons souligné l’importance de l’atténuation des sentiments d’isolement et de désespoir qui peuvent pousser les jeunes vers des comportements violents. C’est ce que parvient à faire le Peel Youth Village en établissant des liens entre les jeunes à risque et leurs communautés et mettant à leur disposition des mécanismes de soutien complets. L’absence de séparation, que ce soit d’ordre physique ou au niveau des programmes, entre les jeunes qui habitent dans le village et le reste de la communauté transmet un message puissant, à savoir que les jeunes ne sont pas seulement une part de la communauté, mais qu’ils constituent un atout de taille pour celle-ci et son avenir.

Services d’établissement

Dans un grand nombre de nos consultations, nous avons été informés des problèmes particuliers que connaissent les nouveaux arrivants de nos communautés et du besoin d’un accroissement des services leur permettant de s’adapter à leur nouveau cadre de vie. Même si ce besoin est incontestable, il serait faux de croire que de tels services n’existent pas déjà dans ce domaine. En voici quelques exemples :

YMCA Newcomer Youth Integration Program

Ce projet est axé sur l’intégration de jeunes âgés de 13 à 17 ans qui sont arrivés au Canada au cours des deux dernières années. Le programme de 12 heures, proposé pendant les fins de semaine, comprend des séances d’information et des activités récréatives qui aident les jeunes arrivants à s’intégrer dans leur nouvelle communauté et à faire des choix sains au moment de prendre des décisions.

Programme des relations multiculturelles

Offert par l’Organisme Communautaire des Services aux Immigrants d’Ottawa, ce programme aide les jeunes immigrants à bien s’intégrer au système scolaire d’Ottawa. Les services sont dispensés directement dans les écoles et d’autres lieux communautaires. Des agents de liaison multiculturelle travaillent avec les parents et les élèves qui ont immigré récemment pour veiller à ce qu’ils comprennent bien leur nouveau milieu scolaire. Ils travaillent également avec le personnel des écoles pour le sensibiliser aux perspectives des parents nouveaux arrivants. Ils peuvent faire office d’interprètes linguistiques et culturels aux réunions entre le personnel scolaire, les parents et les élèves, diriger les nouveaux arrivants vers des organismes d’aide à l’établissement, et assurer la liaison avec les organismes locaux afin de faciliter l’accès aux services communautaires par les familles d’immigrants.

Travailleurs de l’établissement dans les écoles

Exécuté dans six communautés de l’Ontario, le projet Travailleurs de l’établissement dans les écoles est un partenariat entre des organismes d’aide à l’établissement, des conseils d’éducation et Citoyenneté et Immigration Canada. Ces travailleurs aident les familles de nouveaux arrivants à connaître le système scolaire et les ressources communautaires. Ils entrent en contact avec toutes les familles de nouveaux arrivants afin de leur donner des renseignements essentiels touchant l’école, en orientant les familles vers le personnel compétent de l’école et vers des services communautaires précis pouvant faciliter leur transition. Les travailleurs de l’établissement dans les écoles secondaires aident également les jeunes arrivants directement.

Programme d’accueil de CultureLink

Le Programme d’accueil offert par CultureLink dans le centre de Toronto jumelle des immigrants avec des bénévoles qui peuvent les aider pendant une période de 4 à 6 mois vis à vis des activités ordinaires liées à l’emploi ou de nature sociale, commerciale ou éducative. L’amitié des bénévoles et le temps qu’ils consacrent au programme aident à atténuer la frustration et le sentiment de solitude souvent ressentis par les nouveaux arrivants. Le programme comprend un centre des jeunes arrivants, où les jeunes peuvent se renseigner sur les ressources et les services communautaires. Des intervenants sont à leur disposition pour leur parler et leur offrir du soutien, des conseils et des renseignements.

Conclusion

Points forts de l’approche actuelle de l’Ontario

Dans le présent chapitre, nous nous sommes penchés sur le processus d’évaluation des programmes et avons décrit plusieurs programmes qui semblent « éprouvés » ou « prometteurs ». Nous avons également examiné les approches en vigueur hors de l’Ontario, en particulier au Royaume-Uni. Finalement, nous avons étudié les programmes et les dépenses connexes en Ontario.

Un examen parallèle des caractéristiques des programmes efficaces évalués et de notre inventaire des programmes laisse croire que, de manière générale, l’Ontario soutient les genres de programmes que les écrits universitaires qualifient d’« éprouvés » ou de « prometteurs ». La recherche montre que, dans les bonnes circonstances, les programmes des genres suivants peuvent réduire considérablement la participation des jeunes à des crimes et des actes violents :

Par ailleurs, il convient de féliciter le gouvernement de l’Ontario pour avoir délaissé de nombreuses mesures de prévention du crime que les travaux de recherche ont démontré être inefficaces. Par exemple, après une brève période d’expérimentation, il a retiré son soutien aux programmes de camps de type militaire, et les politiques de tolérance zéro en vigueur dans les conseils scolaires sont en voie d’être modifiées.

Lacunes dans l’approche de l’Ontario en matière de financement

Nous nous inquiétons toutefois du manque d’évaluations de haute qualité des programmes de l’Ontario. Nous ne savons pas vraiment si ces derniers sont mis en oeuvre correctement, en conformité avec les meilleures pratiques, ou si les programmes de haute qualité atteignent tous les jeunes qui ont besoin de services précis.

Notre analyse a mis en évidence trois lacunes possibles dans l’approche de prévention de la violence de l’Ontario :

Le manque d’évaluations de haute qualité

L’Ontario a des milliers de programmes communautaires distincts visant les jeunes, la plupart d’entre eux ayant de nombreux objectifs, outre la réduction de la violence chez les jeunes. En fait, notre inventaire révèle que, en moyenne, les programmes communautaires ont 7,8 objectifs principaux. Nous savons également, à partir de notre échantillon, que près de 60 pour 100 de ces programmes ne font l’objet d’aucune évaluation, et que seulement 2 pour 100 d’entre eux sont soumis à une évaluation qui pourrait être qualifiée de « haute qualité ». De ce fait, malgré les intentions très louables de ces programmes, nous avons très peu de preuves qu’ils atteignent réellement leurs objectifs.

Il est vrai que les bénéficiaires du financement sont souvent réfractaires à une évaluation exhaustive de leur programme. Une évaluation de haute qualité est onéreuse, et un grand nombre d’administrateurs de programmes affirment préférer dépenser leurs fonds limités à la mise en oeuvre des programmes et à la prestation des services. De plus, l’enregistrement de mauvais résultats lors de l’évaluation pourrait entraver l’obtention future de financement pour les programmes, et les organismes bailleurs de fonds pourraient se montrer réticents à demander des évaluations afin d’éviter d’être critiqués pour leur soutien à des programmes inefficaces. À notre avis, les bénéfices que les programmes et les bailleurs de fonds pourraient retirer d’évaluations de haute qualité l’emportent largement sur ces deux dernières objections. De telles évaluations ne devraient pas être considérées comme un moyen d’infliger une punition, mais comme un outil d’amélioration continue.

Le manque de coordination parmi les organismes et programmes

Comme nous l’avons déjà fait remarquer, des millions de dollars sont répartis chaque année entre des centaines d’organismes communautaires de l’Ontario pour l’élaboration et la mise en oeuvre de programmes qui répondent aux besoins des jeunes et de leurs familles. Notre enquête montre que seulement un peu plus de la moitié de ces organismes (54 pour 100) tentent de coordonner leurs activités avec d’autres organismes et organisations. D’après ce que l’on nous a indiqué, cela s’explique notamment par le fait que ces organismes s’estiment trop souvent en concurrence les uns par rapport aux autres pour l’obtention de maigres ressources. Les organismes bailleurs de fonds exigent ou encouragent très rarement la collaboration et la coopération. En conséquence, l’intégration des programmes est très limitée et la prestation des services se fait généralement de façon fragmentée.

Notre inventaire des programmes révèle également la difficulté de compiler une liste complète des programmes et services offerts aux jeunes. Il doit être encore plus difficile pour les parents et les jeunes de connaître l’existence de tous les programmes qui pourraient répondre à leurs besoins et d’y accéder, car il n’existe aucune source pour cette information. Certains groupes communautaires ont dressé leur propre répertoire des services, et nous saluons ces efforts, car nous estimons qu’il serait également important de mettre en place un centre d’information provincial.

L’absence d’une stratégie cohérente de financement des programmes

Le manque de coordination entre les organismes peut également mener à des pratiques de financement inefficientes. Nous avons constaté qu’un grand nombre de petits projets recevaient des fonds limités de plusieurs ministères et d’autres organismes bailleurs de fonds. Certains petits programmes obtiennent ainsi des budgets relativement importants. Faute d’une coordination des décisions en matière de financement par les organismes bailleurs de fonds, il n’y a aucune manière de savoir si les programmes sont suffisamment financés.

Il semble y avoir deux approches décisionnelles courantes en matière de financement : le modèle fondé sur des données probantes et celui basé sur l’expertise communautaire. Selon le premier de ces modèles, le financement est alloué aux programmes dont l’efficacité a été établie par des évaluations. Les programmes « éprouvés » deviennent alors la norme à reproduire dans d’autres communautés. Ce modèle considère qu’il est préférable d’investir des sommes importantes dans quelques programmes (ou organismes) éprouvés que de verser dans des communautés précises de petites sommes à de nombreux programmes distincts qui n’ont pas encore été éprouvés.

Selon le modèle basé sur l’expertise communautaire, seuls les habitants de la communauté peuvent établir correctement les besoins locaux et concevoir des programmes efficaces pour leur communauté. Ce modèle met l’accent sur l’innovation et la créativité dans l’élaboration et la mise en oeuvre des programmes. En général, de nombreux programmes distincts sont élaborés et mis en oeuvre à l’échelon local, la plupart ne bénéficiant que d’un financement réduit à durée limitée. En vertu de ce modèle, les ressources gouvernementales sont réparties de façon très clairsemée entre de nombreux genres de programmes dans un grand nombre de communautés différentes.

Ces deux modèles semblent influencer les pratiques liées au financement en Ontario, chaque ministère et chaque organisme ayant tendance à privilégier l’un ou l’autre. Il est logique de reproduire et d’élargir les programmes éprouvés, mais il convient également d’encourager la créativité et l’innovation qui pourraient mener à des programmes encore plus efficaces. À notre avis, les deux modèles se justifient dans les circonstances appropriées; l’essentiel, c’est que les ministères et les organismes mettent en place des mécanismes leur permettant de veiller à ce que les programmes soient suffisamment financés et à ce que leurs objectifs énoncés et leurs résultats soutiennent une stratégie globale de réduction de la violence. On ne peut pas affirmer avec certitude que cela soit le cas actuellement.


Table des matières

Volume 1. Résultats, analyse et conclusions

Volume 2. Sommaire

Volume 3. Les points de vue des communautés