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Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008)

Volume 3 : section 1 : Les points de vue des communautés


Chapitre 1 : Quel est le problème?

«Si quelqu’un est convaincu que sa vie ne rime à rien ou qu’il n’a plus rien à perdre, il y a peu de chances de le dissuader de recourir à des activités violentes ou “ illégales”. »

– Une des réponses à l’enquête en ligne.

Durant nos déplacements aux quatre coins de l’Ontario, nous nous sommes souvent fait demander ce que nous entendions par « violence juvénile » ou « violence chez les jeunes ». Nous avons adopté une optique relativement large, mais nous avons accordé une attention toute particulière aux formes de violence grave, celles-là mêmes qui ont amené le premier ministre à commander la tenue du présent examen : les attaques à main armée, les voies de fait graves et les meurtres. Nous avons également opté pour une relative souplesse dans la définition de ce que sont « les jeunes », pour la simple raison qu’aucune définition uniforme n’est utilisée par les programmes et les autorités.

Vous nous avez dit que derrière les crimes qui défraient la chronique se cache une violence persistante qui menace de devenir le nouvel « ordre normal des choses » dans nos communautés, surtout celles qui sont considérées comme très défavorisées. Notre intention n’est pas de dire que la violence chez les jeunes n’existe pas dans les quartiers relativement nantis, mais que ces derniers ont d’ordinaire plus de ressources, tant financières que politiques, pour y faire face. Par contre, dans les quartiers défavorisés, les conditions propices à la violence perdurent, parce qu’il n’y a tout simplement pas de ressources pour les combattre. Tel est le constat qui s’est dégagé maintes fois des commentaires que nous avons entendus durant les consultations des gens des quartiers et qui sont consignés dans le Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers. Ce rapport, en outre, décrit en détail la façon dont ces consultations ont été organisées.

Les revendeurs de drogue et les gangs de rue contrôlent les terrains de jeux. Ils tirent des coups de feu dans la rue sans se soucier des passants innocents

Voici un aperçu de ce que vous nous avez dit dans le Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers :

« La peur s’intensifie dans les quartiers [...] Les habitants de certains quartiers sont virtuellement emprisonnés chez eux. Les revendeurs de drogue et les gangs de rue contrôlent les terrains de jeux. Ils tirent des coups de feu dans la rue sans se soucier des passants innocents [...] Les parents craignent de laisser leurs enfants participer aux activités de la communauté. »

« Les communautés, dont les jeunes, sont insensibles à la violence. Les jeunes enfants sont exposés à la violence et s’en inspirent — que ce soit à la maison ou lorsqu’ils sont témoins d’une arrestation violente. Des enfants de l’âge de neuf ans parlent de la violence comme si elle était normale ».

« La violence devient un moyen acceptable de régler les conflits [...] Les jeunes ont recours à la violence pour régler les conflits. Ils croient qu’il faut être violent pour survivre et préserver leur honneur. »

« Lorsque les jeunes s’embarquent dans une vie de violence, ils ont du mal à en sortir. » (Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 75 à 77)

Un petit garçon, d’environ 11 ans, est assis à une table qui forme l’une des extrémités d’un carré ouvert, dans un centre communau-taire très bien éclairé. Il parle d’un incident survenu dans son com-plexe de logements sociaux : un affrontement au cours duquel la police a été appelée et un cordon de sécurité a été établi, de sorte que ses amis et lui ont dû contourner certains des bâtiments pour rentrer chez eux. Il explique qu’il a vu une personne au sol, menottée. Mais ce n’est pas cet incident qui captive les visiteurs dans la pièce, venus pour en savoir plus sur les répercussions de la violence chez les jeunes sur ce quartier. C’est le ton de la voix de ce petit garçon quand il raconte cette histoire, comme s’il se rappelait une scène vue dans un film ou une petite balade jusqu’au magasin de son quartier pour acheter une glace. Pour cet enfant, ce genre de situation est normal.

Dans le cadre de notre examen, nous avons également travaillé avec l’Ontario Federation of Indian Friendship Centres (la fédération ontarienne des centres d’amitié autochtone) qui nous a aidés à consulter des jeunes Autochtones vivant en milieu urbain dans le nord et le sud de l’Ontario. Durant les séances organisées dans le Nord, l’intimidation a été souvent dénoncée comme une cause importante de violence. Les propos ci-après d’un jeune Autochtone font écho à beaucoup d’autres :

« Il y a beaucoup d’intimidation, de harcèlement à l’école. Certaines bagarres, personne n’essaie de les arrêter. Les gens ont l’habitude de se moquer des personnes qui sont différentes; par exemple, j’ai un copain qui aime s’habiller à la mode et qui se fait automatiquement traiter de gay ou de tapette. Cela me fâche beaucoup; je suis allé voir les professeurs pour leur dire que mon ami se faisait tout le temps insulter par un élève; ils m’ont dit de ne pas y faire attention. Je ne vois pas en quoi cela va arranger les choses. Personne ne fait rien contre cette brute. Autre chose aussi, avec les filles surtout — ce sont les commérages. »

La violence est-elle donc à ce point répandue en Ontario? Pour répondre à cette question, nous avons demandé à notre chercheur-conseil, le professeur Scot Wortley de l’Université de Toronto, de dépouiller diverses études sur le sujet. Vous pouvez lire les détails de ses conclusions dans notre rapport au premier ministre. Mais voici en substance les tendances qu’il a dégagées :

Ces tendances nous amènent à la conclusion que l’Ontario est arrivé à une croisée des chemins, et nous devons décider si nous sommes prêts ou pas à prendre des mesures décisives pour les renverser.

Si nous nous retrouvons à cette croisée des chemins, c’est notamment parce que cela faisait bien notre affaire de considérer que la violence chez les jeunes était un problème strictement pénal qui pouvait être réglé par la justice pénale. Or, vous nous avez fait remarquer que c’est précisément cette approche qui, trop souvent, a transformé en véritables criminels des jeunes personnes qui, avec une approche différente, auraient pu être encouragées à devenir des membres fonctionnels de la société. Au lieu de cela, nous les cataloguons « jeunes à risque », nous continuons de les désorienter en créant une multitude de programmes hétéroclites, puis, comme ces programmes ne donnent rien, nous les jetons en prison. Dans cet ordre d’idées, nous considérons donc que le gouvernement fédéral fait fausse route avec ses récentes tentatives de « renforcer » la justice pénale pour la jeunesse.

Fait intéressant, la plupart des porte-parole des services de police que nous avons rencontrés, dont les représentants de l’Association des chefs de police de l’Ontario, se sont accordés à dire que « les arrestations n’arrêteront pas la violence ». De nombreux hauts gradés réclament une approche différente, une approche qui mise davantage sur la prévention que sur la répression, mais ils n’ont jusqu’à présent pas réussi à changer la culture dominante au sein de la police.

Sans doute est-il possible d’aborder ces questions d’un point de vue différent, d’un point de vue qui n’est plus centré sur le système de justice pénale.

À ce sujet, nous avons écrit dans notre rapport au premier ministre :

« Si l’on considère que ces tendances et ces répercussions ressemblent à un problème de santé publique, il n’est dès lors pas logique pour ceux et celles qui ne sont pas directement touchés de blâmer les personnes qui en souffrent, ou de ne leur prêter aucune attention, pas plus que ce ne le serait de fermer les yeux sur une épidémie infectieuse qui frapperait une communauté ou un quartier. Nous savons que les infections peuvent se propager et que, même si elles ne le font pas, elles peuvent affaiblir d’autres parties de l’organisme et de ses systèmes, avec de regrettables conséquences à moyen ou à long terme. Par conséquent, nous gérons le problème collectivement et nous le résolvons parce qu’en l’ignorant, nous ne ferons que l’aggraver pour des segments de plus en plus vastes de notre société. » (Vol. 1, p. 102)

Chapitre 2 : Les causes du problème

« La violence est un cycle; il faut, pour le rompre, qu’un intermédiaire l’enraye dès son apparition dans la petite enfance et qu’il suive les familles. »

– Une des réponses à l’enquête en ligne

Quand nous sommes allés rencontrer les gens des quartiers, quand nous avons écouté les jeunes Autochtones vivant en milieu urbain et quand nous avons examiné le rapport du collectif Grassroots Youth Collaborative (GYC) et vos réponses à l’enquête en ligne, une conclusion s’est imposée à nous : il n’y a pas une cause de la violence chez les jeunes. Il y a plutôt un ensemble de facteurs, ceux que nous appelons les « facteurs de risque immédiat » dans notre rapport au premier ministre, qui met certaines communautés et certains de ses membres à risque de devenir des victimes de violence ou des auteurs de violence. Les causes qui alimentent ces facteurs de risque sont nombreuses et chaque communauté peut avoir sa propre idée de celle qui devrait être classée en tête de liste.

Ces causes ont ceci de commun qu’elles contribuent chacune à susciter un profond sentiment de désespoir et d’aliénation. Elles ne sont pas par elles-mêmes les moteurs de la violence, puisque nous savons que beaucoup de ceux et celles qui les subissent ne se laissent pas aller à la violence. Nous pensons cependant qu’il est indispensable de réduire l’effet de ces causes et d’autres que nous avons mises en évidence dans notre rapport au premier ministre, pour faire en sorte que l’Ontario s’engage sur la bonne voie.

Le présent rapport examine les causes qui ont été le plus fréquemment évoquées par vous tous qui vous êtes exprimés au nom de vos communautés :

La pauvreté

Logement

Dans les rapports et lors des réunions dans les quartiers, vous avez dit que la pauvreté est une des causes de la violence, parce qu’elle contribue au sentiment d’aliénation. Ce facteur de risque s’amplifie quand il se développe dans des concentrations, comme c’est le cas dans certains ensembles d’habitation.

C’est un fait que beaucoup des citoyens les plus vulnérables de l’Ontario vivent dans des conditions qui ne devraient pas être tolérées dans une société comme la nôtre. De surcroît, les concentrations de logements de piètre qualité que nous avons créées par nos politiques et nos pratiques ne bénéficient pas des soutiens sociaux et économiques dont elles ont absolument besoin, ce qui aggrave le désespoir. Et parce que, comme de nombreux représentants des communautés l’ont souligné, la pauvreté revêt de plus en plus un visage racial en Ontario, il ne faut guère s’étonner que la plupart des personnes mal logées appartiennent à des minorités visibles3.

Nous serions heureux de pouvoir dire que tous les logements insalubres appartiennent au secteur privé. Ce serait alors facile de recommander aux municipalités de sévir contre ces propriétaires négligents et de les contraindre à appliquer les codes du bâtiment.

« Les personnes qui ont peu d’argent sont souvent obligées de vivre dans des immeubles dilapidés, délabrés, infestés de coquerelles et de rats et nécessitant de nombreuses réparations. »

(Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 79)

Malheureusement, une grande partie des logements insalubres appartiennent à la province et aux municipalités. Ce sont les logements dits « sociaux », « à prix abordable » ou « publics » qui sont généralement dans un état de décrépitude avancé. Dans son budget 2008, le gouvernement de l’Ontario a commencé à répondre à ces besoins criants en affectant 100 millions de dollars à la réfection d’environ 4 000 logements à prix abordable. Quant aux municipalités, elles pourront obtenir des prêts bonifiés, jusqu’à 500 millions de dollars, pour réparer des logements à prix abordable.

Vous avez été nombreux à dire que vous étiez excédés par le manque de projets concrets pour la remise en état du parc de logements. Voici ce que l’on peut lire dans le rapport du GYC :

Les services sociaux et la santé mentale

Vous nous avez dit aussi que les familles qui vivent dans de pareilles conditions sont en général celles qui ont le plus besoin de services sociaux et de santé, mais que leurs quartiers sont souvent les plus mal servis. Qu’il s’agisse d’aide à l’établissement des immigrants, de soutien des femmes élevant seules leurs enfants ou de programmes de loisirs et d’arts, les services disponibles sont loin de combler les besoins complexes des habitants des quartiers défavorisés. Comme c’est si souvent le cas, le manque de financement est au cœur du problème — les ressources ne sont pas à la hauteur des besoins, qui sont immenses.

« Les organismes de services sociaux ont du mal à répondre à la demande de services. Il n’y a pas assez d’argent et les organismes se livrent concurrence au lieu de coopérer. » (Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 77)

Assurément, tous les services évoqués ci-dessus sont importants, mais les plus critiques sont sans doute ceux qui visent la santé mentale.

Le rapport sur les consultations dans les quartiers résume ainsi ce que vous nous avez dit durant nos visites :

« Plus de jeunes souffrent de dépression, ce qui peut les conduire au suicide ou à l’automutilation, ainsi qu’à la surconsommation d’alcool et d’autres drogues. La violence détruit l’estime de soi et enlève aux jeunes l’ambition de faire des choses. » (p. 61)

Plus loin, ce même rapport dit aussi :

« La maladie mentale ne se borne pas aux troubles d’apprentissage. Chez beaucoup de jeunes, les problèmes de santé mentale sont attribuables au stress, à l’absence d’estime de soi, à la pression exercée par les pairs, à la colère et à la frustration causées par la pauvreté, à la discrimination et au manque de soutien de la part de la famille, des pairs, des modèles et des nombreux systèmes qui ont un impact sur les jeunes. De plus, le stress post-traumatique dû à la violence (à la maison, dans la rue, à l’école) est aussi un problème pour beaucoup de jeunes, surtout pour les jeunes immigrants qui ont été témoins d’actes d’une extrême violence dans leur pays. » (p. 85)

Quelle est l’étendue des troubles mentaux chez les enfants? Le sénateur Michael Kirby, président de la Commission de la santé mentale du Canada et champion de la lutte pour mettre fin aux stigmates encore attachés de nos jours à la maladie mentale, a pro-noncé une allocution devant l’Empire Club en mai 2008. Il a cité les statistiques ci-dessous, reprises d’un discours qu’il avait prononcé en 2002, en déplorant que rien n’avait vraiment changé depuis.

  • De 15 à 25 pour 100 des jeunes ont au moins un trouble mental grave, et ceux et celles qui en ont un ont plus de risques d’en contracter un deuxième ou un troisième.
  • De ces jeunes, seul un sur six reçoit un diagnostic correct, d’ordinaire longtemps après l’apparition du problème.
  • Le suicide demeure la première cause de mortalité chez les adolescents, ce qui vaut au Canada d’être au troisième rang des pays de l’OCDE à cet égard.
  • Chez 80 pour 100 des adultes atteints de troubles men-taux, dont la dépression et les troubles de l’alimentation, les troubles se sont déclarés avant l’âge de 18 ans.

Mais le principal obstacle à l’amélioration des services de santé mentale, a-t-il ajouté, demeure la crainte des stigmates qui s’attachent à ceux et celles qui admettent l’existence de ce genre de problèmes chez eux-mêmes ou dans leurs familles. Les gens hésitent à demander de l’aide : 38 pour 100 des parents ont dit ne pas vouloir parler des problèmes de leurs enfants.

Pour améliorer cette situation, il faut opérer plusieurs changements de taille. Dans son allocution devant l’Empire Club évoquée plus haut, le sénateur Kirby a parlé des « pénuries scandaleuses » dans le domaine de la santé mentale au Canada et décrié un système canadien qui a « énormément de difficultés à implanter les bons services au bon endroit, au bon moment ». « D’ailleurs, est-ce à proprement parler un système? » a-t-il ajouté. Il a lancé un appel au gouvernement pour qu’il fasse des écoles des lieux privilégiés pour la prestation des soins de santé mentale, en les dotant de plus de fonds et de praticiens spécialement formés à prodiguer ces soins. Il a aussi plaidé pour une stratégie nationale de la santé mentale et un système de prestation cohésif qui soit centré sur les besoins de l’enfant et qui organise le travail des fournisseurs de services autour de ces besoins, en faisant passer l’intérêt de l’enfant en premier.

Nous croyons aussi que tous les ordres de gouvernement et tous les organismes de financement doivent adopter une approche plus ciblée de la prestation des services, sociaux et autres, une approche qui concentre les ressources là où elles sont le plus nécessaires et font le plus de bien, plutôt que de les saupoudrer finement sur l’ensemble de la population.

Pression sociale

Au moins une des formes de violence grave commises par des jeunes est un sous-produit du trafic de stupéfiants, des guerres entre gangs et d’autres activités illégales. Les jeunes peuvent se laisser séduire par ce genre d’activités lorsqu’ils ne croient plus qu’ils peuvent améliorer leur vie en recourant à des moyens légitimes. On peut lire ce témoignage dans le rapport sur les consultations dans les quartiers :

« La pauvreté engendre le désespoir. Lorsque les jeunes grandissent sans argent, ils ont le sentiment que rien ne changera jamais. C’est pourquoi ils envisagent toutes sortes d’options pour s’en sortir, y compris les activités illégales. » (p. 81)

Toutefois, ce constat ne conduit pas à la conclusion que la parade appropriée consiste à augmenter les effectifs de police et à imposer des sentences plus sévères — comme nous l’avons dit plus haut, même la police ne croit pas qu’on puisse résoudre le problème de la violence uniquement à coups de sanctions. En revanche, nous devons nous poser la question de savoir comment nous pouvons changer les conditions qui font que les jeunes sont attirés par l’activité criminelle.

«La société mesure la réussite à l’aune des biens matériels, puis dénie aux jeunes le droit d’y accéder. Les jeunes sont frustrés et éprouvent de la colère. Ils se sentent dévalorisés quand d’autres possèdent ce qu’eux ne peuvent avoir. »

« Les jeunes éprouvent de la colère de voir leurs parents travailler si fort et ne pas s’en sortir. » (Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 79 à 80)

La réponse ne réside donc pas dans une application plus sévère de la loi, mais dans la compréhension du désespoir du jeune, désespoir qui se mue en colère et qui le pousse vers la violence. Nous traiterons de la question de l’emploi — ou plutôt du manque d’emplois — plus tard dans ce chapitre, mais un passage du rapport du GYC mérite d’être cité :

« Même si la violence existe certainement en l’absence de difficultés économiques, l’impression générale est que de nombreux jeunes ne seraient pas placés de force dans des situations se caractérisant par un risque élevé de violence s’ils disposaient de voies viables et accessibles pour parvenir à une autosuffisance économique réelle. » (p. 129)

Le racisme

Une autre source fondamentale d’aliénation est le racisme; il est inutile d’espérer vaincre la violence chez les jeunes si l’on ne s’attaque pas de front à ce fléau encore trop présent en Ontario. Le racisme est condamnable sur le plan moral. Or, au niveau des communautés, il alimente aussi les autres causes de la violence que nous avons mises en évidence : la pauvreté, surtout les concentrations de pauvreté, les mauvaises conditions de logement; les pratiques injustes à l’école; l’absence de perspectives d’emploi.

La réponse ne réside donc pas dans une application plus sévère de la loi, mais dans la compréhension du désespoir du jeune, désespoir qui se mue en colère et qui le pousse vers la violence.

Vous nous avez parlé d’une composante de ce problème qui vous préoccupe tout particulièrement, celle des rapports entre la police et les jeunes. Comme nous l’avons dit plus haut, nous avons rencontré de nombreux haut gradés des services de police durant nos consultations, ainsi que des représentants de l’Association des chefs de police de l’Ontario. Ces personnes nous ont parlé de leurs efforts en faveur d’une « police de quartier », de l’importance des rapports avec la communauté et des programmes communautaires où les agents de police collaborent avec les écoles. Nous ne doutons pas que la structure de commandement des services de police de l’Ontario est sincèrement déterminée à s’attaquer aux questions de la violence, surtout dans les quartiers où les besoins sont complexes, comme ceux que nous avons visités.

Or, il est tout aussi clair que le message de la hiérarchie n’est pas entendu dans les rangs. Lors de nos séances de consultation des gens des quartiers, les jeunes ont raconté la façon dont les policiers-patrouilleurs les ciblent injustement. Qu’elle soit racontée par un jeune Noir de Toronto ou une jeune Autochtone de Thunder Bay, l’histoire était toujours la même : si vous êtes jeune et si de surcroît vous êtes d’une minorité visible, attendez-vous à être interpellé par la police simplement parce que vous rentrez à pied du centre de loisirs ou d’un centre commercial.

Le commentaire suivant, tiré du rapport du GYC, est typique :

« Nous étions à deux sur la bécane, et la police nous a arrêtés. Ils nous ont expliqué que c’était illégal de monter à deux, et ils se sont mis à nous fouiller. Alors je me suis énervé, en leur disant “pourquoi vous nous fouillez si on ne faisait que monter à deux, ce n’est pas logique. Vous ne pouvez pas juste me donner une amende et me laisser partir?” Ils ne m’écoutaient pas vraiment et ont commencé à crier [...] “c’est notre boulot, on connaît les règles, on connaît la loi, tu ne sais rien, alors ferme-la”. Ils nous ont maintenus allongés à plat ventre en plein milieu de la rue. » (p. 126)

Les jeunes que nous avons rencontrés n’avaient aucun mal à faire la différence entre les policiers « sympa » et les autres. Les policiers sympathiques sont ceux qui sont envoyés dans les écoles ou dans les communautés dans le cadre d’activités qui, aux yeux de la plupart des habitants de l’endroit, ne sont guère plus que des exercices de relations publiques. Les « mauvais » policiers sont ceux qui les soumettent à des contrôles vexatoires dans la rue le soir ou qui font des descentes au petit matin dans leurs quartiers.

Lors de notre séance de consultation des habitants de Jamestown, une jeune participante a fait une suggestion pertinente quand elle nous a dit qu’il fallait que les jeunes apprennent à réagir de la bonne manière aux interpellations par la police. « Quand on connaît nos droits, a-t-elle dit, et qu’on leur rappelle poliment mais fermement, l’interaction avec les agents de police devient beaucoup plus positive. »Voici deux autres extraits du rapport du GYC :

« [...] certains policiers sont corrects, mais d’autres aiment te harceler. À Regent Park, ils font ça beaucoup, tu sais. »

« [...] en général, ce sont les plus grands qui viennent et essaient de nous harceler et tout ça – ils essaient de t’intimider, tu sais, en te faisant passer pour un idiot. C’est ce que je n’aime pas chez eux. » (p. 126)

Le rapport sur les consultations dans les quartiers a résumé en ces termes les entretiens que nous avons eus dans les communautés :

« Beaucoup de jeunes ont indiqué ne pas recevoir de respect de la police et avoir été harcelés par elle. Ils ont parlé de la façon dont la police contrôle les jeunes dans la rue sans raison et du sentiment qu’ils ont de ne pas pouvoir circuler librement dans leur propre quartier. La présence accrue de caméras de surveillance et de la police peut donner l’impression d’une “communauté assiégée”. La police est parfois considérée comme l’ennemi. L’arrogance de la police, en particulier dans la façon dont elle s’adresse aux jeunes, nuit à l’établissement d’une relation de confiance entre elle et les jeunes. Il y a la criminalisation des jeunes et un nombre croissant d’arrestations. En outre, le profilage racial devient de plus en plus fréquent. »

Pour certains, la solution consisterait en une meilleure formation de la police en matière de diversité, de sensibilité culturelle ou de relations avec les communautés. À l’heure actuelle, quelques heures seulement sont consacrées à ces sujets dans le programme de formation de base des constables qui est donné au Collège de police de l’Ontario et qui est obligatoire pour tous les agents de police. Le Collège lui-même estime que ce qu’il faut modifier, ce n’est pas la formation, mais la culture de la police. Il faut aussi que les commissions des services policiers et les structures de commandement prennent leur responsabilité pour transformer le comportement de leurs agents.

Le racisme n’est bien sûr pas une exclusivité des services de police, mais nous l’avons mis en relief parce qu’il a de lourdes répercussions sur la vie de ceux et celles qui ont fort probablement le plus besoin d’être protégés par la police. Néanmoins, nous ne pouvons pas ignorer le fait que le racisme fait sentir ses effets également dans les domaines de l’éducation, du logement, de l’emploi et de la prestation des services sociaux. Vous nous avez dit et redit que le racisme est une forme de violence, que la pauvreté est une forme de violence et que la pauvreté et la violence se « racialisent » — elles frappent de manière disproportionnée les communautés noires et autochtones de l’Ontario et, à un moindre degré, les autres minorités visibles.

Le système éducatif et la Loi sur la sécurité dans les écoles

Comme l’a souligné un administrateur d’une école secondaire autochtone à Thunder Bay :

« Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un élève même pendant une journée. »

Il y a beaucoup de choses à admirer dans le système d’éducation publique de l’Ontario, un système qui offre à une très grande majorité des jeunes de la province de merveilleuses occasions d’apprendre et de s’épanouir. Pourtant, pour certains jeunes, c’est un facteur de plus qui les pousse à se dissocier encore davantage de la société et qui, de ce fait, sème les germes de la violence.

Vous nous avez dit que trois aspects particuliers du système éducatif sont générateurs d’aliénation : la Loi sur la sécurité dans les écoles; le curriculum et le personnel scolaire qui ne renvoient pas l’image de la communauté desservie; l’affectation de certains élèves à des filières non axées sur les études supérieures :

En raison de l’époque où nous avons visité les communautés, une bonne partie des points de vue entendus portaient sur les problèmes créés par l’application de la Loi sur l’éducation avant les récentes modifications censées y remédier. L’obligation de procéder à un examen en règle de chaque renvoi, la possibilité pour les élèves suspendus plus de 5 jours de suivre un programme de remplacement et les dispositions limitant le recours aux transferts disciplinaires auront pour effet, nous l’espérons, de changer la manière dont les écoles traitent les jeunes en difficulté. Nous croyons toutefois qu’il faut aller plus loin. Par exemple, les élèves ne devraient pas avoir à attendre cinq jours avant de suivre les programmes de remplacement. Comme l’a souligné un administrateur d’une école secondaire autochtone à Thunder Bay : « Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un élève même pendant une journée. »

Le deuxième problème qui se pose dans le système d’éducation vient de ce que, dans les communautés défavorisées, les administrateurs et les personnes qui travaillent dans les écoles ne sont pas représentatifs de ces communautés. Un participant au forum Strategizing Minds dont est issu le rapport du GYC a exprimé ainsi ce sentiment d’aliénation :

« Si vous êtes déconnectés de quelque chose, comment pouvez-vous ensuite y participer, lorsque vous apprenez des choses qui vous sont étrangères? [...] Ces élèves ne se retrouvent pas, mais ils sont conscients d’être là. » (p. 119)

Le troisième problème d’ordre systémique qui a été mis en lumière durant les consultations des gens des quartiers, ainsi que dans les rapports, concerne la pratique de « cloisonnement », qui consiste à orienter des élèves dans des filières particulières en fonction de critères autres que leurs propres dispositions et aspirations. À Ottawa, un élève a reproché aux gens qui décident ainsi de l’orientation des élèves d’être des « briseurs de rêves », à cause de la manière dont ils jettent les dés pour les minorités visibles. Voici ce qu’on peut lire à ce sujet dans le rapport du GYC :

« Le cloisonnement est de plus en plus problématique, car il limite les possibilités d’enseignement supérieur parmi les jeunes racialisés et marginalisés. Le rapport [de FYI]4 cite une étude publiée par la Coalition of Visible Minority Women, qui révèle que “les élèves noirs et leurs parents constatent souvent que le personnel enseignant et les conseillers d’orientation ont des attentes inférieures vis- à-vis des élèves noirs et qu’ils les encouragent à s’inscrire à des cours pratiques ou axés sur les sports, en suggérant que ‘l’élève ne pouvait pas aller bien loin’”. » (p. 120)

Les perspectives économiques et l’emploi

Le simple fait de vivre dans des complexes de logements sociaux mal entretenus, avec un revenu insuffisant et sans grand espoir de pouvoir améliorer sa condition, est déjà un facteur d’isolement social. Les horizons se réduisent aux limites du quartier. Lors d’une séance de consultation des gens des quartiers, un intervenant auprès des jeunes nous a confié que certains enfants ne savaient même pas que Toronto se trouvait au bord d’un lac. Nous avons très souvent entendu dire que les jeunes avaient peur de sortir des limites de leurs quartiers. Ces deux faits dénotent leur profonde aliénation par rapport à la collectivité générale.

Il s’agit souvent aussi de quartiers qui sont déjà isolés du reste de la communauté à cause de la médiocrité ou de la cherté des services de transport en commun et parce que de nombreux éléments qui font le tissu d’une communauté, comme les dépanneurs, les banques et d’autres lieux où les habitants se rencontrent, ont disparu. À Toronto, par exemple, une de nos réunions s’est tenue dans un magasin sommairement reconverti en centre de jeunes, dans un mail linéaire pratiquement abandonné, caché derrière une station-service lépreuse. Un autre quartier n’avait plus aucun magasin et la pizzeria du coin a refusé de livrer parce que les livreurs craignaient de se faire voler.

Cet exode des commerces non seulement prive les habitants des quartiers des biens et des services qui vont de soi pour la plupart d’entre nous, mais il limite aussi les possibilités d’emploi. Le manque d’emplois intéressants est l’une des doléances qui a été le plus souvent exprimée par les jeunes et leurs intervenants durant les consultations des gens des quartiers; c’est aussi un thème qui résonne tout au long du rapport du GYC.

Comme l’éventail des possibilités d’emploi se rétrécit sans cesse dans leurs communautés, les jeunes sont forcés d’aller chercher du travail ailleurs. C’est alors qu’ils se heurtent à des obstacles fondés non pas sur leurs talents, mais sur leur couleur de peau et leur adresse.

Voici un extrait du rapport sur les consultations des gens des quartiers :

« Les jeunes veulent aider, mais ne trouvent pas de travail. Les jeunes éprouvent de la colère lorsqu’ils souhaitent aider leur famille et qu’ils ne trouvent pas d’emploi, souvent à cause de l’endroit où ils vivent. “Certains emplois sont inaccessibles quand on vit dans le ghetto.” » (p. 80)

Et cet autre extrait :

« Les employeurs refusent d’engager les jeunes qui ont un certain code postal ou ont eu des démêlés avec la justice. Certains jeunes utilisent l’adresse d’un ami ou d’un parent lorsqu’ils cherchent un emploi, car beaucoup d’employeurs n’engagent pas les jeunes qui vivent dans des quartiers qu’ils jugent difficiles. Il est encore plus difficile de trouver du travail pour les jeunes qui ont un casier judiciaire, même si les délits sont mineurs. » (p. 82)
Selon une recherche qui vient de paraître, les secteurs pauvres de nos villes sont de plus en plus désertés par les commerces d’alimentation. Jason Gilliland, professeur de géographie à l’Université Western Ontario à London (Ontario), et son coau-teur, Kristian Larsen, ont comparé les endroits où se trouvaient des supermarchés à London en 1961 et en 2005, puis ont calculé la facilité d’accès à ces endroits. Voici leur conclusion : comme les super-marchés sont partis s’implanter en périphérie des villes, les habitants des quartiers pauvres n’ont plus facilement accès à des produits alimentaires frais et abordables et sont contraints de se ravitailler au prix fort dans les dépanneurs ou de se contenter d’aliments vides. – National Post, p. 2, 18 avril 2008

Dans leurs témoignages qui nous ont été relayés par le rapport du collectif Grassroots Youth Collaborative, les jeunes parlent aussi des obstacles à l’emploi. Une jeune Somalienne qui participait au forum du GYC a raconté son expérience de recherche d’emploi. Elle était allée s’inscrire dans une agence en même temps que son amie qui a les mêmes qualifications qu’elle et qui recherche le même genre de travail. Son amie, qui ne porte pas le hijab, a reçu de nombreuses propositions de travail, mais elle, aucune. C’est seulement après avoir appelé l’agence et beaucoup insisté qu’on lui a parlé d’une offre d’emploi.

Chapitre 3 : Vos priorités

« Il faut créer une communauté solidaire et chaleureuse qui soutient ses membres et qui leur propose des attentes et des modèles positifs — sinon, c’est la communauté et les modèles des gangs et des revendeurs de drogues qui gagneront. »

— Une des réponses à l’enquête en ligne

Dans le chapitre précédent, nous avons traité des quatre causes qui, selon vous, peuvent engendrer le désespoir et l’aliénation chez les jeunes. Le présent chapitre suit la même approche et traite des questions qui, nous avez-vous dit, sont importantes si l’on veut combattre ces causes. En d’autres termes, ce chapitre parle de ce qui est important pour vous et surtout pour les jeunes qui ont participé aux consultations des gens des quartiers, au forum du GYC dirigé par des jeunes et aux rencontres avec les Autochtones vivant en milieu urbain.

Voici la liste de vos priorités, sans ordre particulier :

L’accès à l’espace et aux programmes

L’espace

Dans une province aussi vaste que l’Ontario, il peut sembler étrange de parler d’un manque d’espace, mais c’est exactement ce que vous nous avez dit — il faut plus d’espace disponible pour les programmes qui sont créés à l’intention des jeunes et, surtout, pour les programmes dirigés par des jeunes.

Voici des exemples de ce que vous nous avez dit, tirés de vos rapports :

Passage tiré du rapport sur les consultations dans les quartiers :

« On manque de locaux pour les jeunes et les programmes et centres existants ne conviennent pas aux jeunes. On n’utilise pas les locaux vides – ceux-ci devraient être supervisés et administrés par des personnes formées qui peuvent s’identifier aux jeunes et communiquer avec eux. » (p. 86)

« Les participants ont souvent parlé de la nécessité d’ouvrir des centres de jour pour les jeunes, car ce sont des endroits sûrs où ils peuvent venir avec leurs camarades après l’école pour y rencontrer des travailleurs sociaux et d’autres personnes ayant une influence positive. » (p. 93)

Tiré du rapport du GYC :

« Parler d’espace relativement à la violence à laquelle les jeunes sont confrontés, c’est reconnaître que la jeunesse doit être mobilisée, dans sa vie quotidienne, par des activités sociales et récréatives organisées par des personnes et des organismes aux vues similaires et sensibles à ses particularités culturelles. C’est aussi admettre que l’on ne manque pas d’espace au sens absolu. Il y a plutôt un manque de volonté de reconnaître que tous les jeunes de toutes origines et de tous milieux, sont des membres égaux de notre société et méritent donc un accès égal à toutes les ressources qui sont disponibles. » (p. 135)
Tous les jeunes de toutes origines et de tous milieux, sont des membres égaux de notre société

Andrea Zammit, coordonnatrice du GYC et ancienne directrice de programme pour For Youth Initiatives, a fait la déclaration suivante lors du forum Strategizing Minds, comme on peut le lire dans Une volonté d’action, le rapport du GYC :

« Au cours des six dernières années, j’ai travaillé avec des jeunes dans de nombreux quartiers sous-desservis à faibles revenus de Toronto, où l’accès à l’espace public a été l’un des principaux défis. Il est fréquent que les jeunes partagent de petits appartements avec de nombreux membres de leur famille. Ces jeunes ont besoin d’espace pour rencontrer leurs amis, d’un espace calme pour faire leurs devoirs, d’un espace les protégeant des brutalités et du harcèlement policiers et d’un lieu où s’exprimer par l’entremise des arts et où accéder à des programmes socio-récréatifs. Les centres communautaires et les programmes gérés par les fournisseurs de services sociaux traditionnels qui disposent d’installations ne sont pas “axés sur les jeunes” ou accessibles par ces derniers, en particulier dans le cas des jeunes Noirs. » (p. 137)

Pour fournir plus d’espace, certains demandent que les écoles ouvrent leurs locaux aux activités communautaires. Sous la pression de groupes tels que la coalition SPACE5,le gouvernement de l’Ontario a pris les premières mesures en ce sens et, tout dernièrement, a annoncé qu’il doterait de 33 millions de dollars le Programme d’utilisation communautaire des installations scolaires pour l’exercice 2008-2009, montant qui sera majoré chaque année par la suite pour atteindre 66 millions de dollars en 2011-2012. Dans un communiqué, le gouvernement déclarait : « Les écoles locales seront ainsi plus abordables pour les jeunes, les personnes âgées et les adultes qui veulent s’en servir pour leurs réunions et leurs activités sportives et autres.6 »

L’utilisation des installations scolaires pour fournir plus d’espace, surtout pour des activités dirigées par les jeunes, pose quelques problèmes. Il a été fait remarquer que certains jeunes, ceux qui ont été renvoyés ou suspendus de l’école, ne seraient pas autorisés à participer à ce genre d’activités, et que d’autres ont tellement pris l’école en grippe qu’ils ne s’y rendraient pas de leur plein gré, même pour des activités divertissantes. Un autre problème se pose quand des groupes établis font préemption sur l’espace disponible avant que de nouveaux groupes aient la chance de demander des permis d’utilisation. En outre, dans les régions rurales, nous a-t-on dit, les programmes de ce genre ne seraient pratiquement pas accessibles aux nombreux jeunes qui sont tributaires des horaires des autobus scolaires.

Néanmoins, en prenant acte du besoin d’espace supplémentaire et en affichant sa détermination à fournir du financement pour y satisfaire, le gouvernement a fait un geste qui est le bienvenu.

Les programmes

S’il est possible de mettre de l’espace à la disposition des jeunes, dans les écoles ou ailleurs, la question devient : « Que faisons-nous de cet espace? » Nous avons recueilli toutes sortes d’échos sur ce sujet également.

Une chose sur laquelle les jeunes et leurs intervenants de première ligne s’accordent est qu’il ne s’agit pas simplement de créer un autre terrain de basketball. Les jeunes surtout nous ont dit qu’il fallait plus de diversité dans les programmes offerts – plus d’activités artistiques, plus d’activités récréatives autres que les sports de compétition, et plus d’occasions d’apprentissage et de mentorat. Voici, tiré du rapport final sur les consultations dans les quartiers, un condensé de ce que nous avons entendu lors de nos séances de consultation des gens des quartiers :

«Les jeunes n’ont rien à faire, alors ils traînent dans la rue et font des bêtises. Certains quartiers n’offrent aucun service ou activité aux jeunes; les communautés qui sont isolées et stigmatisées ne bénéficient pas des avantages consentis aux autres communautés. »

« Il y a des choses à faire, mais pas pour les jeunes. “Il existe des tas de programmes, mais beaucoup ne servent à rien.” Les programmes offerts sont trop généraux et redondants et ne répondent pas aux besoins des jeunes en matière d’éducation, de culture et de préparation à la vie. Ces programmes ne sont pas redevables et la communauté ne peut pas les évaluer. Ils sont désuets, existent depuis toujours et n’ont jamais été actualisés ou modifiés pour répondre aux besoins des jeunes. Soit il n’y a pas de programmes pour les jeunes plus âgés, soit les programmes sont ennuyeux et manquent d’intérêt. Les centres de loisirs et les centres de jeunes doivent offrir des programmes attrayants, autre chose que des programmes de sport, pour attirer les jeunes et les sortir de la rue. Il y a pénurie de programmes de qualité pour les jeunes “à risque”, de bons programmes et activités pour lutter contre la violence chez les jeunes, et de programmes de prévention et d’intervention précoce. »

Il y a des choses à faire, mais pas de personnel formé pour traiter avec les jeunes. Trop d’organismes sont dirigés par des personnes non redevables, qui ne tiennent pas compte des diverses cultures et se fichent des jeunes; de plus, ils offrent des programmes de courte durée ou à durée limitée. Les gestionnaires et le personnel ne reflètent pas la communauté qu’ils sont chargés de servir et les employés n’ont pas reçu la formation et ne possèdent pas les connaissances et les compétences requises pour traiter avec des jeunes.»

Il y a des choses à faire, mais les fonds sont limités. Le gouvernement ne finance pas suffisamment de programmes et de services sociaux destinés aux jeunes. On doit financer des programmes visant à mobiliser les jeunes; lorsque nous perdons des jeunes à cause de l’absence de programmes, nous les perdons vraiment, souvent au profit du système de justice pénale. Les programmes qui visent à intéresser les jeunes ne disposent pas des fonds dont ils ont besoin pour avoir une incidence durable; il faut parfois des années avant de savoir si un programme fonctionne.» (p. 86)

Le rapport sur les consultations dans les quartiers a résumé ainsi les conseils que vous nous avez adressés :

« Renforcer les programmes dont les quartiers disent avoir besoin. Les participants ont indiqué que leurs quartiers avaient besoin de programmes positifs et pertinents. Ces programmes ne doivent pas seulement offrir des activités récréatives, ils doivent aussi répondre aux besoins des jeunes des quartiers en matière d’éducation, de culture, de formation professionnelle et de préparation à la vie. Cela signifie fournir un continuum de services et des programmes pour les personnes de tous les âges et à n’importe quelle étape de la vie (les parents aussi), y compris des programmes axés sur la production de revenus ou l’acquisition d’expérience, par exemple un programme d’apprentissage ou d’emploi coopératif. »

« On doit aussi mettre l’accent sur le mentorat. Les jeunes ont besoin d’avoir une personne dans leur vie qui leur donne de l’attention, croit en eux et les appuie. Il est important de connecter les jeunes avec des mentors de leur âge et de les faire participer à des séances en tête-à-tête avec des adultes et des modèles plus âgés. C’est particulièrement important pour les jeunes difficiles à atteindre. Il faut également des programmes pour aider les jeunes à se soustraire aux gangs de rue, ainsi que des programmes destinés aux jeunes qui viennent d’arriver au Canada et qui ont besoin d’une aide psychologique, car ils souffrent de stress post-traumatique, et d’autres soutiens. »

« Les participants ont souvent parlé de la nécessité d’ouvrir des centres de jour pour les jeunes, car ce sont des endroits sûrs où ils peuvent venir avec leurs camarades après l’école pour y rencontrer des travailleurs sociaux et d’autres personnes ayant une influence positive. » (p. 92 et 93)

Dans son rapport, le GYC propose trois mesures pour résoudre les problèmes d’espace : construire et financer de l’espace communautaire; mettre fin à la privatisation des espaces sociaux comme le carré Yonge-Dundas à Toronto; élaborer un plan pour financer l’infrastructure physique destinée à accueillir les projets dirigés par des jeunes. Le rapport du GYC, dont nous joignons le texte intégral à la section 3, contient une description détaillée de ces trois propositions.

Le système éducatif

Relativement au système éducatif de l’Ontario, les jeunes nous ont parlé de trois problèmes auxquels le gouvernement doit s’attaquer : l’avenir de la Loi sur la sécurité dans les écoles; la réforme du curriculum; l’instauration d’un environnement d’apprentissage équitable, qui donne les mêmes chances à tous.

Tiré du rapport sur les consultations dans les quartiers :

« À cause des politiques de tolérance zéro, les élèves quittent l’école ou en sont “expulsés”. On abandonne les jeunes lorsqu’ils sont suspendus ou renvoyés de l’école. On n’obtient rien en renvoyant temporairement une jeune personne de l’école pour la punir. Les jeunes en profitent pour traîner avec d’autres personnes qui ne vont plus à l’école. Ce désœuvrement fait plus de dégâts et favorise probablement des comportements encore plus violents. Certains jeunes sont ravis d’être suspendus pendant trois jours, car ils ont l’impression d’être en vacances. Ils en profitent pour traîner avec des personnes plus âgées qui sont au chômage ou ont décroché et peuvent avoir une mauvaise influence sur eux. C’est aussi pendant que les jeunes ne vont pas à l’école qu’ils se joignent à des gangs de rue, se prostituent ou commettent d’autres actes illégaux. » (p. 88)

Le rapport du GYC plaide pour la révocation de la Loi sur la sécurité dans les écoles qu’il juge discriminatoire contre les jeunes racialisés et marginalisés. Il prône l’idée que la lutte contre les causes de la violence chez les jeunes passe par la réforme du système d’éducation :

« Le concept selon lequel l’éducation est une voie vers l’autonomisation n’est pas nouveau. Tout au long de l’histoire, aux quatre coins du monde, les gens ont toujours demandé l’accès à l’éducation comme un moyen de faire valoir leurs droits civils. Le refus d’accorder un tel accès a souvent servi d’outil de soumission et d’oppression. Peu importe leur portée ou objet initial, les études réalisées antérieurement par les divers membres et alliés du GYC ont quasiment toutes mis en évidence l’importance primordiale de questions liées à l’éducation dans les efforts visant à éliminer les causes profondes de la violence et de l’oppression dans nos communautés. » (p. 117)

Le rapport du GYC appelle aussi notre attention sur une étude réalisée en 2003 par un de ses membres, le groupe For Youth Initiative (FYI), avec le concours financier d’un programme fédéral, la Stratégie nationale pour la prévention du crime. (Pour en obtenir un exemplaire, écrire à fyi@foryouth.ca.)

Ce passage est tiré du rapport du GYC, p. 12 :

« Le rapport de FYI repose sur deux affirmations importantes : 1) les inégalités sont bien réelles dans le système d’éducation existant, en particulier pour les Noirs et les Autochtones, ce qui révèle le besoin de formes d’éducation plus pertinentes et stimulantes; 2) l’éducation alternative pourrait constituer une force libératrice et constructive pour la jeunesse marginalisée. [...] Leurs conclusions quant à la discrimination et au racisme au sein du système d’éducation n’étaient pas particulièrement surprenantes, et le rapport contient la remarque suivante : “Les élèves ne cessent de répéter qu’ils ont le sentiment d’être victimes dans les écoles de discrimination de la part du personnel enseignant et d’autres élèves. Cette étude va dans le même sens, presque tous les participants ayant décrit des expériences et des perceptions de racisme dans les écoles. ” » (p. 118)

Durant nos séances de consultation des gens des quartiers, vous avez évoqué plusieurs raisons pour lesquelles les jeunes se retrouvent en difficulté à l’école, mais la plus souvent entendue concernait le fait que les jeunes racialisés et marginalisés ne trouvent rien à l’école qui les motive à s’appliquer. Leurs enseignants ne viennent pas de leurs quartiers, le curriculum ne rend pas compte de leur histoire ou de leur culture, et rien ne leur permet d’espérer que des bons résultats au niveau secondaire leur ouvriront les portes des études postsecondaires.

Le rapport sur les consultations dans les quartiers a bien rendu cette situation :

Les jeunes racialisés et marginalisés ne trouvent rien à l’école qui les motive à s’appliquer.
« Les écoles ne sont pas représentatives des jeunes qu’elles desservent et n’offrent pas les mêmes possibilités à tous les jeunes. Pour beaucoup de jeunes, ce qui est enseigné à l’école n’a rien à voir avec leur réalité culturelle ou sociale, et cet enseignement n’est pas dispensé par des personnes qui leur ressemblent ou sont conscientes de la réalité de leur vie quotidienne, la conséquence étant que les jeunes se sentent exclus de ce qui est probablement l’institution la plus importante de leur vie. Les jeunes ont aussi parlé de discrimination de la part des enseignants qui ne respectent pas les élèves des minorités visibles ou issus de l’immigration, présument qu’ils ne peuvent pas réussir aussi bien que leurs camarades blancs, et les dirigent dans des filières non académiques. Cette attitude suscite un violent sentiment de dévalorisation et les jeunes perdent parfois intérêt et motivation et n’ont plus confiance en leurs enseignants. » (p. 81)

Un des animateurs d’une consultation des jeunes Autochtones vivant en milieu urbain, qui s’est tenue dans le nord de l’Ontario, a ainsi résumé les discussions concernant l’éducation:

« Les jeunes pensaient qu’il faudrait réfléchir à d’autres modes d’apprentissage quand on aborde la question de l’éducation. Ils pensaient que le travail scolaire serait plus intéressant si le curriculum et les pratiques s’accordaient davantage à leur culture. »

Une participante au forum Strategizing Minds du GYC a avancé cette explication :

« Le rapport de Centraide intitulé Poverty by Postal Code a désigné 13 quartiers de Toronto comme secteurs prioritaires. En étudiant ces secteurs, en pénétrant dans ces espaces géographiques, on se rend compte que l’on peut suivre la pauvreté par code postal, mais aussi par groupe racial. Ainsi [...] l’aliénation associée à l’inaccessibilité financière fait que les universités ne sont qu’une lointaine possibilité pour beaucoup de ces jeunes. Ceux-ci sont rares à croire que l’université est un lieu auquel ils ont droit, dont ils pourraient faire partie. Comment s’en étonner? Avec l’augmentation des coûts, le message est clair : cet endroit n’est pas pour nous. Avec l’éducation de type colonial que nous recevons de la maternelle à la 12e année, le message est clair : cet endroit n’est pas pour nous. » (p. 118)

Le rapport sur les consultations dans les quartiers et le rapport du GYC contenaient des suggestions que nous avons soigneusement examinées quand est venu le moment de formuler nos recommandations au premier ministre. Nous souscrivons à l’idée que les écoles devraient devenir des carrefours communautaires; nous croyons qu’il faut étudier l’impact que continue d’avoir la Loi sur la sécurité dans les écoles et qu’il faudra pour cela collecter des statistiques basées sur la race; nous invitons le système d’éducation à réfléchir à une réforme de son curriculum et de ses pratiques de recrutement; nous exhortons les enseignants à respecter et à développer les potentialités de chaque jeune personne, quelle que soit sa race, sa culture ou l’adresse de ses parents.

L’emploi et l’investissement

« Fournir des emplois intéressants. »

— Une des réponses à l’enquête en ligne

Bien qu’il n’y ait pas une formule universelle pour régler tous les problèmes qui se posent dans les communautés dont les besoins sont complexes, vous avez dit clairement que les communautés verraient dans la création de débouchés économiques un véritable progrès. Un emploi valorisant éloigne la pauvreté, redonne de la dignité, rehausse le sentiment de valeur de soi et aide à conjurer le désespoir qui caractérise les jeunes les plus défavorisés.

L’ironie de cette situation est qu’il y a une multitude de programmes d’emploi, dont beaucoup s’adressent aux jeunes, et que nombre de ces programmes semblent très bien marcher. Les personnes qui administrent ces programmes reconnaissent qu’il faut donner aux jeunes qui ont des besoins complexes davantage que le numéro de téléphone ou l’adresse d’un éventuel employeur. Souvent, ces jeunes ont besoin d’un counseling préalable à l’emploi pour les aider à franchir toutes sortes de difficultés, allant de questions aussi complexes que la maladie mentale à des choses aussi banales en apparence comme de s’orienter dans les transports en commun.

Dans ce qui est au moins un pas dans la bonne direction, le gouvernement a débloqué des fonds devant servir spécifiquement à procurer des emplois d’été aux jeunes des quartiers défavorisés dans le cadre du Programme d’emplois d’été pour les jeunes. Ce programme est ainsi décrit sur le site Web du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse :

« Le Programme d’emplois d’été pour les jeunes est conçu pour aider les jeunes âgés de 15 à 18 ans qui vivent dans des quartiers défavorisés à acquérir des compétences en milieu de travail grâce à un emploi d’été. Tu recevras une formation de préparation au travail, on te placera dans un emploi rémunéré en juillet et en août, et tu bénéficieras de soutien après ton emploi. Tu gagneras 8,75 $ l’heure, pour une semaine de travail de 35 heures, tout en recevant une formation et en acquérant de l’expérience de travail. »

« Non seulement cette expérience viendra enrichir ton CV, mais elle pourrait aussi t’aider à choisir les études que tu aimerais poursuivre au collège ou à l’université, ou la carrière que tu voudrais entreprendre. »

Nous avons entendu les témoignages de nombreux organismes qui s’efforcent d’aider les jeunes des quartiers défavorisés. Certains travaillent à établir des « meilleures pratiques » en la matière; citons pour exemple le Boreal Institute de l’Université de Toronto, qui collabore avec le YMCA du grand Toronto. L’idée de ce projet est née au sein de groupes de discussion qui s’étaient tenus dans deux des quartiers déshérités de Toronto et durant lesquels les jeunes avaient placé le problème de la violence très haut dans leur liste de préoccupations. À cause du manque de possibilités d’emploi, disaient-ils, ils perdent tout espoir et ils ont l’impression que leurs quartiers ne sont « qu’une autre sorte de prisons ».

Le Boreal Institute et le YMCA avaient alors décidé de mettre sur pied un projet dont l’objet n’était pas tant de créer un emploi de courte durée que d’aider la jeune personne à se tracer une carrière. À ce jour, le programme a permis de montrer l’avantage du travail en petits groupes, l’importance de créer un partenariat entre celui ou celle qui cherche un emploi et son conseiller ou sa conseillère, et la valeur d’une approche holistique des besoins du jeune.

On peut trouver de plus amples renseignements sur ce programme à www.utoronto.ca/mcis/boreal/about_us.html

Dans le chapitre précédent, sous le titre « Les perspectives économiques et l’emploi », nous avons reproduit un passage du rapport sur les consultations dans les quartiers qui exposait les points de vue des jeunes sur les obstacles à l’emploi. Pour surmonter ces obstacles, les participants à ces séances estimaient que le gouvernement devait augmenter le salaire minimum et créer davantage de places d’apprenti et de possibilités d’emploi coopératif.

Le rapport du GYC est tout aussi direct et prône une augmentation du salaire minimum à 15 dollars de l’heure avec indexation annuelle au coût de la vie, une augmentation de 40 pour 100 de la prestation d’aide sociale provinciale et des prestations versées au titre du Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées, ainsi qu’un regain d’investissement dans le logement social.

Sa principale recommandation en faveur de l’emploi pour les jeunes est la création d’un fonds pour la promotion du travail indépendant des jeunes. Citons le rapport :

« Un travail indépendant est souvent un moyen pour les jeunes de nos communautés de s’extirper des petits boulots sans avenir dans l’industrie des services. Toutefois, les programmes actuels de l’Ontario pour soutenir le travail indépendant des jeunes sont souvent d’accès difficile, avec des procédures compliquées, et ne procurent pas toujours aux jeunes les compétences ou la formation nécessaire pour que leur petite entreprise ou leur entreprise communautaire prospère dans le contexte des prix d’éviction et de la concurrence intense pratiqués par les grandes entreprises bénéficiant d’allégements fiscaux et de subventions considérables (une aide sociale aux entreprises parasites) de la part des gouvernements. »

« Nous demandons la création d’un fonds ouvert et accessible à l’intention des entreprises sociales, qui dispose d’un budget élevé (pas simplement un autre investissement de15 millions de dollars sur trois ans), dont le personnel possède les connaissances et l’expérience du soutien aux initiatives pour jeunes entrepreneurs, qui soit convivial et créatif et qui contribue au renforcement des compétences. Nous demandons également que le gouvernement n’associe pas ce genre de programmes à des prêts de sociétés ou de banques dans une sorte de partenariat public-privé qui mènera finalement les jeunes entrepreneurs sociaux à l’endettement au profit des grandes banques! » (p. 146)

La suggestion concernant un fonds qui servirait spécialement à stimuler l’emploi dans les communautés défavorisées ressemble à celle que nous avons reçue de la Coalition of African Canadian Organizations. Dans le cadre d’un plan d’action exhaustif, la CACO réclame « la création, par voie législative, d’une agence de développement social et économique afro-canadienne, dont la mission serait de faciliter l’aide des gouvernements aux programmes sociaux et économiques communautaires ».

Ces deux recommandations soulignent la nécessité d’investir davantage dans les quartiers défavorisés et de faire en sorte que les entreprises cessent de fuir ces secteurs, comme l’illustre l’étude sur les magasins d’alimentation que nous avons citée dans le chapitre précédent. Nous croyons aussi qu’il est temps que le secteur privé et les organisations syndicales prennent conscience de leurs responsabilités et qu’ils s’occupent activement à fournir des occasions d’emploi et de formation dans ces communautés.

Les rapports entre la police et les communautés

Le racisme est l’une des dimensions de chacun des problèmes dont nous avons parlé plus haut dans le présent chapitre et nous croyons qu’il faut que le gouvernement se dote de nouvelles politiques et de nouvelles structures pour contrer les effets du racisme sur la pauvreté, le logement, l’éducation et l’emploi. Nous devons aussi combattre le racisme dans les relations entre la police et les communautés. L’instauration de meilleures relations entre la police et les jeunes des communautés défavorisées aurait des retombées considérables en diminuant la violence, de même que la peur de la violence qui sclérose les quartiers. Mais ce ne sera pas chose facile.

Les représentants du Collège de police de l’Ontario nous ont dit qu’il ne fallait pas attendre beaucoup du simple fait de donner plus de formation aux agents, parce que les attitudes des nouvelles recrues sont façonnées (ou refaçonnées) par la culture qu’elles découvrent sur le terrain. Les représentants du Collège croient que, pour changer les attitudes, il est nécessaire de changer, entre autres choses, les mesures qui sont utilisées pour évaluer le rendement de l’agent ou de l’agente de police, ou du service de police.

Néanmoins, durant nos réunions dans les communautés, vous nous avez dit qu’une meilleure formation sur les questions raciales et le recrutement d’un plus grand nombre d’agents provenant des minorités visibles seraient un début de solution. Le rapport sur les consultations dans les quartiers a souligné six mesures possibles :

« Il faut améliorer la formation professionnelle des agents de première ligne, leur faire suivre une formation sur la diversité, la sensibilité culturelle, l’anti-discrimination et le service à la clientèle. Il faut engager davantage d’agents de police issus des minorités ethniques afin que la police reflète la population. Il est également important de financer un plus grand nombre d’agents de police communautaire dont la tâche serait d’aller dans les écoles et d’établir des liens avec les jeunes, et de limiter leur roulement dans certains quartiers pour leur donner le temps de nouer des liens avec les jeunes. La police doit réagir plus rapidement quand des jeunes appellent et on devrait mieux informer les jeunes sur le programme Échec au crime (222 TIPS); beaucoup de jeunes croient que la police viendra chez eux leur remettre un chèque au vu et au su du quartier. » (p. 95)

En plus de ses observations au sujet de la police, le rapport sur les consultations dans les quartiers offre des conseils relatifs au système de justice pénale :

« Le système de justice doit se concentrer davantage sur la prévention que sur la punition. On doit investir dans d’autres solutions que l’emprisonnement; comme certains l’ont dit : “Construire une super-prison pour les jeunes n’est pas la solution”. Il faudrait créer plus de programmes de déjudiciarisation et de justice réparatrice; on devrait aussi tout essayer pour éviter que les jeunes aillent en cour et les placer plutôt dans des programmes de justice réparatrice. On a besoin de davantage de programmes d’aide psychologique aux victimes et aux contrevenants et de programmes de soutien pour les jeunes qui sortent de prison. » (p. 95)

Le Rapport du GYC traite également des relations entre la police et les communautés et d’autres aspects du système de justice pénale pour la jeunesse. Il fait état d’un certain nombre de revendications : révoquer la Loi sur la sécurité dans les rues; transformer le Centre de jeunes Roy McMurtry en un centre communautaire pour les jeunes de Brampton et des quartiers nord de Toronto7; mettre sur pied des groupes indépendants de gens des communautés qui seraient chargés d’étudier les allégations d’inconduite de la police; voir à ce que les habitants qui n’ont pas le statut d’immigrant reçu puissent accéder aux services provinciaux sans craindre d’être arrêtés.

Le soutien aux familles

Tous ceux et celles qui ont élevé des enfants savent combien ce rôle peut être difficile même dans les circonstances les plus favorables; or, précisément la vie dans les communautés défavorisées de l’Ontario n’est pas ce qu’on trouve de mieux. Durant les consultations des gens des quartiers, comme on peut le lire dans le rapport, vous nous avez parlé des difficultés qui sont le lot des parents vivant dans les quartiers défavorisés :

«Les parents doivent avoir deux ou trois emplois pour joindre les deux bouts. Beaucoup de personnes ont parlé de la difficulté des parents à gagner suffisamment d’argent et à subvenir aux besoins de la famille, et des choix difficiles qu’ils doivent faire. Certains parents ne travaillent pas tandis que d’autres doivent avoir plusieurs emplois pour survivre. Même lorsqu’ils ont plusieurs emplois, ils ont du mal à payer le loyer, la nourriture, les tickets d’autobus, les vêtements et d’autres choses dont les jeunes ont besoin. »

«Il n’y a pas assez de soutien pour les parents. Les parents manquent d’aide financière ainsi que d’autres soutiens importants (classes d’ALS, formation au rôle de parent, programmes éducatifs et cours de développement des compétences dans les centres communautaires, etc.). »

«Les parents sont absents. Les jeunes ont dit que l’absence de supervision parentale était l’une des causes de la violence chez les jeunes. Bon nombre de jeunes ne passent pas beaucoup de temps avec leurs parents, car ces derniers travaillent toujours. Des enfants aussi jeunes que sept ans sont laissés à eux-mêmes, personne n’étant à la maison lorsqu’ils arrivent de l’école ou ont besoin de parler de ce qui se passe dans leur vie. Lorsque les parents n’accordent pas d’attention aux enfants, ils vont la chercher ailleurs. » (Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 79 et 80)

Le problème du manque de surveillance parentale revêt deux aspects, nous avez-vous dit. Le premier, évoqué plus haut, tient à ce que les parents abattent de trop longues journées de travail pour être disponibles pour leurs enfants. Le deuxième, par contre, résulte davantage d’un manque de compétences parentales.

«“Beaucoup trop d’enfants ont des enfants.” Beaucoup de jeunes qui se trouvent dans l’obligation d’élever des enfants n’ont pas la maturité ou sont trop inexpérimentés pour le faire. Il faut des programmes de formation et de soutien pour les aider, mais ceux -ci sont rares. De plus, le nombre d’adolescentes mères de famille monoparentale sans ressources financières ou autres augmente. Outre les nombreuses difficultés auxquelles font face les mères célibataires, il y a aussi l’absence notoire de modèles ou de mentors masculins dans de nombreuses communautés. »

« Nombreuses sont les personnes incapables de résoudre leurs propres problèmes. Les difficultés associées à la pauvreté, à l’absence d’éducation, aux relations, à la surconsommation d’alcool et d’autres drogues et autres auxquelles beaucoup de parents font face ne sont pas traitées de manière adéquate, de sorte que les parents sont incapables de répondre aux besoins de leurs enfants. La langue, les différences culturelles et le stress post-traumatique constituent des problèmes supplémentaires pour les nouveaux arrivants, qui doivent les régler avant de pouvoir s’occuper de leurs enfants. »

«La violence familiale devient une norme comportementale pour les jeunes. Lorsque les parents sont les seuls mentors ou modèles et que les jeunes assistent à des scènes de violence familiale et à d’autres comportements violents à la maison, ils apprennent que la violence est un mode de vie acceptable, un moyen de résoudre les conflits, et y ont eux-mêmes recours pour régler des problèmes à l’extérieur. » (Rapport final sur les séances de consultation des gens des quartiers, p. 83 et 84)

Plusieurs des spécialistes que nous avons rencontrés disent qu’il faut apporter plus de soutien aux familles et, surtout, aux mères seules. Comme le préconise la professeure Gina Browne de l’Université McMaster et comme le démontre un projet en cours dans la région de Peel, une intervention précoce avec une gamme complète de programmes conçus spécialement en fonction des besoins de chaque famille semble aider efficacement les gens à s’affranchir de l’aide sociale et détourner les jeunes du mauvais chemin.

Beaucoup d’entre vous se sont dits en faveur d’une autre option qui implique de chercher d’autres moyens de donner aux jeunes la chance d’entretenir des relations stables avec des adultes. Pour Debra Pepler et Wendy Craig, respectivement professeures à l’Université York et à l’Université Queen’s, des relations stables avec des adultes sont importantes pour réduire les comportements d’intimidation, dont la recherche a montré qu’ils se muent presque toujours en des formes de violence plus graves.

Le rapport sur les consultations dans les quartiers dit ceci :

« On doit aussi mettre l’accent sur le mentorat. Les jeunes ont besoin d’avoir une personne dans leur vie qui leur donne de l’attention, croit en eux et les appuie. Il est important de connecter les jeunes avec des mentors de leur âge et de les faire participer à des séances en tête-à-tête avec des adultes et des modèles plus âgés. C’est particulièrement important pour les jeunes difficiles à atteindre. Il faut également des programmes pour aider les jeunes à se soustraire aux gangs de rue, ainsi que des programmes destinés aux jeunes qui viennent d’arriver au Canada et qui ont besoin d’une aide psychologique, car ils souffrent de stress post-traumatique, et d’autres soutiens. » (p. 93)

En un mot, tant les spécialistes que les gens des communautés s’accordent à dire qu’il faut faire plus pour soutenir les familles et fournir aux jeunes des relations stables qui leur fournissent de bons modèles à suivre.

La mobilisation des jeunes

Ce qui doit être fait est important pour vous, mais comment on le fait l’est tout autant. Il est clair, d’après ce qu’ils nous ont dit, que les jeunes en ont assez de voir que les décisions sur leur avenir se prennent sans qu’ils soient vraiment consultés.

De nombreuses organisations, de partout dans la province, mènent déjà des expériences pour découvrir des moyens efficaces de mobiliser les jeunes. Le Fonds Action Jeunesse, créé par la province et administré par Centraide du grand Toronto, mise sur des projets dirigés par des jeunes; quant à la ville de Toronto, elle a institué un conseil des jeunes qu’elle consulte sur les grandes orientations. D’ailleurs, les organisations dirigées par des jeunes, par exemple les groupes qui sont membres du GYC, sont elles-mêmes la preuve que les jeunes sont capables de s’investir dans des questions et des projets qui leur tiennent à cœur et d’agir efficacement.

On peut lire à ce sujet dans le rapport sur les consultations dans les quartiers :

« Les participants aux séances de consultation ont souvent mis l’accent sur l’importance de faire participer les jeunes au niveau local et de faire participer les jeunes et les communautés aux politiques provinciales. Voici quelques moyens pour y parvenir : établir un secrétariat des jeunes ou un conseil des jeunes, au sein du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse, dont la principale responsabilité sera de planifier et de créer des modèles/outils et méthodologies d’évaluation pour les communautés, de financer des colloques organisés et dirigés par les jeunes pour faire participer des jeunes de divers quartiers à des séances axées sur l’action et sur la résolution des problèmes, et d’encourager les jeunes à participer à la conception de programmes qui leur sont destinés. » (p. 92)

Chapitre 4 : Des initiatives communautaires

«Les jeunes ont besoin d’être soutenus par des communautés en santé, où les gens de toutes les générations ont des occasions de dialoguer, où les voisins se connaissent, et où ils sentent que l’on se soucie de ce qu’ils font. »

— Une des réponses au sondage en ligne

Pendant nos déplacements dans l’Ontario, nous avons rencontré beaucoup de gens qui ne ménagent pas leur peine pour faire bouger les choses dans leurs communautés — tellement nombreux qu’il est impossible de reproduire ici leurs témoignages. Cependant, nous décrirons dans les pages qui suivent l’histoire de cinq initiatives qui illustrent bien le travail qui se fait à la base; nous espérons qu’elles feront jaillir des idées de projets que vous pourriez faire dans votre communauté. Plus que tout, nous espérons que vous verrez par ces initiatives que vous n’êtes pas seuls dans vos combats pour trouver des solutions qui répondent aux besoins particuliers de vos communautés.

Thunder Bay : « Pour les jeunes, par les jeunes »

Depuis plus de 20 ans, le Conseil multiculturel régional de la jeunesse est le porte-parole des jeunes de Thunder Bay et des petites localités isolées du nord-ouest de l’Ontario.

Le Conseil a été mis sur pied par un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles qui avaient participé aux festivités organisées par l’Association multiculturelle du nord-ouest de l’Ontario pour célébrer l’Année internationale de la jeunesse de 1985. Dirigé par la présidente fondatrice Melanie Goodchild, une Autochtone élève d’école secondaire de la Première nation ojibway de Pic River, le Conseil s’était donné pour vision de rapprocher des jeunes de tous horizons et de les faire collaborer à l’édification d’un avenir commun.

Depuis sa création, le Conseil n’a pas dérogé à l’approche « pour les jeunes, par les jeunes » qu’il a adoptée pour améliorer le bien-être des enfants et des jeunes et améliorer les conditions sociales dans les communautés où ils vivent.

Le Conseil est dirigé par un bureau exécutif dont les membres s’expriment au nom du groupe dans le cadre de tribunes publiques. Les jeunes leaders représentent les enfants et les jeunes au sein de comités civiques et organisent des forums où les jeunes peuvent faire entendre leur voix sur des questions qui les intéressent ou les préoccupent. Ils planifient des activités et encouragent leurs pairs à participer à l’organisation d’événements dans leurs écoles et dans la communauté. Le Conseil se tient en rapport avec des professionnels pour obtenir des conseils et il collabore avec divers groupes et organismes.

Ils ont les talents et le potentiel pour devenir des êtres responsables, créatifs et soucieux de leur prochain.

« Dans cet organisme, les jeunes tiennent toujours le premier rôle », dit Moffat Makuto, directeur général de l’Association multiculturelle régionale, l’organisation-mère du Conseil de la jeunesse. « Ils ont les talents et le potentiel pour devenir des êtres responsables, créatifs et soucieux de leur prochain. Mais il faut les appuyer pour qu’ils deviennent des leaders informés et compétents. »

Le Conseil encourage activement les jeunes garçons et les jeunes filles à collaborer à la recherche des solutions à leurs propres problèmes. Il met sur pied des conférences de jeunes, organise des groupes de discussion, encourage la résolution des conflits par la médiation par les pairs et réalise des sondages et des interviews sur les moyens de rendre les communautés plus sécuritaires. Il compile des renseignements et produit du matériel documentaire pour améliorer les rapports entre la police et les jeunes, rendre les écoles plus sécuritaires, améliorer la sécurité dans les quartiers et dans les gares routières. En 1998, il a lancé le mouvement « Girl Power » (le pouvoir aux filles), qui a essaimé dans toute la région, pour s’attaquer aux questions liées aux rapports hommes-femmes et encourager les jeunes filles à réaliser leurs rêves.

Le Conseil mène ses propres études et émet des recommandations. Par exemple, il fait des démarches auprès des gouvernements à tous les niveaux pour qu’ils résorbent la pauvreté, mettent en place des programmes de prévention de la toxicomanie, soutiennent financièrement des activités parascolaires et des programmes d’apprentissage de l’autonomie fonctionnelle et d’acquisition d’expérience de travail, et financent des centres de jour qui offrent aux jeunes des lieux sécuritaires où se divertir et s’épanouir ensemble.

Le Centre multiculturel de la jeunesse, qui a ouvert ses portes à Thunder Bay en 1992, abrite le siège du Conseil et fait office de centre de jour pour les jeunes. Les jeunes y trouvent un lieu accueillant où ils peuvent participer à des activités enrichissantes, avoir de l’aide pour leurs devoirs scolaires, rencontrer des personnes servant de modèle positif, apprendre quelles sont les ressources mises à leur disposition dans la communauté et obtenir de l’information pour faire des choix judicieux et prendre des décisions éclairées. Le Centre coordonne des séances de formation des jeunes au leadership et organise des activités visant à lutter contre le décrochage, de nombreux événements festifs et récréatifs, et des séances de formation pour jeunes entrepreneurs.

Une centaine de jeunes garçons et de jeunes filles jouent un rôle actif dans les projets de développement du leadership jeunesse organisés par le Conseil. Leurs interventions dans les écoles et les communautés rejoignent des milliers d’autres jeunes.

Beaucoup des activités menées par le Conseil cherchent entre autres choses à promouvoir la bonne intelligence entre les cultures et entre les races : présentation d’exposés antiracistes par les jeunes, participation à des événements qui célèbrent les contributions et les luttes des peuples autochtones; information et ressources pour célébrer le Mois de l’histoire des Noirs. Plusieurs de ces jeunes leaders se sont vus décerner des distinctions pour ce travail.

La nécessité de collecter des fonds grève constamment l’énergie du Conseil. Pour assumer ses propres frais de fonctionnement, le Conseil lui-même organise des bingos, des lave-autos, des bals de bienfaisance, des ventes de produits artisanaux et alimentaires, et fait des appels de dons, mais ces activités l’empêchent de se donner à fond à ses programmes. « Je pense que je pourrais mieux employer mes talents et mon influence positive en aidant mes camarades qu’en vendant des tablettes de chocolat pour réunir l’argent du loyer » dit Martin Zhang, élève d’école secondaire et président actuel du Conseil.

Parallèlement, l’Association multiculturelle essaie tant bien que mal de financer ses projets en frappant à toutes les portes. Comme les subventions ponctuelles n’assurent pas un financement continu des programmes, elle s’est rabattue sur une méthode moins orthodoxe. Elle a ouvert, à côté du centre de jeunes, un restaurant dont les recettes couvrent une part des salaires des employés et des dépenses du centre de jour.

L’Association recueille aussi un peu d’argent en percevant des droits auprès des Premières nations pour les services d’orientation, de tutorat, de loisirs et autres qu’elle dispense aux élèves qui viennent poursuivre leurs études secondaires à Thunder Bay. Mais ces rentrées ne couvrent que les frais associés à ces élèves particuliers.

« Nous devons investir dans la prochaine génération, dit Makuto. Nous devons nous occuper de tous les enfants, aller à la rencontre de tous les jeunes qui sont vulnérables et à risque et aider ceux et celles qui vivent dans des familles, des quartiers et des communautés marginalisées. Si nous n’offrons pas des solutions de rechange positives, ce sont les gangs qui les attendront dans la rue avec un comité d’accueil bien à eux. »

Hamilton : L’école comme lieu de vie

Aller à l’école est une des conditions clés de la santé et du bien-être de l’enfant et de la jeune personne. Réussir à l’école ouvre les portes de l’avenir.

Le YMCA de Hamilton-Burlington a formé un partenariat avec ses donateurs et les écoles des quartiers pauvres ou des secteurs paupérisés du centre-ville pour aider les enfants à développer leurs habiletés, à prendre confiance en eux et à s’appliquer dans leurs études, dans le cadre d’un programme parascolaire appelé « Virtual YMCA », le YMCA virtuel.

Les écoles fournissent leurs locaux et le YMCA, le programme. Les élèves de la 1re à la 5e année du primaire peuvent se faire aider pour faire leurs devoirs et apprendre à lire et à écrire, et ils peuvent s’adonner à des loisirs ou des activités qui développent leurs compétences sociales.

Le premier YMCA virtuel s’est ouvert dans une école de Hamilton-Nord en 2001. Durant l’année scolaire 2007-2008, on comptait dans la ville de Hamilton six écoles publiques et séparées qui avaient des programmes; un programme de plus s’ouvrira à Burlington en 2008-2009.

Le YMCA administre des programmes parascolaires à Hamilton depuis bientôt 25 ans. Ce programme innove non seulement parce qu’il est donné dans les écoles, mais aussi parce qu’il entretient des liens étroits avec les responsables des écoles. Le directeur ou la directrice et les enseignants de chaque école dressent la liste des enfants à envoyer au programme. Dans chaque école, une quarantaine d’élèves participe au programme trois jours par semaine.

À Hamilton, l’impulsion en faveur du programme est venue d’un directeur d’école qui, soucieux de trouver des moyens d’aider les élèves en difficulté dans leurs études, s’était adressé au YMCA. Après s’être renseigné sur différents modèles de soutien scolaire, le YMCA avait décidé d’adapter le programme « Virtual YMCA » qui était appliqué à New York.

Le programme vise à renforcer le bien-être physique, social et intellectuel de l’enfant.

Le programme vise à renforcer le bien-être physique, social et intellectuel de l’enfant. Son volet tutorat aide les enfants à repasser les leçons apprises durant la journée et à faire leurs devoirs. Certains enfants des familles d’immigrants de fraîche date ont besoin d’aide pour comprendre une nouvelle langue. Le volet développement des aptitudes sociales s’applique à inculquer les valeurs fondamentales que sont le souci du prochain, l’honnêteté, le respect et la responsabilité.

« Nous voulons qu’en plus les enfants puissent s’amuser », dit Christina Martin, directrice générale du programme d’extension des services au YMCA de Hamilton-Burlington. « Nous voulons qu’ils se fassent de nouveaux amis, qu’ils fassent du théâtre, de l’art ou de l’artisanat, du sport et des jeux, et qu’ils profitent des bienfaits de l’exercice physique. Sans compter qu’il y a toujours une collation nutritive. »

Le programme insiste sur la participation des parents. « Pour les parents dont l’enfant éprouve des difficultés en classe ou se conduit mal, venir à l’école est quelque chose qu’ils ne font pas de gaieté de cœur, dit Christina Martin. Nous essayons de leur montrer l’école sous un jour positif – ils viennent voir leur enfant jouer dans une pièce ou un chef cuisinier préparer une collation spéciale. Nous bâtissons des relations positives entre la maison et l’école. »

Du fait que le programme se donne dans les locaux de l’école qu’ils fréquentent durant le jour, les enfants finissent par percevoir l’école comme un lieu de vie où il fait bon se retrouver. Christina Martin dit que les membres du personnel notent un changement d’attitude chez les enfants au bout d’une année scolaire. « Ils se sentent davantage intégrés dans leur école. Ils ont plaisir à y venir. »

Christopher Spence, directeur de l’éducation au Conseil scolaire du district de Hamilton-Wentworth, affirmait ceci : « Nous ne pouvons pas et nous ne devons pas laisser aux écoles toute la responsabilité d’assurer l’épanouissement global de l’enfant. Nous devons continuellement tendre la main à nos communautés et montrer que nous souscrivons au proverbe africain qui dit que l’éducation d’un enfant est l’affaire du village tout entier. Le YMCA virtuel incarne parfaitement la sorte de collaboration dont nous avons besoin. »

Kitchener-Waterloo : Dans la rue, auprès des jeunes sans-abri

Il faut qu’un lieu soit vraiment spécial pour que des jeunes sans-abri qui sont des membres de gangs rivaux viennent s’y asseoir et discuter entre eux. Ils laissent au vestiaire les couleurs de leurs gangs et tout ce qui pourrait servir d’arme. Les règles sont claires : vous serez traités avec respect, mais vous devrez rendre ce respect.

« Ils maugréent parfois contre les règles, comme tous les jeunes sont portés à le faire, mais ils continuent de revenir », dit Sandy Bell, directrice générale de ROOF (Reaching Our Outdoor Friends), qui prodigue sécurité, soutien et bien-être général aux jeunes sans-abri et aux jeunes à risque de 12 à 25 ans, dans la région de Waterloo.

Ces jeunes membres de gangs, que voient-ils quand ils se regardent de près, quand ils se parlent, dans l’environnement sécuritaire fourni par ROOF? « Ils s’aperçoivent qu’ils ont tous les mêmes besoins. Ils voient dans leur prochain des êtres humains », répond Sandy Bell.

Ce qui avait commencé en 1989 par l’initiative d’une personne charitable qui apportait un repas à des jeunes affamés s’est mué en une organisation communautaire multiservice qui s’emploie à sortir les jeunes de la rue, à empêcher que d’autres jeunes se retrouvent dans la rue et à sensibiliser le public. ROOF vient en aide à plus de 2 000 jeunes par an. Ses quartiers généraux sont situés au centre-ville de Kitchener.

Ils ont besoin de reprendre leur vie en main et, si nous voulons les aider, nous devons les accompagner – non les traîner ou les pousser de force, mais faire un bout de chemin avec eux.

Presque tout ce que fait ROOF a un rapport avec les causes de la violence chez les jeunes. Les jeunes qui sont sans foyer, tenaillés par le froid et la faim, risquent fort d’agresser quelqu’un pour lui arracher son blouson ou de voler pour avoir de quoi manger. Comme ils n’ont pas achevé leurs études secondaires et qu’ils trouvent peu d’occasions d’acquérir des expériences de travail, leur avenir leur paraît bouché.

« On doit commencer par répondre aux besoins élémentaires : nourriture, hygiène, vêtements, soins de santé. Une fois ces besoins satisfaits, on peut aider le jeune à envisager une vie différente et le motiver à entreprendre des choses qui l’aideront à sortir du cycle de l’itinérance – comme l’apprentissage de l’autonomie fonctionnelle et l’acquisition d’expérience de travail », dit Sandy Bell. ROOF leur fournit des repas chauds, des installations sanitaires et une buanderie, des casiers pour leurs effets personnels, des vêtements et des soins infirmiers, ainsi que du counseling, de l’aide au logement, des services d’aiguillage et de défense des droits, tout cela dans un contexte de « sollicitude et d’encouragement », comme le dit Sandy Bell.

Les raisons pour lesquelles des jeunes échouent dans la rue sont aussi diverses que les jeunes eux-mêmes. Certains fuient la violence ou les mauvais traitements à la maison, certains souffrent de problèmes de surconsommation d’alcool ou d’autres drogues ou de troubles mentaux, certains sont partis parce que leurs parents étaient eux-mêmes aux prises avec des difficultés qu’ils étaient incapables de surmonter.

«Nous allons chercher les jeunes là où ils se trouvent et nous ne les jugeons pas, dit-elle. Ils nous arrivent ravagés par la souffrance et la rage, à des degrés divers. Ils ont besoin de reprendre leur vie en main et, si nous voulons les aider, nous devons les accompagner – non les traîner ou les pousser de force, mais faire un bout de chemin avec eux. C’est leur potentiel que nous regardons, pas leur passé, et nous les aidons à découvrir ce potentiel. Beaucoup de ces jeunes garçons et filles ont perdu la faculté d’avoir des rêves et de se fixer des objectifs. »

Ils pensent que les adultes les ont laissé tomber, et cela à répétition. Les intervenants de ROOF s’appliquent de toutes leurs forces à rejoindre ces jeunes et à leur montrer qu’il y a des adultes qui resteront à leurs côtés et qui les appuieront.

« Quand ils nous font confiance, nous avons plus de chances de leur faire voir qu’il y a de meilleurs moyens que la violence pour résoudre leurs problèmes, et de leur faire prendre conscience des conséquences et des responsabilités auxquelles ils s’exposent. Mais pour cela, il faut d’abord établir un rapport. Ils pensent que les adultes les ont laissé tomber, et cela à répétition. Les intervenants de ROOF s’appliquent de toutes leurs forces à rejoindre ces jeunes et à leur montrer qu’il y a des adultes qui resteront à leurs côtés et qui les appuieront.»

ROOF se lance dans la prestation de programmes d’« entreprise sociale » qui, espère-t-il, aideront des jeunes à prendre pied sur le marché de l’emploi. En collaboration avec divers partenaires des communautés et avec du financement des secteurs privé et public, les jeunes se familiarisent avec l’industrie alimentaire et décrochent des certificats d’aptitude à la manipulation d’aliments. Le programme de boîtes à lunch de ROOF prépare et livre des repas dans des entreprises et chez des particuliers du centre-ville. ROOF met actuellement sur pied une deuxième entreprise à but social pour permettre à des jeunes d’exploiter leurs talents artistiques.

Cette sorte de programmes aide à inculquer aux jeunes qui y participent le sens des responsabilités, ainsi que des compétences, parce qu’ils doivent se présenter à l’heure à leur poste et faire leur travail s’ils veulent être payés. ROOF espère aussi que la participation à ses programmes de développement des compétences sera reconnue comme stage donnant droit à des crédits d’études secondaires.

ROOF fournit des services d’approche pour aider les jeunes qui peuvent être réticents à s’adresser à des organismes d’aide communautaires formels et il leur ouvre ses portes tous les jours de la semaine et jusque dans la soirée. ROOF s’est retrouvé lui-même sans toit pendant deux ans après qu’un incendie eut ravagé son bâtiment en décembre 2005, et a maintenu ses activités dans divers locaux temporaires. Installé maintenant dans ses nouveaux murs, l’organisme s’emploie à combler les lacunes dans les services et à trouver de nouvelles façons d’aider les jeunes à renforcer leurs aptitudes.

Ottawa : Le lieu de la deuxième chance

Les jeunes l’appellent « le lieu de la deuxième chance ». Ce lieu est la Maison communautaire Britannia Woods, dans l’ouest d’Ottawa, qui dessert un quartier diversifié de familles économiquement faibles. Sur les 800 et quelques habitants de ce quartier, près des deux tiers ont moins de 20 ans.

Malgré son allure extérieure, la maison communautaire n’a rien d’une maison de ville ordinaire. C’est une ressource et un point de rencontre important pour les gens de la communauté, le symbole d’un quartier qui est résolu à se prendre en main.

Britannia Woods est l’une des 15 maisons communautaires fournies par la Société de logement communautaire d’Ottawa, qui, outre qu’elle renonce au loyer, prend à sa charge les factures d’eau et d’électricité et les frais d’entretien. Les maisons communautaires ont été créées en réponse aux souhaits des locataires qui trouvaient que leurs quartiers économiquement faibles étaient isolés socialement et physiquement du reste de la collectivité. Ils désiraient avoir de l’espace pour fournir des programmes qui soient plus proches de leurs destinataires.

Ce sont les habitants qui administrent les maisons communautaires, par le truchement d’un conseil d’administration ou d’une association dont la majorité des sièges leur revient. Ce sont aussi les membres de la communauté qui décident de l’orientation des programmes. À Britannia Woods, les programmes visent principalement les enfants et les jeunes de la communauté, répondant en cela aux désirs des habitants. Tous les deux ans, une enquête effectuée porte-à-porte détermine la mesure dans laquelle la maison communautaire répond aux besoins de la communauté.

« La maison communautaire est gouvernée par la communauté et l’approche est holistique. Ce n’est pas un programme unique, mais une approche globale de création de solutions et de renforcement de la cohésion sociale », dit Beth Gibeault, directrice générale de Britannia Woods.

« Nous sommes présents dans la communauté et cela facilite les liens et la confiance. »

Nous sommes présents dans la communauté et cela facilite les liens et la confiance.

En collaboration avec l’école voisine, par exemple, la maison communautaire a accès au gymnase cinq heures par semaine. Sur le chemin de l’école, en moyenne 90 enfants viennent chercher un sac à lunch nutritif trois matins par semaine. Il y a une large gamme de programmes parascolaires pour soutenir les familles, y compris de l’aide pour les devoirs et des activités récréatives. Il y a aussi un petit programme d’apprentissage pour les enfants d’âge préscolaire. Une personne employée à temps partiel s’occupe d’aider les enfants et les adolescents dans toutes sortes de domaines, par exemple aider les jeunes à dénicher un emploi et arbitrer des différends entre les jeunes de la communauté.

« Parfois, la jeune personne qui se retrouve en difficulté pense qu’elle ne peut pas en parler à ses parents ni aux gens de l’école et que ses amis risquent de ne pas être de bon conseil. Comme nous sommes au cœur de la communauté, nous pouvons conseiller les jeunes de façon positive et encourageante », dit Beth Gibeault.

La violence et l’activité criminelle sont des sujets qui préoccupent la communauté. « La dernière chose que nous voulons voir, la dernière chose que la communauté veut voir, c’est qu’un de nos jeunes se retrouve en prison. Nous essayons de leur parler, de parler à leurs parents, nous les encourageons à évaluer leurs choix, à se tracer des objectifs, dit Beth Gibeault. Nous travaillons aussi avec la police, celle-ci veut sincèrement leur éviter les tribunaux et la prison. Elle sait que cela ne sera pas possible si les jeunes ne sont pas appuyés. »

Qu’est-ce au juste qu’une deuxième chance? Un jour, la maison communautaire a été la cible d’une entrée par effraction. Un groupe de très jeunes adolescents était venu voler de la nourriture et mettre la pagaïe. Après avoir découvert qui en était l’instigateur, Beth Gibeault est allée parler avec lui et son père. Elle lui a dit qu’elle ne porterait pas d’accusation, mais qu’elle voulait savoir s’il reconnaissait sa responsabilité. L’adolescent l’a évitée pendant quelques mois, puis a fini par présenter ses excuses. Il fréquente maintenant assidûment la maison communautaire et donne un coup de main chaque fois qu’il le peut. « Il a vraiment remis de l’ordre dans sa vie », dit-elle.

La maison communautaire emploie à temps partiel trois jeunes de la communauté qui servent de modèles positifs durant les programmes de loisirs et autres. « D’habitude, on ne voit jamais les jeunes qui sont de bons modèles, parce qu’ils sont à l’école ou au travail. Ce qu’on voit beaucoup plus, ce sont ceux et celles qui traînent dans la rue. Nous essayons de changer cela », dit Beth Gibeault.

À Ottawa, ce n’est pas d’hier que les maisons communautaires travaillent au sein de leurs communautés, et avec elles. La première maison date de 1968. Britannia Woods a ouvert ses portes en 1978. Depuis 1997, une dotation annuelle de la ville d’Ottawa permet d’assurer la coordination des maisons communautaires. En 2004, la ville a augmenté ses investissements dans la coordination et les services d’approche à l’intention des jeunes. Les maisons communautaires s’associent à d’autres organismes pour obtenir les services nécessaires et elles font des demandes auprès d’autres sources, comme Centraide, pour financer des programmes supplémentaires.

En 2006, Britannia Woods a consacré un peu d’argent pour que les enfants puissent suivre des leçons de tambour africain. Beaucoup se sont inscrits, mais seuls quelques-uns étaient vraiment doués et ont persévéré. Aujourd’hui, le groupe des Royal Ritchie Drummers (du nom d’une rue de la communauté) donne des concerts un peu partout dans la région d’Ottawa. Le plus jeune membre a neuf ans et le plus vieux quatorze. Un de leurs plus grands supporters est le service de police d’Ottawa.

Toronto : Mobiliser les jeunes par les arts

« Un outil sans pareil pour captiver les jeunes. »

Les arts, surtout la musique, sont les meilleurs moyens qui existent pour toucher les jeunes désabusés ou marginalisés, pour les laisser exprimer leur ressentiment et leur colère, mais aussi leurs aspirations à une vie meilleure et à un monde plus juste. Selon Robert Wraith, coordonnateur des programmes à l’intention des jeunes de l’Association de revitalisation de San Romanoway, la musique aide à ouvrir des portes. Elle réussit à attirer les jeunes garçons et les jeunes filles vers un lieu où on peut les aider et les encadrer, parce que c’est « cool d’aller au studio de musique ».

Les trois tours d’habitation de San Romanoway qui abritent environ 4 500 habitants inscrits sont situées dans le secteur Jane-Finch de Toronto. Naguère connu seulement pour sa violenceet sa pauvreté, le secteur Jane-Finch se forge une nouvelle identité et s’affiche comme une communauté résolue à faire un sort aux problèmes socio-économiques qui sont à la source de ses difficultés, en particulier chez les jeunes. La revitalisation de San Romanoway est un exemple de cette volonté.

Le projet Youth in Charge, à San Romanoway, dispose d’espace dans une des tours où il a aménagé un studio d’enregistrement, une salle avec des ordinateurs pour surfer sur Internet, une cuisine et un local où les jeunes peuvent simplement passer du temps ensemble.

Dans une communauté où il n’est pas rare que le réfrigérateur soit vide et le foyer un lieu de conflit, pouvoir prendre un repas régulièrement avec des amis dans une atmosphère sécuritaire et apaisée peut faire toute la différence dans la vie d’une jeune personne.

Deux jeunes de San Romanoway travaillent comme employés du projet Youth in Charge. Robert Wraith dit que ces jeunes gens sont un exemple pour leurs pairs, ils leur montrent qu’il est possible de faire des choses positives dans leur communauté. Robert Wraith, qui a étudié la comptabilité et les finances, a été bénévole pendant trois ans dans le secteur avant de joindre le personnel de l’association.

Nous apprenons ce qui ne va pas chez eux et nous cherchons ensuite un moyen de les aider.

Bien sûr, tout le monde ne deviendra pas une grande star de la musique, mais beaucoup de jeunes ont plaisir à fréquenter le studio du centre des jeunes pour s’exprimer. Un jeune qui ne dit pas grand-chose dans les conversations peut sortir de sa coquille s’il a un microphone dans les mains. Si une jeune personne envisage sérieusement une carrière dans la chanson ou la musique, le projet la met en rapport avec un programme d’arts urbains comme le projet Remix.

Relier les jeunes aux services et aux débouchés est une dimension importante des interventions du projet Youth in Charge. « Nous sommes un catalyseur, dit Robert Wraith. Nous pouvons diriger les jeunes vers les services qui existent en matière de formation professionnelle, d’acquisition de compétences ou d’équivalence d’études secondaires. Nous pouvons les aider à rédiger leur curriculum vitae. Nous affichons les offres d’emploi et les événements communautaires. Nous finissons par connaître les jeunes et par tisser des liens. Nous apprenons ce qui ne va pas chez eux et nous cherchons ensuite un moyen de les aider. »

Une vingtaine de jeunes garçons et de jeunes filles fréquentent le centre chaque jour. « C’est pratiquement la limite. À partir de 25, nous sommes à l’étroit, dit Robert Wraith. C’est un endroit sûr, convivial, où personne ne dit “Qu’est-ce que tu fais ici?” Nous pourrions avoir six autres centres de jeunes comme cela dans le quartier et ils seraient tous pleins. »

Le centre de San Romanoway a connu des hauts et des bas dans ses programmes pour les jeunes, mais cela ne le dissuade pas de continuer. « Les besoins sont immenses et on ne peut pas tout faire avec un seul programme comme celui-ci. Mais une des leçons que nous avons apprises dans cette ville est qu’il faut tenter des choses. On fait des choses et, chemin faisant, on voit ce qui fonctionne le mieux. »

Le programme jeunesse de San Romanoway dépend pour sa survie de subventions de plusieurs sources. L’Association de revitalisation de San Romanoway offre un programme de petits déjeuners pour les enfants, un club de garde parascolaire pour les six à douze ans, un camp d’été, des activités sportives et des programmes pour les aînés et les parents. Tout cela a démarré en 1999 grâce à la collaboration entre les propriétaires du complexe (qui fournissent l’espace pour les programmes), les habitants, la police, les organisations communautaires et les entreprises locales. Ils se sont regroupés pour former l’association et faire de San Romanoway un modèle en matière d’amélioration de la sécurité dans les quartiers.

Beatz to da Streetz, un autre programme s’appuyant sur les arts, a débuté en 2005 au centre de jeunes Touchstone qui s’adresse à des jeunes sans-abri et à risque des faubourgs est de Toronto. Ce programme d’arts dirigé par des jeunes exploite le goût des jeunes pour la musique pour les pousser à s’exprimer par la création et à découvrir qui ils sont. Il permet aux jeunes de trouver des mentors qui sont des professionnels du monde de la musique, de développer leur autonomie fonctionnelle et d’apprendre à s’appliquer pour atteindre des objectifs d’études ou d’emploi. Beatz to da Streetz travaille avec des partenaires, comme le Centennial College et le Scarborough Arts Council.

Chapitre 5 : Nos recommandations

Ce chapitre décrit la façon dont nous avons tenu compte de vos priorités dans notre rapport au premier ministre. Nous n’avons pas reproduit les recommandations, que vous trouverez dans le rapport, mais avons plutôt résumé la façon dont elles se rapportent à ce que vous nous avez dit à propos des communautés de l’Ontario.

Il y a trois grandes catégories de recommandations : changements structuraux, conseils sur les mesures à prendre au sujet de questions précises et quelques conseils généraux qui n’entrent dans aucune autre catégorie.

Changements structuraux

Les recommandations pour créer des structures gouvernementales supplémentaires semblent peut-être n’avoir aucun lien avec les communautés, mais nous les jugeons nécessaires pour lancer et poursuivre les changements dont vous nous avez parlé.

Le but de nos changements structuraux est de permettre au gouvernement, aux bailleurs de fonds, aux fournisseurs de services et aux communautés de centrer leurs efforts sur les résultats établis. Pendant des années, on a dépensé des millions de dollars sur des programmes sans doute efficaces, mais les efforts étaient peu, voire pas du tout coordonnés. Cela doit changer.

Mais pour que cela change, il faut créer un organisme provincial responsable, soit un comité ministériel ou l’équivalent, chargé de coordonner les efforts du gouvernement. Nous recommandons également que ce comité soit secondé par une unité de politique administrative et de planification au sein du Conseil des ministres8 et qu’il fasse appel à des experts indépendants du gouvernement tout au long de son mandat.

Une autre recommandation importante porte sur la nécessité d’établir une stratégie complète pour la jeunesse. Le but est de centrer l’attention des divers ministères responsables de la jeunesse, ainsi que d’autres ordres de gouvernement et organismes, sur des résultats communs. Il est indispensable que le gouvernement consulte les communautés, les fournisseurs de services, et surtout les jeunes, lorsqu’il établira cette stratégie. Une fois celle-ci en place, il faut aussi que les ministères trouvent de nouveaux moyens de travailler ensemble pour que leurs efforts produisent le maximum de résultats.

Organiser le gouvernement afin qu’il améliore sa façon de travailler n’est qu’une demi solution. Il faut que les communautés puissent participer; c’est pourquoi nous recommandons plus de soutien au niveau communautaire en créant, par exemple, des partenariats stratégiques de quartier formés de représentants des communautés, des fournisseurs de services et de programmes et des trois ordres de gouvernement; il faut créer des réseaux d’habitants capables de participer au développement communautaire et agir par l’entremise des partenariats stratégiques de quartier, et charger des organismes locaux de gérer et d’améliorer la coordination entre les fournisseurs de services dans les quartiers.

Nous recommandons également que le gouvernement adopte une approche « axée sur les réalités locales » pour combattre les causes de la violence chez les jeunes. Utiliser une approche axée sur les réalités locales signifie concentrer les ressources là où on en a le plus besoin, et ne pas éparpiller nos maigres ressources partout dans la province. Pour déterminer ces « réalités locales », le gouvernement devrait utiliser une formule mise au point par le professeur Desmond Ellis de l’Université York. Cette formule produit un indice de marginalisation relative et permettra à la province, en collaboration avec les municipalités, d’identifier les communautés ou les quartiers qui ont besoin de services et de soutiens supplémentaires.

Nous tenons à souligner que le but n’est pas simplement de dépenser de l’argent pour régler ces problèmes, mais d’adopter plutôt une approche qui prépare les communautés à jouer un rôle déterminant dans leur avenir, place les bonnes ressources aux bons endroits et apporte des changements concrets pour combattre les causes de la violence chez les jeunes.

Une fois adoptés, ces changements structuraux placeront les programmes et services destinés aux jeunes au centre des préoccupations et amélioreront les méthodes de prestation. Ensemble, ils permettront de rectifier les modèles de prestation de programmes et de services désordonnés, incohérents et souvent improductifs mentionnés par beaucoup d’entre vous.

Conseils sur les mesures à prendre

Nous avons également présenté au gouvernement une vaste gamme de recommandations, y compris celles qui tiennent compte de vos priorités, comme il est expliqué au Chapitre 3. Les voici :

Voici comment, à notre avis, le gouvernement devrait procéder pour chacune de ces questions :

L’accès à l’espace et aux programmes

Notre principale recommandation concernant l’espace porte sur la création de carrefours qui seront utilisés pour des activités communautaires, par exemple réunions, loisirs et activités artistiques, ainsi que par les fournisseurs locaux de services. Dans la mesure du possible, ces carrefours doivent être situés à l’intérieur ou près des écoles.

Nous recommandons également que la province ouvre les écoles aux activités communautaires en demandant à des gestionnaires d’installations de louer et d’exploiter les locaux scolaires en dehors des heures de classe. Le gestionnaire déterminerait avec la communauté les activités pour lesquelles ces locaux seront utilisés en priorité.

Parce que nous prônons une approche axée sur les réalités locales, nous pensons que les carrefours communautaires devraient être établis en priorité dans les quartiers qui dominent l’indice de marginalisation relative et n’ont pas de telles installations ou d’autres services importants. De plus, s’il est vrai que la mise au point de l’indice prendra plusieurs mois, nous pensons que la plupart des municipalités auront déjà déterminé quels sont leurs quartiers les plus défavorisés, et certaines, dont Toronto, les auront peut-être officiellement désignés. Par conséquent, cet automne, nous recommandons que la province commence à planifier afin de créer des carrefours communautaires dans ces quartiers et qu’elle loue des locaux pour les jeunes. Comme nous l’avons dit dans notre rapport au premier ministre : « Il ne doit pas se passer un hiver et un printemps de plus sans mettre à la disposition des jeunes des quartiers les plus défavorisés un lieu sûr où ils pourront se réunir et s’amuser ».

Dans notre rapport au premier ministre, nous parlons de l’importance des activités dirigées par les jeunes et indiquons que les carrefours communautaires ou d’autres locaux doivent abriter de telles activités. Il faut également offrir un vaste assortiment de programmes aux jeunes pour les intéresser et les aider à s’épanouir. Cette question est abordée dans le rapport sur les consultations dans les quartiers et dans le rapport du collectif Grassroots Youth Collaborative.

À ce propos, le gouvernement doit reconnaître les bienfaits des sports et des arts sur l’apprentissage, le développement et la créativité des jeunes. On doit offrir des programmes sportifs et artistiques entièrement accessibles dans tous les quartiers prioritaires. La province doit collaborer avec les municipalités, les conseils scolaires et les organismes communautaires pour éliminer les obstacles associés au revenu et à l’absence de transport et d’espace utilisable. Pour que cette stratégie porte ses fruits, le système d’éducation doit offrir ses installations à l’ensemble de la collectivité.

Le système d’éducation

Le système d’éducation de l’Ontario doit jouer un rôle central pour éliminer les facteurs de risque immédiat associés à la violence chez les jeunes.

Nous avons indiqué au chapitre 3 que des modifications avaient été apportées récemment à la Loi sur l’éducation pour tenter de neutraliser certaines des conséquences les plus dommageables des politiques sur la sécurité dans les écoles et de zéro tolérance. Ces réformes sont insuffisantes, mais c’est un début. Nous indiquons également dans notre rapport au premier ministre que le ministère de l’Éducation s’applique à mettre en place des programmes de lutte contre l’intimidation et de sensibilisation à la diversité.

Quoi qu’il en soit, il est important de recommander que la province agisse pour éliminer les obstacles et les freins à l’éducation qui existent pour beaucoup d’enfants et de jeunes. Nous suggérons que, parmi les initiatives de lutte contre le racisme, la province prenne des mesures pour que les membres du personnel enseignant et administratif des écoles soient plus représentatifs des populations qu’ils desservent. Elle devrait aussi élaborer et présenter un curriculum qui tienne compte de diverses races et cultures, relier les écoles aux familles et aux communautés et trouver des moyens d’encourager les élèves à rester à l’école, à apprendre et à poursuivre leurs études. Ces objectifs s’appliquent à l’ensemble du système d’éducation, mais ils sont particulièrement importants pour les quartiers prioritaires.

Il est important de savoir si nos écoles progressent vers ces objectifs, or, pour le moment, il n’existe pas de moyens valables d’évaluer ces progrès. Dans notre rapport au premier ministre, nous demandons que les programmes soient évalués en fonction de leurs résultats et pas de leurs activités. Cela signifie qu’au lieu d’évaluer la manière dont un programme particulier dessert les élèves, on doit déterminer comment il change leur vie. Il faut pour cela modifier la façon dont nous collectons l’information, et pour les évaluations à plus long terme et pour les modifications apportées aux politiques.

Par conséquent, nous recommandons que la province entreprenne de trouver des moyens de collecter des données fondées sur la race dans des domaines importants, comme l’éducation. La province devrait intervenir dans les écoles et les quartiers, afin que les problèmes individuels ne soient pas masqués par des rapports et des moyennes de haut niveau. Pour la même raison, nous recommandons aussi d’évaluer les résultats en fonction de normes minimales plutôt que de moyennes. Ainsi, si on prend comme mesure le taux d’obtention du diplôme d’études secondaires pour évaluer les résultats, si la moyenne s’améliore, cela pourrait simplement dire que les bonnes écoles s’améliorent encore plus, alors que les écoles dont les résultats sont mauvais ne progressent pas ou déclinent. Il faudrait plutôt établir pour chaque école un seuil à ne pas dépasser. C’est ce qu’on appelle parfois « objectifs planchers ».

L’emploi et l’investissement

Comme nous l’avons indiqué au chapitre 3, vous nous avez expliqué que le fait de créer davantage de possibilités économiques serait pour vous un grand pas en avant. Vous nous avez dit qu’il fallait créer des emplois intéressants pour combattre la pauvreté, instaurer la dignité et l’estime de soi, et donner de l’espoir aux jeunes les plus défavorisés.

Nous recommandons une approche à deux volets. Premièrement, la province doit adopter une vaste stratégie pour préparer les jeunes au travail et aider les jeunes des quartiers défavorisés à trouver du travail et à le garder. Deuxièmement, le secteur privé doit étudier les obstacles qui empêchent les jeunes d’obtenir de bons emplois, puis travailler avec la province pour surmonter ces obstacles.

Nous n’avons pas fait de recommandation au gouvernement sur la façon dont ses objectifs peuvent être atteints, mais nous lui suggérons de proposer des incitatifs réglementaires, fiscaux ou autres aux entreprises afin qu’elles créent des emplois dans les quartiers défavorisés ou offrent des emplois durables et évolutifs aux jeunes qui y vivent.

Les relations entre la police et les communautés

Il est indispensable d’améliorer les relations entre les services de police de l’Ontario et les communautés défavorisées, en particulier les jeunes, pour combattre les causes de la violence chez les jeunes. Nous focalisons notre attention sur les relations entre la police et les communautés, mais nous sommes convaincus que nombre de difficultés similaires existent dans d’autres parties du système de la justice pour la jeunesse.

Étant donné l’urgence de la situation, nous recommandons au gouvernement de prendre trois mesures spécifiques cet automne. Comme nous l’avons mentionné dans le chapitre sur l’éducation ci-dessus, le gouvernement devrait rapidement trouver des moyens de collecter des données fondées sur la race. Il devrait financer des comités communautaires de liaison entre les jeunes et la police et mettre en place des programmes de formation des agents de première ligne pour améliorer les relations de la police avec les jeunes.

Nous recommandons également que tous les ministères et d’autres organismes du secteur public soient tenus d’établir et de publier des plans spécifiques de lutte contre le racisme avec des objectifs mesurables et des dates limites. Cela s’adresse aussi aux services de police.

Conscients des problèmes au sein du système de justice pénale pour la jeunesse en plus de ceux liés au comportement de la police, nous recommandons à la province de former un conseil consultatif de justice pour la jeunesse pour les trois ministères qui sont responsables du système de justice pénale pour la jeunesse, soit le ministère du Procureur général, le ministère de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels et le ministère des Services à l’enfance et à la Jeunesse. Ce nouveau conseil aurait pour mandat d’améliorer la coordination entre les ministères et d’instaurer une approche plus équilibrée à l’égard du financement de la prévention, de l’application, de la déjudiciarisation, des poursuites et de la réadaptation.

Finalement, nous pensons que la province devrait aussi s’attacher à réduire la criminalisation de la jeunesse ontarienne qui est excessive par rapport aux autres grandes provinces. Cela signifie en partie trouver de nouvelles et meilleures solutions, comme des programmes de déjudiciarisation et des comités de la justice pour la jeunesse, à toutes les étapes du processus de justice.

Le soutien aux familles

L’importance d’améliorer le soutien fournis aux familles des quartiers défavorisés est un sujet qui a été abordé maintes fois, non seulement lors des séances de consultation des gens des quartiers, mais aussi par un grand nombre des fournisseurs de services et des organismes communautaires qui ont maintenant de la difficulté à fournir ces soutiens.

Parmi les questions que nous jugeons particulièrement urgentes, il y a la question des services de santé mentale pour enfants, qui sont actuellement considérablement sous-financés et manquent de personnel et de cohérence. Nous devons combattre les préjugés qui empêchent beaucoup trop de parents d’appeler à l’aide pour eux-mêmes et pour leurs enfants et nous devons nous assurer que, lorsqu’ils demandent de l’aide, celle-ci leur est et accessible dans la communauté.

On nous a dit que le coût de mettre en place des services de santé mentale communautaires et universels pour la jeunesse était estimé à 200 millions de dollars. Compte tenu des économies qui pourraient être réalisées par le système de santé grâce aux diagnostics et traitements précoces, de même que par le système de justice pour la jeunesse, cet investissement est raisonnable et nécessaire.

Aider les familles signifie également aider les quartiers. Par conséquent, nous recommandons de faire le nécessaire pour fournir des services de haute qualité, des installations récréatives et artistiques, des parcs et des écoles aux populations des quartiers et assurer la sécurité dans ces quartiers. Améliorer la qualité de la vie et les options disponibles dans les quartiers aura des conséquences positives sur la vie familiale.

Nous compatissons également aux difficultés des familles monoparentales et des parents qui sont obligés de cumuler plusieurs emplois et de s’occuper en même temps de leurs enfants. Nos recommandations pour améliorer le statut des intervenants auprès des jeunes et la formation et les soutiens offerts aux mentors devraient faire changer les choses. Le gouvernement doit collaborer avec les communautés et les organismes pour que chaque enfant puisse au moins avoir un adulte qui veille sur lui et le soutient.

Il y a dans nos communautés des gens qui, en plus de subir la pauvreté et le racisme, doivent s’habituer à un environnement qui leur est complètement étranger. Le soutien fourni à toutes les familles doit être local, intégré et culturellement adapté, mais il est particulièrement important que la province mette en place des programmes pour orienter les nouveaux arrivants vers les structures et les soutiens communautaires dont ils ont besoin.

La mobilisation des jeunes

Pendant nos consultations et en particulier lors de nos visites dans les quartiers, nous avons été impressionnés par l’apport des jeunes à leur communauté. Les jeunes ne sont pas que des consommateurs de services; souvent, ils sont aussi des fournisseurs de services très compétents lorsqu’ils travaillent dans des groupes dirigés par des jeunes. Ils sont en droit de participer aux décisions qui concernent leur avenir.

Or, les jeunes sont bien trop souvent écartés des postes où ils pourraient se faire entendre. Il n’est pas étonnant qu’après plusieurs rejets, ils en déduisent qu’ils ne sont pas les bienvenus au sein des décideurs et ils abandonnent toute velléité d’agir. Il est ironique alors que les adultes les accusent d’être démotivés.

Il est absolument indispensable que les jeunes se mobilisent à tous les niveaux de la communauté et nous recommandons d’inclure des représentants de la jeunesse en tant que partenaires à part entière dans les diverses structures que nous avons recommandées. Nous savons que beaucoup de ces jeunes ne peuvent pas participer à ces consultations; c’est là que les intervenants auprès des jeunes et les mentors deviennent de précieux conseillers en aidant les jeunes à devenir des citoyens responsables et à devenir des modèles de rôle dans leurs communautés.

Premièrement, nous recommandons que les jeunes participent aux décisions concernant des questions comme l’emplacement, les installations et les programmes offerts aux carrefours communautaires proposés et qu’au moins un organisme dirigé par des jeunes soit financé dans chaque quartier défavorisé pour combattre les causes de la violence chez les jeunes. Nous recommandons également que tous les organismes qui desservent les jeunes, par exemple à l’aide de programmes de mentorat, prennent des dispositions mesures concrètes et durables pour inclure les jeunes dans leurs structures de gouvernance.

L’Examen a considérablement bénéficié de la participation des jeunes à nos séances de consultation des gens des quartiers. Il n’aurait sans doute par reçu des conseils d’une telle profondeur et portée sans leur effort et leur dévouement. Nous reconnaissons également que le collectif Grassroots Youth Collaborative, initiative dirigée et inspirée par des jeunes, nous a donné de précieux conseils que nous n’aurions pu autrement obtenir. Le gouvernement et tous les autres organismes doivent aussi inviter les jeunes à participer à la mise en œuvre de leurs stratégies pour la jeunesse.

Autres conseils

Les recommandations et les conseils présentés ci-dessus traitent de moyens de réparer les dommages causés au fil des ans. Une fois mis en œuvre, ils se traduiront par des soutiens sociaux qui permettront de réduire la violence chez les jeunes en édifiant des communautés plus fortes, plus dynamiques et plus résilientes. Mais qu’en est-il du présent?

Nous pensons que la province doit ajouter à ses mesures de prévention des interventions conçues pour traiter et réinsérer les jeunes qui ont déjà commis des actes de violence ou s’apprêtent à tomber dans la criminalité. Comme nous avons pu le constater dans les documents que nous avons étudiés, il existe une multitude de programmes qui, grâce à des évaluations de grande qualité, ont porté leurs fruits dans des contextes similaires. Ces programmes doivent servir de base à la stratégie d’intervention de l’Ontario.

Nous recommandons également que le gouvernement de l’Ontario continue de pousser le gouvernement fédéral à interdire les armes à feu et qu’il étudie tous les moyens à sa disposition de réduire au minimum les risques associés à ces armes.

Enfin, nous savons que le gouvernement fédéral est le principal responsable des questions concernant les Premières nations, mais nous recommandons à la province de dialoguer avec les chefs des Premières nations pour déterminer si nos recommandations peuvent s’appliquer à leurs communautés. Nous recommandons également à la province de prendre des mesures pour offrir des programmes et des soutiens efficaces aux enfants des Premières nations qui doivent quitter leur foyer pour faire leur secondaire dans les centres urbains.

Chapitre 6 : Les prochaines étapes

Comme nous l’avons dit dans l’introduction, nous honorons par le présent volume l’engagement que nous avons pris envers les communautés qui ont sacrifié si généreusement de leur temps pour participer à nos consultations. Nous espérons que ce document démontre clairement que nous avons écouté ce que vous avez dit et que vous sentirez l’influence que vous avez exercée sur notre analyse et nos recommandations.

Bien des gens ont été déçus que nous n’ayons pas pu visiter plus de communautés. Nous comprenons ce sentiment, mais nous estimons avoir utilisé au mieux le temps qui nous était alloué. Plus important, les consultations que nous avons tenues avec les gens des quartiers ont établi un modèle de consultation qui pourrait être repris par d’autres communautés. Le concept de ces consultations où des discussions relativement informelles étaient suivies par une réunion de personnes représentant des organismes très divers, dont beaucoup de jeunes assurément, a permis de nouer de nombreux liens utiles qui n’étaient pas là auparavant. Nous savons qu’au moins une communauté a décidé, à la suite de notre séance de consultation, de continuer à se réunir chaque mois. Nous espérons que d’autres communautés leur emboîteront le pas.

Nous espérons également que le présent rapport vous apportera des éléments de réflexion qui vous aideront dans la poursuite du bon travail que vous effectuez dans tant de régions de la province. Peut-être que l’une des initiatives communautaires dépeintes dans le chapitre 4 vous inspirera ou vous incitera à tenter quelque chose de semblable dans votre communauté, ou peut-être que le simple fait de vous réunir pour parler de ces questions catalysera le processus de développement de votre communauté.

Quant à nous, nous continuerons de promouvoir et de défendre les recommandations que nous présentons au premier ministre. Nous avons, l’un et l’autre, travaillé sur les questions traitées dans le présent examen durant l’essentiel de notre carrière, et nous n’avons pas l’intention de changer maintenant. Nous croyons que l’Ontario est aujourd’hui à une croisée des chemins et que seule une réorientation des politiques, des programmes et de la manière dont le gouvernement s’organise pour mettre en place et soutenir les programmes, du genre de ceux décrits dans nos recommandations, nous dirigera sur le bon chemin et préviendra la perpétuation des souffrances et des conditions de vie éprouvantes.

Nous vous remercions tous et toutes de la confiance que vous nous avez témoignée et de vos contributions inestimables au présent rapport.

Annexe : Résumé des réponses à l’enquête en ligne

Introduction

Pour que tout le monde en Ontario ait la possibilité de s’exprimer sur les causes de la violence chez les jeunes, nous avons réalisé un sondage en ligne. L’enquête demandait aux répondants d’indiquer s’ils étaient d’accord ou non, et dans quelle mesure, avec 32 affirmations sur la violence chez les jeunes. Un volet du sondage sollicitait des commentaires libres. Les questions du sondage sont fournies dans une annexe du volume 1 du rapport.

Nous avons reçu en tout 5 395 réponses des quatre coins de la province. Les réponses rejoignent de près les témoignages entendus au cours des consultations des gens des quartiers et sont proches des résultats obtenus par des sondages menés dans les règles de l’art par des chercheurs universitaires. Bon nombre des commentaires nous ont orientés vers de nouveaux champs de réflexion et nous ont suggéré des moyens concrets pour résoudre les difficultés associées à la violence chez les jeunes. Le grand nombre de personnes qui ont répondu nous a fait très plaisir. C’est la preuve que la violence chez les jeunes est une question qui suscite un vif intérêt chez de nombreux Ontariens et Ontariennes.

Étant donné que les réponses recueillies ne provenaient pas d’un échantillon aléatoire d’habitants de la province, nous ne pouvons pas dire que les résultats sont représentatifs de l’ensemble de la population ontarienne. Près des deux tiers des répondants habitaient la région du grand Toronto et quatre pour cent, le Nord. Quelque 80 pour 100 d’entre eux ont dit avoir un diplôme universitaire ou collégial, dont 24 pour 100 ayant suivi une formation de niveau supérieur ou professionnel. Enfin, 55 pour 100 des répondants étaient âgés de 37 ans et plus.

Positions exprimées par les répondants au sondage

1. La violence chez les jeunes est une problématique complexe dont les causes sont multiples et imbriquées.

Les répondants devaient indiquer la mesure dans laquelle ils étaient d’accord avec 11 causes possibles de la violence chez les jeunes. Bien qu’en majorité ils se soient dits plutôt ou fortement d’accord que des défis systémiques tels que la pauvreté et le racisme sont à la source de la violence, ils estimaient également que les problèmes d’ordre plutôt personnel, comme l’absence de modèle de comportement positif à la maison ou le manque de possibilités d’emploi, étaient des causes presque aussi importantes. Comme le montre le graphique I, le nombre de répondants qui étaient d’accord avec la plupart des affirmations sur les causes se situe à un niveau étonnamment élevé

Les commentaires fournis dans le volet libre du sondage ont également confirmé la complexité des causes de la violence chez les jeunes. Le tableau ci-après présente les facteurs les plus souvent évoqués dans les réponses.

Principaux thèmes
Au niveau individuel Au niveau familial Au niveau de l’école et de la communauté Au niveau de la société en général
  • Troubles de santé mentale
  • Dépression, sentiment d’aliénation, d’insécurité
  • Sentiment des jeunes d’être prisonniers de leurs circonstances
  • Insensibilisation à la violence
  • Prévalence des ménages monoparentaux (mères seules en majorité)
  • Parents dans l’incapacité de surveiller convenablement leurs enfants à cause des horaires et de la durée de leur travail
  • Faiblesse de la discipline et des valeurs inculquées aux jeunes
  • Manque général de programmes jeunesse abordables et accessibles
  • Inconstance du financement des programmes communautaires
  • Aménagement urbain et transports inadéquats, contribuant à l’isolement des communautés
  • Absence de modèles de comportement positifs dans la communauté
  • Faillites du système scolaire, en particulier la rigidité avec laquelle la Loi sur la sécurité dans les écoles traite les jeunes en difficulté
  • Pauvreté enracinée, concentrée par endroits
  • Manque de débouchés pour les jeunes
  • Racisme institutionnalisé à tous les niveaux des services d’éducation, de justice et communautaires
  • Politiques gouvernementales formulées sans égard aux aspirations des jeunes
  • Glorification de la violence dans les médias

La plupart des répondants ont évoqué maintes et maintes fois ces causes, mais, en outre, ont explicitement fait cette mise en garde : éviter une schématisation réductrice. Voici à sujet le commentaire d’une personne :

«Je tiens à souligner que c’est la conjugaison, la convergence des facteurs évoqués plus haut qui favorise l’éclosion de la violence chez les jeunes. Ce serait une erreur magistrale d’adopter le point de vue qu’il n’y a qu’une ou deux causes distinctes. Ce sont au contraire des causes indissociables qui s’entrecroisent. »

2. Les facteurs sociaux sont à la source de la violence chez les jeunes.

La majorité des personnes qui ont répondu à l’enquête en ligne sont d’avis que des facteurs sociaux — dont la pauvreté et le racisme — sont à la source de la violence chez les jeunes. Par exemple, les cinq premières causes avec lesquelles les répondants étaient plutôt d’accord ou fortement d’accord étaient la pauvreté (87 pour 100), l’absence de modèle de comportement positif à la maison (86 pour 100), l’incitation à entrer dans un gang (85 pour 100), les mauvaises conditions de logement (84 pour 100) et le racisme (83 pour 100).

En ce qui concerne les mesures de lutte contre la violence, l’action au niveau des facteurs sociaux a recueilli davantage la faveur des répondants que l’application de la loi et les sanctions. À la série de questions proposant des mesures particulières pour diminuer la violence chez les jeunes, 71 pour 100 des répondants étaient plutôt ou fortement d’accord qu’il serait possible de réduire ce phénomène par des visites plus fréquentes de la police dans les écoles; 62 pour 100 étaient plutôt ou fortement d’accord que les agents de police devraient orienter les jeunes vers des programmes sociaux au lieu de les arrêter.

En comparaison avec les facteurs sociaux, les répondants étaient moins nombreux (67 pour 100) à être plutôt ou fortement d’accord que la violence chez les jeunes est causée par la clémence des lois et ils l’étaient encore moins (57 pour 100) à dire que les gouvernements devraient resserrer les lois à l’encontre des jeunes contrevenants. De même, bien que 66 pour 100 se soient dits plutôt ou fortement d’accord que la clémence des sanctions imposées aux jeunes déclarés coupables encourageait la violence chez certains jeunes, il n’était que 52 pour 100 à être plutôt ou fortement d’accord que cette violence diminuerait si les tribunaux imposaient des peines plus longues.

Fait intéressant, seulement 33 pour 100 pensaient que les gouvernements devaient lever des impôts pour couvrir les frais entraînés par une plus grande sévérité dans les mesures d’application de la loi, dont l’augmentation du nombre d’agents de police, de tribunaux et de prisons.

Selon les termes d’une personne :

« Plus de police, plus de prisons, plus de mesures punitives, ce n’est pas ainsi qu’on peut enrayer la criminalité chez les jeunes ou les activités des gangs. [...] Les stratégies réactives ne font qu’attiser le problème, tandis que les interventions positives comme le mentorat, le travail auprès des jeunes dans une large gamme d’activités — sports, loisirs, arts, stages, camping, programmes d’acquisition de compétences psychosociales — sont toutes des mesures qui permettent aux jeunes de reprendre espoir, de prendre conscience de leur propre valeur et de leurs propres forces. »

3. Il faut multiplier et renforcer les programmes destinés aux jeunes.

Les personnes qui ont répondu à notre sondage ont clairement indiqué que les programmes communautaires et programmes à l’intention des jeunes doivent être grandement améliorés. Seulement 38 pour 100 étaient plutôt ou fortement d’accord avec l’affirmation selon laquelle les programmes actuels aident les jeunes à risque et rendent les communautés plus sécuritaires, tandis que la moitié seulement connaissait certains des programmes (p. ex., Centraide, des programmes confessionnels) qui sont offerts aux jeunes dans la communauté.

De même, alors que 54 pour 100 des répondants étaient plutôt ou fortement d’accord avec l’affirmation selon laquelle les jeunes avaient suffisamment de possibilités relatives à l’éducation, moins de 40 pour 100 étaient plutôt ou fortement d’accord que les jeunes avaient assez de possibilités d’emploi ou de loisirs. Enfin, seulement un tiers des répondants étaient plutôt ou fortement d’accord que les programmes conçus pour prévenir la violence étaient d’une aide quelconque pour les jeunes.

Ces préoccupations se lisaient également dans les commentaires des répondants. Beaucoup se plaignaient du manque total de programmes disponibles pour leurs enfants, tandis que d’autres déploraient la cherté de ces programmes pour les familles à faible revenu. La nécessité d’augmenter l’attractivité des programmes communautaires aux yeux des jeunes à risque a également été fréquemment évoquée, de même que l’importance de faire savoir aux communautés marginalisées qu’il existe des programmes disponibles dans leurs quartiers.

4. Il y a de nombreuses mesures importantes qui pourraient aider à éliminer la violence chez les jeunes...

Les répondants ont souscrit à une large variété de solutions possibles pour faire baisser la violence chez les jeunes. En très grande majorité, soit 86 pour 100, ils étaient plutôt ou fortement d’accord que les gouvernements devaient créer des occasions d’études et d’emploi et, dans le volet des réponses libres au sondage, beaucoup ont indiqué que l’atteinte de cet objectif passait par un système d’éducation fort et inclusif. Selon nombre de répondants, assurer l’accès plein et entier des jeunes des communautés marginalisées aux occasions d’études et d’emploi était la condition à laquelle il faut répondre de toute urgence.

Il s’est également dégagé un large consensus sur la nécessité d’offrir beaucoup plus de soutien aux familles de l’Ontario. À ce sujet, des suggestions revenaient souvent : accroître la disponibilité des programmes de garderie et de garde parascolaire; étendre les interventions en santé physique et mentale au sein des communautés marginalisées; faire en sorte que les programmes communautaires soient accessibles et abordables pour tout le monde. Beaucoup estimaient qu’il fallait rendre les programmes de formation au rôle de parent beaucoup plus disponibles dans les écoles secondaires de l’Ontario et renforcer les projets antiviolence s’adressant aux enfants de 6 à 12ans. En outre, ils ont été nombreux à affirmer que le fait d’avoir un mentor ou un modèle positif pouvait empêcher bien des jeunes de prendre le chemin de la violence. Dans le même ordre d’idées, un certain nombre de répondants ont insisté sur la nécessité de créer davantage de programmes de mentorat et de mieux les soutenir financièrement. Voici ce qu’a écrit une personne :

«Les jeunes ont besoin d’être soutenus par des communautés en santé, où les gens de toutes les générations ont des occasions de dialoguer, où les voisins se connaissent, et où ils sentent que l’on se soucie de ce qu’ils font. »

5. ... mais avant toute chose, il faut que l’Ontario opère une transformation systémique fondée sur plus de collaboration entre les acteurs, plus de régularité dans l’engagement des bailleurs de fonds et plus de participation et de contribution par les jeunes eux-mêmes.

Bien que les exemples ci-dessus illustrent la très large palette des mesures proposées, les répondants se rejoignaient sur un point : il faut que les acteurs fassent preuve de courage et de vision à long terme pour s’attaquer de front aux causes systémiques de la violence chez les jeunes. À la place des solutions « rustines » aux défis qui se posent, nos répondants réclamaient des interventions coordonnées et efficaces s’attaquant ouvertement aux problèmes de fond comme la pauvreté, le racisme et l’exclusion sociale.

Sans vouloir diminuer l’importance des actions localisées, les répondants nous ont dit que l’Ontario devait élaborer un cadre d’action exhaustif en faveur des jeunes, un cadre dans lequel les différents acteurs et programmes uniraient leurs efforts pour produire les meilleurs résultats possibles. Pour expliquer pourquoi une telle vision stratégique leur semblait indispensable, nos répondants ont souvent souligné les carences de l’approche actuelle de l’Ontario. De nombreuses réponses relataient des expériences personnelles de doublons ou de lacunes dans les services et trahissaient un grand mécontentement devant le manque apparent de collaboration entre les familles, les communautés et les gouvernements. Qui plus est, ils estimaient que la précarité du financement reçu des gouvernements a laissé de nombreux organismes communautaires dans l’incapacité de réaliser leur potentiel. En témoigne le commentaire d’une personne :

« Il faut plus d’intégration et de coopération entre les différents programmes de financement gouvernementaux et entre les différents groupes chargés d’appliquer les programmes. La société n’a pas les moyens de financer des groupes qui se font concurrence pour répondre à des objectifs et à des besoins éclatés. Les groupes qui peuvent prouver la qualité de leurs services auprès des jeunes devraient bénéficier de contrats de financement de longue durée de manière à pouvoir se concentrer sur l’administration des programmes. »

D’autres encore ont déploré que les jeunes ne soient pas invités à participer à la formulation des politiques qui les concernent.

Seulement 36 pour 100 étaient plutôt ou fortement d’accord avec l’affirmation disant que les jeunes jouent vraiment un rôle dans la conception des programmes de leurs communautés, ce qui a amené une personne à proposer que l’Ontario :

« [...] demande aux communautés de tenir chaque trimestre un forum où les jeunes peuvent parler des problèmes qui les préoccupent beaucoup, des problèmes qui les rendent vulnérables. »

En définitive, cette vision d’un changement fondamental est résumée à merveille dans le commentaire suivant :

« Tous autant que nous sommes — les élus, les enseignants, les agents de police et les jeunes eux-mêmes — nous devons commencer à regarder la problématique dans sa globalité. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une autre journée à parler pour parler en gardant les bras croisés. En travaillant tous ensemble à tous les niveaux pour extirper les CAUSES de la violence chez les jeunes (et non les symptômes), nous pourrons faire de l’Ontario une province plus sûre, une province inclusive, pour les générations à venir. La vraie question maintenant n’est pas tant de savoir ce qu’il faut faire pour y parvenir, mais plutôt de nous demander comment, en toute conscience, n’avons-nous pas pu le faire? »

3 Dans le mémoire qu’il nous a adressé, le professeur David Hulchanski de l’Université de Toronto a démontré la ségrégation croissante des quartiers de Toronto selon le statut socioéconomique, la couleur de peau et le régime d’occupation du logement. Dans un numéro du Research Bulletin de 2006, il a indiqué que dans les secteurs de la ville où le revenu moyen des ménages avait reculé de 20 pour 100 ou plus à chaque intervalle entre deux recensements au cours des 30 dernières années, 43 pour 100 des habitants sont des Noirs, des Chinois ou des Sud-Asiatiques, alors que la proportion de ces groupes n’est que de 10 pour 100 dans les quartiers où le revenu moyen avait crû de 20 pour 100 ou plus. On peut consulter ce rapport à : www.urbancentre.utoronto.ca/hulchanski.html

4 Rapport publié par le FYI, en 2003, intitulé Exploring Empowering Education for Marginalized Youth in Toronto. Pour en obtenir un exemplaire, disponible en anglais seulement, écrire au FYI à fyi@foryouth.ca

5 SPACE = Saving Public Access to Community Space Everywhere. La coalition a ainsi exprimé sa mission : « Nous croyons que l’utilisation communautaire des installations scolaires est une condition importante pour soutenir la bonne santé des communautés et des quartiers. Notre désir est de voir à ce que l’espace disponible dans les écoles soit utilisé au mieux partout en Ontario, selon des modalités d’accès abordables, équitables et uniformes. »

6 Communiqué du ministère de l’Éducation, 5 février 2008

7 Tout en soutenant le droit du GYC d’exprimer son opinion à ce sujet, nous estimons malavisée la recommandation de fermer le Centre de jeunes Roy McMurtry. Certes, nous croyons que le système de justice pénale n’a de manière générale qu’un effet dissuasif marginal sur la perpétration de crimes au sein de la société, et que la prévention et les programmes sociaux sont bien plus importants, mais nous reconnaissons aussi que, pour certains jeunes et pour certains adultes, l’incarcération est nécessaire. De plus, une grande partie des objections soulevées par le GYC à l’égard du centre sont fondées sur des idées fausses. Le centre de jeunes de Brampton, avec ses unités d’habitation en petits modules, un cadre moins officiel, du personnel bien formé et un vaste éventail de programmes, offrira aux jeunes une bien meilleure chance de réadaptation que d’autres établissements correctionnels pour jeunes. Des moyens de transport seront à la disposition des familles des jeunes résidents pour qu’elles puissent se rendre au centre et en revenir. Nous avons fait part de notre point de vue au GYC dans une lettre datée du 3 avril 2008.

8 Le Conseil des ministres relève du premier ministre. Il fournit un soutien administratif au Cabinet du premier ministre et offre au premier ministre, ainsi qu’à son Conseil, des recommandations et des analyses afin d’aider le gouvernement à réaliser ses priorités.


Table des matières

Volume 1. Résultats, analyse et conclusions

Volume 2. Sommaire

Volume 3. Les points de vue des communautés