Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008) : Sommaire

Quelles sont les causes?


Compte tenu des facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes que nous avons déterminés, nous décrivons dans notre rapport les principales conditions dans lesquelles ces facteurs s’installent et prennent de l’importance dans notre société. Nous examinons la façon dont chacune des nombreuses causes que nous avons déterminées peut se traduire en un ou plusieurs facteurs de risque immédiat. Nous nous concentrons sur les effets, plutôt que sur l’existence, de ces causes.

Bien que nous discutions de chaque cause séparément, beaucoup, voire toutes, s’enchevêtrent souvent de façon à créer des conséquences cumulatives dévastatrices pour beaucoup trop de nos jeunes. Il faut tenir compte de cet enchevêtrement dans les stratégies exhaustives à long terme établies pour combattre les causes de la violence auxquelles notre société est confrontée.

Nous ne tentons pas, dans ce résumé, de présenter tout ce qui a été dit sur les diverses causes, mais y décrirons quelques-unes des causes des plus envahissantes, en commençant par la pauvreté. Nous indiquons qu’il s’agit là des causes des facteurs de risque immédiat comme l’aliénation et le désespoir, et qu’en aucun cas, elles ne mènent directement à la violence chez les jeunes.

Pauvreté

La pauvreté n’est pas la cause directe de la criminalité violente. Si elle l’était, étant donné l’ampleur et la profondeur de la pauvreté dans notre société, la violence serait réellement terrifiante. La plupart des gens qui vivent dans la pauvreté travaillent fort pour conserver un ou plusieurs emplois instables et mal payés, perfectionner leurs compétences ou leur éducation ou préserver leur famille et leur communauté malgré une foule de circonstances négatives; certains font tout cela. Nous devrions tous être admiratifs de tout ce que font ces personnes et de leur dévouement envers une société qui les déçoit de nombreuses manières.

Mais la pauvreté sans espoir, la pauvreté combinée à l’isolement, à la faim et à des conditions de logement indignes, au racisme et aux nombreux rappels quotidiens d’exclusion sociale, peut générer les facteurs de risque immédiat de violence dont nous parlons au chapitre 3. Nous disons « peut générer », car de nombreux facteurs de protection ou contrepoids peuvent empêcher l’apparition des facteurs de risque, même dans les pires conditions, ou les atténuer et les maîtriser là où ils apparaissent. Toutefois, la pauvreté est beaucoup trop répandue et les contrepoids sont trop peu nombreux pour que cette pauvreté ne soit une question fondamentale pour tous ceux et celles que préoccupe l’ampleur de la violence chez les jeunes en Ontario.

À notre avis, la pauvreté peut entraîner le manque d’estime de soi, le sentiment d’oppression, le désespoir et l’absence d’empathie ou de sentiment d’appartenance, l’impulsivité et d’autres facteurs de risque immédiat par trois voies différentes, mais liées :

De fortes concentrations de personnes vivant dans la pauvreté, les logements insalubres, une mauvaise planification urbaine, l’absence de services publics, de magasins ou de commerces, de transport et d’emplois, de modèles ou de mentors, de centres récréatifs et artistiques où les gens peuvent se rencontrer, les obstacles que les lois et règlements en matière d’aide sociale en vigueur en Ontario placent sur le chemin des gens qui souhaitent s’en sortir par le travail ou l’éducation et les autres circonstances associées à la pauvreté dont il est question dans notre rapport sont autant de facteurs qui favorisent les causes de la violence que nous avons déterminées.

Racisme

En 2005, la Cour suprême du Canada a affirmé que « les tribunaux ont reconnu que le préjugé racial contre les minorités visibles est si notoire et incontestable que son existence sera admise sans preuve à l’appui. Ils en ont tout simplement pris “connaissance d’office” comme d’un fait social qui ne peut raisonnablement être contesté. » (sic) (R. c. Spence, [2005] 3 R.C.S. 458, par. 5)

De profondes inquiétudes au sujet de cette situation déplorable ont régné sur nos consultations. Nous avons été interloqués de constater à quel point le racisme est présent et se porte bien dans notre société ainsi que les dommages profonds qu’il cause chez les Ontariennes et Ontariens et dans le tissu même de cette province.

Les groupes racialisés sont très divers et les manifestations du racisme les affectent de manières différentes. Beaucoup sont confrontés à des obstacles subtils et généralisés, comme les « plafonnements voilés » ou autres qui les empêchent de participer pleinement à la société. D’autres groupes, notamment les peuples autochtones et les Canadiennes et Canadiens d’origine africaine, continuent aussi de subir une forme beaucoup plus profonde et souvent plus virulente de racisme.

Lors des discussions, on nous a parlé de la détérioration des relations de la police avec les jeunes racialisés, des obstacles qui s’opposent à la création d’une fonction publique et d’un corps enseignant représentatifs, d’un curriculum qui ne motive pas les jeunes racialisés, car il ne tient pas compte de l’apport des minorités dans l’histoire de la province, de l’absence de modèles et de débouchés dans de nombreux secteurs de la société, ainsi que des effets durables et dévastateurs du profilage racial dans de nombreux aspects de la vie quotidienne de la province. Pourtant, les structures publiques servant à lutter contre tous ces problèmes sont encore moins nombreuses que par le passé.

Dans notre rapport, nous parlons du racisme et non de la race. La race n’a rien à voir avec la violence. Aucun groupe n’est plus violent qu’un autre. Il existe des circonstances bien documentées qui engendrent l’aliénation et d’autres facteurs de risque immédiat dans tous les groupes; malheureusement, en Ontario, un nombre disproportionné de groupes racialisés sont victimes de telles circonstances.

Toutefois, si la race n’est pas un élément susceptible de générer des facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes, le racisme en est un. Le racisme porte atteinte à l’identité, ronge le coeur et assombrit l’âme.

Il est cruel, blessant et aliénant. Il concrétise tous les doutes qu’une personne peut avoir au sujet de sa capacité de bénéficier de chances égales dans cette société. Il est un obstacle difficile à surmonter, lié à des motifs que la victime ne peut contrôler et contre lesquels elle n’a aucun pouvoir.

Il est facile de comprendre pourquoi le racisme engendre parfois des facteurs de risque immédiat. Comment ne peut-on pas être sensible au fait que, quoi qu’on fasse ou réalise, on est exclu ou dévalorisé uniquement à cause de sa race? Comment ne peut-il pas être aliénant de savoir qu’on peut être ou qu’on a été souvent interpellé par la police, suivi dans les magasins ou rejeté pour la même raison? Comment la volonté d’étudier et de travailler pour avancer dans la vie ne peut-elle pas être minée par la certitude qu’on a moins de chances dans la vie que les autres à cause de sa race? Comment tout cela ne peut-il pas susciter de la désespérance chez les personnes qui y sont confrontées?

De plus, quand on s’attend ce que les grandes institutions de la province fassent le nécessaire pour venir à bout de ces réalités insidieuses et que rien ne se fait, comment peut-on ne pas être profondément blessé et éprouver un tel sentiment d’exclusion?

Toutes ces raisons expliquent pourquoi nous pensons que tous les facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes peuvent découler de la sensation de dévalorisation et des notions souvent exactes associées au racisme, à savoir qu’il détruit tout espoir d’avancer dans la vie, de prospérer et de bénéficier de chances égales. Lorsque, comme c’est souvent le cas, le racisme s’ajoute à la pauvreté et à d’autres sources de privation mentionnées dans notre rapport, ses conséquences sur le problème qui nous intéresse découlent de source.

Aménagement urbain

Les conditions des quartiers où vivent les jeunes se répercutent non seulement sur la qualité de leur vie et les possibilités qui leur sont offertes, mais aussi sur la façon dont ils se perçoivent eux-mêmes, perçoivent la société et le rôle qu’ils y jouent.

Malheureusement, partout en Ontario, il y a de nombreux exemples de quartiers et d’environnements bâtis et naturels mal conçus, de lieux où les jeunes se sentent impuissants et isolés, de lieux qui les poussent à penser que leurs options sont aussi limitées que leurs horizons. Ces facteurs négatifs comprennent : isolement physique et psychologique du reste de la collectivité; quartiers tristes et inhospitaliers, dénués de locaux où les jeunes peuvent se rencontrer et s’amuser et d’espaces verts; manque d’infrastructure sociale et physique adéquate et accessible; services de transport limités ou non existants; rues, aires communes et passages dangereux.

Beaucoup de quartiers sont éloignés et ne sont pas desservis par les transports en commun, de sorte que les jeunes sont isolés du reste de la collectivité et ont de la difficulté à trouver du travail. Ces mêmes conditions empêchent beaucoup de parents de s’occuper de leurs enfants ou de participer aux activités scolaires ou communautaires.

Le problème de l’absence de lieux où les jeunes peuvent se rencontrer est une question à laquelle les personnes que nous avons rencontrées prêtent beaucoup d’importance. Nous avons découvert des quartiers inhospitaliers, caractérisés par l’absence de lieux où les jeunes pourraient se réunir, s’amuser ou créer. Ainsi, les jeunes qui en ont le plus besoin, n’ont aucun moyen de dépenser leurs énergies et de passer du temps, ne disposent d’aucun endroit ou d’aucunes installations où ils pourraient exprimer leur créativité et rencontrer des mentors ou autres modèles positifs. Puis, lorsque ces jeunes traînent dans la rue parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire, ils sont souvent stéréotypés et harcelés, ce qui renforce leur sentiment d’aliénation.

Même les organismes qui souhaitent aider les jeunes, surtout ceux qui sont dirigés par des jeunes, manquent d’espace; ainsi, le nombre de services et de programmes qui pourraient aider les jeunes qui en ont le plus besoin s’en trouve davantage réduit.

Problèmes dans le système éducatif

L’éducation est universellement considérée comme l’un des meilleurs moyens d’échapper à la pauvreté ainsi qu’un investissement important dans l’avenir des gens, des familles et des communautés et, par conséquent, dans le tissu social de notre société. S’il est vrai que l’éducation est de mieux en mieux financée en Ontario, nous avons découvert que cinq éléments du système faisaient partie des facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes : les politiques en matière de sécurité dans les écoles, le curriculum, les méthodes parfois utilisées pour orienter et conseiller les élèves, la composition et la formation du personnel enseignant, et la criminalisation.

Les dispositions de la Loi sur l’éducation relatives à la sécurité dans les écoles favorisaient une politique de « tolérance zéro » pour des comportements « inacceptables » dans les écoles. Certains de ces comportements sont en effet graves et exigent des interventions importantes. Mais, à cause de ces dispositions, beaucoup de jeunes ont été suspendus ou renvoyés de l’école sans égard à leur situation et sans l’aide nécessaire pour qu’ils puissent continuer à apprendre ou à poursuivre des activités positives. La plupart des gens nous ont dit que les dispositions relatives à la sécurité dans les écoles avaient eu des conséquences disproportionnées sur les élèves racialisés, les élèves handicapés et les jeunes dont les parents n’ont pas l’habitude de rencontrer le personnel enseignant et administratif ou ont du mal à le faire.

Les modifications apportées récemment à la Loi sur l’éducation au sujet des dispositions relatives à la sécurité dans les écoles sont une étape dans la bonne direction, mais elles ne suffisent pas à régler les problèmes très graves dont on nous a parlé. L’Ontario devra régler les conséquences à long terme des politiques mises en oeuvre entre 2001 et 2008, et des lacunes de la nouvelle politique pendant de nombreuses années à venir.

Le curriculum est une autre question qui nous préoccupe beaucoup dans le système ontarien de l’éducation. Selon des rapports publiés précédemment le curriculum « reflète largement la présence européenne et la participation des Européens à la création et au développement du Canada et, à ce titre, incite peu ou pas du tout les Afro-Canadiens à cultiver leur fierté à l’égard de leur héritage africain » (Four-Level Government/African Canadian Community Working Group, 1992 : p. 78). Cette réflexion vaut aussi pour les peuples autochtones.

Pour les jeunes qui développent leur identité, cela signifie que les peuples autres que les Européens n’ont pas contribué de manière significative au développement social, culturel et économique du Canada et du monde; la société prête peu d’importance à ces jeunes et leur famille; ils ne peuvent réussir que dans certaines disciplines et leurs réussites et réalisations ne sont parfois pas reconnues. De toute évidence, les élèves qui ne se reconnaissent pas dans le curriculum ne peuvent pas non plus s’identifier au système d’éducation.

La formation des conseillers d’orientation porte également à préoccupation; ces personnes ne savent pas à quel point les facteurs qui touchent les jeunes qui appartiennent à d’autres groupes ethnoculturels sont complexes, car on ne leur a pas appris. Souvent, leurs attentes concernant ces jeunes sont peu élevées en raison des préjugés associés à leurs antécédents.

De même, les élèves, les familles, les communautés et les intervenants combattent depuis longtemps les attentes peu élevées de certains enseignants à l’égard des élèves racialisés, en particulier ceux d’origine africaine. De plus, ils soulèvent continuellement le problème du manque d’enseignants formés pour comprendre les nuances et les luttes particulières auxquelles sont confrontés les enfants racialisés et de l’absence de modèles pour ces enfants. Lorsque ceuxci voient des personnes de leur race et de leur couleur dans des postes d’enseignement et d’administration, cela peut les encourager à vouloir réussir et à avoir confiance dans leurs capacités. Mais cela permet aussi aux autres élèves d’avoir un regard plus positif sur eux.

Le dernier problème est la criminalisation. Beaucoup de jeunes expulsés et suspendus se sont retrouvés dans la rue pendant de longues périodes, les interactions avec la police se sont accrues, ainsi que les risques de criminalisation. En même temps, les politiques de « tolérance zéro » ont conduit nombre d’écoles à demander l’intervention de la police pour des comportements dont elles se seraient occupées elles-mêmes par le passé, entraînant une plus grande criminalisation pour beaucoup de jeunes marginalisés et les conséquences dont nous parlons ci-dessous.

Problèmes familiaux

La plupart des familles offrent un environnement sûr et rassurant où les enfants peuvent s’épanouir et apprendre. Mais beaucoup ne le font pas. Certaines familles sont divisées, maltraitantes ou ont des difficultés émotionnelles ou financières. Certains jeunes n’ont pas de famille. Sans le soutien d’une famille solide, l’aliénation, le manque d’estime de soi, d’espoir ou d’empathie, l’impulsivité et d’autres facteurs de risque immédiat de violence peuvent s’installer, en particulier lorsque les jeunes sont confrontés à d’autres causes de facteurs de risque immédiat, comme la pauvreté, le racisme ou la maladie mentale. Une vie familiale très perturbée peut aussi avoir des conséquences dommageables sur l’intérêt que les jeunes portent aux études, leur capacité d’apprendre et leurs relations avec leurs camarades et le personnel enseignant.

La famille continue d’évoluer au Canada, et les programmes sociaux, les politiques et les structures, souvent conçus pour le modèle de famille nucléaire, ne répondent pas aux besoins de beaucoup de familles. Nombreux sont les parents seuls qui savent très bien faire face à cette tâche difficile que celle de s’occuper des enfants, mais certains ont besoin d’aide, surtout s’ils sont en proie à d’autres difficultés. Lorsque les parents reçoivent l’aide dont ils ont besoin, ils peuvent élever leurs enfants avec un sentiment d’espoir et des attentes élevées. Au final, ce n’est pas la structure familiale, mais les difficultés que connaissent les familles qui engendrent les facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes.

On dit souvent que la présence des pères, en particulier des pères noirs, est déterminante pour éviter que les jeunes Noirs ne tombent dans la violence. Or, les experts et les personnes que nous avons consultées tout au long de cet examen, quels que soient leur confession, leur race et leur sexe, nous ont dit que le soutien des parents, l’encouragement à l’école, la reconnaissance, l’attention portée à la santé mentale, le respect, les perspectives d’avenir, un logement décent et une image suffisamment positive de la race, de la religion et de la culture étaient indispensables pour que les jeunes s’épanouissent. La présence du père ne suffit pas, il doit aussi s’occuper de ses enfants et leur inculquer des valeurs positives.

Les enfants d’immigrants ou de réfugiés sont souvent les plus vulnérables aux conditions susceptibles d’engranger des facteurs de risque immédiat, comme le racisme et la pauvreté. Les parents nouveaux immigrants ou réfugiés, en proie eux-mêmes à divers problèmes pour s’établir dans leur nouvel environnement, n’ont souvent pas le temps de s’occuper des difficultés que leurs enfants éprouvent à l’école ou ne peuvent pas les aider, car ils sont parfois incapables de communiquer avec le personnel enseignant ou réticents à discuter avec des personnes en position d’autorité. Beaucoup d’écoles n’ont pas les ressources pour aider ces familles à s’adapter ou les accueillir, et les services d’établissements disposent aussi de moyens limités.

Certains jeunes n’ont personne au monde. Certains ont toujours vécu en foyer d’accueil, alors que d’autres sont sans-abri et vivent dans la rue. Les jeunes en foyer d’accueil qui passent d’une famille à l’autre ignorent ce que c’est qu’appartenir à une famille. Cette absence de sentiment d’appartenance ou de sécurité se traduit souvent par l’aliénation, la détresse et la désespérance. Les jeunes qui vivent dans la rue sont souvent victimes de violence et la dureté de cette vie peut engendrer ces facteurs de risque immédiat et d’autres.

Souvent, les enfants et les jeunes confiés aux services de protection de l’enfance se retrouvent pris en charge par un autre système, dont le système de justice pénale. On nous a dit qu’un nombre disproportionné de jeunes contrevenants en Ontario provenaient des services de protection de l’enfance, et qu’il y avait une voie directe entre ces services et le système de justice pour la jeunesse.

Santé

La santé intervient dans le développement des facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes. Certains problèmes de santé ne sont pas des causes en eux-mêmes, mais sont plutôt étroitement liés à quelques-unes des causes dont nous avons déjà discuté, comme les carences nutritionnelles, l’inactivité physique, l’obésité et les troubles de l’alimentation, qui sont des conséquences de la pauvreté et de l’environnement. On considère parfois que d’autres problèmes, comme les troubles de santé mentale et la toxicomanie, sont directement associés aux facteurs de risque immédiat de violence chez les jeunes, par exemple l’aliénation, l’impulsivité et le sentiment de non-appartenance.

Les troubles de santé mentale sont trop souvent oubliés, alors que c’est une question très importante pour les jeunes. Certes, la plupart des jeunes qui souffrent de problèmes mentaux ne sont pas violents, mais les conséquences pour eux et leur famille risquent d’être préoccupantes.

Dans toutes les cultures, environ un enfant ou un jeune sur cinq en Ontario souffre de troubles de santé mentale ou du comportement qui nécessitent des interventions, mais on nous a dit que 80 pour 100 de ces enfants et de ces jeunes n’obtiennent pas les services psychiatriques ou le soutien dont ils ont besoin. Cette absence de traitement se traduit par l’intensification des troubles mentaux et de leurs effets sur les jeunes (le sentiment d’aliénation, l’impulsivité et l’estime de soi). Elle accroît les pressions et le stress que subissent déjà les familles et cela conduit parfois les jeunes à perturber leurs camarades de classe, leurs amis et d’autres jeunes.

Il est particulièrement important que les enfants d’âge préscolaire ou scolaire qui souffrent de troubles de santé mentale reçoivent l’aide dont ils ont besoin. Plus l’intervention est précoce, plus les résultats peuvent être positifs.

Les jeunes n’ont pas la possibilité de s’exprimer

Les jeunes qui sont déjà à risque d’aliénation sociale éprouveront davantage ce sentiment s’ils n’ont pas d’occasions de se faire entendre sur les questions qui les touchent directement et dans l’immédiat et, par conséquent, de ressentir une perception de soi négative, plus de méfiance envers les autorités, ainsi qu’un sentiment d’impuissance et d’exclusion de la collectivité en général.

Or, au cours de l’année écoulée, les jeunes ont proposé des idées nouvelles et innovantes ainsi que des solutions inspirantes pour les problèmes que nous avons étudiés. À divers égards, les jeunes et les organismes dirigés par les jeunes sont les mieux placés pour savoir ce dont les autres jeunes ont besoin. Ne pas leur donner la possibilité de s’exprimer dans nombre de domaines qui les concernent immédiatement leur transmet un message de possibilités limitées et les exclut de la prise de décisions.

Absence de débouchés économiques pour les jeunes

Les obstacles auxquels se heurtent les jeunes des communautés défavorisées à la recherche de débouchés sont nombreux; il peut s’agir simplement de l’absence de moyens de transport pour se rendre aux entrevues d’embauche ou de problèmes beaucoup plus complexes, comme le racisme. La situation des parents, qui n’ont pas la capacité de mettre leurs compétences et leur expérience à profit, peut aussi jouer un rôle dévastateur.

Beaucoup de jeunes n’ont pas de modèle ou de personne qui peut les aider à se préparer à une entrevue ou durant les premières semaines de travail. D’autres ont reçu toute leur vie le message qu’ils n’avaient pas grand-chose à offrir ou s’aperçoivent très vite qu’un simple code postal peut les empêcher de trouver du travail.

Beaucoup de jeunes sont frustrés et révoltés par leur incapacité de subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur famille. Si on ajoute ces facteurs et d’autres à l’importance que prête la société à la réussite économique et aux possessions, les conséquences sur l’estime de soi, la foi en l’avenir et le sentiment d’appartenance peuvent être très dramatiques.

Problèmes dans le système de justice

Dans notre rapport, nous déplorons l’absence de stratégie globale ou de vision cohérente au sein du système ontarien de justice pour la jeunesse. Trois ministères gèrent certaines parties du système, mais aucun ministère n’en a la responsabilité, n’a établi d’orientation politique globale ou n’a reçu le mandat de déterminer la meilleure façon de dépenser les quelque 850 millions de dollars qui sont alloués au système chaque année.

De toute évidence, on ne réfléchit pas stratégiquement à la façon dont la justice pour la jeunesse peut influencer les causes de la violence chez les jeunes. Pour l’instant, le système éparpille ses ressources, ce qui, à notre avis, ouvre la voie aux facteurs de risque immédiat de violence de deux manières.

La première est la criminalisation excessive. Nous trouvons évidemment normal que le système de justice serve à combattre la criminalité, mais nous déplorons le fait qu’on y ait trop souvent recours pour régler des problèmes mineurs n’impliquant pas d’actes de violence. La criminalisation peut pousser les jeunes à penser qu’ils n’ont pas d’avenir et avoir des conséquences négatives sur la manière dont leurs camarades, leur famille, l’école et la communauté les perçoivent. Elle peut leur fermer les portes et modifier l’image qu’ils se font de leur avenir. Elle peut leur faire rencontrer des criminels, détruire l’espoir et alimenter l’aliénation.

Nous admettons que la justice doit intervenir dans de nombreux cas, mais nous pensons qu’elle doit le faire de manière stratégique et en tenant pleinement compte des conséquences. Lorsqu’il est mal utilisé, le système de justice pour la jeunesse a le potentiel de multiplier les facteurs de risque de violence future plutôt que de les réduire.

Le deuxième point concerne les relations entre la police et les jeunes, notamment les jeunes des groupes minoritaires, mais pas exclusivement. Dans beaucoup de régions de la province, ces relations se caractérisent par une agressivité excessive. Encore une fois, nous trouvons normal que la police intervienne, quels que soient l’endroit ou la manière dont elle déploie ses forces, mais ce qui nous dérange, c’est la façon dont certains agents de police exercent leurs pouvoirs. Nous savons que le travail de la police est difficile et souvent dangereux et nous respectons le professionnalisme avec lequel la plupart des policiers s’acquittent de leurs responsabilités.

Cela n’est pas le cas pour certains policiers. À maintes reprises, on nous a dit que lorsque les policiers se comportent de manière agressive, que lorsque des jeunes sont pris à partie à cause de leur race et traités brutalement, ils peuvent éprouver un sentiment d’aliénation, de dévalorisation et de désespérance et se dire qu’ils n’ont rien à attendre de la société. De plus, la communauté risque également de ne plus faire confiance à la police et de ne pas l’aider à combattre la criminalité ou à assurer la sécurité publique. Lorsque cela se produit, on renforce plutôt que d’éliminer les causes de la violence chez les jeunes.


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