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Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008) : Sommaire

L’Ontario à la croisée des chemins


Nous reconnaissons que l’Ontario a fait des progrès à l’égard de quelques-uns des problèmes sur lesquels nous nous sommes penchés. La plupart des mesures que la province prend en matière d’éducation de la petite enfance vont certainement dans la bonne direction, le programme scolaire à plein temps pour les enfants de quatre et cinq ans est très prometteur, les fonds supplémentaires consacrés à l’éducation sont impressionnants et la création du Comité ministériel de réduction de la pauvreté est encourageante. De plus, avant de commencer notre travail et à plusieurs reprises pendant notre mission, le gouvernement a annoncé des programmes qui vont dans la direction des conseils que nous proposons.

Par exemple, au cours de notre mandat, le ministère de l’Éducation a modifié la Loi sur l’éducation pour donner suite à certaines des préoccupations formulées par les éducateurs et la communauté autour des problèmes associés à la « politique de sécurité dans les écoles » et leurs conséquences disproportionnées sur les élèves marginalisés et racialisés. D’autres annonces ont été faites, notamment : le financement de nouveaux psychologues, travailleurs sociaux, intervenants auprès des enfants et des jeunes et conseillers d’orientation dans les écoles (août 2007); la nomination de Charles Pascal qui a été chargé de recommander le meilleur moyen de mettre en place le programme scolaire à temps plein pour les enfants de quatre et cinq ans (novembre 2007); l’élargissement du programme Passeport pour ma réussite (novembre 2007); le financement supplémentaire destiné à ouvrir les écoles aux communautés (février 2008); l’établissement de 34 nouveaux centres de formation au rôle parental et de littératie pour les familles (mai 2008); le financement de Grands Frères et Grandes Soeurs Canada et d’autres groupes communautaires afin de fournir des modèles et des mentors dans les écoles (juin 2008). D’autres exemples d’initiatives gouvernementales susceptibles de combattre les causes de la violence chez les jeunes sont présentés dans le chapitre 8 et mentionnés ailleurs dans notre rapport.

Tous ces programmes appuient notre conclusion que l’Ontario commence à faire des progrès dans sa lutte contre les causes de la violence chez les jeunes. Mais, à d’autres égards, il y a encore de graves problèmes. Les annonces positives auxquelles nous faisons allusion ne s’inscrivent pas dans le cadre d’une stratégie exhaustive pour la jeunesse, car l’Ontario n’a pas établi de stratégie coordonnée pour ses jeunes. Les problèmes très graves qu’on rencontre dans les quartiers où il y a de fortes concentrations de personnes défavorisées et dont le nombre ne cesse de croître, car l’Ontario ne met pas suffisamment l’accent sur ces concentrations de personnes défavorisées malgré la menace très grave qu’elles pausent pour le tissu social de la province. Le racisme devient un problème beaucoup plus profond et plus enraciné que par le passé, car l’Ontario n’y fait pas face. Les nouveaux investissements importants effectués dans l’éducation n’atteignent pas beaucoup des enfants qui en ont le plus besoin, car les obstacles à l’apprentissage décelés depuis longtemps n’ont pas été éliminés. Le système de justice pour la jeunesse de l’Ontario nuit à certains jeunes, car il n’est pas coordonné, continue de pénaliser de manières non stratégiques et ne fait rien pour empêcher la dégradation des relations entre la police et la communauté.

Cela dit, le but n’est pas de critiquer indûment le gouvernement actuel pour les répercussions de politiques adoptées par le passé, dont la plupart ont été héritées par lui. Nous préférons dire que l’Ontario se trouve maintenant à la croisée des chemins.

Les tendances dont nous parlons dans notre rapport, bien que largement masquées par la stabilité des chiffres de la criminalité, suggèrent que la violence chez les jeunes augmente en Ontario et qu’elle s’aggrave. Ces tendances sont très perturbantes. Elles comprennent la concentration croissante d’actes criminels violents commis par des enfants plus jeunes; la fréquence grandissante à laquelle les armes à feu et les armes blanches sont utilisées lors de disputes autrefois réglées par les coups; l’intensification et la férocité de la violence; la nature de plus en plus publique de la violence extrême; l’escalade des armes et des gangs de rue; les quartiers pris dans un cycle de privations à la baisse et mis au défi d’assurer la solidarité et les modèles positifs nécessaires à l’élimination de la violence; et une collectivité encline à ne pas se préoccuper de ces jeunes et de ces communautés, qu’elle considère être la source du problème et non ses victimes.

Nous avons également constaté des signes puissants de déliquescence des liens sociaux fondamentaux jusqu’au point de rupture. Lorsque ces liens se brisent, la violence devient normale, les sensibilités sont brutalisées et les communautés s’isolent. Les conditions qui poussent les communautés à se replier sur elles-mêmes, la tendance à céder l’espace public à la violence et le silence imposé par la peur sont autant de facteurs qui alimentent la violence.

Le résumé que nos consultantes ont préparé sur les séances de consultation des gens de quartiers que nous avons dirigées est très alarmant. Il présente ce que nous avons entendu à Ottawa, Thunder Bay, Hamilton et Kitchener-Waterloo, et dans quatre quartiers de Toronto. Des messages similaires se trouvent dans le rapport de nos consultations avec les jeunes Autochtones qui vivent en milieu urbain un peu partout dans la province.

Dans les quartiers que nous avons visités, on nous a parlé de la violence par les armes à feu, de la violence liée à la drogue et au trafic de drogues, des vols à la sauvette, des attaques de groupes, de la violence verbale, de l’intimidation, des menaces, des gangs de rue, des guerres de territoire, des attaques à l’arme blanche, des bagarres dans les écoles, de la violence dans le sport, de la violence familiale, des agressions sexuelles, de la violence dans les rencontres amoureuses, ainsi que de la violence associée à certains problèmes généraux comme le racisme, l’inégalité et la pauvreté.

On nous a également parlé des répercussions de cette violence sur les communautés, y compris la crainte qui se propage, le code de silence qui s’installe, les stéréotypes dont on affuble les communautés et les jeunes qui deviennent insensibles à la violence, la violence comme un moyen acceptable de régler les conflits, la prolifération des gangs de rue, la présence croissante et le harcèlement de la police, le mal qu’ont les jeunes de se concentrer sur leur scolarité, la difficulté d’enseigner, l’insécurité dans les écoles, les jeunes qui souffrent de dépression et les organismes de services sociaux qui sont de moins en moins capables de répondre à la demande de services.

Les pires conséquences sont ressenties dans les quartiers qui sont souvent déjà isolés du reste de la collectivité à cause de la pauvreté. Mais le plus perturbant, c’est que nombre de ces communautés se composent largement de groupes racialisés. Dans le chapitre 4, nous expliquons comment la pauvreté s’est concentrée au sein de ces groupes à cause du racisme et d’autres obstacles et comment le marché du logement a favorisé la concentration des groupes touchés par une extrême pauvreté.

Lorsque la pauvreté est racialisée, ghettoïsée et associée à la violence, le potentiel de stigmatisation des groupes est élevé, ce qui, en retour, leur ferme davantage les possibilités. Si nous laissons ces tendances et répercussions s’intensifier et si la société ne fait rien pour éliminer les conditions sous-jacentes, le pronostic pour les quartiers et l’avenir de cette province est alarmant.

En même temps, il convient de souligner que ce type de violence existe depuis peu de temps en Ontario. Il importe également de mentionner que même les communautés les plus défavorisées de notre province jouissent de dirigeants compétents, de réseaux positifs et de nombreuses personnes dévouées qui oeuvrent chaque jour pour les renforcer et en assurer la sécurité.

C’est parce que cet équilibre existe encore, quoiqu’il soit fragile, que nous disons que l’Ontario est à la croisée des chemins.


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