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Examen des causes de la violence chez les jeunes (2008)

Volume 3 : section 3 :

Une volonté d’action : rapport rédigé par des jeunes sur nos revendications

et nos propositions en vue de remédier aux causes profondes

de la violence dans nos communautés

Préparé par Aleph Abebe et Craig Fortier avec le soutien de jeunes
et du personnel du collectif Grassroots Youth Collaborative

Le collectif Grassroots Youth Collaborative

Le collectif Grassroots Youth Collaborative (GYC) a été formé en mai 2004 pour proposer des politiques qui donnent aux jeunes l’occasion d’avoir voix au chapitre et de contribuer à leurs communautés. Nous sommes un collectif d’organismes de jeunes de races et de cultures diverses qui travaillent au sein de communautés sous-desservies, à faible revenu, racialisées et marginalisées, où la violence (en particulier la violence chez les jeunes) retient régulièrement l’attention des médias. Les programmes de nos organismes membres atteignent et mobilisent des jeunes qui participent rarement aux programmes traditionnels qui leur sont destinés.

À la date de publication, le collectif GYC se composait de 11 organismes membres : 4Unity Media Arts Association (4Unity), Beatz to Da Streetz, Canadian-Tamil Youth Development Centre (CANTYD), For Youth Initiative (FYI), Phase 1 Step Team, Rathburn Area Youth (RAY), Regent Park Focus, The REMIX Project, Schools Without Borders (SWB), la Somali Youth Association of Toronto (SOYAT) et le Young Diplomats Ethiopian Youth Development Group.

Le GYC veut renforcer les capacités des jeunes dans la ville de Toronto et élaborer des solutions aux problèmes et aux obstacles dans nos communautés. Notre collectif a été créé en 2004 alors que les organismes de jeunes se débattaient pour maintenir services et programmes après près de dix ans de sombres compressions dans le financement des organismes de services sociaux. Les compressions ont touché la plupart des grands organismes traditionnels, qui ont commencé à dépendre davantage du financement de projets plutôt que du financement de base. Toutefois, les organismes populaires de jeunes ont été plus gravement touchés, et un grand nombre d’entre eux étaient sur le point de disparaître.

Le GYC s’est formé pour rompre l’isolement et aplanir les obstacles sociaux, culturels et politiques qui empêchent les jeunes de prendre le contrôle de leurs propres communautés et de leur vie. Le travail du GYC se centre sur trois grands thèmes : (1) le partage des ressources et le renforcement des capacités pour les organismes de jeunes de la ville de Toronto; (2) la collecte de fonds pour les organismes de jeunes de la ville de Toronto; (3) la défense des droits et intérêts, la recherche et l’action à l’égard des problèmes sociaux que connaît la jeunesse de nos communautés.

« From the Roots Up! »

En mars 2006, le GYC a organisé un forum de deux jours dirigé par des jeunes sur le thème de l’établissement de communautés sûres et en santé et intitulé « From the Roots Up! A Youth-Led Forum on Building Safe & Healthy Communities ». Cet événement a rassemblé 250 jeunes provenant des communautés racialisées et marginalisées dans lesquelles nous travaillons et résidons pour débattre de revendications concrètes en matière de politiques en vue d’améliorer la qualité de vie dans nos communautés. Il a mené à un rapport et à un documentaire présentant les problèmes fondamentaux auxquels sont confrontés les jeunes de la région du grand Toronto (RGT) ainsi que les réponses et les recommandations en matière de politiques qui ont été proposées par les participants à tous les ordres de gouvernement.

Voici certaines des principales recommandations émanant de ce processus :

Le 3 avril 2006, le GYC a présenté ses recommandations à une délégation de 50 représentants de divers ordres de gouvernement. Depuis lors, il a continué de travailler à la mise en œuvre de toutes les recommandations figurant dans le rapport découlant du forum.

Le Secrétariat de l’examen des causes de la violence chez les jeunes

En octobre 2007, le GYC et les membres du personnel du Secrétariat de l’examen des causes de la violence chez les jeunes ont commencé à débattre du mode de collaboration que les deux parties pouvaient adopter pour compiler les résultats de la recherche et mettre de l’avant les perspectives des participants et des membres du GYC en vue de s’attaquer sérieusement aux problèmes à l’origine de la violence dans nos communautés.

Lassés par l’immobilisme qui avait suivi le processus From the Roots Up! en 2006, de nombreux membres du GYC craignaient de s’engager de nouveau dans un processus de recherche à caractère consultatif qui ne soit pas centré sur l’adoption de mesures dans l’intérêt de la communauté. Au cours de nos discussions, les membres du GYC ont cité de nombreux exemples de l’inaction gouvernementale qui a fait suite à des rapports commandés (comme ceux de la Commission royale sur les peuples autochtones et de l’enquête de 2006 sur l’affaire Meffe). Ils voulaient s’assurer que tout travail destiné à soutenir l’Examen des causes de la violence chez les jeunes et le rapport connexe aurait des répercussions positives et pragmatiques dans nos communautés.

Après avoir mené de sérieuses discussions et obtenu du personnel du Secrétariat l’assurance que les coprésidents Roy McMurtry et Alvin Curling étaient déterminés à s’attaquer aux problèmes sociaux qui touchent nos communautés, le GYC a accepté de proposer un projet au Secrétariat. Notre projet nous permettrait de faire de la recherche, de mobiliser des membres de la communauté et de présenter au gouvernement de l’Ontario un plan d’action clair pour remédier aux problèmes sociaux graves auxquels nos communautés sont confrontées.

En novembre 2007, le GYC a présenté sa proposition, acceptée après une rapide discussion par le Secrétariat de l’examen des causes de la violence chez les jeunes. Elle prévoyait trois grands axes :

  1. Documenter l’expérience
    1. Parcourir les publications des organismes de jeunes sur les causes sous-jacentes de la violence chez les jeunes.
    2. Collaborer à des projets de recherche parallèles.
  2. Organiser des séances de travail communautaires sur les obstacles et les solutions
    1. Travailler avec les communautés et les quartiers pour réaliser une analyse approfondie des problèmes à l’origine de la violence dans nos communautés et des solutions concrètes proposées par les jeunes pour les régler.
    2. Obtenir de la rétroaction sur l’exactitude et la pertinence des renseignements recueillis et de la recherche locale et internationale.
    3. Étudier ce qui est dit et par qui concernant les causes de la violence et commencer à cartographier les solutions proposées.
  3. Formuler des recommandations
    1. Formuler dans les domaines suivants des recommandations à partir des résultats de la recherche :
      1. des stratégies conçues par des jeunes à l’appui de communautés sûres et en santé;
      2. le soutien aux initiatives dirigées par des jeunes et aux efforts communautaires;
      3. l’apport de changements structurels qui amélioreront les conditions influant sur la violence dans nos communautés.
    2. Présenter des recommandations depuis les perspectives d’une jeunesse diverse dans la ville de Toronto. Pour garantir qu’elles seront axées sur des mesures concrètes, y inclure des stratégies immédiates, à moyen terme et à long terme et des mesures d’évaluation simples.

Le processus de recherche

Après avoir présenté leur projet, les représentants du GYC ont rencontré Roy McMurtry et Alvin Curling, coprésidents de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes, pour débattre de la recherche et pour préconiser un processus inclusif, transparent et axé sur l’adoption de mesures concrètes.

M. McMurtry a souligné que le processus de réalisation de la recherche serait le produit de ce travail. Autrement dit, les moyens que nous employons pour commencer à faire face aux problèmes à l’origine de la violence dans nos communautés sont aussi importants que les objectifs que nous cherchons à atteindre. Le GYC a dès le départ mis l’accent sur le processus à l’occasion de notre travail dans les communautés, et nous sommes encouragés par le fait que M. McMurtry reconnaisse son importance.

La présente section définit certaines questions fondamentales liées au processus que le GYC a jugé importantes dans la réalisation de la recherche auprès des jeunes racialisés et marginalisés, ainsi que pour nos expériences dans le cadre de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes. Elle vise à apporter d’importantes réflexions sur notre vécu en qualité de membres du personnel et de participants des organismes de jeunes dans le contexte de cette étude. Pour faire réellement du processus même le produit de cette recherche, nous devons souligner l’importance de l’établissement de communications ouvertes et publiques et d’une culture de respect dans la collaboration entre les communautés directement concernées et les études gouvernementales réalisées en vue d’élaborer et de mettre en œuvre des mesures législatives en matière de politique sociale.

Échéances et contexte

Les travaux de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes doivent être compris dans le contexte du climat social et politique dont l’Examen est issu. Comme suite au meurtre de Jordan Manners au printemps 2007, le gouvernement de l’Ontario et l’administration fédérale ont mis en œuvre des politiques réactionnaires cherchant à répondre par un programme de répression du crime à une « augmentation perçue du nombre de crimes violents » parmi les jeunes de la ville de Toronto :

Plus récemment, le gouvernement conservateur fédéral a adopté le projet de loi C 2, la Loi sur la lutte contre les crimes violents. Cette loi imposera des conditions plus strictes de mise en liberté, des peines d’emprisonnement minimales pour les jeunes contrevenants et des peines plus sévères pour les crimes commis au moyen d’armes à feu, la conduite en état d’ivresse, etc. Ce projet de loi omnibus a été adopté sans pratiquement aucun débat public ni aucune étude à long terme démontrant de mesures de ce genre (des mesures désormais considérées désuètes et inefficaces dans un grand nombre d’États américains).

En guise de contrepoids à ce programme de répression du crime, le premier ministre de l’Ontario Dalton McGuinty a entrepris de réaliser des recherches sur les politiques qui viseraient les problèmes à l’origine de la violence chez les jeunes. Une allocation de 15 millions de dollars (sur trois ans) au Fonds Action Jeunesse a été annoncée, et le Secrétariat de l’examen des causes de la violence chez les jeunes a été créé.

Les « causes profondes » (c. à d., la pauvreté, la transplantation, le racisme, le profilage racial, l’enseignement eurocentrique, la pénurie de logements abordables, le manque d’emplois ou de débouchés intéressants), définies depuis plusieurs dizaines d’années par les défenseurs de la justice sociale, les membres des communautés et les organismes populaires, ont été essentiellement négligées ou exacerbées par les politiques gouvernementales (en particulier depuis l’époque de Mike Harris). On ne s’y est pas attaqué avec l’urgence qui a marqué l’investissement par le gouvernement de centaines de millions de dollars dans le complexe industriel carcéral.

Par conséquent, un plan d’action global pour remédier aux problèmes à l’origine de la violence chez les jeunes devrait inclure la multitude de recherches, d’études et de rapports publiés par les organismes populaires au cours des dix dernières années. Malgré leurs contraintes de temps et leurs ressources limitées, ces petits organismes communautaires ont fait des centaines de contributions importantes et opportunes à la lutte contre des problèmes qui nuisent au bien-être de leurs communautés, mais dont la plupart des organismes gouvernementaux ont fait très peu de cas. On a constaté encore moins d’intérêt à l’égard de stratégies de mise en œuvre coordonnées et complètes, organisées entre les trois ordres de gouvernement, en vue de résoudre certains des principaux problèmes sociaux qui sous-tendent les causes de la violence dans nos communautés.

La durée de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes avait été fixée à un an. Toutefois, le GYC disposait de moins de 12 semaines (après la signature de l’entente). Même si notre collectif estimait important de contribuer à cette initiative de recherche, les contraintes de temps ont considérablement limité l’ampleur et l’intégralité du processus et de la recherche. Le GYC aurait préféré avoir davantage de temps pour réaliser cette recherche et présenter son avis sur des questions de politique, pas simplement au cours d’une période de politique réactionnaire, mais tout au long d’initiatives de planification de politiques sociales à long terme.

Transparence et confiance

Le GYC défend ardemment la transparence et l’ouverture lors des processus de consultation et de recherche au sein de la communauté. Nous considérons que les administrations ont trop souvent tendance à brouiller les cartes et à bureaucratiser et orienter la recherche de manière à ce que les résultats reflètent l’idéologie politique du gouvernement au pouvoir. Ce manque de transparence peut se manifester de nombreuses manières concrètes :

Le Secrétariat de l’examen des causes de la violence chez les jeunes a tenté de régler certaines des questions de transparence et de confiance au cours de nos réunions initiales. Il a pris contact avec le GYC à l’amorce du processus et a maintenu des communications assez régulières avec notre personnel et nos membres tout au long de l’initiative. Le Secrétariat a par ailleurs financé la contribution du GYC à la recherche. Le travail réalisé par le personnel pour comprendre de manière approfondie les problèmes auxquels sont confrontées les communautés et sur lesquels portait la recherche est à prendre en compte, malgré les contraintes de temps considérables et l’insuffisance du financement nécessaire à la réalisation d’une étude complète englobant réellement et plus amplement les problèmes touchant la jeunesse ontarienne.

Bien que ce travail par le personnel du Secrétariat ait contribué à établir des relations de travail avec le GYC, les travaux de McMurtry et Curling étaient entachés de problèmes évidents de transparence et de confiance qui ont directement nui à notre capacité à réaliser à titre de collectif des recherches significatives et à croire que nos travaux et les opinions des participants à notre programme seraient pris au sérieux par le gouvernement et les coprésidents chargés de présenter ces travaux de recherche.

Tout d’abord, il nous semble que l’un des coprésidents de cette étude, Roy McMurtry, ancien juge en chef de l’Ontario, manquait d’impartialité, car il avait en juillet 2007 autorisé le gouvernement de la province à donner son propre nom à la super-prison pour jeunes en construction à Brampton. Le complexe du Centre de jeunes Roy McMurtry, un établissement de garde de 192 lits en milieu fermé pour jeunes prisonniers, va à l’encontre des recommandations issues de l’enquête sur l’affaire Meffe, qui s’est traduite par la fermeture du Centre d’évaluation des jeunes de Toronto après le suicide de David Meffe en 2002. La principale préoccupation du GYC relativement à ce lien entre la super-prison pour jeunes et M. McMurtry est la contradiction directe entre la construction de la prison et une recommandation expresse de l’enquête Meffe. De ce fait, nous nous inquiétons de la possibilité que, de la même façon, on ne fasse aucun cas des recommandations issues de ce processus de recherche.

En deuxième lieu, le personnel du Secrétariat, tout en étant réellement intéressé par l’analyse, dans le cadre de l’étude, des idées et des expériences des jeunes racialisés et marginalisés, n’avait pas établi de liens de confiance à long terme avec les communautés dans lesquelles il voulait réaliser la recherche. Le processus visant à apporter des changements concrets à long terme dans nos communautés doit comprendre un engagement à long terme des fonctionnaires à soutenir les communautés et à travailler avec elles de manière continue pour définir les problèmes auxquels elles sont confrontées.

Un mandat clair, la collaboration et l’action

Au fil des ans, les organismes de jeunes ont rarement vu des gestes concrets dans la mise en œuvre des recommandations et des initiatives en matière de politique proposées par les membres de la communauté. Malgré la profusion de consultations, de forums et de recherches, les administrations (fédérales, provinciales ou municipales) ont pris peu de mesures illustrant un mandat clair et un engagement réel à travailler avec les communautés pour appliquer des politiques qui auraient des répercussions constructives à long terme.

Cette inaction contraste fortement avec les mesures réactionnaires qui suivent souvent rapidement une fusillade dans un lieu public ou un crime impliquant des jeunes de couleur. Plus précisément, des mesures comme l’accroissement des budgets pour les forces de police, les groupes d’intervention contre les bandes criminalisées et les armes à feu et la construction de la super-prison pour jeunes Roy McMurtry ont toutes été mises en œuvre sans ample consultation communautaire ni aucune recherche à l’appui, voire (dans le cas de la super-prison) à l’encontre de la recherche existante et des recommandations issues d’une enquête publique. La nature instable et contradictoire de la législation relative au système de justice pour les jeunes a mené à un manque de confiance de la communauté à l’égard de la volonté du gouvernement de mettre en œuvre des orientations politiques durables qui aideraient à régler certains des problèmes sociaux fondamentaux les plus graves auxquels sont confrontées les communautés racialisées et marginalisées en Ontario.

Ce rapport, les documentaires et les forums d’action communautaire découlant du processus de recherche visent à inciter directement le gouvernement de l’Ontario et tous les partis politiques de la province à adopter des politiques et des mesures législatives à long terme qui soient durables et d’inspiration communautaire. De plus, nous adressons ce rapport directement aux membres de nos communautés comme une invitation à l’action pour veiller à ce que ces revendications du domaine politique soient mises en œuvre rapidement, efficacement et avec la participation de nos communautés.

« Alternative Thoughts, Alternative Action ’08 and Beyond »

Ce document sur les causes de la violence à laquelle la jeunesse est confrontée est loin d’être un « rapport » au sens conventionnel du terme. Le GYC a été invité à participer à cet examen pour présenter directement la perspective des jeunes de nos communautés. Toutefois, nous avons décidé de ne pas appliquer la méthode éculée consistant à organiser des groupes de discussion formés de jeunes et à résumer leurs opinions dans un document. Nous considérions que, à ce stade, une telle démarche serait irresponsable et contraire à l’éthique. La quasi-totalité des organismes membres du GYC ont, comme le collectif même (voir le document Youth on Youth et From the Roots Up!), préparé dans le passé des rapports du même genre ou reçu des fonds pour en commander. S’adresser de nouveau aux mêmes jeunes pour leur demander encore une fois de faire part de leurs expériences et de leurs frustrations alors que les recommandations des rapports antérieurs n’ont pas été mises en œuvre trahirait notre philosophie communautaire. La littérature méthodologique féministe, qui inspire de nombreuses pratiques de notre organisme, a mis en évidence des préoccupations d’ordre éthique semblables dans sa critique de la recherche occidentale dans les pays du sud. Cette recherche a été décrite comme un « pillage de données brutes aux fins d’exportation » comparable à l’exploitation par les puissances coloniales des ressources matérielles du tiers monde (Miraftab, 2004 : 596).

Voix nouvelles

« Je suis souvent surpris par la passion, la ténacité et le professionnalisme affichés par mes pairs. Les plus grandes révolutions se sont faites sous l’impulsion des jeunes, et je crois que la seule chose nécessaire pour déclencher le même genre de changement généralisé dans nos communautés est un processus conscient d’éducation politique, par lequel les jeunes commencent à voir leurs problèmes privés comme des questions publiques et à réorienter leur attention pour passer de leurs alentours immédiats aux communautés dont ils font partie. »

Alpha Abebe, Young Diplomats
Participante de Strategizing Minds

Le présent document réunit des extraits de rapports précédents d’organismes populaires de jeunes, dont le contenu et les recommandations sont tout aussi pertinents dans le contexte actuel qu’ils l’étaient au moment de leur publication. Nous avons également inclus des remarques faites à l’occasion de « Strategizing Minds: Alternative Thoughts, Alternative Action ’08 and Beyond ». Cet événement a eu lieu le 26 janvier 2008, dans le cadre de l’Examen, en vue de rassembler des organisateurs de jeunes des communautés marginalisées et racialisées de Toronto pour une journée de collaboration et d’élaboration de stratégies. Au lieu de nous contenter d’un simple groupe de discussion, nous avons structuré ce forum sous la forme d’une réunion visant à élaborer des stratégies, de manière à ce que ce processus soit tout aussi important que le résultat. Les jeunes en provenance d’une grande variété d’organismes rassemblés pour cet événement étaient tous des entrepreneurs sociaux et des organisateurs communautaires exceptionnels qui avaient défini les causes profondes de la violence parmi les jeunes et avaient commencé à s’y attaquer bien avant que ce rapport soit commandé. Cette réunion de premier plan a mené à d’excellentes stratégies concernant la voie que nos communautés peuvent emprunter pour continuer de s’attaquer aux problèmes influant directement sur la violence et l’oppression dans nos communautés, et le rôle que les divers ordres de gouvernement doivent jouer dans cet effort en changeant les politiques désignées comme des obstacles à ce processus.

Grâce à notre travail communautaire et à nos contacts, nous avons répertorié quatre grandes catégories de problèmes qui contribuent au climat de violence affectant nos communautés dans la ville de Toronto. Sans être exhaustives, ces catégories reflètent les expériences et les réalités auxquelles sont confrontés les jeunes participants, le personnel des organismes membres du GYC et nos pairs dans la ville relativement à quatre thèmes généraux : 1) l’éducation; 2) la criminalisation; 3) la situation économique et les possibilités; 4) l’espace. Les discussions en petits groupes du forum Strategizing Minds ont été organisées autour de ces catégories, de même que les sections suivantes du présent document. Chaque section commence par des citations pertinentes sur le thème en question directement extraites du forum, et décrit l’incidence centrale du problème sur la violence chez les jeunes enregistrée à Toronto ainsi que les politiques précises ou l’inaction qui contribuent à perpétuer le problème. Notre collectif d’organisateurs de jeunes motivés et capables estime qu’il est important de répondre systématiquement par un plan d’action aux problèmes exposés. En conséquence, nous avons inclus dans le corps du rapport même et les sections intitulées Action à la base des exemples illustrant les moyens choisis par les communautés pour commencer à s’organiser relativement à ces problèmes. Finalement, le présent rapport s’achève sur une série de revendications. Nous mettons le gouvernement de l’Ontario au défi de les mettre en œuvre de manière efficace et opportune et de démontrer son intention réelle de donner suite aux résultats de l’étude qu’il a commandée il y a un an.

Éducation

Le théoricien brésilien Paolo Freire a écrit dans Pédagogie des opprimés, paru en 1970, que « soit l’éducation fonctionne comme un instrument utilisé pour faciliter l’intégration de la jeune génération dans la logique du système existant et pour favoriser la conformité, soit elle devient la pratique de la liberté, le moyen par lequel les hommes et les femmes font face à la réalité de manière critique et créative et découvrent comment participer à la transformation de leur monde » (Freire, 1970). Le curriculum de l’Ontario est depuis longtemps un instrument visant à supprimer et rejeter les contributions et le travail des communautés marginalisées et racialisées. Un passé marqué par le racisme, les pensionnats et un curriculum eurocentrique continue d’imprégner le système d’éducation actuel plus « multiculturel ».

Strategizing Minds

« L’éducation que nous avons tous reçue nous enseigne à penser dans des bulles — comme le Mois de l’histoire des Noirs. L’histoire des peuples africains est aussi celle des Nord et Sud-Américains! »

Participant de Strategizing Minds, 2008

Le concept selon lequel l’éducation est une voie vers l’autonomisation n’est pas nouveau. Tout au long de l’histoire, aux quatre coins du monde, les gens ont toujours demandé l’accès à l’éducation comme un moyen de faire valoir leurs droits civils. Le refus d’accorder un tel accès a souvent servi d’outil de soumission et d’oppression. Peu importe leur portée ou objet initial, les études réalisées antérieurement par les divers membres et alliés du GYC ont quasiment toutes mis en évidence l’importance primordiale de questions liées à l’éducation dans les efforts visant à éliminer les causes profondes de la violence et de l’oppression dans nos communautés.

En 2003, le groupe For Youth Initiative (FYI) a publié un rapport intitulé Exploring Empowering Education for Marginalized Youth in Toronto après avoir reçu des fonds de la Stratégie nationale pour la prévention du crime du ministère fédéral de la Justice. FYI est un organisme de jeunes membre du GYC qui s’appuie sur la culture populaire pour apporter des changements systémiques sociaux et la théorie du criticisme dans les rues de l’ancienne ville de York, d’Etobicoke-Nord et de Toronto-Ouest. Étant donné que cet organisme s’attache à offrir à des jeunes des occasions de renforcement des capacités par l’éducation, la formation et d’autres formes de mobilisation, les résultats de son étude sont particulièrement pertinents pour le présent rapport. De plus, si l’on tient compte du fait que la Stratégie nationale pour la prévention du crime (qui est la principale source de financement de l’étude de FYI) a pour mandat de faire avancer la prévention du crime dans la perspective des causes profondes du crime, les résultats et les recommandations présentés par FYI devraient être sérieusement pris en considération dans le rapport de l’Examen des causes de la violence chez les jeunes. Le rapport de FYI est rapidement décrit ci dessous. Pour en obtenir un exemplaire intégral, veuillez écrire à fyi@foryouth.ca.

Voix nouvelles

« Le rapport de Centraide intitulé Poverty by Postal Code a désigné 13 quartiers de Toronto comme secteurs prioritaires. En étudiant ces secteurs, en pénétrant dans ces espaces géographiques, on se rend compte que l’on peut suivre la pauvreté par code postal, mais aussi par groupe racial. Ainsi... l’aliénation associée à l’inaccessibilité financière fait que les universités ne sont qu’une lointaine possibilité pour beaucoup de ces jeunes. Ceux-ci sont rares à croire que l’université est un lieu auquel ils ont droit, dont ils pourraient faire partie. Comment s’en étonner? Avec l’augmentation des coûts, le message est clair : cet en-droit n’est pas pour nous. Avec l’éducation de type colonial que nous recevons de la maternelle à la 12e année, le message est clair : cet endroit n’est pas pour nous. »

Amanda Parris, confondatrice de Lost Lyrics
Participante à Strategizing Minds

Le rapport de FYI repose sur deux affirmations importantes : 1) les inégalités sont bien réelles dans le système d’éducation existant, en particulier pour les Noirs et les Autochtones, ce qui révèle le besoin de formes d’éducation plus pertinentes et stimulantes; 2) l’éducation alternative pourrait constituer une force libératrice et constructive pour la jeunesse marginalisée. Ce rapport comprend une analyse documentaire critique ainsi que les résultats de l’étude qualitative de FYI, qui s’appuyait sur cinq groupes de discussion et quinze entrevues approfondies avec des éducateurs et éducatrices et des jeunes de diverses origines sociales de Toronto. Leurs conclusions quant à la discrimination et au racisme au sein du système d’éducation n’étaient pas particulièrement surprenantes, et le rapport contient la remarque suivante : « Les élèves ne cessent de répéter qu’ils ont le sentiment d’être victimes dans les écoles de discrimination de la part du personnel enseignant et d’autres élèves. Cette étude va dans le même sens, presque tous les participants ayant décrit des expériences et des perceptions de racisme dans les écoles. » (FYI, 2003 : 13-14) Les sentiments ainsi exprimés étaient encore plus troublants lorsqu’ils provenaient de jeunes ayant abandonné prématurément le système d’éducation.

Dans l’économie canadienne de services, qui est hyper-industrialisée, on sait bien que l’accès au marché du travail est très réglementé par le système d’éducation traditionnel. Pour ce qui a trait à la violence à laquelle les jeunes sont confrontés, les principaux problèmes liés à l’éducation sont l’accès, la discrimination au sein du système d’éducation, un curriculum eurocentrique et colonial et des stratégies et programmes limités d’éducation alternative. La plupart des jeunes impliqués dans des actes de violence juvénile ont fait ou continuent de faire partie du système d’éducation canadien. Les politiques, les curriculums et les attitudes qui façonnent leurs expériences expliquent en grande partie pourquoi de nombreux jeunes échouent ou quittent ce système. Même s’il est désormais bien connu que les jeunes qui sont poussés hors de l’école secondaire ou qui l’abandonnent sont vulnérables à l’insécurité économique et sociale, et que cela peut souvent les mener à des situations de violence, on manque d’évaluations critiques de toutes les institutions jouant un rôle dans cette situation.

Voix nouvelles

« Si vous êtes déconnectés de quelque chose, comment pouvez-vous ensuite y participer, lorsque vous apprenez des choses qui vous sont étrangères? [...] Ces élèves ne se retrouvent pas, mais ils sont conscients d’être là. »

Ian Kamau, Schools Without Borders
Participant à Strategizing Minds

Par exemple, en 2004, Le Partenariat en éducation, un organisme national qui réalise des recherches et élabore des politiques alternatives pour le système d’éducation canadien, a publié un rapport intitulé The Quality of Public Education in Canada: Students At Risk. Ce rapport se fondait sur des données provenant des taux de pauvreté de l’enfance et d’abandon scolaire et de l’indice de vulnérabilité pour évaluer ce que les auteurs considéraient comme les principaux facteurs mettant les élèves « à risque » d’échec. Les quatre grands facteurs indiqués étaient la pauvreté, le développement naturel de l’enfant, l’influence parentale et le quartier (Levin et Peacock, 2004). C’est là un exemple du manque courant de volonté de remettre directement en question le système d’éducation pour le tenir responsable de ses contributions à l’environnement d’insécurité auquel il fait lui-même référence dans ses commentaires sur le « risque ».

Pour les besoins du présent rapport nous avons jugé nécessaire de situer les divers problèmes dans le contexte des politiques, des programmes et des institutions qui s’y rapportent. Nous tentons ainsi ouvertement d’éviter la possibilité qu’ils soient considérés comme des problèmes philosophiques. Nous désirons plutôt apporter notre contribution à une éducation politique généralisée qui permettrait aux jeunes d’aborder leurs problèmes personnels dans des perspectives très publiques. Une grande part des désillusions exprimées par les jeunes à l’égard de l’école sont liées à leur incapacité à se reconnaître dans le contenu enseigné. Dans son rapport, FYI cite le document Removing the Margins: The Challenges and Possibilities of Inclusive Schooling (Canadian Scholars’ Press), qui affirme que « considérer le curriculum comme “l’environnement global” et la culture au sein desquels la scolarité suit son cours signifie que la représentation dans l’éducation est atteinte par la création d’un sentiment de présence pour tous les élèves à l’école » (FYI, 2003 : 9). Il ne s’agit pas tant de renforcer l’« inclusion » au sein du système éducatif (c. à-d. de tenter d’ajouter d’autres cultures à un curriculum essentiellement de race blanche, eurocentrique et à prédominance masculine, sinon de « recentrer » le curriculum selon un modèle qui valorise les histoires et les luttes des peuples autochtones, des communautés racialisées, des femmes, des communautés homosexuelles, des communautés de personnes handicapées et des autres communautés pauvres ou marginalisées.

Même si le Mois de l’histoire des Noirs est une merveilleuse occasion de rendre hommage aux contributions et aux combats des Noirs en Amérique du Nord et de les souligner, il n’y a pas eu de tentative réelle visant à ce que l’ensemble du curriculum de l’Ontario représente et mette en valeur les récits et connaissances des communautés autochtones, pauvres, racialisées et marginalisées au Canada d’une manière qui reflète et valorise les élèves dans nos écoles. Comme l’a expliqué l’un des participants au forum Strategizing Minds, «nous ne sommes pas les seuls qui ont besoin d’apprendre notre histoire, les Blancs doivent aussi le faire, car ils sont également concernés ». Ian Kamau, autre participant de Strategizing Minds, ajoute :

Tout notre système d’éducation repose sur une structure européenne, avec des idées européennes et un concept européen. Cela ne serait même pas acceptable si ces classes étaient uniquement formées d’Européens ou d’élèves de souche européenne. Le problème est exacerbé par le fait que nos écoles sont si diverses, avec des gens de cultures, de religions, d’origines géographiques et de milieux économiques différents. Il devrait être naturel que la pleine réalité du monde soit enseignée en tant qu’histoire – pas seulement l’histoire, mais aussi l’actualité du monde contemporain, de manière à ce que les élèves soient éduqués sur l’ensemble du monde plutôt que sur une partie seulement – je ne crois pas que cela soit déraisonnable [...]. Lorsqu’ils parlent de l’histoire des Noirs, ils se contentent d’aborder l’esclavage, qui n’est qu’une part de l’expérience d’un groupe précis de Noirs. De même, lorsqu’ils traitent des Premières nations, ils n’évoquent que les pensionnats, alors qu’il y a tant d’autres expériences et contextes importants auxquels le curriculum consacre à peine une journée ou une page.

Ian Kamau, comme bien d’autres participants au forum Strategizing Minds, a expliqué de quelle façon ces problèmes liés au curriculum avaient des effets profonds et auraient déjà dû être examinés depuis longtemps.

En 2006, le GYC a reçu des fonds du ministère fédéral de la Justice pour organiser le forum From the Roots Up! consacré à l’établissement de communautés sûres et en santé. L’une des recommandations du rapport publié à l’issue du forum était le remaniement du curriculum des cycles primaire et secondaire par le ministère de l’Éducation de l’Ontario. Cette recommandation traduisait les préoccupations à l’égard du curriculum actuel exprimées par les jeunes pendant le forum. Comme l’a dit l’un d’eux, « ça laisse à penser... pourquoi recevons-nous 11 mois d’histoire européenne, aucun mois consacré à l’histoire autochtone et seulement un mois pour les histoires de tant de gens qui ont aidé à bâtir ce pays? » (GYC, 2006 : 12) Même avec le récent projet de construction d’une école afrocentriste à Toronto, le problème d’un curriculum eurocentrique et colonial demeure un des principaux obstacles à une éducation plus pertinente, accessible, honnête et apte à favoriser l’autonomie pour tous les jeunes au Canada. Toutefois, la discrimination au sein du système scolaire ne se limite pas au curriculum. Les jeunes marginalisés sont confrontés à des entraves à l’éducation découlant des politiques en matière d’éducation, comme le cloisonnement différentiel et la Loi sur la sécurité dans les écoles.

Le cloisonnement est de plus en plus problématique, car il limite les possibilités d’enseignement supérieur parmi les jeunes racialisés et marginalisés. Le rapport de FYI cite une étude publiée par la Coalition of Visible Minority Women, qui révèle que « les élèves noirs et leurs parents constatent souvent que le personnel enseignant et les conseillers d’orientation ont des attentes inférieures vis-à-vis des élèves noirs et qu’ils les encouragent à s’inscrire à des cours pratiques ou axés sur les sports, en suggérant que “l’élève ne pouvait pas aller bien loin”»(FYI,2003:34).La plupart des expériences des jeunes faisant partie des organismes membres du GYC confirment cette conclusion. Par exemple, le personnel d’approche de Young Diplomats, un organisme de jeunes qui propose un programme de mentorat aux jeunes Éthiopiens et Éthiopiennes à Toronto, doivent souvent « limiter les dégâts » et faire un mentorat intensif auprès de jeunes de leur communauté que les éducateurs ont découragés de continuer dans le système d’éducation.

La Loi sur la sécurité dans les écoles (LSE) est une autre politique critiquée par les jeunes, les parents, les travailleurs et travailleuses communautaires et même les éducateurs depuis son entrée en vigueur en 2000. Ces critiques proviennent du fait que la Loi établit les conditions pour l’expulsion et la suspension obligatoires et des preuves incontestables montrant que ce sont avant tout les jeunes Noirs et Autochtones qui subissent les effets négatifs de cette politique. Même si un grand nombre d’amendements ont été apportés à la Loi depuis 2000 (les modifications les plus récentes ayant pris effet le 1er février 2008), les décideurs ont ignoré les appels demandant son abrogation pure et simple et la mise en place de dispositions « qui rendront réellement les écoles plus sûres » (GYC, 2006 : 22). Lors d’un forum communautaire organisé à Scarborough pour débattre des récentes révisions de la Loi, une avocate de la African Canadian Legal Clinic a exhorté le groupe à ne pas se réjouir trop rapidement des modifications qui y avaient été apportées. Elle a rappelé à tous que la Loi n’avait pas été révisée du fait que le conseil scolaire avait simplement jugé nécessaire de le faire, mais parce que des élèves noirs et leurs parents déposaient des plaintes relevant des droits de la personne contre le conseil scolaire. Elle a expliqué que la réaction d’un élève justifiant ultérieurement une mesure disciplinaire était en fait souvent le résultat de faibles attentes du personnel enseignant et du harcèlement racial au sein de l’école. De plus, la formulation générale de la Loi soutient tout à fait le stéréotype du « fauteur de troubles », à forte connotation raciale. Les décideurs doivent, s’ils veulent corriger les politiques discriminatoires et s’attaquer en fin de compte aux causes de la violence à laquelle les jeunes sont confrontés, cesser de faire des changements superficiels aux politiques qui sont foncièrement nuisibles, comme la Loi sur la sécurité dans les écoles.

Action à la base

Lost Lyrics: Alternative Education through Hip Hop
Lost Lyrics est un programme de garde parascolaire en milieu alternatif qui a recours à la culture hip-hop pour aider à définir qui nous sommes et à exprimer une connaissance de soi. Ce programme de huit mois procure une atmosphère encourageante avec l’aide de mentors et de personnel d’animation pertinents qui travaillent avec des jeunes âgés de 11 à 14 ans dans les quartiers Jane-Finch et Malvern. L’objectif de Lost Lyrics est d’amener les jeunes à analyser de manière critique le monde qui les entoure et à utiliser cette nouvelle perspective par des arts créatifs comme les rimes, le cinéma, la photographie, la production de rythmes, etc

Criminalisation

Au lieu de débattre de la criminalité dans le contexte de la violence chez les jeunes, ce qui semblerait indiquer que la cause profonde réside en la jeunesse même, nous avons choisi de débattre plutôt de la criminalisation. La culture de criminalisation découle non seulement du système de justice pénale, mais aussi de toutes les autres institutions qui structurent notre société. La criminalisation est la manifestation des préjugés, de la peur et de l’oppression, et elle façonne la manière dont certaines personnes sont surveillées et, ultérieurement, traitées. Dans une certaine mesure, la criminalisation n’a pas à être abordée dans un rapport sur les causes de la violence chez les jeunes, car elle est souvent un précurseur qui définit ce qui est considéré comme de la violence et qui l’on choisit de considérer comme l’auteur de ces actes de violence. Cela dit, il nous a semblé impératif d’attirer l’attention sur cette question dans notre rapport afin d’inciter les décideurs à reconnaître de quelle façon les jeunes sont marginalisés de manière très réelle et nuisible.

Strategizing Minds

The thing on my head don’t mean a damn thang

People think a do-rag means you gang bang And it’s kind of funny how y’all stare

When really I’m just a kid who wants waves in his hair.

(Cette chose sur ma tête ne veut rien dire du tout

Les gens pensent que porter un foulard, c’est appartenir à un gang

Et c’est marrant comment ils vous regardent

Alors que je suis juste un jeune qui veut que ses cheveux fassent des « vagues »)

[« Do-Rag » a été interprétée au forum par l’artiste local Twest, qui est également un entrepreneur social de Lawrence Heights/Jungle]

Les problèmes soulevés par le groupe de travail sur la criminalisation au cours du forum Strategizing Minds étaient très variés. Les participants trouvaient qu’il était difficile de débattre de la criminalisation sans discuter des possibilités, et de discuter des possibilités sans souligner leur rareté. Les obstacles et les défis relatifs à la criminalisation comprenaient le logement, l’emploi, le racisme, l’homophobie et l’hétérosexisme, les programmes politiques, les dépenses injustifiées, la culture policière, la législation axée sur la criminalisation et l’hypocrisie. L’un des participants a décrit de manière générale le problème comme suit : « des structures politiques et économiques qui maintiennent certaines personnes à leur poste pour qu’ils puissent conserver le pouvoir et qui empêchent par des obstacles d’autres personnes d’avoir de l’influence ou du pouvoir. » Il y avait un consensus général sur le fait que certains groupes, certains quartiers et certaines écoles étaient la cible de pratiques d’exclusion et de criminalisation. Toutefois, il a également été reconnu qu’une partie de la criminalisation se doit aux contextes sociaux, qui poussent les jeunes dans des situations antisociales et violentes, lesquelles les mènent plus tard à être confrontés à des institutions disciplinaires. En réalité, les jeunes grandissent dans des environnements structurés par des obstacles à l’accès aux moyens de subsistance économiques et sociaux conventionnels. Il semble néanmoins exister un manque de volonté d’étudier les institutions qui contribuent à ces environnements et, au lieu de cela, une préférence à l’égard de la criminalisation des personnes qui résident dans ces environnements. Le GYC a par le passé exprimé sa préoccupation envers certains termes comme « jeunes à risque » et « violence chez les jeunes », qui illustrent la tendance à situer le problème en la personne même plutôt que dans le contexte. (Voir le document intitulé Youth on Youth: Grassroots Youth Collaborative on Youth Led Organizing in the City of Toronto pour obtenir des détails.)

Extrait de : Strategizing Minds: Alternative Thought, Alternative Action

Qu’est-ce que la criminalisation?

Des interventions policières fondées sur des partis pris et des préjugés

« Il n’y a pas moins de drogue dans certaines écoles secondaires que dans d’autres, mais certaines écoles sont pourtant perçues comme étant plus touchées ou problématiques dans ce domaine.

Priorités négatives en matière de services de police à L’identité des personnes détenues dépend de la plus grande présence de la police dans certains quartiers.

Le classisme influe sur la vision de la justice.

  • Une « industrie de la criminalisation » : On a répondu à « l’été/l’année des fusils » en allouant 55 millions de dollars à un groupe d’étude sur l’intervention policière, 100 millions pour la construction d’une super-prison et seulement 15 millions au financement de programmes pour la jeunesse.

Scot Wortley, un criminologue de premier plan de l’Université de Toronto, a réalisé un travail exemplaire pour exposer les pratiques racialisées des intervenants du système de justice pénale au Canada. Ses travaux montrent également que ce phénomène ne découle pas d’une « conspiration » au sein du système, mais reflète plutôt des préjugés profondément ancrés dans le tissu même de notre société. Le 19 octobre 2002, le Toronto Star a amorcé une série d’articles sur les races et le crime. Cette analyse révélait que, à Toronto, les Noirs étaient surreprésentés dans certaines catégories d’accusations, et que cela appuyait l’allégation selon laquelle la police de Toronto pratiquait le profilage racial. Leur compte rendu plutôt timoré du problème a été corroboré par de nombreuses preuves, dans le domaine universitaire par des chercheurs comme Scot Wortley ainsi que par des témoignages recueillis sur le terrain. En réponse à la série d’articles du Toronto Star, la police de Toronto a mené une campagne de dénégations menée par le chef de police de l’époque, Julian Fantino, qui a déclaré que « nous ne pratiquons pas le profilage racial [...] il n’y a pas de racisme [...] nous ne regardons pas la race, l’origine ethnique ou d’autres caractéristiques de ce genre et n’en tenons pas compte dans le traitement des dossiers et des personnes » (Wortley et Tanner, 2003 : 368). Des criminologues canadiens ont publié de nombreux documents qui prouvent le contraire, y compris des analyses quantitatives des données sur la déjudiciarisation, les accusations et la détermination des peines, de même que des témoignages qualitatifs de centaines de jeunes d’origine diverse de Toronto, dont les expériences relatives aux policiers en dit long sur les affirmations de Fantino (p. ex., Ruck et Wortley, 2002; Wortley et Tanner, 2003; Tator, 2006; Wortley, 2006).

The Neglected (le négligé) est une chanson de deux jeunes artistes de rap de Toronto, Abel Shimeles et Rosie Marfo. Elle a été écrite et enregistrée tout spécialement pour le documentaire du GYC sur les causes de la violence chez les jeunes dans le cadre de ce projet. Les paroles très fortes démontrent que les jeunes Canadiens et Canadiennes sont tout à fait conscients des formes de racisme et de criminalisation institutionnelles qui existent dans leurs communautés, malgré les dénégations de la plupart des leaders de ces mêmes institutions. Les paroles suivantes du deuxième couplet de The Neglected évoquent les stéréotypes que subissent les jeunes Noirs, comment ces perceptions étouffent leurs ambitions et leurs rêves, et comment ces jeunes trouvent malgré tout les moyens de ne pas se laisser abattre.

I’m the neglected, constantly tested. The government he want me arrested, society’s minds are infected. By the bullshit that is taught through institutions that me and u invest in [...] Too many blacks living in a stereotype. That was put on them from the beginning constantly sinning. For what, corruption within our own race. Like a race with no prize to chase it doesn’t make sense. Hence why I spit bout this. I see through system like lens on the other side of the fence. When expression is answered with neglecting. It usually leads to violent ways to show aggression. Anger builds with depression. But God’s been there for me with protection. That’s why I count all my blessings.

(« Je suis négligé, constamment mis à l’épreuve. Le gouvernement me veut en prison, les esprits de la société sont infectés. Par la merde enseignée par les institutions dans lesquelles vous et moi investissons [...] Trop de Noirs ont une vie stéréotypée. Cela leur a été imposé dès le début, constamment dans le pêché. Pour quoi, corruption dans notre propre race. Comme une course sans aucun prix à décrocher, ça n’a aucun sens. Alors pourquoi je crache là-dessus.

Je vois à travers le système comme une lentille de l’autre côté de la barrière. Lorsqu’on répond à l’expression en l’ignorant. Ça mène souvent à des réactions violentes qui montrent l’agression. La colère grandit avec la dépression. Mais Dieu est à mes côtés pour me protéger. C’est pourquoi je suis vraiment conscient de ma chance. »)
Voix nouvelles

GYC : Youth on Youth (2005 : 25)

« Ce qui me dérange, c’est l’hypothèse de base derrière le terme “à risque” [...] et la réduction de son sens. À mon avis, il existe de nombreux obstacles institutionnels qui empêchent les jeunes en général de participer pleinement au sein de la société. Cette catégorie “à risque” est une manière de ne pas faire face à ces obstacles [...] aux obstacles que constituent le racisme institutionnel, la pauvreté, les problèmes de logement [...] ce sont là les vrais problèmes. La terminologie “à risque” dissimule ces problèmes, car c’est une manière de dire, “nous ne pouvons pas faire face à ces obstacles systémiques, nous voulons seulement nous axer sur les programmes visant les jeunes de la communauté qui ne parviennent pas à surmonter les obstacles que nous élevons, les jeunes qui réagissent à ces obstacles de différentes manières destructrices pour eux-mêmes et pour les autres. »

Adonis Huggins,
Regent Park Focus

Le Regent Park Focus Youth Media Arts Centre est un organisme à but non lucratif membre du GYC, qui est inspiré par les jeunes et voué à l’étude des questions et au développement des ressources qui soutiennent des communautés en santé et qui réduisent les obstacles systémiques à une participation sociale équitable. Ce centre d’arts médiatiques a été établi en 1989 et est un leader novateur dans la mobilisation des jeunes par des productions médiatiques dirigées par des jeunes. Regent Park TV (RPTV) est une station de radiodiffusion sur Internet dirigée par les jeunes du Centre, qui diffuse des interviews, des débats, des sketchs, des documentaires, des émissions d’information et des messages d’intérêt public, ainsi que des films de super 8. Elle procure ainsi une tribune où la jeunesse locale peut faire part de ses expériences, partager ses histoires et approfondir les questions qui les touchent personnellement ou auxquelles leur communauté est confrontée. (Voir les sites www.regentpark.tv ou www.catchdaflava.com pour obtenir plus de renseignements.)

Voix nouvelles

RPTV : Police and Youth Relations, partie II

« [...] en général, ce sont les plus grands qui viennent et essaient de nous harceler et tout ça – ils essaient de t’intimider, tu sais, en te faisant passer pour un idiot. C’est ce que je n’aime pas chez eux. »

Jeune résident de Regent Park

« [...] certains policiers sont corrects, mais d’autres aiment te harceler. À Regent Park, ils font ça beaucoup, tu sais. »

Jeune résident de Regent Park

RPTV : Police and Youth Relations, partie III

« Nous étions à deux sur la bécane, et la police nous a arrêtés. Ils nous ont expliqué que c’était illégal de monter à deux, et ils se sont mis à nous fouiller. Alors je me suis énervé, en leur disant “pourquoi vous nous fouillez si on ne faisait que monter à deux, ce n’est pas logique. Vous ne pouvez pas juste me donner une amende et me laisser partir?” Ils ne m’écoutaient pas vraiment et ont commencé à crier [...] “c’est notre boulot, on connaît les règles, on connaît la loi, tu ne sais rien, alors ferme-la”. Ils nous ont maintenus allongés à plat ventre en plein milieu de la rue. »

Jeune résident de Regent Park

RPTV a diffusé une série de messages d’intérêt public en trois parties réalisée par des jeunes sur le thème des relations entre la police et les jeunes. La série traite des problèmes de profilage racial, de harcèlement policier et de corruption policière par des interviews, des récits personnels et des émissions de fiction. Ces vidéos de courte durée (accessibles dans les archives du site Web) décrivent notamment les expériences négatives réelles de jeunes avec la police de Toronto. Elles présentent aussi des solutions très novatrices aux problèmes proposées par les jeunes mêmes. En réponse au problème du harcèlement des jeunes par la police dans leurs quartiers, un message d’intérêt public suggère que « la police devrait profiter de ses patrouilles pour bâtir de meilleures relations avec les jeunes en les informant des programmes, des services et des possibilités d’emploi » (RPTV : Police and Youth Relations, partie II). Un autre message indique que « le gouvernement devrait établir un processus indépendant permettant de présenter des plaintes contre la police et toutes les plaintes devraient faire l’objet d’une enquête approfondie » (RPTV : Police and Youth Relations, partie III).

Toronto Youth election poster: Prevention or Detention?  Bullets or Basketball?

Cette suggestion a été reprise au forum Strategizing Minds, où les participants ont souligné le besoin de « contrôler la police » par un système de surveillance indépendant. Une autre recommandation judicieuse, déjà présentée à Justice Canada par le GYC, était la nécessité de « soutenir des initiatives communautaires en matière de sécurité qui soient indépendantes du service de police de Toronto et de tout autre service chargé du maintien de l’ordre » (GYC, 2006 : 18). Comme le prouve la décision de construire une super-prison pour jeunes de 100 millions de dollars au lieu d’investir dans des programmes pour les jeunes, les politiciens et les intervenants du système de justice ont montré que leurs réponses à la criminalité chez les jeunes ont des motivations politiques plutôt que sociales. L’inclusion réelle et le soutien déterminé de démarches communautaires en matière de sécurité seraient un pas indispensable dans l’autre direction, et seraient bien plus efficaces pour atténuer la violence à laquelle les jeunes sont confrontés que toute autre approche de maintien de l’ordre.

Action à la base

No One is Illegal (Toronto) est un groupe d’immigrants, de réfugiés et de partisans qui luttent pour les droits de tous les migrants à vivre avec dignité et respect. Parmi leurs revendications, mentionnons l’arrêt des détentions et des déportations, la suppression du profilage racial ou religieux et la reconnaissance de la souveraineté autochtone. Ce sont eux qui ont poussé le Toronto District School Board à adopter en 2007 une politique empêchant les écoles de Toronto de demander, de communiquer ou de partager des renseignements sur le statut d’immigrant des élèves, donnant ainsi à tous les jeunes accès à l’éducation sans crainte.

Situation économique et possibilités

Même si la violence existe certainement en l’absence de difficultés économiques, l’impression générale est que de nombreux jeunes ne seraient pas placés de force dans des situations se caractérisant par un risque élevé de violence s’ils disposaient de voies viables et accessibles pour parvenir à une autosuffisance économique réelle. Il existe une multitude de questions de nature économique, comme l’obtention d’un emploi intéressant, l’autodétermination, les choix de carrière, les plafonnements voilés, la discrimination au travail et l’accès général.

Strategizing Minds

« Certaines jeunes prometteurs sont inspirés par le travail de nos organismes, mais ne trouvent pas de soutien dans le monde extérieur. Je parle de personnes que j’engagerais volontiers comme bras droit dans ma propre entreprise, mais qui, au lieu de cela, travaillent à Tim Horton. »

Participant au forum Strategizing Minds, 2008

Au cours du forum Strategizing Minds, le groupe de travail chargé du thème « situation économique et possibilités » a eu une vive discussion sur les défis et obstacles connexes auxquels les jeunes de Toronto sont confrontés. Un grand nombre des obstacles institutionnels qui mettent les jeunes dans des situations sociales difficiles menacent également les organismes s’efforçant de mobiliser les jeunes et de renforcer leur autonomie. En matière de politique, les réponses visant à créer davantage de possibilités (économiques ou autres) pour les jeunes marginalisés doivent s’accompagner d’appuis soutenus à l’intention des organismes et des groupes les plus proches de la vie et de la culture de ces jeunes. Mario Murray (alias TheVoyce) a été l’un des organisateurs de Strategizing Minds. Il est également animateur d’atelier et coordonnateur des activités pour Beatz to Da Streetz, un organisme membre du GYC qui gère un programme artistique novateur visant le renforcement de l’autonomie et l’ouverture de possibilités de mentorat professionnel, d’éducation et de création de sources de revenu pour les jeunes sans-abri et sous-desservis de Toronto. Au sein du groupe de travail de Strategizing Minds chargé du thème « situation économique et possibilités », Mario a relevé que « dans le monde, l’argent circule sans cesse, tout ce que nous avons à faire, c’est en avoir qui circule dans nos organismes pour que nos jeunes n’aient pas toujours à aller préparer des hamburgers, mais puissent acquérir une expérience et des aptitudes réelles à partir de notre travail artistique, administratif et de coordination intensif. »

Nous avons pour des raisons de facilité structuré le présent rapport selon les thèmes de l’éducation, de la criminalisation, de la situation économique et des possibilités, et de l’espace, mais il faut noter que ces questions ne sont absolument pas mutuellement exclusives. Au contraire, elles sont fondamentalement indissociables. Il est impossible de débattre de la situation économique et des possibilités sans souligner les répercussions d’un manque d’éducation sur les débouchés, le fait qu’il soit quasiment impossible d’obtenir un emploi durable avec un casier judiciaire, et comment le manque d’espace communautaire pour mener des programmes à l’intention des jeunes empêche les organismes de transmettre aux jeunes marginalisés des connaissances élémentaires et des aptitudes sociales essentielles. Dans aucun autre domaine on ne trouve autant de facteurs sociaux déterminants si interreliés que pour ce qui a trait aux jeunes de la rue ou sans-abri. En 2004, le Toronto Youth Cabinet a publié un rapport sur les jeunes sans-abri intitulé Catch Us Before We Fall, fondé sur un forum en deux parties consacré aux problèmes de logement. Ce rapport demandait aux décideurs de prendre conscience de l’incidence des problèmes de santé mentale, de la dépendance, des politiques en matière d’éducation et des services d’aide sociale sur les conditions de vie précaires de tant de jeunes Torontois et Torontoises. Cette constatation est un nouvel exemple démontrant la nécessité d’adopter une démarche multidimensionnelle relativement au développement des jeunes.

Voix nouvelles

TYC: Catch Us Before We Fall (2004 : 7)

Éducation et formation :

  • Les jeunes sans-abri sont confrontés à de nombreuses entraves à l’accès pour s’inscrire dans des écoles ou d’autres établissements d’enseignement officiels, y compris les stages et la formation en appren-tissage, ce qui les prive encore davantage de leur droit à l’éducation.
  • Les jeunes sans-abri sont également confrontés à des entraves à l’accès aux programmes de stimulation de l’emploi.
  • Les jeunes sans-abri ayant des troubles mentaux ou des problèmes liés à l’alcool ou à la drogue n’ont pas suffisamment de mécanismes de soutien bien centrés, comme les programmes de réduction des méfaits.
  • La tolérance zéro dans les politiques et la législation en vigueur sur la sécurité dans les écoles met les jeunes à risque dans des situations de plus en plus préjudiciables, par des suspensions et des expulsions pendant lesquelles ils n’ont aucune activité productive ni aucun soutien.

Emploi :

  • Les jeunes sans-abri qui survivent grâce à l’aide sociale ont du mal à trouver des emplois leur permettant de toucher un salaire de subsistance. Qu’ils travaillent ou qu’ils ne perçoivent que l’aide sociale, ils touchent quasiment la même somme. Les centres ordinaires d’emploi pour jeunes n’aident pas ces derniers vis-à-vis des problèmes de dépendance.
  • Il existe des obstacles complexes qui empêchent les jeunes sans-abri ayant des troubles mentaux ou des problèmes liés à l’alcool ou à la drogue d’obtenir un emploi.
Report on Youth Homelessness

En 2006, la Somali Youth Association of Toronto (SOYAT), un organisme de jeunes membre du GYC, s’est associée avec la Commission de formation de Toronto pour publier un rapport qui aide à élucider ce problème. Ce document, intitulé Towards an Integrated Strategy: Maximizing use of local resources, porte sur les meilleures pratiques et les obstacles au recours aux services d’emploi d’Etobicoke-Nord par les jeunes d’origine somalienne. La SOYAT s’est entretenue avec le personnel d’agences de placement, des parents somaliens et des jeunes Somaliens et Somaliennes pour comprendre pourquoi si peu de jeunes issus de cette communauté s’adressaient aux agences de recrutement d’Etobicoke-Nord. (Pour obtenir la version intégrale du rapport de la SOYAT, veuillez écrire à l’adresse info@soyat.org.)

La SOYAT a constaté que 82 % des jeunes Somaliens et Somaliennes interrogés n’avaient jamais participé à un service ou un programme de formation à l’emploi, ce qui confirmait l’hypothèse initiale de l’étude. L’étape suivante était une analyse des obstacles entravant l’accès à ces services par les jeunes d’origine somalienne. Même si « de nombreux membres du personnel des agences évoquent des obstacles personnels comme les familles gynoparentales, l’absence de modèles et le fait que les parents empêchent les enfants d’accéder au marché du travail [...] les jeunes ont souligné les obstacles institutionnels et systémiques comme le racisme, la discrimination fondée sur l’âge et les préjugés institutionnels » (SOYAT, 2006 : 5). Ont également été soulevées des préoccupations d’ordre pratique reflétant les lacunes des programmes existants. Par exemple, lorsque l’on a demandé aux répondants de classer par ordre d’importance les obstacles les plus courants nuisant à leur capacité ou leur volonté de recourir à des services d’emploi, le transport était de loin cité comme la principale entrave par les jeunes Somaliens et Somaliennes qui ne s’étaient jamais rendus dans une agence de placement. « Ils ont indiqué avoir besoin d’un moyen de transport ou de billets d’autobus lorsqu’ils recherchent un emploi ou débutent à un emploi, et aucune des agences ne leur en fournit. Les jeunes rapportent souvent que leurs familles sont prestataires de l’aide sociale. » (16) Même si certains jeunes sont confrontés à des obstacles d’ordre essentiellement pratique, d’autres, qui sont passés par des agences, ont expliqué le désabusement à l’égard de ce genre de programmes provoqué par la discrimination dont ils avaient fait l’objet dans ces agences, sur le lieu de travail et pendant le processus de recrutement.

Au caractère inadéquat d’un grand nombre de programmes et d’agences de placement pour les jeunes s’ajoute le fait indéniable que ces jeunes sont souvent dans une situation économique difficile. Young Diplomats (YD), un organisme de jeunes, membre du GYC, qui travaille avec de jeunes d’origine éthiopienne à Toronto, a exécuté un projet de recherche communautaire commandé par l’Université de la paix des Nations Unies en 2006. Dans le document intitulé Youth Perspectives: Challenges to peacebuilding and development in the Ethiopian community, YD a présenté les conclusions de questionnaires et de groupes de discussion menés auprès de plus de 175 jeunes Éthiopiens et Éthiopiennes de la RGT.

Voix nouvelles

SOYAT: Towards an Integrated Strategy (2006 : 17)

« Pour ce qui est de l’agence, j’ai une amie, elle ne porte pas le hijab, elle n’est même pas musulmane, mais elle et moi on est inscrites dans la même agence, et on a les mêmes qualifications. Avec ces agences, vous attendez à la maison qu’elles vous appellent et vous trouvent un emploi. Elle reçoit beaucoup d’appels pour des emplois et m’en parle, mais moi personne ne m’appelle. Et je dois les appeler et leur parler du poste, et c’est comme ça que je l’ai trouvé. »

Jeune participante somalienne

On a demandé aux jeunes de décrire les principaux défis et problèmes auxquels ils étaient confrontés dans leur vie quotidienne, sans choix de réponse préétablis. Parmi les neuf catégories générales selon lesquelles leurs réponses ont été classées, la catégorie « problèmes pour obtenir un emploi ou de l’argent » comptait le plus grand nombre de réponses, 25,5 % des jeunes les citant comme préoccupation principale (YD, 2006 : 35). Par ses questionnaires et ses groupes de discussion, YD a constaté que les jeunes avaient très souvent indiqué manquer de modèles positifs et que, en conséquence, ils « se livraient à des activités non constructives, étaient mal informés sur les possibilités d’éducation, avaient des difficultés à identifier les ressources au sein de la communauté et subissaient des contraintes économiques » (41). Cette étude étant de nature participative et axée sur l’action, YD a recommandé que soit mis en œuvre à l’intention de ces jeunes un programme complet de mentorat englobant des volets sociaux, éducatifs et professionnels. Cette recommandation a mené à un programme très réussi, que YD a mis en place avec des fonds du Fonds Action Jeunesse et de la Toronto Community Housing Corporation. (Pour obtenir la version intégrale du rapport de YD, veuillez écrire à info@youngdiplomats.org.)

En plus d’aider les jeunes à trouver des possibilités d’emploi, les organismes populaires peuvent eux-mêmes être une source d’emploi. Les fonds alloués à ces organismes et générés par ces derniers donnent l’occasion de recruter des jeunes pour la prestation des programmes et de trouver des façons de rémunérer les jeunes dans le cadre des activités et des extrants des programmes. Dans le rapport du GYC Youth on Youth, Gavin Sheppard, de IC Visions (rebaptisé projet REMIX), expliquait que ce que l’on décrit comme des « initiatives d’entreprenariat social », qui sont légèrement différentes des activités habituelles sans but lucratif, avaient des répercussions très positives.

Voix nouvelles

GYC : Youth on Youth (2005 : 50)

« Je pense que [le taux de roulement élevé des projets et du personnel] nuit aux jeunes en ce qui concerne leur logement, car il y en a ici qui doivent payer un loyer [...] On imagine souvent que les jeunes ne vivent pas seuls et n’ont donc pas besoin d’un emploi de ce genre [et] lorsqu’ils perdent cet appui ils font marche arrière sous bien des aspects [...] Ils doivent aller au McDonald’s accepter un emploi sans intérêt qui ne leur procure pas les compétences nécessaires pour reprendre leurs études et passer à l’étape suivante. »

Adonis Huggins, Regent Park Focus

Le même rapport du GYC souligne également l’importance de verser un salaire adéquat aux jeunes qui travaillent dans ces secteurs d’action populaire à but non lucratif. Il s’agit pour un grand nombre d’entre eux de leur seule source de revenus, et ils démontrent par leur excellent travail qu’ils méritent un salaire suffisant et viable. Dans l’ensemble, le soutien doit provenir de toutes les directions : les jeunes ont besoin d’emplois plus intéressants; des agences de placement pertinentes et équitables doivent être établies; les organismes populaires nécessitent un financement viable; il doit exister un engagement à procurer à tous les jeunes un accès total aux possibilités après qu’ils ont bénéficié de formation et d’occasions de perfectionnement des compétences. Comme pour tous les autres points abordés dans le rapport, il est nécessaire d’orienter les politiques et les fonds de façons plus pertinentes et davantage axées sur la communauté.

Action à la base

Le projet Remix

Le projet Remix est un programme artistique dirigé et inspiré par des jeunes désireux de faire carrière dans le secteur des arts urbains. Ce programme sert de relais vers l’emploi, l’éducation et le mentorat en soutenant les compétences et les aspirations des jeunes dans des domaines aussi divers que la radio, la musique, le cinéma et la télévision, l’animation et la conception web, le graphisme, la création littéraire et la photographie, et en créant des possibilités de développement professionnel et créatif dans ces secteurs.

Espace

Parler d’espace relativement à la violence à laquelle les jeunes sont confrontés, c’est reconnaître que la jeunesse doit être mobilisée, dans sa vie quotidienne, par des activités sociales et récréatives organisées par des personnes et des organismes aux vues similaires et sensibles à ses particularités culturelles. C’est aussi admettre que l’on ne manque pas d’espace au sens absolu. Il y a plutôt un manque de volonté de reconnaître que tous les jeunes de toutes origines et de tous milieux, sont des membres égaux de notre société et méritent donc un accès égal à toutes les ressources qui sont disponibles.

Strategizing Minds

« Dans un article rédigé par un groupe de pédiatres [...] ils expliquent que tant que ce n’est pas un enfant blanc qui est blessé, on néglige totalement la perspective humaine du problème; on ne le considère pas comme un problème social pour lequel une thérapie est nécessaire, mais comme un problème de nature criminelle. Donc, lorsque nous venons demander de l’espace, ils demandent “de l’espace pour quoi? Pour les trafiquants de drogue, pour cacher des criminels?”. Même s’ils utilisent le concept de multiculturalisme pour vanter Toronto, ils ne l’ont pas vraiment adopté. Lorsque nous parlons d’espace, ils ne comprennent que ce n’est pas le leur – il ne s’agit pas de donner leur espace, tout cela, c’est notre espace. »

Participant de Strategizing Minds, 2008

Le groupe For Youth Initiative (FYI) est à l’avant-garde d’un mouvement qui exerce des pressions pour élargir à l’intention des organismes populaires l’accès à de l’espace convivial pour les jeunes. À titre d’organisme desservant l’ancienne ville de York, ce groupe a trouvé très frustrant le manque général d’espace communautaire à la disposition des organismes qui comme lui travaillent avec la jeunesse de communautés racialisées et marginalisées et qui ont pourtant si peu d’espace pour œuvrer. Avec le financement de la Fondation Trillium, FYI s’est associé avec Urban Arts en 2005 pour effectuer une étude complète consistant principalement à cartographier l’espace et l’actif dans l’ancienne ville de York (quartiers nos 11 et 12). Les réunions et les entrevues organisées dans le cadre de l’étude avec des fournisseurs de services, des jeunes et d’autres parties intéressées ont mis en évidence des problèmes cruciaux liés à la rareté de l’espace et des programmes pour jeunes dans les quartiers nos 11 et 12, tout en apportant de l’information essentielle sur les grandes questions concernant l’espace accessible par les jeunes à Toronto.

L’accès à l’espace public était également un thème important qui s’est dégagé des discussions avec les membres du GYC en 2005, comme l’atteste le rapport Youth on Youth du collectif. Cutty Duncan, de l’organisme Rathburn Area Youth (RAY), décrivait comme suit les difficultés auxquelles il était confronté en raison du manque d’espace dans l’atteinte de sa mission et de son mandat organisationnels : « Nous desservons quasiment tout le centre d’Etobicoke [...] c’est une zone très vaste [que nous sommes supposés desservir] et il n’y a pas un seul organisme ici [...] Ce que vous voyez en bas des escaliers est le seul espace communautaire dont nous disposons, ce qui fait que nous ne pouvons même pas l’annoncer, car nous aurions tout de suite trop de gens[...]nous n’avons tout simplement pas l’espace et les installations nécessaires » (GYC, 2005 : 45). Les membres du GYC ont rapporté les nombreux obstacles institutionnels qui entravent leurs tentatives en vue d’obtenir des espaces convenables et sécuritaires pour exécuter des programmes récréatifs à l’intention des jeunes. Les démarches bureaucratiques que les organismes communautaires doivent faire afin d’obtenir de l’espace pour leurs programmes à l’intention des jeunes sont tout à fait superflues et contreproductives.

Voix nouvelles

FYI: Thinking About Tomorrow’s Space Today (2005 : ii)

Problèmes liés à l’espace :

  1. Nécessité de donner accès à l’espace dans les écoles
  2. Lacunes au niveau de l’espace existant
  3. Temps limité disponible et emplacement de l’espace
  4. Monopolisation de l’espace par les titulaires de permis de longue date
  5. Manque d’espace « convivial pour les jeunes » et réservé à ces derniers
  6. Le « terrain miné » que constituent l’obtention de l’espace communautaire et les prises de position dans ce sens
  7. Le mauvais état des installations actuelles (FYI, 2005 : iii)
Programmes récréatifs pour les jeunes dans l’ancienne ville de York

Vathany Uthayasundaram, ancienne coordonnatrice de programmes au Canadian Tamil Youth Development Centre (CANTYD), un organisme de jeunes membre du GYC, a décrit le « processus interminable menant souvent à une impasse » que son personnel doit suivre dans le but d’obtenir des locaux pour une simple partie ouverte de basket-ball : « Même pour une partie ouverte de basket-ball, nous devons courir dans tous les sens pour trouver un gymnase dans un centre communautaire [...] mais les gymnases sont parfois réservés un an à l’avance [...]. Ensuite, il y a le financement des permis [...] tout le processus à suivre. Il faut appeler un département, remplir un formulaire, puis le déposer à un autre département [...] nous n’avons pas tout ce temps [...] souvent nous n’obtenons pas ce que nous voulons, et les jeunes ne comprennent pas le processus [...]. Nous avons des problèmes de budgets, de locaux, de permis! » (GYC, 2005 : 45). Le personnel est généralement sous-payé et accablé de travail, et les tâches à accomplir pour simplement obtenir de l’espace accaparent souvent des ressources humaines et physiques précieuses qui doivent être détournées des programmes.

La réticence à ouvrir l’espace municipal existant aux organismes populaires s’explique notamment par des préoccupations budgétaires (p. ex., la rémunération des concierges qui restent sur place après les heures d’ouverture). Toutefois, les participants à un forum sur les activités récréatives organisé en 2002 par la Laidlaw Foundation ont expliqué de façon très logique que les gains découlant de l’appui au renforcement de l’infrastructure et des programmes récréatifs (même si l’on ne tient compte que de l’aspect quantitatif) peuvent facilement dépasser les coûts : « Les investissements dans des activités de loisirs à l’intention des jeunes se rentabilisent d’eux-mêmes. À court terme, les familles à faible revenu qui ont accès aux services récréatifs quittent l’aide sociale en plus grand nombre et leur besoin d’une vaste gamme de services sociaux et de santé diminue. À plus long terme, les activités récréatives pour les jeunes se répercutent par une assiduité scolaire plus élevée, de meilleurs résultats scolaires et des aptitudes scolaires, sociales et interpersonnelles renforcées, ce qui est un très bon indicateur de réussite dans l’enseignement supérieur et dans les carrières qui suivront » (cité dans FYI, 2005 : 9).

Les participants au groupe de travail chargé du thème de l’espace pendant le forum Strategizing Minds ont eux aussi affiché le même optimisme quant aux répercussions possibles d’une telle ouverture de l’espace communautaire. Ils expliquent que de nombreux jeunes ont un « attachement géographique » à leurs quartiers, mais manquent d’un « lien réel avec les problèmes auxquels la communauté est confrontée ». L’obtention d’un accès total aux ressources communautaires pourrait commencer à inverser cette tendance. En effet, les jeunes se considéreraient comme des membres à part entière de leurs communautés, et l’accès physique se traduirait par un accès civique qui pourrait amorcer leur mobilisation à l’égard des questions touchant leurs communautés. Andrea Zammit, coordonnatrice actuelle du GYC et ancienne directrice de programmes du groupe For Youth Initiative, a expliqué plus en détail l’importance de l’ouverture d’espaces conviviaux pour les jeunes au cours de Strategizing Minds :

Au cours des six dernières années, j’ai travaillé avec des jeunes dans de nombreux quartiers sous-desservis à faibles revenus de Toronto, où l’accès à l’espace public a été l’un des principaux défis. Il est fréquent que les jeunes partagent de petits appartements avec de nombreux membres de leur famille. Ces jeunes ont besoin d’espace pour rencontrer leurs amis, d’un espace calme pour faire leurs devoirs, d’un espace les protégeant des brutalités et du harcèlement policiers et d’un lieu où s’exprimer par l’entremise des arts et où accéder à des programmes socio-récréatifs. Les centres communautaires et les programmes gérés par les fournisseurs de services sociaux traditionnels qui disposent d’installations ne sont pas « axés sur les jeunes » ou accessibles par ces derniers, en particulier dans le cas des jeunes Noirs.

Voix nouvelles

FYI: Thinking About Tomorrow’s Space Today (2005 : 25)

« Si nous mobilisons les gens de notre communauté, nous pou-vons élever suffisamment nos voix pour dire “vous savez quoi, nous payons des impôts comme les autres. Nous ne faisons pas l’aumône. Nous demandons ce qui nous revient de droit”. »

Voix de jeune, FYI

Le dernier rapport publié par le GYC, From the Roots Up!, comprenait une recommandation adressée à la ville de Toronto en vue de l’élargissement de l’utilisation des installations et de l’espace pour les programmes dirigés par des jeunes. Il est encourageant de voir que des pas ont été faits dans cette direction, le plus récent étant l’annonce que l’Ontario accroîtra son investissement dans le Programme d’utilisation communautaire des installations scolaires pour le faire passer à 66 millions de dollars au cours des quatre prochaines années. Le communiqué publié le 5 février 2008 par le Cabinet du Premier ministre indiquait que ces nouveaux fonds serviraient aux fins suivantes :

Au moment de la rédaction du présent rapport, cette annonce demeure une promesse, et seul le temps nous dira si elle sera honorée. Depuis la publication en 2005 du rapport de FYI intitulé Thinking About Tomorrow’s Space Today, la ville a également accepté d’étudier la construction d’un centre communautaire dans le quartier du groupe – le seul quartier de la ville qui en est dépourvu. Il y a encore des problèmes avec le projet proposé par la ville, car on y retrouve des obstacles à l’accès par les résidents à faible revenu. De plus, tout comme le communiqué de la province, cela demeurera un beau discours politique tant que l’on ne verra pas la construction commencer sur le terrain. Le Regent Park Focus Youth Media Centre est un autre organisme qui se trouve dans une situation précaire du fait du réaménagement urbain et du soutien appuyé des organismes gouvernementaux à cet égard. Comme l’a expliqué Adonis Huggins, de Regent Park Focus, le centre s’est vu octroyer de l’espace dans le nouveau projet de réaménagement de Regent Park; toutefois, on lui a clairement expliqué qu’il ne disposerait plus de ces installations gratuitement, et que la Toronto Community Housing Corporation (TCHC) et la ville devront récupérer le loyer du marché. Au forum Strategizing Minds, Adonis Huggins a indiqué que « la question est de savoir pourquoi la ville abdique ainsi sa responsabilité de bâtir l’infrastructure sociale dans des quartiers en difficulté et pourquoi la TCHC et la ville estiment ne plus pouvoir être associées à la prestation du capital social dans des quartiers qui appartiennent à la TCHC et à la ville? Une des explications qu’elles avancent est l’insuffisance de l’investissement par le gouvernement fédéral, qui a pour priorité la construction de super-prisons, alors qu’elles-mêmes (la TCHC) ne se gênent pas pour investir dans des caméras de sécurité des sommes qui permettraient de bâtir un centre communautaire dans chaque aire de logements sociaux de la ville. »

Action à la base

La Somali Youth Association of Toronto (SOYAT) est un organisme communautaire de jeunes sans but lucratif, qui dessert de jeunes Somaliens et Somaliennes à Toronto depuis 1992. L’organisme se considère comme un point d’accès pour les jeunes d’origine somalienne, et collabore avec les parties intéressées afin de mettre en place des services opportuns novateurs pour les jeunes et les enfants somaliens et d’autres jeunes marginalisés de leur communauté. Même s’il existe dans la région d’Etobicoke-Nord plusieurs centres communautaires, récréatifs et d’emploi que les jeunes Somaliens et Somaliennes utilisent peu, l’espace de la SOYAT s’est révélé être convivial pour les jeunes et adapté à leurs caractéristiques culturelles. Le centre et les programmes de cet organisme sont ainsi très utilisés et efficaces.

Comme l’a expliqué un des participants au forum Strategizing Minds, nous ne « soutenons pas qu’un centre communautaire soit la réponse». Chacun des problèmes présentés dans ce rapport exige des réponses se traduisant par des gains pécuniaires, mais aussi des réponses visant la participation des jeunes à toutes les étapes de l’établissement de ces gains. Comme le démontrent le forum Strategizing Minds et tous les autres documents cités dans le présent rapport, les jeunes ont la capacité et le droit d’être consultés et de jouer un rôle dépassant celui de simples pions dans les processus décisionnels. La violence chez les jeunes n’est pas un problème, mais un symptôme. En reprenant le contenu de quelques-uns des nombreux rapports publiés par les organismes populaires sur ces symptômes, notre rapport présente des « conclusions » reflétant des centaines de voix qui se sont exprimées sur plusieurs années dans de nombreuses communautés de la ville de Toronto. Toute personne réellement désireuse de réduire la violence à laquelle les jeunes sont confrontés (qu’il s’agisse de résidents de la ville, de travailleurs ou travailleuses communautaires, de décideurs ou de jeunes) prendra des mesures pour s’attaquer à ses causes, dont un grand nombre sont décrites ici.

Revendications

Depuis sa création, le GYC s’est vu demander de faire des recommandations aux administrations, et a même été encouragé à le faire; mentionnons à titre d’exemple les délégations devant l’administration municipale, la Commission de services policiers et le Toronto District School Board (en de nombreuses occasions). Le GYC a également assisté à des forums municipaux et provinciaux consacrés à la « violence armée », ainsi qu’au forum From the Roots Up! financé par le gouvernement fédéral, durant lesquels il est intervenu. Nous n’avons remarqué quasiment aucun changement dans les politiques de ces institutions gouvernementales.

La violence est le résultat direct de l’oppression et de l’oppression internalisée, ce qui exige que les administrations reconnaissent d’abord les politiques de colonisation et de génocide à l’encontre des nations autochtones et des terres, le racisme systémique, la pauvreté, les discriminations fondées sur la capacité physique et l’âge, le sexisme, l’hétérosexisme, etc.; ce n’est qu’à partir de là que les administrations pourront commencer à mettre en place des politiques et des programmes efficaces qui auront une incidence réelle sur les communautés touchées par de nombreux incidents violents. La plupart des jeunes avec qui nous travaillons n’ont aucune confiance dans les institutions publiques. Après avoir été fortement encouragé à participer aux processus publics par les administrations sans que ces dernières aient apporté les changements systémiques indispensables pour réduire la violence dans les communautés où résident et travaillent un grand nombre de membres, le GYC a pris acte du besoin de créer et maintenir ses propres structures.

Éducation

Abrogation de la Loi sur la sécurité dans les écoles

Des écoles sûres ne sont pas des écoles où les jeunes racialisés, les homosexuels ou les jeunes handicapables sont la cible de suspensions et d’expulsions. Elles sont plutôt des endroits où les élèves, le personnel enseignant et les parents travaillent ensemble avec l’administration et les autres membres du personnel afin de bâtir pour tous les élèves un milieu d’enseignement sûr et ouvert.

La Loi sur la sécurité dans les écoles pousse les élèves (en particulier les élèves racialisés) hors du système éducatif et les criminalise. Nous estimons que cette loi a fait empirer la situation dans nos écoles en minimisant la relation basée sur la confiance et l’éducation entre le personnel enseignant et les directions d’une part et les élèves d’autre part, et en la remplaçant par une relation d’autoritarisme et de contrôle.

Nous ne pensons pas que les réformes annoncées le 1er février 2008 s’attaquent réellement aux problèmes graves exposés par la Commission ontarienne des droits de la personne, qui recommande à cet effet les mesures suivantes :

Nous ne pensons en aucun cas que les réformes présentées par le gouvernement règleront légitimement les problèmes susmentionnés. Nous demandons plutôt l’abrogation complète de cette loi régressive et la tenue d’un processus de consultation auprès des élèves, des familles et des communautés sur l’élaboration de politiques relatives à la gestion scolaire qui visent réellement à établir dans les écoles un milieu d’apprentissage intéressant et sûr.

2) Nouveau curriculum de l’Ontario

Le curriculum de l’Ontario isole les élèves, crée des cloisons et des filières limitant la capacité d’épanouissement des élève set s’adapte mal à la diversité des problèmes, des besoins et des objectifs scolaires des élèves ontariens. Cela mène inexorablement à un taux d’exclusion extrêmement élevé parmi les jeunes autochtones et racialisés de nos communautés. Le nouveau curriculum et les tests standardisés mis en place par le gouvernement conservateur de Mike Harris dans la deuxième moitié des années 1990 ont sensiblement nui à l’établissement de milieux d’apprentissage adaptés et favorables à la diversité des cultures, des styles d’apprentissage et des besoins des élèves de l’Ontario.

Le curriculum de l’Ontario est conçu pour s’aligner sur les intérêts des entreprises, qui ont besoin d’une main-d’œuvre exploitable, docile et remplaçable afin de préserver leurs profits dans leurs industries. Cela mène aux problèmes des filières, du curriculum eurocentrique et de la désignation de « fauteurs de troubles » assignée à certains élèves, alors que l’on devrait plutôt s’attaquer à certaines des problèmes fondamentaux incitant des élèves à se rebeller ou à perdre espoir face au système d’éducation actuel.

Le curriculum de l’Ontario devrait être réécrit de manière à inclure à tous les cours (pas seulement l’histoire ou les sciences sociales) un compte rendu divers, intégré et honnête de l’histoire et de la société.

Le curriculum de l’Ontario devrait être réécrit en collaboration avec les élèves, les parents et d’autres organismes qui ont réalisé diverses études et proposé de nombreuses améliorations. L’éducation ne consiste pas seulement à former une personne à trouver un emploi, c’est aussi bâtir une expérience entière et viable qui façonnera la vie d’une jeune personne.

Pour nous, il appartient au gouvernement provincial de veiller à ce que le système d’éducation ontarien ne reflète pas seulement une histoire montrant le Canada comme une société multiculturelle, utopique et œuvrant au maintien de la paix, mais plutôt une histoire honnête quant au génocide en cours des nations autochtones au Canada, à l’esclavage des peuples africains, à l’exploitation des travailleuses ou travailleurs migrants et à la multitude de défis et d’oppressions que doivent surmonter les gens ordinaires.

L’éducation devrait être flexible, s’adapter aux besoins des élèves et se concentrer sur l’élaboration de solutions avec la communauté (sans se contenter de former la main d’œuvre de l’avenir).

3) Enseignement postsecondaire accessible

Certes, le nombre d’admissions dans les établissements postsecondaires de l’Ontario est à la hausse, mais le coût et le processus d’admission sont devenus plus contraignants. L’augmentation astronomique des frais de scolarité enregistrée en Ontario depuis le début des années 1990 fait que davantage d’étudiantes et d’étudiants doivent s’endetter ou sont dépendants de possibilités d’emploi qui leur permettent seulement de payer leurs dettes d’études.

L’éducation est un droit. Elle ne devrait pas être limitée aux personnes qui ont les moyens de se l’offrir! Nous demandons une réduction radicale immédiate des frais de scolarité! Cette diminution doit s’accompagner de la réintroduction d’un système de subventions et de bourses qui réduira la dépendance des étudiantes et étudiants à l’égard de l’endettement pour financer leurs études et d’un milieu universitaire libre de toute interférence des entreprises.

Nous demandons également que le fait d’être prestataire de l’aide sociale ne nuise pas à la capacité de recevoir une aide financière pour faire des études postsecondaires, et exhortons le gouvernement de l’Ontario à cesser d’interdire aux prestataires de l’aide sociale d’obtenir des prêts du Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO).

Criminalisation

1) Abrogation de la Loi sur la sécurité dans les rues

La Loi sur la sécurité dans les rues est un texte axé sur le nettoyage social qui vise à criminaliser et à attaquer les gens les plus pauvres et vulnérables de notre ville. Un aspect particulièrement offensant de la Loi est le ciblage des jeunes pauvres et sans-abri, ainsi que son incidence sur la capacité à obtenir un emploi et des services sociaux qui régleraient certaines des problèmes fondamentaux auxquelles ces mêmes jeunes sont confrontés dans la rue.

Avec l’interdiction de la « mendicité agressive », sans qu’aucune définition du terme « agressive » ne soit donnée, les jeunes pauvres, sans-abri et marginalisés sont souvent ciblés et harcelés par des policiers du fait qu’ils occupent l’espace public en plein cœur du centre ville. Selon nous, la Loi sur la sécurité dans les rues rend en fait les rues plus dangereuses pour les jeunes pauvres et sans abri et peut mener à des abus de pouvoir graves par les policiers et les gardiens de sécurité.

Nous exhortons le gouvernement de l’Ontario à abroger immédiatement par voie législative cette loi répressive et à s’attaquer réellement aux problèmes qui mènent les gens à vivre dans les rues, en particulier la pénurie de logements abordables, le financement insuffisant de services de soutien d’urgence pour les sans-abri et les gens mal logés ainsi que l’absence de législation rigoureuse pour protéger les locataires (la Loi de 1997 sur la protection des locataires sert essentiellement à protéger les propriétaires).

2) Arrêt de la construction de la super-prison pour jeunes Roy McMurtry

Le taux d’incarcération des jeunes en Ontario est sensiblement plus élevé que celui de la plupart des administrations européennes, voire de certains États américains. D’un point de vue statistique, il est évident que les jeunes Autochtones et les jeunes Noirs sont surreprésentés dans le système carcéral, en particulier celui destiné aux jeunes. La plupart des jeunes contrevenants demeurent des contrevenants non violents, mais la façon dont le gouvernement de l’Ontario et les grands médias ont présenté les crimes violents impliquant des jeunes à Toronto comme « l’été des fusils » et ont stigmatisé les communautés pauvres et racialisées par les qualificatifs de « violentes » ou « dangereuses » a créé un sentiment de panique au sein de nos communautés et a mené à un ciblage accru des jeunes Noirs par la police.

La Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA), entréeenvigueuren2003, tentait de redresser certaines injustices flagrantes découlant de la Loi sur les jeunes contrevenants qui l’avait précédée. Une des questions en jeu était l’étape logique consistant à minimiser le taux d’incarcération des jeunes et à prévoir pour ces derniers des solutions de remplacement à l’incarcération. Nous pensons que le projet de loi C-2 du gouvernement fédéral (une « loi visant à contrer les crimes violents ») est en fait une attaque directe contre les progrès défendus et obtenus par nos communautés dans la LSJPA, et se traduira sans aucun doute par un taux d’incarcération accru des jeunes et par de plus grandes disparités relativement à ce taux.

En 2004, le rapport issu de l’enquête d’un coroner sur le suicide de David Meffe au Centre d’évaluation des jeunes de Toronto a clairement conclu que les grandes prisons prévues pour la détention de jeunes en milieu fermé étaient contreproductives, trop punitives et mal conçues pour offrir du soutien aux jeunes incarcérés.

Le rapport issu de l’enquête Meffe faisait notamment la recommandation suivante :

RECOMMANDATION no 4.

Emplacement des nouvelles installations de détention pour jeunes à Toronto – De nouveaux centres de garde et de détention des jeunes à Toronto (en remplacement du Centre d’évaluation des jeunes de Toronto) devraient être construits sous la forme d’établissements autonomes de petite taille répartis dans toute la RGT. Éventuellement, un de ces établissements devrait être implanté dans chacune des principales villes (Scarborough, North York, Toronto, Etobicoke, etc.).

Justification :
Cela réaffirmerait l’engagement du ministère à l’égard d’une philosophie de participation de la famille et de la communauté au traitement et à la gestion des jeunes en garde ou en détention, ainsi que la conformité avec la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies. Cela reconnaîtrait également la différence fondamentale entre les adultes et les jeunes pour ce qui a trait aux besoins en matière de soutien. Cette recommandation est conforme aux conclusions de la recherche et aux témoignages d’experts présentés sur la gestion des jeunes en détention. Le fait de disposer de nombreux centres de taille réduite :

  • facilitera l’accès par les familles et le soutien de la communauté aux jeunes;
  • permettra de gérer le jeunes en petits groupes, ce qui laisse davantage de temps pour travailler individuellement avec eux pour tisser des liens de garde et réduire le risque de violence entre pairs. [TRADUCTION]

Au lieu de cela, le gouvernement de l’Ontario a pris la décision de poursuivre la construction de la « super-prison » pour jeunes Roy McMurtry8, un établissement de 192 lits dont l’édification coûtera à l’Ontario plus de 100 millions de dollars, et qui va directement à l’encontre de cette recommandation préconisant des établissements autonomes de petite taille qui permettraient l’Ontario de se conformer à la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies. Même si les taux d’incarcération des jeunes ont diminué à la suite de la promulgation de la LSJPA, nous estimons que la nouvelle loi fédérale mènera inévitablement à une augmentation de l’incarcération des jeunes, à des peines plus longues et à des sanctions plus dures.

Nous exhortons le gouvernement de l’Ontario à suspendre immédiatement la construction de la super-prison Roy McMurtry, à réaménager cette prison inachevée en un vrai centre communautaire pour jeunes à Brampton et Toronto-Nord, et à considérer sérieusement les recommandations présentées dans le rapport Meffe. Nous ne voulons pas d’autres prisons dans nos communautés; nous ne croyons pas qu’elles les rendront plus sûres.

3) Mise en place d’un mécanisme indépendant de surveillance de la police : mettre fin aux brutalités et au harcèlement policiers

Depuis trop longtemps, l’impunité de la police prévaut en Ontario (et en particulier à Toronto). Qu’il s’agisse des assassinats de Dudley George, Jeffrey Reodica, Edmond Yu, Alwy al-Nadhir et Byron Debagassie ou du harcèlement, du profilage et du manque de respect constants à l’égard des jeunes racialisés, marginalisés et sans-abri à Toronto, nous avons été témoins de certains des cas les plus flagrants d’oppression et de violence policières dans nos communautés. Nous disons haut et fort : ça suffit!

Nous demandons instamment au gouvernement de l’Ontario de mettre en œuvre un mécanisme complet et indépendant de surveillance de la police et de signalement des abus qui soit contrôlé par la communauté et qui s’attaque aux problèmes graves entachant les relations entre la communauté et la police. Nous voulons moins de discours sur les services policiers communautaires et davantage sur l’encadrement de la police! Les policiers devraient respecter les communautés et être orientés par ces dernières, au lieu de les intimider, de les harceler et de les violer à leur gré.

Le gouvernement de l’Ontario continue de réagir de façon réactionnaire aux incidents violents qui se produisent au sein de nos communautés, en recrutant davantage de policiers, en augmentant le financement des groupes d’intervention contre « les bandes criminalisées et les armes à feu » et en construisant des super-prisons coûteuses pour les jeunes. Nous jugeons cette démarche totalement erronée; elle va à l’encontre de tout travail visant à atténuer les causes profondes de la violence dans nos communautés.

Les plaintes à l’égard de la police devraient être traitées par des tribunaux indépendants de règlement des plaintes gérés par la communauté dans chaque division de la police de la ville. De tels tribunaux auraient le pouvoir de suggérer à la Commission de services policiers de Toronto et au chef de police la suspension, le licenciement ou l’enquête et la poursuite au criminel de policiers.

La militarisation de nos rues, de nos écoles, de nos organismes de jeunes et de nos centres communautaires par une présence policière accrue ne fait qu’exacerber les problèmes et les tensions qui touchent nos communautés. Les budgets de plus en plus élevés alloués à la police de nos villes sont un affront direct aux personnes qui se battent pour davantage de logements sociaux, pour un meilleur financement des écoles et des organismes de jeunes et pour un accès élargi à l’espace communautaire.

Nous exhortons le gouvernement de l’Ontario à commencer à prendre la violence policière au sérieux!

Nous demandons au gouvernement de l’Ontario de commencer à réaliser des études semblables à celles menées aux États Unis, qui montrent l’absence totale ou quasi-totale de corrélation entre l’accroissement des efforts de maintien de l’ordre et de l’incarcération et une diminution des taux de criminalité.

Nous demandons que les policiers reçoivent une formation efficace et fréquente sur les droits de la personne et la lutte contre l’oppression, en particulier pour ce qui a trait aux nouvelles politiques et procédures (p. ex., la politique consistant à ne pas interroger les gens sur leur statut d’immigrant adoptée par la Commission de services policiers de Toronto en février 2006).

4) Adoption d’une politique provinciale d’« accès sans crainte » pour que les résidents de l’Ontario ne jouissant pas du statut d’immigrant aient accès aux services essentiels

On estime que plus de 500 000 personnes vivent et travaillent au Canada sans jouir du statut d’immigrant, dont plus de 80 000 dans la seule ville de Toronto. À titre d’organismes de jeunes, et dans nos communautés, nous travaillons régulièrement avec des sans-papiers, et sommes parfois un des seuls services sociaux auxquels ils peuvent accéder sans crainte d’être arrêtés ou déportés.

Nous appuyons et défendons la campagne visant à ce que l’on ne demande ni ne communique aucun renseignement sur le statut d’immigrant et demandons au gouvernement de l’Ontario qu’il soutienne les droits de toutes les personnes qui vivent et travaillent en Ontario sans statut d’immigrant d’accéder aux services communautaires essentiels comme les écoles, les maisons d’hébergement pour les femmes, les centres communautaires, les programmes pour la jeunesse, les services de santé et les services d’urgence, sans crainte d’être arrêtés ou déportés.

Par ailleurs, nous demandons au gouvernement de l’Ontario d’exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les lois sur l’immigration pour amorcer immédiatement la mise en œuvre d’un système permettant d’accorder la résidence permanente aux travailleurs et travailleuses sans papiers en Ontario.

Situation économique et possibilités

1) Hausse du salaire minimum jusqu’au salaire de subsistance

À mesure que l’Ontario poursuit sa transition vers une économie fondée sur les services, un grand nombre d’emplois syndiqués stables et raisonnablement rémunérés sont remplacés par des emplois précaires à temps partiel dans le secteur des services, dont les salaires sont nettement inférieurs au revenu nécessaire pour subsister dans des villes comme Toronto.

De plus en plus, les jeunes de notre province sont persuadés et contraints de rechercher un emploi dans le secteur des services par l’entremise de programmes de recherche d’emploi et d’annonces gouvernementales ayant pour intention expresse de veiller à ce que les entreprises aient accès à une main-d’œuvre bon marché et exploitable. Le nombre de possibilités d’emploi non contractuelles à plein temps qui sont raisonnablement rémunérées continue de diminuer, et cette tendance n’est pas reflétée dans le « taux de chômage ».

Certains réclament une augmentation du salaire minimum jusqu’à 10 $ de l’heure en Ontario. Selon nos calculs, même en obtenant un emploi à temps plein (37,5 h par semaine) avec ce salaire, un employé toucherait seulement un revenu brut de 19 500 $ par an. Nous estimons que ce chiffre demeure criminellement bas et ne garantit pas qu’une personne touchant le salaire minimum puisse se permettre de subsister dans la ville de Toronto. Nous exhortons le gouvernement de l’Ontario à imposer un salaire minimum « de subsistance » d’au moins 15 $ de l’heure, avec indexation annuelle au coût de la vie.

2) Possibilités de travail indépendant pour les jeunes

Un travail indépendant est souvent un moyen pour les jeunes de nos communautés de s’extirper des petits boulots sans avenir dans l’industrie des services. Toutefois, les programmes actuels de l’Ontario pour soutenir le travail indépendant des jeunes sont souvent d’accès difficile, avec des procédures compliquées, et ne procurent pas toujours aux jeunes les compétences ou la formation nécessaire pour que leur petite entreprise ou leur entreprise communautaire prospère dans le contexte des prix d’éviction et de la concurrence intense pratiqués par les grandes entreprises bénéficiant d’allégements fiscaux et de subventions considérables (une aide sociale aux entreprises parasites) de la part des gouvernements.

Nous demandons la création d’un fonds ouvert et accessible à l’intention des entreprises sociales, qui dispose d’un budget élevé (pas simplement un autre investissement de 15 millions de dollars sur trois ans), dont le personnel possède les connaissances et l’expérience du soutien aux initiatives pour jeunes entrepreneurs, qui soit convivial et créatif et qui contribue au renforcement des compétences. Nous demandons également que le gouvernement n’associe pas ce genre de programmes à des prêts de sociétés ou de banques dans une sorte de partenariat public-privé qui mènera finalement les jeunes entrepreneurs sociaux à l’endettement au profit des grandes banques!

3) Augmentation immédiate de 40 % de l’aide sociale et du POSPH!

Depuis les compressions draconiennes imposées dans l’aide sociale et le Programme ontarien de soutien aux personnes handicapées (POSPH) par les gouvernements de Mike Harris, les gens pauvres résidant en Ontario, et en particulier dans la ville de Toronto, vivent dans une pauvreté extrême et doivent souvent décider s’ils vont consacrer leur argent à la nourriture ou au logement. Cela est révoltant, et la seule mesure adoptée par le gouvernement de l’Ontario de Dalton McGuinty pour éviter aux gens la faim et l’itinérance provoquées par ces compressions a été d’augmenter ces taux de 3 % seulement.

La santé des jeunes Ontariennes et Ontariens est sensiblement compromise par les taux criminellement bas de l’aide sociale et du POSPH. Nous demandons une augmentation immédiate de 40 % de l’aide sociale afin de rétablir au plus près les taux d’aide sociale aux taux de subsistance en vigueur avant l’époque Harris. Alors que le pouvoir d’achat des Ontariens et Ontariennes (et en particulier celui des personnes qui habitent Toronto) continue de baisser, le gouvernement a fait marche arrière. Les gens doivent choisir entre le logement et la nourriture pour leurs enfants tandis que le recours aux banques alimentaires atteint des records et que les emplois deviennent plus précaires que jamais auparavant.

4) Accroissement du nombre de logements sociaux et rénovation du parc actuel de logements sociaux

Toronto est frappée par une crise du logement social. En plus de la liste d’attente de dix ans pour obtenir un logement de ce genre, le parc actuel est dans un état pitoyable. Nous nous inquiétons de la confusion entre la pratique de nettoyage social, illustrée par l’embourgeoisement de Regent Park, et des solutions réelles et efficaces à la crise du logement à laquelle nous sommes confrontés. Nous ne voulons pas être obligés de quitter nos logements et nos communautés. Au lieu de cela, nous voulons que le gouvernement intervienne et commence à construire et rénover des logements sociaux qui accueilleront tous ceux et celles qui n’ont plus les moyens de se payer un logement dans la ville de Toronto.

Nous soutenons la solution de 1 % proposée par le Toronto Disaster Relief Committee et d’autres groupes universitaires et sociaux. Nous considérons que le logement devrait être un droit pour tous les résidents de l’Ontario, et que les réalités des jeunes sans-abri sont directement liées au fait que les logements sont inabordables dans la ville de Toronto. Nous exhortons le gouvernement de l’Ontario à cesser de soutenir la construction de condominiums et la spéculation (qui gonfle artificiellement le coût du loyer pour tous les résidents de la ville) et à investir dans les logements sociaux et les travaux de rénovation afin de rendre nos communautés plus sûres et plus saines!

De plus, nous avons assez de voir les administrations (fédérale, provinciale et municipale) se renvoyer la balle pour ce qui est de ce problème. Nous constatons qu’il appartient à CHACUN DES TROIS ordres de gouvernement de mettre en œuvre immédiatement ces projets et que les querelles bureaucratiques ne sont plus acceptables.

5) Investissement dans la Commission de transport de Toronto et dans les transports

Les coûts du transport à Toronto continuent de grimper en flèche. Les jeunes et les organismes de jeunes qui dépendent de la Commission se sont vus systématiquement exclus du transport dans cette ville en raison des coûts exorbitants. Le réseau de transport de Toronto a été plongé en pleine crise du fait du transfert des responsabilités et de l’insuffisance de l’investissement par les gouvernements fédéral et provincial.

Nous demandons que le gouvernement de l’Ontario assume sa responsabilité dans le règlement de la crise relative au financement des transports dans la ville de Toronto. Le prix de 2,75 $ par voyage est supérieur à celui de quasiment toutes les autres administrations en Amérique du Nord et a créé des problèmes importants d’isolement et d’incapacité à se déplacer pour les jeunes dans toute la ville. Le gouvernement de l’Ontario doit investir immédiatement dans l’infrastructure et les dépenses de fonctionnement liées au transport. De plus, il doit travailler directement avec le gouvernement fédéral et la ville de Toronto pour abaisser les tarifs, améliorer l’infrastructure de la Commission de transport de Toronto et investir dans l’avenir des transports en commun dans toute la province.

6) Programme universel de garde d’enfants

Dans le contexte économique actuel, les parents qui travaillent n’ont que très peu, voire pas d’options abordables pour la garde d’enfants. Ce problème se répercute par des contraintes économiques importantes et des possibilités d’emploi non exploitées.

Nous estimons qu’un programme universel de garde d’enfants est une part essentielle d’un système social garantissant la participation intégrale des hommes et des femmes, des parents seuls et des jeunes familles. Nous devons aussi condamner les pratiques abusives du programme d’« aide familiale résidante », qui repose sur l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché constituée de femmes provenant des Caraïbes et des Philippines. Nous estimons que la garde d’enfants doit être respectée et traitée comme le travail important qu’il constitue.

Ainsi, nous demandons la mise en place d’un programme universel de garde d’enfants qui rémunère correctement les travailleurs et travailleuses et qui garantit l’accès à des services de qualité pour tous les résidents de l’Ontario.

Espace

1) Construction et financement d’espace communautaire

Il existe une pénurie réelle d’espace communautaire accessible et de qualité, dont les organismes de jeunes, les petites entreprises sociales, les groupes communautaires et les quartiers ont besoin. La plupart de l’espace contrôlé par la ville n’est pas suffisamment accessible, et un grand nombre de quartiers de Toronto n’ont pas de centre communautaire de quelque sorte que ce soit. Dans les quartiers à faible revenu, il existe des espaces relevant de la Toronto Community Housing Corporation, du système scolaire et de grands organismes. La jeunesse racialisée de ces communautés a le plus de mal à y accéder, alors que ce sont ces mêmes jeunes qui en bénéficieraient le plus.

Nous demandons au gouvernement de l’Ontario d’investir dans un fonds soutenant directement la construction de centres communautaires qui seraient contrôlés, entretenus et dotés en personnel par les membres mêmes de la communauté. Il est pour nous essentiel que la ville compte davantage d’espaces gérés par des jeunes qui soient créatifs et qui évoluent en fonction des besoins changeants de la communauté. Les espaces physiques existent, mais la bureaucratie qui y donne accès constitue un obstacle énorme pour les jeunes et les organismes de jeunes. Il faut supprimer les obstacles qui barrent l’accès par les groupes ou les jeunes désireux d’organiser des cercles d’études, des séances de danse et des parties de basket-ball ou même de mettre en place leurs propres programmes de garde parascolaire ou de halte-accueil.

Nous estimons par ailleurs que les écoles sont une pièce essentielle de l’établissement d’une communauté et demandons que toutes les écoles puissent être utilisées gratuitement par la communauté après les heures d’école. Nous exhortons également le gouvernement de l’Ontario à mettre en place des programmes pour faciliter l’intégration des groupes communautaires avec les groupes d’élèves et l’établissement d’espaces d’apprentissage et de quartiers plus dynamiques.

2) Fin de la privatisation des espaces sociaux

La privatisation croissante des espaces sociaux, comme les aménagements en cours au carré Yonge-Dundas, a mené à une présence policière accrue dans les espaces sociaux et à l’impression de plus en plus forte que, pour faire partie d’une communauté, il faut y être consommateur. Une telle exclusion des pauvres et des jeunes des espaces sociaux « légitimes » a créé une culture de surveillance et de maintien de l’ordre bien plus agressive que jamais auparavant. L’usage de politiques régressives comme la Loi sur la sécurité dans les rues pour nettoyer ces espaces « publics » privatisés est évident.

L’espace public constitue un centre permettant aux communautés de prendre part à des activités constructives, d’avoir un lieu où se livrer à de l’activité physique et de se mobiliser sous la forme de collectifs relativement aux questions qui les touchent. L’accélération de la privatisation dont nous sommes témoins dans nos communautés a entraîné un accroissement de l’activité policière, de la bureaucratie et de l’exclusion financière, qui rend ces espaces inaccessibles à beaucoup de résidents de ces mêmes communautés. Nous avons également constaté que les installations publiques étaient de plus en plus nombreuses à imposer des frais d’utilisation au public, ces espaces ne devant donc plus être appelés publics.

Nous demandons au gouvernement de l’Ontario d’amorcer un processus et des consultations avec les Ontariens et les Ontariennes concernant l’utilisation de l’espace public à des fins privées et commerciales. Nous voulons que cesse l’hypocrisie consistant à donner le droit aux espaces commercialisés de s’annoncer dans toute la ville alors qu’un grand nombre de gens pauvres et marginalisés reçoivent des amendes pour le simple fait d’être dans la rue!

3) Plan visant à financer l’infrastructure physique pour le travail dirigé par des jeunes

Un élément essentiel de l’établissement de communautés sûres et en santé est le soutien et l’aménagement d’espaces ouverts et sécuritaires où les jeunes pourront mettre en place des programmes, organiser des ateliers et appuyer leurs communautés. Il faut que cela se fasse de telle manière que les initiatives menées par des jeunes disposent de l’espace et des ressources nécessaires pour accomplir efficacement le travail requis dans leurs communautés. Le gouvernement provincial devrait investir dans le capital social et l’infrastructure physique au sein des communautés marginalisées et racialisées (ainsi que dans le cœur du centre-ville) pour fournir des services s’adressant à la jeunesse. Au lieu d’être simplement mis à la disposition des fournisseurs de services sociaux traditionnels, ces espaces devraient être centrés sur les jeunes.

Le développement communautaire ne peut se concrétiser que si les gens ont de l’espace pour se réunir, bâtir leurs communautés et travailler ensemble en collaboration et de manière créatrice. Le contexte actuel d’instabilité du financement des initiatives dirigées par des jeunes et l’obligation de devoir passer d’un espace à un autre sont des facteurs d’insécurité et de précarité et font qu’il est impossible de maintenir des programmes à long terme dans certaines communautés. La résolution de tous ces problèmes contribuerait à l’atténuation de la violence, de la pauvreté et du manque de ressources dans nos communautés.

Références

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8 Nous rejetons l’usage par le gouvernement de l’Ontario du terme « Centre de jeunes » pour décrire une prison. À notre avis, c’est un affront au travail communautaire constructif réalisé par les centres de jeunes de tout l’Ontario. Le terme « super-prison » convient mieux à cette installation de 192 lits, le plus grand établissement d’incarcération en Ontario


Table des matières

Volume 1. Résultats, analyse et conclusions

Volume 2. Sommaire

Volume 3. Les points de vue des communautés